CHAPITRE LVII
Voyage à bord de l’Jsabelle. -- Reconnaissance de la côte. — Départ pour l’Angleterre. — Arrivee a Hull et à Londres
En causant avec le capitaine Humphreys, dans la matinée, j'appris qu’il avait pris vingtsept baleines; et que comme ce n'était que les deux tiers de sa cargaison, il se proposait de rester encore quelque temps dans ces parages. L'Isabelle avait remonté le détroit du Prince- Régent jusqu'au mont Shevar, accompagnée du William-Lee, qui était le premier navire que nous avions aperçu, et qui était alors en vue. Nous avions dessein de faire passer sur son bord une partie de mon équipage. Le capitaine Humphreys avait fait une tentative hardie pour traverser le détroit du Prince-Régent aux îles de Léopold, dans l'espoir de trouver quelques traces de nous plutôt que nous-mêmes ; mais, à environ deux tiers du chemin, il avait été arrêté par
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un champ de glace. Il en avait suivi les bords la
veille du jour où nous avions réussi à le traverser, ce qui nous avait empéchés de le rencontrer plus tôt. C'était pendant qu'il en revenait que nous l’avions apercu, et il avait inutilement exploré la côte orientale pour y chercher quelques marques de notre existence. Il avait vu nos barques, mais il n’y avait fait aucune attention, croyant que c’étaient celles du #illiam-Lee.
Comme je désirais laisser une note à la baie de la Possession , dans le cas où quelque vaisseau y débarquerait, dans la vue de nous y chercher, et vérifier en même temps l'état de mon chronomètre , le capitaine Humphreys m'y fit conduire sur une barque; et, après avoir enterré une bouteille contenant le récit des faits qui venaient de nous arriver, sous le même monticule de pierres que j'avais élevé en 1818, nous retournâmes à bord et nous mimes à la voile. Avant midi, en côtoyant les glaces attachées à la terre, nous avions doublé le cap de Graham-Moore , et après de grandes difficultés au milieu de glacons flottans et de montagnes de glace, nous atteignimes un lieu sûr, mais nous y restâmes bloqué: rar les glaces.
Le dimanche suivant le service divin fut célébré, ce qui nous offrit l’occasion de rendre publiquement des actions de grâce au ciel de notre délivrance presque miraculeuse.
On voyait alors le W'illiam-Lee, et quelques
autres bâtimens à l'extrémité méridionale du champ de glace, mais nous ne pümes nous dégager que le 13 septembre. Alors, à l’aide de nos voiles, nous avancâmes vers le sud, et nous rencontrâmes la flotte de bâtimens baleiniers dans les parages ordinaires de la pêche. Le maître de chacun de ces navires vint à bord pour nous féliciter , surtout ceux de Hull et de Newcastle, qui nous apportérent quelques provisions, présent qui nous fut fort agréable, et que nous recümes avec reconnaissance.
Nous passâmes plusieurs jours sur les bancs de l’Isabelle et de l'Alexandre, qu'on avait fort mal à propos effacés des cartes de mon voyage en 1818. Je débarquai donc au cap Bisson, et je reconnus l'exactitude des observations que j'avais faites précédemment. Le jugement du capitaine Humphreys coincida avec le mien, et grace aux facilités qu'il me donna, je fis une nouvelle reconnaissance de la côte et de plusieurs de ses baies et de ses criques, dans l'intention de publier une carte spéciale d'une place rendue si
importante par la grande quantité de poisson qu on y trouve.
Vers la fin de septembre, l'hiver commença avec une rigueur extraordinaire, et il devint évident que nous ne pouvions rester plus longtemps dans ces mers. Le Clarendon, qui voguait de conserve avec nous, partit sans avoir pris les lettres dont j'avais eu dessein de le charger pour
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l’Anglcterre ; mais si nous n'avions été obligés de
relâcher aux îles Orcades , pour y débarquer quelques hommes, nous y serions arrivés aussitôt que ce bâtiment.
Ce fut le 30 septembre que nous sortimes de la baie de Baffin; et le 12 octobre, après une traversée de douze jours seulement, nous débar-quâmes à Stromness. Nous füûmes retenus les deux jours suivans à Long-Hope; et en étant partis le 15, nous arrivämes le 18 à l’embouchure du Humber , et nous nous rendimes à Hull à bord du paquebot à vapeur /e Rotterdam.
La nouvelle de notre retour nous y avait précédes; et ce ne fut pas sans quelque dificulté que nous pümes arriver à l'auberge. Nous y recümes bientôt les visites de félicitation du maire, du corps municipal, des ofliciers de Trinity- House , de la société philosophique, et de la plupart des habitans les plus distingués. Les priviléges et franchises de la ville me furent ensuite accordés , et après un diner public, nous nous embarquâämes pour Londres sur un bâtiment à vapeur. Nous y arrivâämes le 19, et j'allai surle-champ rendre compte de mon retour au secrétaire de l’Amirauté. Le lendemain matin, je me rendis à Windsor et me fis présenter à Sa Majesté, qui m'accorda la permission de lui
dédier mon journal, et d'ajouter le nom de Guillaume IV au pôle magnétique.