‹ Relation du second voyage fait à la recherche d'un passage au nord-ouest [microforme]Chapitre 33 sur 121 · RE ARRET ME · texte numérisé non relu

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cheur, dont la patience était presque épuisée. 11 avait pris une trentaine de poissons, et était prêt à retourner près de ses compagnons. Nous arrivâmes à E-nook-sha-lig à six heures du matin, trèsfatigués de notre marche sur de la neige mobile.

M. Abernethy m'informa que, pendant notre absence, les naturels leur avaient donné un festin; chaque famille avait fait cuire un pot de poisson. Ils furent invités d’abord à entrer dans une des tentes, et quand le pot de poisson eut été expédié, on les fit entrer dans celle de la famille voisine qui les régala de la même manière ; et ils continuërent ainsi jusqu'à ce qu'ils eussent été régalés dans les cinq tentes. Un trait de politesse, exquise de leur part, qu'on aurait pu attendre d'un ancien Espagnol plutôt que d’un Esquimaux, c'est que pendant tout le temps de ce repas en cinq actes, ces hommes réellement obligeans ne cessèrent de remercier leurs hôtes de l'honneur qu'ils leur faisaient; leur rappelant en même temps qu'ils avaient été traités de la même manière à bord du vaisseau pendant l'hiver précédent, et prouvant ainsi que la reconnaissance était un sentiment qui ne leur était pas inconnu; car nous ne leur avions fait jusqu'alors aucun présent pendant notre séjour avec eux, et je résolus d'attendre le dernier moment pour leur donner ceux que je leur destinais, afin de leur laisser tout le mérite de

leurs bons procédés,

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Un jour de repos, et toute cette bonne chère ayant réparé nos forces, nous partimes le 10 juin à dix heures du soir , après avoir distribué entre les naturels tout ce dont nous por:vions disposer , car ils avaient suffisamment prouvé que nul motif d'intérêt n'avait influé sur leur conduite à notre égard. Ils nous fournirent en retour une ample provision de poisson, qui, jointe à la graisse de veau marin, dont nous avions beaucoup plus que ce qui nous était nécessaire, pourvut complétement à ce qu'il nous fallait pour le reste de notre voyage. Quelques-uns d’entre eux nous accompagnèrent jusqu'à Padle-ak, pour nous aider à tirer notre traineau et pour nous montrer l’endroit où seraient placées leurs tentes pendant l'été. Lorsque nous nous séparâmes , ils continuèrent à pousser de grands cris et à nous faire des remercimens aussi long-temps que nous pümes les entendre, et même quand nous ne pouvions plus les voir à cause des inégalités du sol.

Is nous avaient conseillé de suivre les traces d'une troupe de leurs compagnons qui nous avaient précédés; avis dont je reconnus bientôt la bonté en cherchant à trouver une route plus courte, Je m'étais figuré qu'ils étaient allés pécher dans quelque endroit qui nous écarterait du chemin le plus direct, et cessant de suivre leurs traces, j'essayai de regagner celui par lequel nous avions précédemment voyagé. Mais

10 juin.

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toujours je fus arrêté par la profondeur de la neige et par l’eau que nous tlrouvions sur cette ligne. Je fus donc charmé, et je crois fort heureux, de renoncer à mon projet, et de consentiràäsuivre nos guides invisibles. Un brouillard fort épais me convainquit bientôt que j'avais pris le parti le plus sage; car , sans les traces qui nous servaient de boussole, nous aurions été obligés de faire halte au milieu d’un lac, sans savoir bien exactement ni où nous étions, ni où nous devions aller ensuite.

Le 11 à huit heures du matin, nous arrivàmes à Tar-rio-nit-yoke, sous la latitude de 69° 416" et la longitude de 92° 54 21 7. Nous campâmes sur le bord méridional de la rivière qui porte à la mer les eaux de cette chaîne de lacs. Nous vimes sur la rive opposée ceux dont nous avions suivi les traces. Dès qu'ils nousapercurent, l'un d'eux traversa la rivière, qui avait de quatre à cinq pieds de profondeur, pour nous apporter de la graisse de veau marin pour notre feu. C'était notre nouvelle connaissance Owwen-yoo-ah, et il me dit qu'ils comptaient rester quelque temps en cet endroit pour pécher. I paraissait fort mécontent de l'absence d’une troupe nombreuse qu'il s'était attendu à y trouver. Il me dit aussi que la veille il avait suivi les traces de quelques rennes et de leurs faons, qu'on avait vus dansles environs de Shag-a-voke, mais sans aucun succés.

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Lorsque nous nous levämes le soir pour nous remettre en marche, toute la famille d'Ow-wenyoo-ah vint nous rendre visite. Sa femme actuelle était celle d'un autre Esquimaux, qui était un angekok et son ami intime, et à qui il avait prêté, l'automne précédent, ses deux propres femmes, prêt qui est regardé parmi eux comme une preuve particuliere d'amitié, ce qui n'est certainement pas déraisonnable. Il attendaiten cet endroitet à cette époque la restitution de cette paire d’épouses; mais l'emprunteur, nommé Shaong-ug-u-wuk, les avait emmenées avec lui dans une expédition contre les rennes, et ce manque d’exactitude de sa part semblait être la principale cause du dépit et du désappointement de notre ami.

Si nous supposämes d'abord que cette coutume, en faveur de laquelle ce peuple peut faire valoir l'autorité de l’ancienne Rome, n'avait lieu que parmi les naturels de la baie de Répulse, nous eùmes lieu ensuite de la regarder comme générale parmi les habitans de la contrée que nous avons nommée Boothia. D’autres preuvent discuter la moralité de cette pratique, mais une chose qui nous parut du moins certaine, c'est que les femmes n'ont pas voix dans une pareille affaire, et ne sont considérées que comme une sorte de propriété mobilicre , conformément à la haute autorité déjà citée, et à l'usage de quelques autres nations dont il faut

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avouer que la civilisation ressemble plus à celle de la Boothia qu’à celle de la maîtresse du monde.

Le dégel avait lieu en cet endroit avec une rapidité si extraordinaire, que la rivière sur laquelle nous avions passé le matin sans la moindre difficulté, ne pouvait plusétretraversé.Le torrent d’eau qui descendait des lacs en avait couvert la glace de plusieurs pieds. 1] ne restait nulle part un endroit sec; car, comme il n’y avait pas de marée assez fôrte pour rompre la barrière de glaces du côté de la mer, cette eau ne pouvait y trouver un passage que par quelques trous de veaux marins, qui ne suilisaient pas pour son écoulement.

Si nous n'avions pas déjà su que c'était ce qui devait arriver en cette saison de l’année , nous aurions pu juger alors combien nous avions eu raison de resserrer notre excursion dans les limites que nous y avions fixées. Il est vrai que le manque de provisions avait été le principal obstacle qui nous avait empêchés d'avancer plus loin , et qui avait nécessité notre retour. Cependant les faits nous prouvaient maintenant qu'en réduisant nos rations et en précipitant notre retour, nous n'avions pas agi sans jugement. Et quelque impossible qu'il nous füt alors, et qu'il nous soit même encore aujourd'hui, d’écarter le regret toujours renaissant de n'avoir pu atteindre le cap Turnagain, je ne vois pas com-

Ë ment nous aurions pu compléter cette reconu vaissance , quand même nous aurions eu des vivres pour un plus long voyage. Dans tous les € cas , il était évident que les arrangemens à prens dre pour une telle expédition devaient être trèse différens de ce qu’avaient été les nôtres, et que t si l'on devait l’entreprendre de nouveau dans la 4] # saison suivante, 1l fallait adopter de nouvelles Î t mesures, et employer un plus grand nombre , d'hommes, pour obtenir une chance de succès. e

Arrêtés par cet obstacle, nous recûmes d'Ow- À wen-yoo-ah le conseil de faire un circuit par d | Shag-a-voke , car il croyait l’eau qui couvrait la 1 : . 7e glace trop profonde pour que nous pussions y passer. Mais c'eùt été allonger considérablement

à | notre route ; et comme je savais que la glace était , | fort mauvaise à l'entrée du bras de mer que nous ; aurions eu à traverser, je résolus de tenter de ; passer la baie en cet endroit, où elle n'avait pas plus de deux milles de largeur. Je fis donc répa- | rer tous les trous qui se trouvaient aux peaux | de notre barque, et y chargeant tout le bagage ,

nous commencâmes à dix heures cette partie amphibie de notre voyage. Nous n'eûmes guère

de l'eau que jusqu'au genoux, et à peine y en avait-il assez pour mettre notre barque à . {lot. Nous n’eùmes aucune difficulté à arriver à minuit à la rive opposée. Nous n’aurions même | pas été fâchés que ce chemin aquatique conti- | nuât beaucoup plus long-temps , car nous eûmes

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