‹ Relation du second voyage fait à la recherche d'un passage au nord-ouest [microforme]Chapitre 72 sur 121 · CHAPITRE XLEHT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLEHT

Relation du voyage du commandant Ross pour reconnaitre la situation du pôle nord. — Observations pour la déterminer. — Résultat de ces observations.

Ayant remis un rapport sur le pôle nord à la

Société Royale, qui m'a fait l'honneur dele faire Yale,

imprimer, je n'ai pas besoin de répéter ici les remarques préliminaires et générales qui s’y trouvent, et je bornerai ce récit, suivant mon usage, aux faits qui sont arrivés pendant ce voyage et aux réflexions qu'ils ont suggérées, me conformant ainsi au caractère de journal du livre dans lequel je remplis la place qui m'a été assignée. Si quelques amis des sciences désirent voir ce que j'ai écrit à ce sujet depuis mon retour , ils le trouveront dans les 7'ransactions philosophiques de 1834.

Un grand nombre de lecteurs doivent savoir que ce sujet avait attiré l'attention de nos pré-

Dar sera à

ces

décesseurs Parry et Franklin, pendant leurs divers voyages dans ces régions pour y faire des découvertes géographiques, dont l’objet est à présent généralement connu. Tout éloge de ces hommes distingués est maintenant superflu; je dois pourtant faire remarquer ici que les observations aussi nombreuses qu’exactes qui furent faites sur le magnétisme, tant par euxmêmes que par les officiers sous leurs ordres, ont contribué considérablement aux progrès de la science du magnétisme en général, et plus particulièrement à la découverte des lois qui règlent celui du globe à l’égard de l'aiguille. Les limites géographiques de ces voyages de découvertes les avaient empéchés d’étendre leurs observations sur un espace aussi vaste qu'on aurait pu le désirer. Ils avaient plusieurs fois fait, sur la véritable situation du pôle, des calculs approximatifs qui approchaient plus de la vérité que tout ce qu'on avait fait avant eux. Mais le lieu où il devait exister avait été pour eux lettre close, et les espérances qu'ils concurent plusieurs fois étaient destinées à ne pas se réaliser. Il fallait encore des observations sur d’autres points plus voisins de ce lieu désiré et presque mystérieux, pour que la place püt du moins en être fixée avec plus de certitude et de précision qu'elle ne l'avait été d’après les observations antérieures ; il fallait, s’il était possible, que l'observateur püt s'assurer qu'il l'avait

atteint; qu'il avait placé son aiguille dans un endroit où nulle déviation de la ligne perpendiculaire n'était visible ; et qu'ainsi il avait appuyé son pied de manière que le pôle füt entre lui et le centre de la terre.

Cet espoir se présenta enfin à nous. Depuis long-temps nous nous approchions de ce point oùtendaient tant de désirs et de sollicitudes ; nous en avions conjecturé et calculé plus d’une fois la situation, d’après beaucoup d'observations, et parce que nous en étions beaucoup plus près qu'on ne l'avait jamais été; et avec la nouvelle connaissance que nous avions alors acquise de la contrée où nous étions, et la possibilité que nous avions d'y voyager, il nous parut enfin certain que la solution de ce problème nous était réservée; que nous triompherions de toutes les difficultés, et que nous planterions le pavillon britannique sur le pôle nord , le but de tant de travaux et de tant d'efforts.

D'après les observations des navigateurs qui nous avaient précédés, la situation de ce lieu important avait été calculée, comme l’événement le prouva, avec beaucoup plus de précision qu'on n'aurait pu s’y attendre. A l’époque de notre départ d'Angleterre, on le présumait situé sous 70° de latitude septentrionale, et 98° 30! de longitude occidentale : il paraissait donc que, dans le cours de mon voyage sur terre à l'ouest en 1830, je m'étais trouvé à dix milles de

Gobdta NALAE Es

he nn Rat

l'endroit indiqué, lorsque j'étais près du cap Felix. Mais comme je n'avais pas alors les instrumens nécessaires, Je n'avais pu rien faire pour vérifier le fait; et j'eus la mortification d'être obligé de retourner au vaisseau à l'instant où, comme je le croyais, j'étais sur le point d'accomplir ce qu'on désirait depuis si long-temps.

Cependant nous étions forcés de passer un

autre hiver dans notre vaisseau, à peu de distance de la place que nousavions occupée l'année précédente ; ce qui me fit espérer que, pendant le printemps, je serais en état d'examiner cet endroit plus en détail. Dans cette vue, je fis pendant l’hiver une suite d'observations magnétiques , et je réussis ainsi à fixer la situation du pôle d’une manière qui me parut beaucoup plus exacte qu'on ne l'avait fait jusqu'alors. L’inclinaison de l'aiguille dans le lieu où je faisais mes observations excédait 89°, ce qui était une approximation de distance plus voisine de la vérité qu'on n'en avait encore trouvé.

Je continuai ces observations presque jusqu'au moment de mon départ du vaisseau, pour un voyage qui n'avait d'autre but que celui dont je viens de parler. Je partis le 27 mai, ayant été. accompagné par le capitaine Ross jusque sur les bords de l’Océan occidental, où il me quitta pour retourner au navire par Neitchillee.

Malheureusement le temps devint si défavorable que je ne pus continuer mes observations

mai.

28 mai.

magnétiques, et cet état de choses contrariant dura pendant presque tout notre voyage en traversant le pays. Nous fûmes pourtant obligés de continuer à marcher , car il était impossible d'attendre un meilleur temps, quand le nombre de jours dont nous pouvions disposer était limité par nos provisions. Le même jour, à trois heures après midi, nous traversâämes le bras de mer dans lequel se jette la rivière de Stanley, et nous voyageâmes par terre en nous dirigeant vers l'oucst jusqu’à huit heures du matin du lendemain. Nous fümes alors obligés de faire halte, quatre de nos hommes étant attaqués d'ophthalmie, par suite de la cause ordinaire qui la produisait. Nous n'avions fait que dix milles, et nous campâmes sous la latitude de 69° 34 45" et la longitude de 94° 54 23".

Un iütervalle de beau temps me permit de faire quelques observations tres-satisfaisantes, par le moyen desquelles je trouvai que l’inclinaison magnétique avait augmenté jusqu'à 89° 41" nord, et que la pointe septentrionale de l'aiguille horizontale se dirigeait vers le nord 57° ouest. Grace à ces observations, je pus donc déterminer la direction que nous devions suivre, et Ja distance qui existait entre nous, et le but si désiré que nous avions en vue , du moins autant que cette distance pouvait se déterminer d’après nos instrumens, et suivant des calculs basés sur ce qu'ils avaient indiqué. Je n'ai pas besoin de

“ant trais de sible bre

ité 1res mer ous vers idelte, ph- 1 la les ,

dire combien je remerciai le Ciel d’un court espace de beau temps qui servit d’une part à nous mettre sur la bonne voie, et de l’autre à encourager ceux de nos hommes qui étaient fa- Ligués ou malades, en leur montrant que le terme de leurs fatigues n’était pas éloigné.

Cependant, par intérêt pour eux, et dans la vue de leur donner quelque repos et de leur inspirer un nouveau courage, je résolus de rester en cet endroit le reste de la journée, et d'y réitérer mes observations. J'acquérais ainsi moi-même plus de certitude que nous marchions dans la direction convenable, d'autant plus que je ne pouvais désormais espérer aucun aide de l'aiguille horizontale.

Ce ne fut donc que dans la soirée de ce jour que nous nous remîimes en route. La côte en cet endroit inclinait à l’ouest, et nous suivimes une rive basse formée de pierre à chaux , ce qui termina une marche d'autant plus laborieuse que deux de nos hommes étaient hors d'état de nous aider. Nous étions alors sous la latitude de 69° 4o' 27" et la longitude de 95° 22 35”. Je ne pourrais parler de la structure géologique de cette partie du pays que pour répéter ce qui a déjà été dit plusieurs fois; je supprimerai donc les notes que j'avais prises sur ce sujet dans le temps. Le résultat en est que je trouvai la terre, partout où je l’examinai, formée des mêmes rocs primaires que nous avions vus si souvent bordés

Se es

h HA [a La P

x FREE EE

de

?9 mai.

30 mai,

ou couverts de la couche ordinaire de pierre à chaux stratifiée.

La soirée était très-froide quand nous nous remîimes en marche à neuf heures; le thermomètre descendit à zéro peu après minuit, et nous avions en face un vent très-vif venant du nordouest. Nous n’en persistâmes pas moins à câtoyer la terre, examinant toutes les criques et tous les havres que nous rencontrions, au prix d’une grande dépense de temps et d’un accroissement considérable de fatigue.

Après avoir fait environ douze milles en droite ligne, nous nous arrêtâmes enfin, le 30 mai à huit heures du matin, sous la latitude de 69° 46' 25" et la longitude de 95° 49° 11. Nous repartimes à neuf heures et demie du soir; mais un brouillard épais, accompagné de temps en temps d'une giboulée de neige , me força à suivre tous les détours de la côte, afin de compléter la reconnaissance que je ne pouvais faire autrement par un pareil temps. Cependant , peu après minuit, le temps s’éclaircit; je montai sur une pointe de terre très-élevée, d’où je pus reconnaître parfaitement le bras de mer qui, aussi loin que la vue pouvait s'étendre, offrait une surface de glace unie à la place des masses irrégulières qui y étaient amoncelées quand j'avais passé sur la rive opposée dans le mois de juin de l’année précédente. C'était une preuve que , du moins dans la dernière partie de

hubse = 2 À -

re à l'été précédent, ce bras de mer avait été libre de glaces, et par conséquent que nous aurions nous pu alors y naviguer , si nous avions été en cet MO- endroit. Je n'ai pas besoin de dire combien nous nous regrettâmes tous cette circonstance. Au lieu ord- d’avoir à faire une marche pénible, accompaoyer gnée du risque de manquer de vivres, nous autous | rions été comparativement à l'aise sous tous les ‘une rapports, et j'aurais pu alors non-seulement nent continuer mes recherches commodément et sans danger, de manière à déterminer la situation roite exacte du pôle , mais j'aurais en outre été à porai à iée de suivre les côtes d'Amérique vers le cap > 69° Turnagain, beaucoup plus loin qu'il ne me fut s re- | permis de le faire. Nous fimes halte à huit heures ais du matin, le 31, après avoir fait treize milles. 31 mai s en Nous étions alors à quatorze milles du pôle, ivre suivant mes calculs, et mon empressement nc er Ja me permit de faire ni d’endurer rien qui püt tre- retarder mon arrivée en ce lieu si désiré. Je répeu solus donc de laisser en arrière la plus grande ntai partie de notre bagage et de nos provisions, et pus de ne prendre avec nous que ce qui nous était Lui, strictement nécessaire, de crainte que le mauof- vais temps , ou d’autres accidens, ne nous arrédes tassent, ou que des circonstances imprévues, lées encore plus fâcheuses, ne m'ôtassent toute poss le sibilité d'exécuter un projet que j'avais tant à une Î tend de : Le fardeau dont nous étions chargés se trou.- : [TE 20

NT ge = = £ £ nr me us = - - TETRE ETS he Cr, oué es va RE re * nu as "es En on Te RE MA,

ne

is Œ

4‘juin,

vant ainsi considérablement allégé, nous commencâmes une marche rapide; et, déployant toutes nos forces pour la continuer, nous arrivâmes , le 1° juin, à huit heures du matin, à l'endroit désiré. Je crois que je dois laisser aux lecteurs le soin de se figurer les transports que nous éprouvâmes en nous trouvant enfin sur le lieu qui était le grand objet de notre ambition. C'était presque comme si nous eussions accom pli entièrement le but d’un si long voyage; comme si tous nos travaux eussent été terminés, et qu'il ne nous restât qu’à retourner dans notre patrie pour y étre heureux le reste de nos jours. Ce ne fut que quelque temps après que nous songeâmes que nous avions encore beaucoup à faire, beaucoup à endurer. Cette pensée ne s’offrit pas alors à notre esprit, et si elle s’y füt préseutée, nous l'aurions repoussée, dans l’état d’exaltation où nous nous trouvions. Nous étions heureux , et nous désirions l'être le plus longtemps possible.

La terre, en cet endroit, est très-basse pres de la côte; mais elle s'élève en chaînes de cinquante à soixante pieds de hauteur , à environ un mille de la mer. Nous aurions désiré qu’un lieu si important eût été empreint de quelque signe remarquable. Qui pourrait blamer en nous le regret de ne trouver aucune montagne qui pût indiquer un emplacement auquel tant d'intérêt doit à jamais s'attacher ?

Page 1