‹ Relation du second voyage fait à la recherche d'un passage au nord-ouest [microforme]Chapitre 75 sur 121 · RS PT PR PME PR D · texte numérisé non relu

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encore à présent, et par conséquent ce qui réclame l'attention de ceux qui ont le pouvoir d’encourager des travaux de cette nature, j'exprimerai le désir, si je n’ose me livrer à l'espoir, que la même nation qui a déjà porté si loiu ses découvertes, que la Grande-Bretagne, qui a déjà établi sa suprématie dans les recherches scientifiques et géographiques, ne les abandonne pas aujourd’hui pour laisser les autres recueillir la moisson qu'elle a semée. Notre voyage et les résultats qu'il a eus, ont prouvé qu'il est beaucoup plus facile qu'on ne le supposait d'arriver à l'endroit où doivent être faites les observations nécessaires; de sorte que la plus grande diificulté a disparu, et que la meilleure excuse qu'on pouvait alléguer n'existe plus.

Le principal objet de notre excursion ayant ainsi été accompli, ei d’une manière plus satisfaisante que nous n’aurions pu nous y attendre, comme en moins de temps que nous ne devions l’espérer , je désirai étendre notre connaissance du pays du côté du nord aussi loin que nous le permettraient le temps dont nous pouvions disposer, et l’état de nos finances, si je puis donner ce nom à nos provisions. Malheureusement cette dernière considération ne me permettait pas de donner plus d’un jour à l'exécution de ce projet. Je ne pouvais m'empécher de souhaiter que nous eussions eu les moyens de voyager plus Jlong-temps; mais,

comme dans toutes les autres occasions semblables, il était inutile de regretter ce qu'il était aussi impossible de prévenir que de changer.

Que ne peut-on vivre sans nourriture! c'était un désir qui ne manquait jamais de s'offrir à notre esprit dans toutes les occasions de cette nature.

Laissant donc mes hommes dans leur petit camp de neige, sous les ordres de Blanky, je partis avec Abernethy à onze heures de la nuit, nuit qui, à cette époque, ressemblait beaucoup au Jour, et nous suivimes la côte, qui en cet endroit s'étend vers le nord. Marchant d’un pas

rapide, nous arrivâmes à trois heures du matin ? juin.

à une pointe tres-élevée. Nous n'osâmes aller plus loin, pour les raisons que je viens de donner ; mais de là nous vimes la côte s'étendre au ncrd jusqu’à la distance de dix à douze milles; et j'en conclus qu'elle suivait probablement la même direction jusqu'au cap Walker sous la latitude de 74° 15’. Nous y élevâmes un monticule de pierres pour marquer les dernières limites de nos recherches de ce côté; et retournant sur nos pas, nous rejoignimes nos COompagnons à huit heures du matin.

Pendant notre absence, ils avaient fait un trou dans la glace pour en examiner l'épaisseur, et elle se trouva de six pieds huit pouces. Nous avions remarqué que le temps de la haute marée était à midi un quart, et qu’elle montait et baissait d'environ trois pieds.

3 juin.

Nous n'avions pas été plus d'une heure dans notre hutte, quand le vent tourna au sud, couvrit le ciel de nuages, et nous amena de la neige; ce qui fit remonter le thermomètre au point de congélation. Nous n'avions donc plus à souffrir du froid, mais nous eümes à supporter un inconvénient qui ne nous tourmenta guère moins, car cette température et la chaleur de nos corps faisaient fondre la neige qui nous couvrait, et qui tombait sur nous en grosses gouttes. Le vent prit alors beaucoup de force, mais il se modéra vers onze heures, et nous nous mimes en marche pour retourner au vaisseau.

Nous avions d'excellentes raisons pour partir avec hâte, car nous partions sans avoir soupé, etil ne nous restait rien à manger jusqu'à ce que nous fussions arrivés à l'endroit où nous avions laissé notre bagage et nos provisions , priant le Ciel, chemin faisant, et non sans bonne cause, que quelque ours affamé ou quelque Esquimaux encore plus vorace n’eût pas découvert un dépôt dont dépendaient tant de déjeuners et de soupers futurs. Nous y arrivämes le lendemain à trois heures du matin, et nous le trouvâmes intact.

Le vent avait recommencé , et il finit par devenir un ouragan, chassant avec violence une telle quantité de neige , qu'il était impossible de penser à se mettre en marche pour le moment.

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Ce ne fut que le quatre, à une heure du matin, , suis

qu'il se modéra assez pour nous permettre de partir. Comme nous avions examiné toute cette partie de la côte, en venant, rien ne nous empéchait de nous en retourner avec toute la rapidité dont nous étions capables. Nous arrivâmes ainsi à notre ancien campement , le 5, à dix

heures du matin. $ juin,

Nous avions alors moins de motifs que jamais pour nous arrêter. Nous avions vu tout ce qu'il y avait à voir sur cette ligne de côte, et nous avions fait tout ce qu’il y avait à faire. Nous marchâmes donc sans interruption pendant deux jours, et je ne fus pas fâché de pouvoir me dispenser de consigner sur mon journal des remarques sur des choses qui avaient depuis long-temps cessé de m'intéresser, et dont la répétition fréquente, tant par le capitaine Ross que par moi, a dù souvent paraître fastidieuse au lecteur, quoiqu'il nous füt indispensable d’en faire mention.

Je dois pourtant dire que, dans la matinée du 6 juin.

6, nous campâmes au même endroit où l’ophthalmie de quelques-uns de mescompagnons nous avait forcés à faire halte. J'y répétai les observations magnétiques que j'y avais faites à cette époque ; etle résultat m’en confirma l'exactitude, fait dont il était si important de m'assurer. J'y trouvai aussi l’occasion d'examiner mon chronomètre , et je fus d'autant plus charmé de voir qu'il continuait à aller régulièrement , que c’é-

8 juin.

tait d'après cette montre que j'avais déterminé les longitudes sur la côte que nous venions de quitter.

À neuf heures du soir, nous traversâmes le bras de mer pour en gagner la pointe située au sud-est; mais la glace y étant très-raboteuse , et quelques uns de nous étant épuisés de fatigue, nous ne pûmes y arriver que le 7, à sept heures du matin. A deux heures du matin, le thermomêtre n'était qu'à 4° au-dessus de zéro, froid que nous n'avions pas encore éprouvé à cette époque de l'année.

À sept heures du soir, nous nous mîmes en marche vers Neitchillee, nom qui doit être maintenant bien connu du lecteur ; ayant choisi cette route pour retourner au vaisseau. Le lendemain matin de bonne heure, nous trouvâmes une troupe nombreuse d’'Esquimaux rassemblés à environ trois milles à l'ouest du cap Isabelle. Is y étaient très-occupés à pêcher deux espèces de morue , qu'ils prenaient au moyen de quelques trous qu'ils avaient faits dans la glace , et ils nous dirent que cette pécherie était très-bonne. Ils consentirent sans difficulté à nous vendre du poisson, ce qui nous fit d'autant plus de plaisir à tous, que depuis quelques jours nous étions à portion congrue tant pour la quantité que pour la qualité de nos alimens.

Après nous être reposés une couple d'heures, nous marchâmes vers le cap Isabelle, et nous

campâmes à huit heures du matin. Pendant cette marche, il survint un épais brouillard qui la rendit plus laborieuse , et qui nous mit plus d'une fois dans le cas de douter si nous étions sur la vraie route. Nous endurâmes cette fatigue de corps et d'esprit le mieux qu'il nous fut possible , dans l'espoir que nous aurions le lende-, main un meilleur temps. Nous partimes dès que cela fut praticable , c’est-à-dire à six heures du matin, et nous fimes halte près de Padliak, trouvant impossible d'aller plus loin à cause de l'épaisseur croissante du brouillard.

Vers midi, nous vimes se dissiper ces horribles vapeurs qui, déjà assez désagréables dans un pays bien connu, sont encore cent fois pires au milieu des obstacles qu’une surface de glace et de neige présente à chaque pas, etquand on n’a d'autre guide qu'une boussole, Un temps superbe y succéda; le soleil brilla, et ses rayons prirent tant de force que nous trouvâmes de l’eau en abondance dans des mares formées par la neige qui se fondait sur les montagnes. Les lecteurs seront peut-être surpris du plaisir avec lequel nous bûmes de cette eau ; mais ils le seront probablement encore davantage en apprenant que c'était la première fois de cette année que nous en buvions sans avoir été obligés de faire fondre de la neige, quoique nous fussions si près du cœur de l'été. Si ce fait ne suit pas pour donner une idée de la nature de ce climat détes-

10 juin.

41 juin.

table, je ne sais ce qu'il est possible de dire.

A dix heures du soir, nous suivimes la vallée de Padliak, et nous arrivämes vers minuit au grand lac du milieu , dont la description a déjà été faite. En côtoyant alors la rive méridionale jusqu’à dix heures du matin, nous nous arrêtâmes sur la pointe septentrionale d’une petite crique , où nous fimes lever quelques gélinottes , et où nous vimes plusieurs rennes poursuivis par un loup.

A dix heures du soir, suivant notre plan, qui faisait avec avantage de la nuit le jour, nous dirigeâmes notre marche vers le boutde ce lac, pour nous assurer sil existait quelque rivière communiquant avec le lac voisin, et portant ainsi à la mer le superflu de cette masse d’eau. Nous en trouvâmes une, et nous établimes ainsi en fait ce qui n'avait été pour nous jusqu'alors qu'une conjecture.

Le 11, à trois heures du matin, nous arrivâmes à un endroit qui nous était bien connu, puisque nous y avions fait halte plus d’une fois pendant nos expéditions précédentes ; mais il avait alors un aspect tout différent de celui qu'il nous avait présenté ce même jour l'année précédente. Au même endroit alors nous avions été obligés de faire deux milles, ayant de l’eau jusqu'aux genoux, pour traverser le haut de la baie de Shag-a-voke; maintenant tout y était glace solide, et l'on n’y voyait nulle part ou une seule goutte d’eau, ou aucun indice annoncant le com-

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mencement du dégel. Est-il croyable que, dix jours avant la Saint-Jean , nous fussions encore au cœur de l'hiver; que cet hiver existät presque au milieu de l'été, et qu'il füt plus rigoureux que ceux que voit ordinairement le mois de janvier dans notre pays?

Ce ne fut pas peu de satisfaction pour des hommes épuisés de fatigue et dont l'estomac était vide, que de trouver sur la rive opposée quelques provisions que le capitaine Ross y avait déposées pour nous. Après en avoir pris possession, nous traversâmes les deux lacs suivans, et nous fimes halte, à six heures du soir, près de l'extrémité de la baie dans laquelle leurs eaux se déchargent.

Un vent impétueux venant du sud-ouest nous 12 juin.

y retint le jour suivant jusqu'à midi. Comme il commencoit alors à se modérer, nous fümestentés de profiter de ce moment de répit pour subir les fatigues de notre dernière journée, car nous pouvions arriver au vaisseau sans faire une nouvelle halte. Mais cette tentative ne nous réussit pas : le vent redoubla de violence ; il chassait la neige de manière à nous aveugler. Nous fûmes donc obligés, en dépit de nos désirs et de nos

efforts, de nous arrêter le lendemain à neuf 13 juin.

heures du matin. C'était pour nous un contretemps extraordinaire. Dans d’autres occasions, nous avions été aussi fatigués, aussi dépourvus de vivres, aussi empressés de revoir nos compa-

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