‹ Relation du second voyage fait à la recherche d'un passage au nord-ouest [microforme]Chapitre 82 sur 121 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

Journal de juillet. — Sommaire de ce mois,

La matinée fut froide et orageuse, et nous 1" juitl. l: continuâmes à avoir de forts coujs de vent | toute la journée suivante ; le thermomètre des- 2 juin. cendit à 31°, et l’air fut extrêmement froid. I1 tomba de la neige à neuf heures, et le vent se modéra. Le commandant Ross partit avec quelques-uns de nos hommes pour aller à la chasse, | et il rencontra une réunion de cinq familles de naturels qui nous étaient inconnues, à l’excep- \ | tion d’une seule , qui était venue une fois à bord dans l’été précédent. Ils dressèrent leurs tentes pour la nuit; cinq hommes accompagnèrent le commandant Ross quand il revint au vaisseau , et ils poussèrent de grands cris en arrivant, comme l'avaient fait nos anciens amis, Ils avaient enteudu parler de nous à Neitchillee, et ils venaient dans le dessein d'échanger quelques vé-

D34 temens contre des objets plus précieux à leurs yeux.

Nous eûmes à leur montrer toutes nos merveilles, comme à l'ordinaire, et cette vue produisit sur eux l’effet qu’on devait en attendre. Ils avaient entendu dire que nous avions les portraits d'hommes demeurant plus au nord.

Jamais ils n'avaient vu un vaisseau, leur demeure ordinaire étant à l’ouest d’Akoolee. Chacun d’eux recut en présent un morceau de

cercle de fer, et ils nous promirent de revenir le lendemain avec leurs femmes et leurs familles, et de nous apporter les objets qu'ils avaient à échanger.

1] gela si fort pendant la nuit, qu'il se forma une glace d’un pouce et demi d'épaisseur près du vaisseau. Il y eut plusieurs giboulées de neige dans la matinée, et le vent fraîchit dans la soirée. Peu de temps après le service divin, les naturels arriverent, formant une nombreuse réunion d'hommes, de femmes et d'enfans. Ils avaient bonne mine, pour des Esquimaux, et ils se comportèrent bien; mais ils ne nous apportaient, comme objet d'échange, qu'une paire de pantalons de peau de veau marin. Tous furent admis à bord du navire, et aucune femme ne partit sans avoir recu quelque présent, notamment quelques-unes de ces petites caisses d'étain, dont les Esquimaux faisaient grand cas. Les maris parurent particulièrement charmés

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de cette marque d'attention pour leurs femmes.

On serait réellement tenté de croire que ce peuple possède quelques-uns de ces sentimens de galanterie, ou de chevalerie, comme on les à appelés, qui ont été supposés particuliers aux peuples et aux hommes les plus policés. Chacun sait combien ces sentimens sont rares parmi « les sauvages » du monde entier; chaëun sait que leur conduite y est en opposition constante, notamment dans la plupart des îles de l'Océan méridional, et surtout dans l’Australie. Si nous sommes bien informés, plusieurs tribus d'Esquimaux dans l'Amérique septentrionale ne traitent pas leurs femmes mieux que les Australiens ; et si la manière d’agir à l'égard des femmes varie dans diverses tribus des Indiens à peau rouge de cette partie du continent, la balance penche de beaucoup vers ce mélange d’indifférence et de sévérité qui caractérise généralement la conduite de l’homme envers la femme dans l’état sauvage.

D'où vient donc la différence qui distingue également les tribus d'Esquimaux de la Boothia, et celles qui habitent le Groënland? Nous ne pouvions nous dissimuler que nous étions enclins à les voir sous l'aspect le plus favorable, mais nous ne pouvions nous tromper sur Îles faits. Si ce que nous entendions dire des devoirs et des occupations des femmes semblait à des

oreilles européennes devoir conduire à une autre

conclusion, il faut se rappeler que c'est le résultat d'un système différent de « la division du travail. » Dans leur état de société, les femmes

ne peuvent rester oisives, et les hommes n'ont pas le loisir de se livrer à cette espèce d'idolâtrie qui ferait du beau sexe un objet d’admiration ou de plaisir. Il faut que chacun travaille, ou Ja plupart manqueraient de vivres. Mais il faut dire aussi que les femmes y réclament comme un droit la tâche qui leur est assignée comme un devoir; de même que sur plusieurs parties des côtes de la France et de la Hollande, les femmes prétendent avoir le privilége exclusif de porter sur leurs épaules dans la mer les voyageurs qui vont s'embarquer ou qui arrivent; et si quelque homme s’avisait de le leur contester, elles résisteraient à l’aide de ces armes dont leur sexe sait si bien se servir.

On a dit que ce système de galanterie est le caractère particulier, sinon exclusif, des nations dont le gouvernement est monarchique ou despotique, comme c'était celui de cette singulière espèce de despotisme qui constituait le système féodal. Nous pourrions en appeler aux républiques de l’ancienne Grèce pour prouver la théorie contraire; mais est-il quelqu'un aujourd’hui qui ne soit prêt à citer, d’une autre part, les États-Unis de l'Amérique, où les idées de démocratie, faisant nécessairement de tous les hommes des tyrans, condamnent les femmes

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DST fi à un abandon, qui approche de l'oppression autant qu'il est possible dans un pays où les mœurs européennes sont adoptées jusqu’à un | certain point. Mais cette théorie n’est point applicable au bienheureux pays dont je parle, car il ne s’y trouve pas plus d’aristocratie que ï de gouvernement, de sc.te que je dois laisser à d'autres le soin de résoudre ce problème.

Lesmêmes Esquimaux nous apportèrent dans 4 jun. | hi) la matinée des vêtemens et quelques autres di bagatelles, et ils s’en allèrent en nous promettant ai À de revenir le lendemain avec des veaux marins a et du poisson. Ce jour-là et le suivant il tomba ; ,;n de la neige, et le thermomètre descendit encore j

au point de congélation pendant la nuit. Dans la matinée les naturels revinrent. Ils nous infor-

mérent qu'ils allaient pêcher dans le lac et dans À

la rivière où nous avions acheté du poisson k L4 L4 L4 11 Î

l’année précédente. Le commandant Ross leur \

promit de les y accompagner.

Le brouillard et la neige continuérent; mais 6 fui. quand nos officiers arrivèrent aux huttes des naturels , ils les trouvèrent détruites, et ils virent par leurs traces qu'ils étaient allés du côté de Neitchillee. Nous ne pûmes conjecturer la cause de ce changement survenu dans leurs plans. Un de nos enseignes découvrit une portée de renards. Il avait tué le mâle, et quelques hommes étant allés en cet endroit le lendemain , matin, tuèrent la femelle, et rapportèrent six ITR

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juil.

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