‹ Relation du second voyage fait à la recherche d'un passage au nord-ouest [microforme]Chapitre 85 sur 121 · SA · texte numérisé non relu

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Le commandant Ross arriva , et nous dit que ses hommes, divisés en deux détachemens, étaient en route pour revenir avec cinq cents poissons, et qu'il en restait encore autant à rapporter de l’île. Ils en avaient pris en totalité 5,067; mais ils avaient été obligés d’en abandonner trois mille aux naturels, la glace, en se brisant, les forçant à quitter leur position. A cinq heures, le premier détachement arriva, ayant laissé le traîneau à deux milles de distance ; un d’entre eux s'était trouvé malade , et les autres n'avaient pu tirer le traîneau plus avant. Le second détachement arriva à huit heures, apportant trois cents poissons, et ramenant sur le traineau Buck, dont la maladie était une attaque d’épilepsie. Dans la soirée, les deux traîneaux repartirent pour l’île afin d'en rapporter la barque, le filet et le reste des poissons.

Le thermomètre pendant la nuit ne descendit qu'à 36°; et le lendemain fut le jour le plus chaud que nous eussions encore eu, la température à midi étant de 5o°, et la moyenne des vingt-quatre heures, de 41°. A huit heures du matin, un des traîneaux arriva avec le filet, la barque et les tentes, et 350 poissons. Apprenant que deux des hommes appartenant à l'autre lraîneau étaient épuisés de fatigue , j'en envoyai deux autres pour les remplacer , et tous furent de retour à dix heures. Le thermomètre, le sa-

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medi à minuit , était à 41°. Jamais il n'avait été si haut à une pareille heure.

Le repos du dimanche nous fut singulière- 51 suill. ment agréable. La glace était enfin dans un tel état de dissolution, que nous ne pümes aller du vaisseau à terre qu’à l’aide d’une barque. Cependant il s’en fallait de beaucoup que la baie en füt dégagée autant qu'elle l'était à la même époque de l’année précédente, et la fonte en pleine mer était encore moins avancée. Enfin le mois se termina par un beau temps; on ne voyait pas un seul nuage «aand le soleil se coucha à minuit.

La comparaison de la température moyenne de ce mois avec celle du mème mois de l’année précédente, prouve qu'il avait été plus froid de 7°; car elle était de 37° au lieu de 44°. En 1830, la chaleur la plus forte avait été de 70°; elle n'avait été que de 5o en 1331. Cependant le plus grand froid ne différait que d'un degré, étant de 32° dans la première année, et de 31° dans la seconde.

Nos hommes 2vaient eu beaucoup d'ouvrage pendant ce mois pour mettre le vaisseau en état de partir, et ils avaient eu un travail additionnel pour transporter et préparer le poisson. La fatigue avait causé parmi eux quelques indispositions, qui ne furent pas de longue durée.

Taylor, qui avait eu une partie du pied ampu-

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tée, commençait à se guérir. Le plus malade

était l’homme qui avait eu un accès d’épilepsie ; mais comme il n’avait pas eu de rechute depuis son retour, nous espérâmes qu'il se passerait bien du temps avant qu'il en éprouvât une autre attaque.

La pratique avait rendu nos hommes meilleurs chasseurs , et nos succès en ce genre avaient été en croissant. Comme tout le gibier était mis en masse pour être ensuite réparti entre toutes les tables , il en résultait une variété très-utile dans la nourriture.

Nos succès à la pêche ne nous dédommagerent pas seulement du désappointement que les naturels nous avaient fait éprouver, ils leur avaient encore été très-utiles à eux-mêmes. Nous avions découvert que les saumons arrivaient, lors de Ja rupture de la glace , en plus grande quantité que nous ne J’avions pensé; car, en entrant dans l'eau sur le bord de la ligne qu'ils y suivaient , les naturels réussissaient à les pousser dans les petites mares qui bordaient le rivage, et même à les jeter sur la terre. Ilest évident que, malgré ce que les veaux marins peuvent en dévorer, les saumons pe sauraient avoir un grand nombre d'ennemis dans ces parages ; et dans le fait, on peut dire la même chose en général de toutes les côtes septentrionales où ce poisson abonde.

En nous accompagnant pour la première fois à la pèche, les naturels avaient vu l'usage que nous fuisions de notre filet, et, ce qui n'arrive

pas toujours à ceux dont l’amour-propre est proportionné à leur vanité, ils en avaient pleinement reconnu les avantages. Cela nous engagea à prendre la peine de leur apprendre la manière d'en fabriquer, quoique nous ne fussions pas bien sûrs que les matériaux auxquels ils sont bornés pusseant leur fournir les moyensd’en faire qui pussent leur être très-utiles. Si pourtant ils y réussissent , nous leur aurons appris un art précieux, qui est pour eux de la première importance, et qui peut améliorer leur condition plus que tous les outils et toutes les matières premières que nous leur avons donnés ou vendus.

Nous avions tiré de nos communications avec eux, au milieu de nos souffrances , une consolation dont le souvenir est plus durable et plus agréable que celui des avantages que nous avait procurés notre trafic avec ce peuple. Nous ne leur avions pas vendu de rum;, nous n'avions introduit parmi eux aucune maladie ; nous n'avions rien fait qui püt tendre à corrompre leurs mœurs, à nuire à leur santé, à les rendre moins vertueux et moins heureux que nous ne les avions trouvés. Ils n'avaient appris de nous rien qui püt les rendre mécontens de leur condition présente et inévitable : au contraire, nous avions tout lieu d'espérer qu'ils profiteraient de notre exemple pour imiter l’industrie qu'ils nous avaient vus déployer en bien des circonstances : qu'ils tireraient parti des objets utiles que nous

leur avions distribués ; et qu'ils amélioreraient ainsi leur situation, autant qu'elle était susceptible d'amélioration.

Nous pouvions regretter de n’avoir pu leur donner aucune instruction religieuse ou morale ; mais nous ne pouvions nous reprocher de n’avoir pas entrepris une tâche que rendaient impossible la nature restreinte de nos relations avec eux et la connaissance très-imparfaite que nous avions de leur langue. Nous fimes à ce sujet la seule tentative qui füt en notre pouvoir, en cherchant à instruire un de leurs jeunes gens, et j'ai déjà dit comment elle échoua. Quand les navigateurs , en général , ont causé tant de maux aux tribus sauvages qu'ils ont rencontrées, nous avions du moins à nous féliciter de cette sorte de conduite négative ; et maintenant que nous sommes de retour dans notre patrie , et que nous ne reverrons plus ce peuple, nous pouvons penser avec plaisir à ce quenous n'avons pas fait, et même à ce que nous avons fait; nous pouvons même nous livrer quelquefois au rêve que si la | même tribu revoit un jour des Européens , notre mémoire s'y sera conservée, et peut-être avec À une renommée aussi mystérieuse que celle qui illustre le nom de Manco-Capac.

Les principales observations que nous fimes dans le cours de ce mois, eurent rapport à la réfraction terrestre. Les autres furent continuées comme de coutume quand le temps le permet-

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SAT ‘il, Nos collections d'histoire naturelle furent augmentées.

Nous étions encore complétement bloqués, quoique le canal que nous nous étions préparé parût devoir bientôt s'ouvrir. La baie était encore pleine de glaces et la mer en était entierement couverte. À la même époque de l’année précédente, les glaces y étaienten mouvement, et l'on voyait dans la baie un grand espace d’eau libre

Le nombre de saumons transportés à bord fut de 2,836. Trois cents autres y furent encore apportés ensuite, mais il n’y en avait que lrentesix qui fussent en bon état , et le reste fut donné aux chiens.

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