‹ Relation du second voyage fait à la recherche d'un passage au nord-ouest [microforme]Chapitre 86 sur 121 · CHAPITRE XLVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVI

Journal d’août. — La Victoire sort de son havre. — Tentative pour longer la côte. — Les glaces forcent le vaisseau à entrer dans un autre havre. — Résumé du mois d'août. — Journal de septembre. — Résumé de ce mois,

Le temps fut beau . Un détachement alla chercher le reste du poisson, et revint dîner à bord. Le vaisseau, depuis long-temps, donnait à la bande à tribord d’une manière fort incommode. On coupa la glace tout autour du vaisseau , et il se redressa. Le lendemain, il y eut une réfraction très - extraordinaire, et le jour suivant nous eûmes un vrai temps d'été. La glace céda près du vaisseau , et il avanca de la moitié de sa longueur. Il y eut une forte pluie le jour d’après, et nous nous amarrâmes à une grande montagne de glace qui était près de nous.

Le temps fut plus froid le 5 ; on rapporta la poudre à bord , et l’on répara une des barques. Le lendemain, quelques-uns de nous étant à

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terre, virent pour la première fois les glaces en mouvement au nord-est. Il y avait un espace d’eau libre qui semblait s'étendre depuis les iles qui étaient derrière la montagne du côté du sud. Le dimanche, cet espace s’était considérable- ; août. ment agrandi , et il s’augmenta encore le lende- 8 oût. main. On voyait distinctement que les glaces étaient en mouvement, quoiqu'elles fussent encore en masse serrée; le jour suivant la montagne de glace qui était près de nous se fendit et se renversa, et nous fümes obligés de nous amarrer à une autre.

Le vent resta au nord, mais il n’y eut Pas 40 août. d'autre changement dans la glace ; le temps était à la pluie et il fit du brouillard. Le lendemain 11 août. n'offrit guère de différence ; mais nous avancâmes tant soit peu, et nous pümes placer le Krusenstern bo: d à bord. 11 n’y eut aucun changement le 12, mais nous vimes arriver une troupe de 49 soi, naturels, parmi lesquels se trouvaient quatre de uos anciens amis et six étrangers. Ils étaient à pécher à deux journées de distance, et ils nous promirent de revenir dans deux jours et de nous apporter quelques peaux : nous fimes aux nouveaux venus le présent ordinaire d'un fragment de cercle de fer.

Ils revinrent le lendemain au nombre de vingt-,, 4, trois, hommes, femmes et enfans, et nous les régalâmes d’un dîner composé de poisson et de graisse de veau marin. Nous leur achetâmes

quelques vêtemens, et nous les accompagnämes jusqu’à leur tente ; leur société était pour nous une distraction, au milieu de notre disette de tout amusement et de toute variété.

Est-il quelque chose qui puisse mieux peindre notre dénuement complet de tout ce qui peut intéresser les hommes que cet aveu , que nous trouvions un soulagement à la monotonie de nos pensées, une liversion à l'ennui sans cesse renaissant d’avoir à enregistrer chaque changement du thermomètre, du vent, du temps, de la marée et des glaces, — un répit à la fatigue de travailler aux barques et aux agrès du navire, et même de manger, — dans la conversation de ces êtres gorgés de graisse et d'huile, dont nous pouvions à peine comprendre le langage, mais dont je crois que les idées bornées se faisaient aisément comprendre sans le secours d'aucune langue ? Et que personne ne suppose que nous n'avions pas senti tout cela, d'abord pendant des mois, et ensuite pendant des années, quoique je n'en aie point parlé, et que j'aie gardé le silence comme si nous ne l’eussions pas senti. Nous avions à souffrir le froid, la faim, la fatigue; et si nous ne sommes pas morts, si nous n'avons pas perdu quelque membre, comme cela est arrivé à d’autres dans de pareilles contrées, nous n'en avions pas moins à partager avec tout le monde toutes ces petites souffrances, toutes ces légères indispositions, qui figurent pour peu

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de chose dans l'histoire de la vie humaine, qui doivent encore moins figurer dans l’histoire d’une expédition comme la nôtre, et qui ne laissent pourtant pas d’être pénibles tant qu'elles existent. N'avions-nous pas eu assez d'inquiétudes , de soucis et de désappointemens? N’avions-nous pas éprouvé ce désir ardent de revoir notre patrie, nos parens, nos amis, désirs dont quiconque a fait un long voyage n’a jamais été exempt? Et qui aurait pu l’éprouver plus vivement que nous, qui ne pouvions manquer de songer bien souvent qu'il était possible que nous ne les revissions jamais? À toutes ces souffrances , il s’en joignait une autre qui les surpassait encore , — celle de manquer d'occupation de corp: et d’esprit; et — pourquoi ne le dirais-je pas? — de manquer de société et de variété. Aujourd’hui était pour nous comme hier, et demain devait être comme aujourd'hui. Au milieu de cette vie monotone, qui ne nous offrait aucun espoir de changement, est-il étonnant que les visites, même de sauvages, nous fussent agréables; et quelque chose peut-il démontrer plus fortement la nature de nos plaisirs, que l’aveu qu'elles étaient aussi délicieuses pour nous, que la société de Londres peut l'être au milieu du tourbillon de la capitale!

La nuit suivante, le thermometre tomba à 36° ; elle fut donc loin d'être chaude , et l’on peut bien juger qu'il ne survint aucun change-

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