‹ Relation du voyage de Son Altesse Royale le prince de Galles en Amérique [microforme]Chapitre 25 sur 69 · DS · texte numérisé non relu

DS

Après avoir reçu 1es adresses du collège, de la ville et du comté, le Prince monta dans la principale coupole de l’édifice, d’où lon découvre un horison presqu’illimité de champs couverts des plus belles récoltes et de bosquets d’érables, les montagnes isolées de Belæil et de Rougemont, le mont Johnson et les chaines éloignées du Vermont. A vos pieds coule l'Yamaska, la rivière des savanes ; deux ponts, celui du chemin de fer et un autre pour les voitures, le traversent à une petite distance du collége. A votre droite s’étend la Jolie petite ville avec ses jardins, ses arbres et ses parterres ; tout est paré des plus riantes couleurs ; le spectacle de l’activité moderne se mêle à celui de la vie rurale la plus antique, et fait rêver à la fois des fiévreuses agitations du commerce et de Pindvstrie, et de la calme et forte existence du cultivateur.

Eu laissant le collége, comme en laissant l’Université Laval et le monastère des Ursulines, S. A, R. dut emporter une haute opinion du clergé catholique du Bas-Canada et des nombreuses et florissantes institutions dont il a doté le pays.

Le college de St. Hyacinthe a été fondé par M. Girouard, en 1811. Le premier collège bâti par ses soins était, comme on peut bien le croire, très éloigné de la magnificence de Pédifice actuel. Ce dernier se trouva en etat de recevoir les élèves dans l’automne de 1853; la façade a 200 pieds et chaque aile 150 pieds ; Pédifice tout entier est en pierre et à trois étages. La bibliothèque a environ 12,000 volumes, le cabinet de physique et les collections d’histoire naturelle sont considérables. C’est en grande partie à cet établissement que St. Hyacinthe doit sa croissante prospérité. Cetie ville possède aussi un journal français et deux instituts littéraires.

De St. Hyacinthe le Prince se rendit à Sherbrooke. Cette ville est considérée comme Je chef-lieu de ce qu’on appelle les {ownships de l'Est. Ces townships ou cantons, qui occupent tout l’espace entre les anciennes seigneuries et la frontière des Etats- Unis, furent colonisés par es émigrés de la Grande-Bretagne ou des Etats-Unis. La populatic: française du Bas-Canada n’a come mencé à s’y établir que depuis quelques années ; mais elle y fait de rapides progrès.

La population de Sherbrooke, au dernier recensement, était de 3000 âmes, principalement anglaise où anglo-américaine ; les franco-canadiens y deviennent cependant chaque jour plus nombreux. Près de Sherbrooke se trouve l’Université appelée Bishop’s Colléve, établie sous la protection des Evêques de l’église anglicane, et dont les constitutions pourvoient à un cours classique du premier ordre. On a ajouté dernièrement à cette institution une école préparatoire ou high-schooi. Cette ville possède aussi un collége catholique, une acadérnie protestante, un couvent, dirigé par les Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame, et plusieurs autres écoles.

Del D D = D an PA e eu A VA = Q — A pa © ’ à = Le es

Ca 1 | L l j |

tm on 2 om mé ti tt tt ts tt té it mm em és dia Me

SE

Sherbrooke est un chef-lieu judiciaire et envoie un représentant au parlement. La ville s'étend au bord de la rivière St. François, à endroit où elle reçoit les eaux de la riviere Magos et sur les deux bords de cette dernière rivière. Les places de moulins y sont nombreuses et on èn a bâti un bon nombre ; il y a aussi plusieurs usines et manutactures. Il s’y imprime deux journaux anglais et il y a une bibliothèque publique.

Le Prince y arriva à deux heures de lPaprès-midi il y trouva une grande foule de cultivateurs, venus de tous les townships environnants, et fut reçu avec les plus grandes démonstiations de Joie et de respect. La ville avait fait la même toilette de verdure et de drapeaux que St. Hyacinthe.

Apres l’adresse présentée par le maire, M. Robertson, S. A. R. lat escortée jusqu’à la résidence de PHonorable M. Galt, ministre des finances, et sur la route son carosse fut littéralement remplie par une pluie de bouquets que les dames de Sherbrooke lançaient de leurs fenêtres. Le lever qui eut lieu immédiatement après, se fit sans l’étiquette ordinaire quant au costume de ceux qui étaient présentés, le Prince étant lui-même en habit de ville. Il y fut presenté une adresse par le Conseil de PUuiversité de Lennoxville. Un incident remarquable dans cette réception fut la réhabilitation dun officier de marine, M. John Felton, résidant dans cette ville et qui avait été autrefois injustement privé de son rang. On ue put voir sans une vive émotion la joie de cet ancien marin, compaguon d’armes de l’amiral Nelson, et cet acte de justice royale fut vivement applaudi. Après une collation prise chez M. le ministre des finances à laquelle se trouvait uu grand nombre d’inviiés, le Prince et sa suite repartirent pour Montréal, où il y eut dans la soirée un grand feu d’artitice et où NS. A. R, fit aussi acte de présence à un bal populaire donné dans la salle que nous avons déjà décrite.

Le lendemain matin le Prince et sa suite laisserent Montréal par le chemin de fer du Grand Trone, se dirigeant vers Ottawa.

On peut dire qu’eu laissant cette ville, S. A. R. avait déjà pu se former une idée correcte de la vieille civilisation canadienne ; car Montréal et Québec en sont les centres les plus anciens et les mieux développés. C’est là que tous les éléments qui la composent se trouvent mêlés et que l’on peut même étudier les diverses couches d’une de ces grandes formations sociales, qui ne sont point sans quelqu’analogie avec le travail lent et silencieux qui s’est accompli dans les profondeurs de notre globe lui-même. Rien ne manque à cette étude, pas même les Algonquins, les Hurons, #t les Troquois, réellement conservés comme une mouche dans de l’ambre, pour nous servir d’une comparaison assez impertinente, faite par un journal anglais, en ce qui concerne la nationalité franco-canadienne,

Montréal quoique moine vieux que Québec à une histoire ancienne tout aussi intéressante et plus émouvante encore à étudier. C’était un acte d’une hardiesse ou plutôt d’une témérité inouie que la fondation de cette ville, à quelques pas seulement du pays de ces terribles [roquois, qui tinrent st longtemps tout ce continent dans la terreur de leurs cruelles excursions.

Le 17 mai 1642, M. de Maisonneuve, qui représentait nne compagnie formée en France dans des circonstances tout à fait merveilleuses et édifiantes pour l’établissement d’une ville au pays des Froquoïs, fit consacrer par le Père Vimont, alors supérieur des Jésuites au Canada, une petite chapelle, qui fut la première église bâtie dans l’île. L’ile elle-même fut consacrée à la Ste. Vierge, le 15 août suivant, fête de l’Assomption, et l’on sait que Montréal a longtemps porté et porte encore dans beaucoup de documents catholiques le nom de Ville-Marie. En 1663, ce beau domaine devint la propriété des Sulpiciens de Paris, qui ne tardèrent point a y fonder une maison, par conséquent presqu’aussi ancienne que la maison-mère, dont elle relève encore aujourd’hui quoiqu’elle la surpasse de beaucoup en richesse. Longtemps la petite bourgade n’eut pour se défendre contre les invasions des Froquois qu'une faible palissade de pieux, et ie courage indomptable de ses habitants. Noixante ans plus tard, on la revêtit enfin d’une ceinture de murailles qui ne fut démolie qu’en 1808, époque où les étroites limites dans lesquelles elle étreignait la ville toujours croissante Îa rendait un “bstacle à «on développement, tandis qu’elle était d’ailleurs jugée insuffisante au point de vue stratégique.

[l est assez curieux d’examiner aujourd'hui, sur le plan qui en

a été fait en 1758, le tracé de ces fortifications. ‘ouest, elles couvraient le terrain qui forme la rue MeGill; ou à elles couraient en deçà de l’espace occupé par fa rue Ci in à Pest,

elles se terminaient un peu au-delà de la citadcile, laquelle occupait une partie du terrain compris entre Ja rue St. Denis et l’extrémité du carré Dalhousie.

En 1720, la population de Montréal était de 3000 habitants, celle du Canada entier ne dépassait pas 10,000 âmes (1).

En 1765, un incendie détruisit presque toute la ville, ruina plus de 215 familles, et fit subir une perte de près de $400,000. Un appel fut fait à la charité publique tant en Angleterre qu’en Canada, et des sommes considérables furent prélevées par souscriptior. Comme c’est le cas ordinairement, la partie de la ville qui avait cté détruite fut rebâtie plus avantageusement, et Montréal sortit Ü(e ses cendres avec une nouvelle vigueur et uue nou: velle prospérité. L

CR eal 3 Principaux Monuments, 1860.—Chez E, Senécal,

TS

D LR he nn 3 SEPT ER N *

un Hi H a © tr tn > pol H bi "13 > ' Es © PA Ë D t+

SNS s > name ee

En 1775, Montgomery, à la tête de quelques troupes de la république américaine, qui combattait alors pour son indépendance, s'empare de Montiéal, qu'il abandonna quelques mois après. En 1812, Montréal fut longtemps très-exposé, et, sans le succés de : Salaberry à Châteauguay, cette place serait probablement encore devenue la proie de Pennemi. En 1837 et 1838, à la suite de deux insurrections, Montréal fut pendant quelque temps sous le régime «le lois exceptionnelles ; un grand nombre de ses meilleurs citoyens furent traînés dans les prisons, sans cause ni motif autres que ceux de la vengeance politique où du zèle de quelques subalternes avides d’honneurs et d'argent. On eut le triste spectacle de douze exécutions pour cause politique.

Comme un singulier exemple des vicissitndes humaines, il est à remarquer que tous les Canadiens Français qui depuis PUnion ont été premiers-ministres, et plusieurs de ceux qui ont tenu des portefeuilles sons eux, avaient été on emprisonnés où inquiétés à cette époque. En 1549 la passation d’une loi pour indemniser ceux qui avaient souflert dans leurs propriétés par l’insurec‘‘on, fui dénoncée avec violence par la presse de Peppositon, comme étant une prime offerte à la trahison [l s’en suivit une émeute pendant laquelle on incendia le Marché Ste. Anne qui servait alors d'Hôtel du Parlement ;une magnifique bibliothèque contenaut pres de 30,000 volumes fut détruite, et non contents de cet acte de vandalisme, ses auteurs tinrent pendant plusieurs mois la ville dans un état de terreur continuelle ; des incendies dont la cause était inconnue, éclaterent à diverses reprises dans plusieurs quartiers, des émeutes eurent lieu de temps à autres, jusqu’à ce qu’enfin Le siége du gouvernement fut transtéré à Toronto

Moniréal a été pendant longtemps et sous le gouvernement français et sous le gouvernement anglais, le grand entrepôt des fourrures et de la traite avec les Sauvages. C'était à Montréal que vivaient d’une manière toute princière ces iameux bourgeois du Nord-ouest, pour qui nos hardis voyageurs allaient laire le commerce jusque dans les parties les pius reculées de PAmérique.

Cette ressouree étant bien diminuée, l’énersie et l’activité des marchands de cette ville a su ui donner une rmyportance bien plus grande, en en faisant lentrepôt principal du commerce du Haut Canada avec l'Angleterre, et mème avec quelques uns des états de l’Union américaine. Le lac St. Pierre (élargissement du St. Laurent) dont le peu de profondeur empéchait les vaisseaux de se rendre jusqu’à cette ville, a été creusé, le canal de Lachine fut fait, des quais et «des bassins de très grandes dimensions furent construits, le chemin de fer du St. Laurent et de lAtlantique reliant Montréal à Portland, fut entrepris; et cette ville prospère et entreprenante déjà puissamment alimentée par les développements que prenaient les établissements au nord et ceux de la rive sud du St. Laurent, jusqu'aux Etats-Unis, acquit une importance commerciale qui depuis n’a fait que s’accroitre. Aujourd’hui Montréal com-

munique directement par chemin de fer avec la Rivière du Loup, Québec, Portland, Sherbrooke, New-York, Toronto et l’extrémité ouest du Haut-Canada, jusqu’au Détroit, et avec Ottawa. Le montant total de ses exportations a été en 1859 de $3,044,000, et celui de ses importations de $15,553,000.

La population est généralement estimée de 85,000 à 90,000 âmes; environ la moitié est d'origine française et plus des deux tiers appartiennent au culte catholique, Les quartiers St. Laurent, St. Louis, Ste. Marie et St. Antoine sont en grande partie habités par la population franco-canadienne. Les frlandais occupent presqu’exclusivement le quartier Ste. Anne, aussi nommé Griffintoun, et sont très nombreux dans le quartier St. Laurent et dans le quartier St. Marie, aussi nommé Faubourg de Québec ; la population anglaise, écossaise et anglo-américaine se groupe principalement dans les quartiers Ouest, St. Antoine et du Centre. Montréal compte aussi des français, des suisses, des belges, des italiens, et beaucoup d’allemands ; la moitié environ de la population allemande est catholique ; l’autre moitié est juive ou protestante.

attiennent des vergers et des jardins, une superficie de 2,000 âcres. La rue Craig, la rue Sherbrooke, la rue St. Denis, la Place au Castor, (Beaver Hall) song bordées de beaux arbres, derrière les quels s’abritent d’élégantes demeures. La rue Notre Dame et la rue St. Jacques sont occupées par le commerce de détail et bordées de riches boutiques dans lesquelles s’étalent toutes les séductions du luxe et de lPélégance. La rue McGill, la rue St. Paul et les petites rues qui conduisent de la rue Notre-Dame à cette dernière sont occupées par le haut négoce, qui ÿ bâtit pour ses comptoirs et ses magasins de véritables palais,

Montréal couvre de ses maisons, de ses riches villas, auxquelles | |

Rene

On ne saurait se faire une idée des changements que l’on a fait subir à Montréal depuis une vingtaine d’années. C’est au point qu'un de ses habitants qui lPaurait quitté dans ce temps pour n°y revenir qu'aujourd'hui, aurait de la peine à s’y reconnaître. Les rues se sont élargies, les maisons de bois des faubourgs dévorées par le grand incendie de 1852, ont été remplacées par des maisons de brique, des constructions élégantes se sont élevées de tous côtés, et des quartiers entiers de belles résidences ont surgi comme par enchantement à la place des jardins et des magnifiques vergers, dont les fruits savoureux n’en sont pas moins regrettés, Montréal est célèbre par ses pommes: la fameuse et la calville deviennent rares, et les horticulteurs des environs feront bien d’y voir de prés s'ils ne veulent point laisser échapper un objet important de commerce en même temps qu’un des produits dont la vieille Hochelaga se fesait autrefois le plus d’honneur. Plusieurs vieux monuments sont aussi disparus, et si l’on peut contempler avec quelque satisfaction les triomphes du progrès moderne, on ne peut sans tristesse voir abattre de vieux et respectables édifices contemporains de nos grandes et belles luttes historiques, tels que le vieux séminaire de St. Sulpice, la maison des prêtres à la Montagne et l'Hôtel Dieu.

mr

D Ne ren

oup, mité non - ‘elui

eux ent, ités re8un, laAr- Ion ent éal , et le-

les )00) ice les ‘ue es ns es re rs

Lit nt y es ES 1$ 1e

Page 1