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ses ponts les noms portés par les rues et les ponts de la grande métropole, était encore inculte et sauvage ; il s’y trouve maintenant une population de plus de o:ze mille habitants. Le principal édifice est l’église anglicane.
Le lendemain, 13 septembre, le Prince et sa suite se rendirent, toujours par le chemin de fer du Grand-Tronc, à Sarnia, ville naissante, près du lac Huron, à l’endroit où il se décharge, par la rivière et le lac Ste. Claire, dans le lac Erié. Sarnia est la résidence de PHon. Malcolm Cameron, ancien ministre, qui y possède de grandes étendues de terre, et qui est, pour bien dire, le fondateur de cette ville, appelée, par sa position, à un grand avenir. Elle est déjà, en effet, le terme extrême du Grand-Tronc et d’une branche du grand chemin de fer de l’Ouest (Great- Western railway). Etabli en 1833, Sarnia a déjà près de 2000. habitants. Le Prince arriva dans cet endroit à onze hevres du matin, il y reçut l’adresse du conseil municipal de la petite ville et de celui du comté de Lambton. Il y reçut aussi une députation de sauvages (1) parés et tatoués de la plus brillante manière. Elle comptait dans son sein des représentants de presque toutes les iribus qui habitent encore le Haut-Canada. L’orateur chargé de haranguer leur futur souverain était un homme d’une stature gisanitesque, et doué, ajoute-t-on, des manières les plus imposantes. [I s’exprima dans les termes suivants :
Grand Frère, —Le ciel est très beau. Le Grand Esprit a voulu que nous nous rencontrions dans cet endroit. Mon cœur est réjoui de ce que la Reine a envoyé son fils aîné voir ses sujets Indiens. Je suis heureux de te voir ici aujourd'hui. J'espère que le ciel continuera a être serein pour donner du bonheur également aux blancs et aux Indiens, Grand Frère, quand tu étais un petit enfant, ta mère a dû te dire qu'il y avait en Canada des Indiens, et aujourd’hui que tu es venu en Canada toi-même, tu les vois. Je suis un des chefs Ojibbeways et je représente la tribu assemblée ici pour saluer son Grand Frère. Tu vois les Indiens qui sont autour de moi: ils out entendu dire qu'un jour à venir tu mettras sur ta tête la conronne britannique et que tu t’asseoiras sur le trône britannique. C’est leur bien grand désir que tu te souviennes toujours d’eux.
Le Prince leur répondit qu’il les remerciait de ieur harangue, qu’ilespérait que le ciel serait toujours serein, et qu’il n’oublierait jamais ses frères, les peaux-ronges. [1 leur donna ensuite à chacun une large médaille d’argent suspendue à un ruban. Une collation fut offerte au Prince dans la gare du chemin de fer, et le toast d'usage à S. A, R. fut porté par M. Blackwell, Vice-Président de la Compagnie du Grand-Fronc. Le Prince avait alors parcouru cette longue ligne de chemin de fer dans toute son étendue et pouvait, à bon aroit, féliciter le pays sur l’exécution
(1) Depuis ce temps, on a commencé à publier, à Sarnia, un journal en langue Chippewaise, dont le titre Petaubun, veut dire le Point-qu- Jour.
d’un aussi vaste projet. Aprés une excursion sur le lac dans le steamer Michigan, le cortége royal se remit en route pour London, où il y eut grande réception, et dans la soirée, un bal offert par les citoyens. Il fut ouvert par le Prince, qui dansa avec Mlle. Moffat, fille du Maire,
Le 14 septembre, à dix heures du matin, S. À. R. mouta dans un char du grand chemin de fer de l’Ouest (Great Western), fabriqué expressément pour elle et orné des plus beaux bois d’ébénisterie du pays. Les roues de ce waggon étaient faites de manière à produire très peu de bruit, amélioration qui serait fort désirable, et que tout voyageur a bien je droit d’envier au Priuce de Galles, lorsqu’on songe au bruit étourdissant et monotone qui vous suit sur toute voie ferrée et rend la conversation presau’impossible.
Aprés de courtes stations à Woodstock, à Paris et à Brantford, le Prince s’embarqua, au Fort Erié, dans le vapeur Clifton, qui le conduisit à Chippewa, d’où il se rendit aux Chûtes de Niagara, revenant ainsi sur ses pas sur une ligne en partie presque parallële à celle qu’il avait suivie p ‘r le chemin de fer du Grand-Tronc. Depuis si longtemps déjà, qu’il avait touché le sol de l’Amérique, le jeune Prince avait dû se demander bien des fois quand il verrait cette grande merveille de la nature, objet d’une si vive curiosité pour tous ies voyageurs.
Mais si dans son long itinéraire, la vue de ce «spectacle avait été ajournée un peu trop longtemps, rien d’un autre côté n’avait été épargné pour le rendre aussi brillant et aussi saisissant qu’il était pos-
sible de l’imaginer. Ou va voir comment l’industrie de l’homme peut trouver le moyen d’ajouter encore quelque chuse à wn aussi grand tableau, tâche qui, au premier abord, semble tout-à-fait impossible,
“ La premiére vue des chûtes, dit le correspondant du T'îimes de Londres, fui pour le Prince un spectacle qu’il n'avait jamais Lié donné à personne de contempler, et que personne ne verra peutêtre jamais. On avait illuminé la cataracte! Au premier coup d’œil, une pareille chose paraissait aussi facile à faire que d’illuminer l'Océan atlantique lui-même dans toute son étendue, et lorsque M. Blackwell émit cette idée, on le regarda comme un homme plein de bonne volonté; mais son projet passa, et c’est le moins qu’on en puise dire, pour tout ce qu’on pouvait imaginer de plus chimérique. M. Biackwell y persista cependant, et il fit préparer ce qu’il fallait pour allumer deux cents énormes flammes du Bengale. Îlen plaça une partie au-dessous des rochers sur lesquels est bâti l’Hôtei-Clifton, en face de la chûte américaine ; une autre partie, sous T'able-Rock: et jusque derrière la vaste nappe d’eau. À dix heures du soir, tous ces feux étaient allumés, et l’effet produit était grandiose et inagique au delà de tout ce qu’on pourrait jamais décrire. En un clin-d’œil, l’énorme masse d’eau devint incantescente, et l’on eût dit que c'était de l’argent en fusion, Les lumières placées entre la chûte et Je rocher qu’elle
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recouvre, produisaient surtout un effet immense ; la cataracte était devenue éblouissante comme une vaste feuille de cristal au soleil, comme une cascade de diamants, dont chaque joyau brillait, sautait, et étincelait,—comme une rivière de perles de phosphore, qui se détachaient pour aller illuminer chaque recoin ‘u tableau, Les rapides, au-dessous de ia chûte, renvoyaient un pâie et livide reflet qui éclairait l’abime aux formes fantastiques dans lequel ils se meuvent, et au-dessus duquel surplombaient les fragments des rock.ers qu’a laissés à cet endroit l’écreulement partiel du T'able- Rock, semblables aux ruines de quelque tour antique. La fumée aussi s’élevait par masses brillantes en nuages de feu, comme si le Niagara eût brûlé du sommet à la base. Mais toute cette grandeur et cette beauté n’étaient rien, comparées à ceque lon put voir lorsque les flammes du Bengale passèrent au rouge. On eût dit qu’u. fleuve defeu couleur de sang,—qu’un fleuve infernal, brûlant, hurlant, et hondissant d’abîme en abime, avait remplacé la froide, brillante et noble cataracte. Nul ne pouvait regarder sans éprouver une véritable et intime terreur l’immense tourbillon de feu rouge, sombre et taché de noir comme une poix incandescente et furieuse.
Vous n’osiez parler ni remuer, attiré comme vous l’étiez par le vertige que vous donnait le lit profond de la rivière, chaudière— monstre où une écume de sang enflammé bouillonnait comme pour quelque affreux sacrilice.??
Le lendemain le Prince put être témoin des prouesses acrobatiques presque incroyables de Blondin, qui traversa le fleuve audessus de l’abîme en face des Chutes, portant un homme «ur ses épaules, et qui ensuite, monté sur des échasses fit sur le câble tendu d’une rive à l’autre les exercices périlleux auxquels on s’est longtemps refusé à croire en Europe. Quoiqu’elle ait protesté contre ces héroïques extravagances, S. A. R. crut devoir donner $400 au téméraire petit français. Le même jour, le Prince et sa suite firent toutes les excursions de rigueur à l’usage des touristes bien renseignés et bien dirigés, descendant derrière la vaste nappe d’eau sous T'able Rock, passant au pied de la Chute dans le petit vapeur la Vierge du Brouillard, “the Maid of the Mist.” etc. Le dimanche, ils entendirent le service divin à Chippevra ; et le lundi, le Prince, en chaloupe, passa du côté américain, où la foule le reçut avec des acclamations enthousiastes.
S. A. R. traversa aussi la rivière sur le pont suspendu et y reçut une adresse, qui fut présentée par l’Hon. W. H. Merritt, au nom des directeurs de cette entreprise.
Le 18, mardi, le Prince quitta l’Hôtel Clifton où il était descendu et partit pour Queencton. Ce départ se fit avec beaucoup d’éclat, au bruit du canon et en présence d’une grande foule de Canadiens et d’Américains. Ce fut la seule démonstration publique qu’il y eût aux Chutes, où $. A. R. vécut dans une solitude
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