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et un repos qu’elle dut bien goûter, après toutes les tatigues des innombrables corvées officielles qu’elle avait subies jusque-là.
Depuis le Père Hennepin, qui, le premier, a parlé des Chutes du Niagara (1), jusqu’à M. Woods, le correspondant du T'imes, qui emploie plus de vingt pages de son livre à les célébrer, il s’est écrit, tant en prose qu’en vers, une foule de descriptions de la grande cataracte. Le Père Hennepin paraît avoir été plutôt frappé de ce qu’il y avait d’effrayant dans cet enfer des eaux aue de la beauté du spectacle. Voici sa description, et nos lecteurs trouveront sans doute, comme nous, qu’il s’en est tiré à peu de frais.
Entre le lac Ontario et ïe lac Erié, jl y à un grand et prodigieux Saut, dont la chute d’eau est tout-à-fait surprenante. Il n’a pas son pareil dans tout l'Univers. On en voit quelques-uns en Italie, il s’en trouve même encore dans le royaume de Suède ; mais on peut dire que ce ne sont que de fort faibles échantillons de celui dont nous parlons ici.
Au pied de cet affreux Saut, on voit la Rivière de Niagara, qui n’a qu'un demi-quart de lieue de largeur. Mais elle est fort profonde en de certains endroits. Elle est même si rapide au-dessus du grand saut qu’elle entraine violemment toutes les bêtes sauvages qui la venlent traverser pour aller pâturer dans les terres qui sont au-delà, sans qu’ellss puissent résister à ia force de son cours. Alors elles sont précipitées de plus de six cents pieds de haut. La chute de cet incomparable saut est composée de deux grandes nappes d’eau et de deux cascades, avec une Isle en talus au milieu, Les eaux qui tombent de cette grande hauteur écument et bouillonnent de la manière du monde la plus épouvantable. Elles font un bruit terrible plus fort que le tonnerre. Quand le vent souffle au Sud, on entend cet effroyable mugissement à plus de quinze lieues.
Depuis ce grand saut ou chute d’eau, la Rivière de Niagara 5e jette, surtout pendant deux lieues, jusques au Gros Rocher, avec une rapidité tout-à-fait extraordinaire; mais pendant deux autres lieues, jusqu’au lac Ontario ou Frontenac, l’inmpétuosité de ce grand courant £e ralentit.
Depuis le Fort de Frontenac on peut aller en barqre ou sur de grands bâtiments jusqu'au pied du Gros Rocher dont nous avons parlé. Ce rocher est à l'Ouest, détaché de la terre par la Rivière de Niagara, à deux lieues du grand Saut. C’est dans ces C :ux lieues qu’on est obligé de faire le portage, c'est-à-dire le transport des marchandises. Mais le chemin y est très beau. Il ya fort peu d'arbres, et ce sont presque toutes prairies dans lesquelles on trouve, d’espace en espace, des chênes et des sapins.
(1) Champlain, qui avait pérétré, jusqu’au lac Huron en passant par la rivière des Outaouais, a certainement connu les Chutes de Niagara, quoiqu'il ne soit point probable qu’il lesaît vues. La curieuse carte qui se trouve dans l'édition de son voyage, faite en 1632, porte au-dessus du lac St. Louis (le lac Ontario et non pas le lac St. Louis actuel) un grand saull d’eau dans une rivière qui s’y décharge ; le lac Erié est à peine indiqué sur cette carte.
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Depuis le grand Saut jusques au Rocher qui est à l'Ouestde la Riviere de Niagara, les deux bords de cette rivière sont d’une hauteur si prodigieuse qu’on frémit en regardant fixement la rapidité avec laquelle les eaux de cette rivière coulent en bas, Sans ce grand Sant de Niagaia, qui interrompt la navigation, on pourrait aller avec de grandes barques et même avec des navires, plus de quatre-cens-cinquante lieues en traversant le Lac des Hurons jusqu’au bout du Lac des Illinois. On peut dire de ces Lacs que ce sont de petites mers d’eau douce.” (1)
Lors du voyage du P. Hennepin, la nature inculte du paysage devait donner à la cataracte un aspect beaucoup plus terrible et plus grandiose que celui qu’elle conserve aujourd’hui. Rien cependant ne peut égaler la magnificence du spectacle tel que nous le voyons encore. Il y a dans la forme bien connue de la chûte et dans le paysage qui l’entoure une délicieuse harmonie qui s’est substituée à la terreur qu’elle dnt naturellement irspirer aux premiers Européens qui la virent. Ce que l’on peut dire de mieux peut-être en son honneur, c’est que l’on n’est point parveuu à l’enlaidir ni à l’amoindrir, par les constructions de tout genre et d’asez mauvais goût qu’on a élevées dans son voisinage. La plus célèbre description qui en ait été faite est encore celle de Châteaubriand, dans Atala. C’est sur la foi des quelques lignes jetées par l’auteur du Génie du Christianisme dans ce roman, que des milliers de voyageurs se sont dirigés vers cet endroit ; cette rapide esquisse a plus fait pour la réputation de Niagara, que tout ce qui en a été dit depuis.
Nous arrivämes bientôt au bord de la cataracte, qui s'annonçait par d'affreux mugissements. Elle est formée par la rivière Niagara, qui sort du lac Erié et se jette dans le lac Ontario ; sa hauteur perpendiculaire est de cent-quarante-quatre pieds. Depuis le lac Erié jusqu'au saut, le fleuve accourt par une pente rapide, et au moment de la chute c'est moins un fleuve qu'une mer, dont les torrents se pressent à 14 bouche béante d’un gouffre. La cataracte se divise en deux branches et se courbe en fer à cheval. Entre les deux chûtes s’avance une île creusée en dessous, qui pend avec tous ses arbres sur le chaos des ondes. La masse du fleuve, qui se précipite au midi, s’arrondit en un vaste cylindre, puis se déroule en nappe de neige et brille au soleil de toutes les couleurs. Celle qui tombe au levant descend dans une ombre effrayante ; on dirait une colonne d’eau du déluge. Mille arcs-en-ciel se courbent et se croisent sur l’abime. Frappant le roc ébranlé, l’eau rejaillit en tourbillons d’écume qui s'élèvent au-dessus des forêts, comme les fumées d'un vaste embrasement. Des pins, des noyers sauvages, des rochers taillés en forme de fantômes, décorent la scène. Des aigles, entraînés par le courant d’air, descendent en tournoyant au fond du gouffre ; et des carcajoux se suspendent, par leurs queues flexibles, au bout d’une branche abaissée, pour saisir dans l’abime les cadavres brisés des élans et des ours.”
(1) Voyage du R. P. Louis Hennepin, Amsterdam 1704. On voit que le Père Hennepin s'était grandement exagéré la hauteur de ja cataracte,
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Queenston, où le Prince se rendit, après avoir quitté les Châûtes, est un des points les plus élevés de tout le pays. On y jouit d’une perspective admirable : d’un côté la riviere encaissée du Niagara roule ses eaux d’un vert âpre et froid ; de l’autre côté, s’étendent le lac Ontario et des campagnes sans fin, dont la végétation offre les teintes et les nuances les plus variées.
C’est dans cet endroit que s’est passée une des luttes les plus remarquables de la guerre de 1812. Le général Brock y périt, comme autrefois Wolfe sur les plaines d’Abraham, au sein de la victoire. Au momeni où il tombait blessé à mort, les troupes et les milices s'élancèrent au cri de “ vengeons notre général,” et culbutèrent l’ennemi. Un premier monument, élevé à la mémoire du héros, fut détruit en 1840, par quelque Vandale inconnu qui en fit sauter une partie, au moyen d’une mine. Une colonne plus digne encore des grands événements dont elle rappelle la mémoire, fut commencée, au moyen d’une souscription nationale, en 1856, et terminée et inaugurée solennellement dans le mois de septembre 1859. Le coût de ce nouveau monument s’élève à plus de £2000, II se compose d’une élégante colonne corinthienne sur un piedestal orné de bas-reliefs ; aux quatre angles de la base sont des lions qui soutiennent des écussons aux armes du héros. La hauteur totale est de 190 pieds, y compris la statue du général, qui est représenté, la main gauche sur le pommeau de son épée, la main droite étendue et tenant :e bâton, insigne classique du commandement. Sous la base, dans une voûte, on a placé deux sarcophages de pierre qui renferment les restes de Sir Isaac Brock et de son aide-de-camp, le colonel Macdonnell.
On avait à dessein laissé le monument incomplet, lors de son inauguration, et S. A. R. y plaça solennellement la dernière pierre, en présence de 160 vetérans, qui ont servi dans la guerre de 1812, et parmi lesquels on remarquait Sir J, B. Robinson, juge en chef du Haut-Canada, Sir Allan MeNab et Sir Etienne Taché.
Le premier de ces MM. lut l’adresse suivante :
Qu'il plaise à Votre Allesse Royale :
Quelques uns du petit nombre des survivants de la milice volontaire, qui aidajà repousser l'invasion étrangère, lors de la dernière guerre américaine, sont accourus desdiverses parties de ces provinces, pour souhaiter la bienvenue à Votre Altesse Royale. Dans le long espace de temps qui s’est écoulé depuis cette époque, beaucoup de ceux qui ont occupé un rang plus élevé que nous dans la dernière guerre, et qui ont pris une part plus remarquable dans cette lutte glorieuse, sont maintenant disparus de ce monde. Nul doute que s’il leur eût été donné de voir le jour où ce pays devait recevoir le descendant Au pieux et juste monarque qu’eux et leurs camarades avaient servi, et dont ils avaient appris à vénérer les ver tus publiques et privées, ils n'eussent été heureux de se joindre à nous dans ce moment.
Nous devons toute notre reconnaissance à Sa Majesté, dont la bonté
nous a valu l'honneur de votre visite; et nous nous réjouissons en songeant que tout ce que V. A. R, a pu voir dans cette heureuse province lui permet maintenant d'apprécier l’importance du domaine qui a été conservé à la couronne d'Angleterre, par le résultat de la lutte à laquelle il nous a été donné de prendre part.
Votre Altesse Royale pourra en même temps juger de la dette immense que l’Empire Britannique a contractée envers la mémoire de notre héros ‘ant regretté, le général Brock, dont le noble cœur n’a senti nulle défaillance au moment le plus sinistre d’une lutte inégale et en apparence désespérée; tandis qu’au contraire, son exemple à su Done à tous comment le courage et l’habileté pouvaient suppléer au nombre.
Nous prions Dieu qu’il accorde à V, A. R. de longues années de santé et de bonheur, et que sa Providence daigne vous guider dans les sentiers qu'a suivis notre bienaimée et bien vénérée Souveraine, en qui le monde entier voit un illustre exemple de toutes les vertus qui peuvent ajouter à la dignité du rang le plus élevé, aider à soutenir la responsabilité d’une position pleine d’anxiétés, et assurer la paix et le bonheur de la vie domestique.
S. A. R. a répondu :
Messieurs, —J’accepte avec reconnaissance votre adresse qui dans ce lieu m'inspire autant de tristesse que d’orgueil ; orgueil, au souvenir de la bravoure de mes compatriotes, tristesse, à la pensée du grand nombre de ceux qui faisant partie de cette héroïque phalange, ont été enlevés au théâtre de la bravoure de leurs jeunes années, et aux occupations plus paisibles d’un âge plus avancé.
J'ai consenti avec plaisir à poser la pierre angulaire de ce monument. Chaque nation peut, sans blesser ses voisins, commémorer ses héros, leurs faits d'armes et eur noble trépas. Il n’y a là ni triomphe provocateur, ni rien qui puisse raviver d’anciennes animosités ; mais seulement un noble tribut d'honneur dû à la mémoire d’un guerrier, tribut d’autant nlus honorable que nous reconnaissons plus volontiers la bravoure chevaleresque de ceux qu'il a combattus.
J'espère que le Canada trouvera toujours d'aussi nobles défenseurs, et que ceux-ci ne chercheront pas en vain un chef semblable au général Brock ; mais je prie le ciel avec une égale ferveur, pour que vos enfants et vos petits-en{:nts ne soient jamais obligés d'ajouter d’autres lauriers à ceux que vous avez si vaillamment conquis.
Recevez de moi, au nom de la Reine, les remerciments que mérite ce nouveau témoignage de votre fidélité et de votre dévouement.
Puis le Prince et sa suite montèrent au sommet du monument, d’où ils purent contemp'er un des paysages les plus grandioses de l’Amérique ; et, après en être descendue, S. À. R. posa aussi la dernière pierre d’un obélisque élevé à l’endroit même où le général Brock tomba.
Peu de temps après, le Prince et sa suite montèrent à bord du bateau à vapeur Zimmerman, pour se rendre à la petite ville de Nia-
gara, qui fut autrefois, sous le nome Newark, la capitale du Haut- Canada. Elle est située à l’entrée du lac Ontario, presqu’en face du vieux fort de Niagara, que le voyageur voit encore aujourd’hui avec tant d’intérêt sur la rive des Etais-Unis.
Niagara, dont la population n’excède guere 3000 âmes, envoie cependant un représentant au Parlement ; c’est bien le moins pour une ancienne capitale. La petite ville, bien coquettement
arée, fit à l’héritier de sa Souveraine le plus gracieux accueil.
utre les harangues officielles du maire et des magistrats, le Prince reçut une députation des dames de la ville, qui lui offrirent une élégante corbeille, remplie des fruits de cet endroit renommé pour ses vergers. Le vapeur se remit en route et atteignit bientôt le Port Dalhousie, d’où le Prince se rendit à Ste. Catherine, sur le canal de Welland.
Ste. Catherine doit son existence, comme le canal de Welland lui-même, qui lui a donné sa prospérité, à M. Merritt, homme qni fut longtemps traité de visionnaire, et qui heureusement, a vécu assez longtemps pour que ses visions soient devenues, suus ses yeux, de'brillantes réalités.
Cetie petite ville, qui a aujourd’hui une population d'environ 7000 âmes, ne voulut pas oublier, dans les démonstrations de sa joie, le principal élément de sa fortune, et comme c’est le transport de la farine de l’Ouest qui a surtout alimenté le canal de Welland, on eut l’idée assez bizarre d’élever un arc de triomphe entièrement composé de barils de farine. On assure, et nous voulons bien le croire, que ce singulier trophée n’offrait pas un coupd’œil aussi hétéroclite qu’on se le figure.
De Ste. Catherine, où, entre autres adresses, il en reçut une du maire, M. Currie, le Prince se rendit, par le chemin de fer 6 Great- Western,” à Hamilton.
Etait-ce pour punir cette ville de cette proverbiale ambition qu’on lui reproche, qu’elle fut placée la dernière sur le programme vice-royal, et que le Prince n’y descendit qu’après s’en être éloigné à plusieurs centaines de mulles à l’ouest ? Quoiqu’il en soit les historiographes immédiats de la promenade vice-royale nous assurent que “# l’ambitieuse petite ville,’ comme on l’appelle, prit une éclatante revanche, et que nulle part le Prince n’eut une plus bruyante ovation.
Le Maire, M. M’Kinstrey, présenta une adresse à laquelle S. A. R. fit la réponse suivante:
Messieurs, —Cette adresse est la dernière que je recois de la part des autorités municipales et des corps publics dans les domaines de Sa Majesté dans l’Amérique du Nord, et je puis dire que de toutes celles qui en si grand nombre m'ont été présentées, elle n'est certainewent point la moins chaleureuse par ses protestations de dévouement
à Sa Majesté, ni la moins remarquable par l’ardente sincérité des vœux qu'elle exprime à mon égard.
Vous ne sauriez douter de l'empressement avec lequel j’ai accepté la mission que la Reine m'a confiée. Cette mission est maintenant presque remplie, et il ne me reste plus qu'à rapporter à votre Souveraine ce que j’ai vu, c'est-à-dire un enthousiasme universel, une fidélité et un patriotisme à toute épreuve, et j’en ai aussi la confiance, un bonheur et une prospérité générale.
Je n'oublierai jamais ce qu'il m'a été donné de voir et d'éprouver, durant le court espace de temps où il m’a été permis de vivre dans la société Canadienne, et cette époque sera toujours une des plus belles de mon existence, J’emporterai avec moi le souvenir et la reconnaissanc d’une bonté et d'une affection que je n’ai encore pu mériter par auc 4e de mes actions, et je m'efforcerai constamment, pendant le reste de r'a vie, de ne point me montrer indigne de l’amour et de la confiance d'u:. peuple aussi généreux."
Hamilton est aujourd’hui, par sa population d’environ 18,000 âmes, la seconde ville du Haut-Canada, et la quatrième de toute la province. Elle est située sur la baie de Burlington, à 38 milles seulement de Tororito ; elle fut fondée en 1813 ; et en 1841, sa population n’excédait guère 3000 âmes. Les rues sont larges, les édifices élégants et presque tous bâtis d’une pierre blanchâtre qui est du plus beleflet. Il y a deux grands hôtels, plusieurs banques et bon nombre de manufactures. Il y a aussi plusieurs églises. C’est le siége d’un évêché catholique, dont Mgr. Farrell est le premier évêque. Près d’Hamilton est le château de Dunduin, véritable pastiche féodal, qui ne manque ni de goût, ni d'élégance, et dont la construction est due à Sir Allan MeNäb, qui depuis longtemps, en a fait sa résidence.
Le soir de l’arrivée du Prince, il y eut illuminatiou et feu d’artifice: et il se donna, à la Salle de la Société Philarmonique, un concert auquel $. A. R, assista. Le lendemain, le Prince visita l’école centrale de la ville, où une adresse lui fut présentée ; puis il y eut grande réception à l’Hôtel Royal. Comme c’était le dernier lever du jeune vice-roi dans la colonie, il y ext une foule plus qu’ordinaire. Le reste de la journée fut employé à une visite non-oflicielle au palais de cristal, où se tenait la grande exposition industrielle et agricole du Haut-Canada, à une coilation offerte à S. A. R.. et enfin à l’inauguration du nouvel aqueduc. Le soir, il y eut bal dans une salle construite pour l’occasion ; Mde. David MeNab eut l’honneur de danser le premier quadrille avec le Prince.
Le jeudi, 20 septembre, le cortège royal se rendit en grande tenue au pahis de cristal, et le Prince yÿ fit l’inauguration solennelle de l’exposition qui, surtout sous le rapport des bestiaux et de certains produits agricoles, était, dit-on, au niveau de ce que l’on voit de mieux dans ce genre, même en Angleterre.
La Société d'Agriculture du Haut-Canada présenta une adresse, à laquelle le Prince répondit dans les termes suivants:
Messieurs, —Je vous remercie bien sincèrement de l’adresse que vous venez de me présenter au sujet de l’inauguration de la quinzième exposition agricole du Haut-Canada ; et je saisis cette occasion pour remercier les agriculteurs, les artisans et les fermiers rassemblés de diverses parties de la province dans cette cité d'Hamilton, et pour leur exprimer ma reconnaissance pour la bienvenue plus que cordiale et l'accueil enthousiaste que j'ai reçus d'eux hier et aujourd'hui.
Possédant un sol d’une remarquable fertilité, et peuplée d’une race d'hommes entreprenants et industrieux, cette région agricole est appelée à occuper une position importante par ses produits : je suis heureux d'apprendre que les améliorations que la science et l'expérience ont introduites dans l’agriculture de la mère-patrie, sont rapidement adoptées dans ce pays, et qu'elles vous mettent en état de lutter avec le peuple rempli d'activité et d'énergie dont les produits, par l’effet d'une fraternelle émulation, sontrangés avec les vôtres dans cette vaste enceinte.
La Providence vous a accordé cette année, ce qui est un si grand bienfait pour un pays—une abondante récolte. Je suis certain que cette nouvelle a déjà porté la joie au sein de vos familles, et qu’il en résultera un accroissement de richesse et de prospérité pour cette magnifique province.
Mes devoirs, comme représentant de Sa Majesté, député par elle pour visiter l'Amérique Britannique du Nord, cessent aujourd’hui même ; mais avant de revoir mon pays, je suis sur le point de parcourir, sans aucune mission officielle, cette contrée déjà célèbre dont les habitants s'enorgueillissent de notre commune origine, et dont les progrès vraiment extraordinaires ne sauraient nous être indifférents, Avant de quitter le territoire britannique, peri.:ttez que, par votre entremise, je m'adresse éncore une fois aux habitants du Canada-Uni, et que je leur fasse l’adieu le plus amicai.
Puisse Dieu prodiguer ses plus rares bienfaits à ce peuple grand et fidèle !
Vers deux heures de l’après-midi, le Prince quitta Hamilton, au bruit du canon, avec toutes les milices, les sociétés nationales et une grande foule de peuple pour escorte, jusqu’à la gare du chemin de fer. Le convoi arriva tard dans la soirée à Windsor, ville qui se trouve située à l’extrémité sud-ouest du Haut-Canada, sur la rive du Détroit, an centre d’une population française qui s’y est conservée depuis l’époque de la conquête, 8’y est considérablement accrue et compte aujourd’hui, dans les comtés de Kent, d’Essex et de Lambton environ quinze mille âmes. Sandwich, ville voisine, est depuis peu le siége d’un évêché, dont Mgr. Pinsonnault. natif du Bas-Canada, est le premier titulaire.
Le maire de Windsor présenta une adresse, à laquelle le Prince répondit en peu de mots, et montant sur un bateau à vapeur qui porte le nom de la petite ville, Son Altesse Royale la quitta, pour se rendre aux Etats-Unis, au milieu des regrets et ües vives acclamations d’une grande foule de peuple.
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IMPORTANCE ET DESTINÉES DU CANADA ET DES COLONIES DE L'AMÉRIQUE BRITANNIQUE.
Malgré qu’il eût parcouru d’immenses régions, le Prince de Galles, en quittant le Canada, n’avait pas encore vu la moitié des possessions britanniques sur ce continent. L’extrémité occidentale du Haut-Canada n’atteint point même le centre de l'Amérique du Nord, et l’empire britannique possède, de l’Atlantique au Pacifique, un territoire de 3000 milles dans sa plus grande largeur, et qui s’étend jusqu’au pôle nord, donnant plus de 2000 milles de profondeur dans cette direction.
Si l’on ajoute à cela l’fnde, où se trouvent encore aujourd'hui, ainsi qu’en Chine, les plus denses populations du globe, l’Australie (toute une res du monde) et les nombreuses possessions et colonies de l’Angleterre répandues dans tout le monde (1) on trouvera sans peine que l’empire britannique dépasse en importance absolue le vieil empire Romain ; quoique l’importance relative de ce dernier, qui gouvernait tout le monde civilisé, semble destinée à n’être jamais égalée par aucun peuple moderne.
(1) Les possessions anglaises sont: en Europe, les îles de Jersey, Guernesey, Aldernay et Sark, dans la Manche, possédées par l’Angleterre depuis le temps de Guillaume le Conquérant, l’île de Man, entre l’Irlande et l’Angleterre, et les diverses îles qui dépendent de l'Écosse (toutes ces îles sont plutôt des dépendances du Royaume-Uni que des colonies), et l’île d'Heligoland près du Danemarck ; Gibraltar, la clef de la Méditerranée ; Malte dans la Méditerranée, et les îles Joniennes sur les côtes de la Grèce ; en Afrique les colonies du Cap de Bonne-Espérance, la Caffrérie, Natal, Sierra Leone, la Gambie, la Côte d'Or, l'ile Maurice autrefois Ile de France, l’île de Séchelles, les îles de Ste. Hélène et de l’Ascension, et Perim dans le détroit de Bahel-Mandeb, poste important sur la route de l'Inde et dont l’Angleterre s’est assuré la possession, prévoyant le cas où la France ferait percer par un canal l'isthme de Suez ; en Asie, l’Inde presque toute entière aujourd’hui, l'île de Ceylan et l’île de Labuan et Hong-Kong en Chine ; en Australasie; l'Australie proprement dite ou Nouvelle Hollande, laquelle est divisée en quatre colonies, qui sont : la Nouvelle Galles du Sud, la colonie de Victoria (ou se trouvent les mines d’or), l’Australie méridionale et l'Australie occidentale ; la terre de Van Diermen et les autres îles qui en dépendent, et enfin les îles de la Nouvelle Zélande; dans l'Amérique du Nord, l'île de Terreneuve, le Labrador. les îles du Cap Breton et du Prince Edouard et toutes les autres îles du golfe St. Laurent, le Nouveau-Brunswick, la Ncuvelle-Ecosse, le Canada, la terre de Rupert, ou territoire de la Baie d'Hudson, comprenant tout l’intérieur de l’Amérique du Nord, depuis les limites du Haut-Canada et ceux des Etats-Unis, jusqu'à l'Amérique Russe, la Nouvelle Caledonie ou Colombie, nee l'Océan
De toutes les colonies de la Grande-Bretagne, le Canada, autrelois possédé par la France, est sans doute celle dont l’histoire est la plus intéressante ; ses progrès matériels et le degré de liberté constitutionnelle que la mère-patrie lui a concédé aitirent sur lui à un très haut degré l’attention de tous les adeptes de la science sociale, Tout est étrange dans ce pays à la fois nouveau et ancien. Pays ancien si on le compare aux autres contrées de l’Amérique du Nord, où il jouit d’une histoire de plus de trois siècles, ce qui est un rare privilége sur ce continent; pays nouveau puisqu’une très petite partie de son territoire est défrichée. Pays ancien encore par les usages, les mœurs, les lois, les traditions d’une partie de sa population ; pays nouveau par ses institutions modernes, par son commerce, son activité, sa vitalité, sa croissance rapide et comma à vue d’œil.
Les lacs de ce pays sont des mers, le grand fleuve qui le parcourt contiendrait facilement dans son lit cinq ou six des plus grands de l’Europe. Il a pour tributaires d’antres fleuves qui, eux-mêmes, reçoivent les eaux de rivières plus grandes et plus | larges que beaucoup de celles qui sont celèbres dans l’histoire.
f Combien de Xanthe ou de Simois la rivière Gatineau absorberait-
{ elle? Chacune de ces rivières a des chutes et des cascades dont (} la beauté les rendrait célèbres, sans la désespérante célébrité du Niagara.
|! Le climat de ce pays n’est pas moins extraordinaire. On y trouve un hiver anssi rigoureux que celui de la Sibérie, un été
A aussi chaud que celui de la zone torride ; et le printemps, cette
# douce saison des poètes, y est complètement supprimé. En quel-
1 à ques jours de chaleur la végétation la plus luxvriante remplace les glaces et les neiges.
Le peuple qui habite cette contrée semble vouloir lutter avec cette nature gigantesque. Déjà travaillé par toutes les causes de dissension qui peuvent agiter un empire, luttes politiques, luttes religieuses, luttes nationales, protestantisme aux prises avec le catholicisme, élément français en rivalité avec l’élément anglais, institutions monarchiques battues en brèche par les idées et ies tendances démocratiques ; il n’en a pas moins jeté hardiment les bases d’une grande prospérité matérielle, complété par le système de canaux le plus étendu qu’il y ait au monde, sa navigation intérieure
Pacifique ; l’île de Vancouver, l’île de la Reine Charlotte et les autres îles voisines ; les Bermudes dans l’Océan Atlantique, les îles de Bahama, la Jamaïque, Antigues, St. Christophe, et les autres Antilles Anglaises ; enfin, dans l'Amérique du Sud, la Guyane anglaise, le Honduras et les À îles de la Baie, à l’est de l’Yucatan ; et les îles Falkland et de Pitcairns,
les premières, à l’est de la Patagonie, les secondes, dans l'Océan Paci- DUR fique. Avant les dernières conquêtes de l'Inde, Montgomery-Martin esti- | à mait la population de ce vaste empire, dans les cinq parties du monde, à F) 130 millions d'hommes. La population de l'empire romain, sous Claude, était évaluée à 126 millions.
utre- ‘à est berté ur lui ienceæ icien.
rique M] qui u’une ncore de sa ir son omma
e pars plus s qui, t plus stoire.
berait- »s dont rité du
On y un été s, cette n quelace les
r avec uses de s, luttes avec le anglais, , et les nent les tème de térieure
utres îles bama, la nglaises ; as et les Pitcairns, san Pacirtin estimonde, à s Claude,
00 cs
depuis l’Océan jusqu’à l’extrémité les grands lacs, établi plus de 2 milles de Fan A de fer, réglé d'importantes questions sociales, telles que celle du régime féodal dans le Bas-Canada, aboli avec compensation pour les seigneurs, et celle les dotations du clergé protestant dans le Haut-Canada ; pourvu à un vaste système d'administration de la justice, établi le régime municipal et un système
pépins d'instruction publique, et entrep'is la codification de ses lois,
. Deux langues dans le parlement, deux systèmes de lois dans la jurisprudence, deux littératures dans le journalisme, mettent constamment en présence les ressources, les qualités et les défauts du génie dé me et du génie anglais. Malgré des prédictions longtemps réitérées, une race, en effet, n’a pas encore absorbé l’autre, Le flot de l’émigration britannique s’est surtout porté vers le Haut- Canada et vers l’Ouest; et tandis que la population française du Bas-Canada ne recevait aucun renfort d'Europe, non seulement elle s’est accrue d’une manière très considérable dans les anciens établissements, mais elle en a fait un grand nombre de nouveaux ; elle s’est répandue en arrière des rives du St, Laurent, elle s’étend sur les bords du Saguenay, du St, Maurice et de l’Outaouais, dans les cantons de l’est, dans les Etats-Unis, dans le Haut-Canada ; il n’est même point de contrée si éloignée et si sauvage de l’Amérique où elle ne s’aventure et ne finisse par s’implanter en groupes
den us assez vigoureux pour ÿ maintenir une nationalité distincte,
La population totale du Canada peut être estimée à environ 2,600,000 habitants, dont 1,400,000 dans le Haut-Canada, st 1,200,000 dans le Bas-Canada. De la population du Bas-Canada, environ 900,000 sont d’origine ‘rançaise, et de celle du Haut- Canada, environ 50,000.
Il fut un temps où les Canadiens d’origine trançaise étaient seuls désignés par le nom de Cunadiens. Il n’est pas nécessaire d’être très vieux pour se rappeler que ce titre était dédaigné par ceux d’autre origine. C’est un grand pas de fait sans doute pour l’existence nationale du Canada, que l’adoption de la patrie commune par les descendants de toutes les races qui la peuplent ; mais nous ne serons réellement un peuple et une nation que du jour où une race aura cessé de rêver l’absorption et l’assimilation de l’autre, au moins par des moyens factices, et où chacun laissera à la Providence et au temps, le plus puissant de tous les instruments qu’elle emploie, le soin de résoudre le problême de nos destinées. Üne assez belle tâche s’ouvre devant nous dans l’exploitation d’un territoire deux fois plus vaste que le Royaume Uni, et dans l’utilisation des ressources de tout genre qu’il nous oflre, pour que toutes les races cessent d’être jalouses les unes des autres sur un sol où il y a place pour toutes,
En effet, les sources diverses de prospérité que nous avons exposées comme étant l’apanage de chacune des provinces du golfe, sont réunies pour assurer la grandeur du Canada.