‹ Relation du voyage de Son Altesse Royale le prince de Galles en Amérique [microforme]Chapitre 9 sur 69 · ILE DU PRINCE EDOUARD · texte numérisé non relu

ILE DU PRINCE EDOUARD

L’Ile du Prince Edouard, appelée Ile St. Jean par les Français, a été colonisée vers 1663. Elle leur fut e.levée par les Anglais, en même temps que le Cap-Breton. Ils lui donnèrent, en 1800, le nom qu’elle porte aujourd’hui, en l’honneur du Duc de Kent qui y avait séjourné à différentes époques et qui, en sa qualité de Commandant en chef, y avait fait exécuter d’importants travaux militaires. Quoique cette colonie soit la plus petite de celles que possède l’Angleterre dans l’Amérique du Nord, elle a dû, à raison de ces circonstances, intéresser vivement le Prince.

L’Ile du Prince Edouard a presque la forme d’un croissant dont certaines parties font face au Nouveau-Brunswick, à la Nouvelle- Ecosse et au Cap-Breton. Elle a 130 milles de long sur 30 de large. Elle est séparée des deux autres provinces par le détroit de Northumberland dont la largeur n’est que de neuf milles. Sa surface est de 2,173 milles carrés et sa population de 72,000 âmes, chiffre beaucoup moindre probablement que celui de la population actuelle de Montréal. Les colons qui l’habitent sont des Ecossais, des Acadiens, des Irlandais et des Sauvages. Environ la moitié de cette population est Catholique. Les Presbytériens sont ensuite les plus nombreux. On y trouve aussi des Episcopaliens, des Méthodistes et des Anabaptistes.

La constitution de cette province date de 1773. La responsabilité de l'Exécutif envers les chambres y a été admise en 1851. Douze membres composent la Chambre Haute et trente membres la Chambre Basse. Walter Paterson, Ecuyer, en fut nommé le premier gouverneur, lorsqu’en 1770 elle fut séparée de la Nouvelle-Ecosse pour former un gouvernement colonial distinct. Sir Dominick Daly, qui a longtemps occupé la charge de Secrétaire de la Province du Canada, et celle de Secrétaire de la province du Bas-Canada avant l’Union, a été nommé gouverneur de l’Ile du Prince Edouard en 1854. Il a été remplacé, en 1859, par M. Dallas, le gouverneur actuel.

La capitale, Charlottetown, a une population de 5,000 âmes ; l’île entière, il y a quatre-vingts ans, n'avait pas un plus grand

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nombre d’habitans. Cette ville est située sur la Baie de Hillsboro”, un des nombreux petits golfes qui échancrent la côte méridionale de l’île. Ses constructions ont de l’élégance ; elle a de larges rues et le site qu’elle occupe est des plus avantageux. Le palais de la Province, Province building, est d’architecture grecque. Il a 140 pu de long sur 40 de large et renferme des salles où se tiennent es séances du parlement et de la Cour supérieure et les bureaux publics. Quelques mois avant l’inauguration des écoles normales dans le Bas-Canada, on y a ouvert une institution du même genre. On y remarque de plus un collége fondé depuis peu par l’évêque catholique de la Province, une académie, diverses autres écoles, un hopital pour les aliénés et cinq églises.

Les autres villes sont Georgetown, Piiacetown, St. David et Dartmouth.

On ne publie pas moins de six journaux dans l’île. Un tiers du revenu de la Province est consacré à l’éducation. On y compte 280 écoles communes fréquentées par 15,000 élèves.

Le Prince arriva à Charlottetowr, le 9 août, de bonne heure dans la matinée, et débarqua à onze heures. Un grand nombre d’étrangers s’y étaient rendus en steamer du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Ecosse et du Cap-Breton ; les colons de leur côté y affluaient de toutes les parties de l’île. Quoique la pluie tombât abondamment, une immense multitude s’était massée sur les quais et sur les vaisseaux ancrés dans le port. Charlottetown n’avait jamais vu un pareil spectacle. A leur arrivée, le Hero et l’Ariadne furent salués par le vaisseau de Sa Majesté Britannique le Valorous et le navire de guerre français la Pomone, commandant de Montaignac; ces deux derniers vaisseaux s’étaient pavoisés de mille couleurs et les marins français, montés sur les vergues, mêlaient leurs joyeuses acclamations à celles des matelots anglais. Des sauvages, dans des canots d’écorce, suivaient le navire royal. On forma pour conduire le Prince à sa résidence une procession où se firent remarquer, par leur bonne teïue et leur discipline, six compagnies de milice dont trois appartenaient à la ville et trois à la campagne, et une escorte de cavalerie. Durant le lever le Prince reçut des adresses où l’on fit allusion aux services in. ortants rendus par le Duc de Kent à la colonie; et, dans ses réponses, il fit voir combien il était sensible aux bons souvenirs que l’on a gardés de son aïeul,

Ce lever eut lieu dans la salle des séances du Conseil Législatif que l’on avait eu soin d’orner de verdure. Des festons s’enroulaient autour des colonnes d’ordre ionique qui en supportent les galeries. On remarquait un transparent sur lequel on lisait la légende suivante :

Thy grandsire’s name distinguishes this Isle : We love thy mother's sway and court her smile.

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Les officiers de la frégate française, au nombre de vingt, se présentèrent au lever, et le Commandant fut invité à dîner avec son Altesse Royale.

Vint ersuite le bal, qui se donna dans la salle de l’Assemblée Législative que l’on avait décorée de feuillage, de lanternes de couleur et de transparents.

Le Prince laissa l’île le 11, et toute la flotte, composée de six vaisseaux, fit voile pour le Bas-Canada.

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