NOUVEAU-BRUNSWICK
Le Nouveau-Brunswick fesait autrefois partie de l’Acadie, et Phistoire, des premiers temps de sa colonisation est la même que celle de la Nouvelle-Ecosse. Il fut séparé de la péninsule et érigé en province en 1785. Il est borné au nord par le Bas- Canada ; à l’est, par le golfe St. Laurent et par l’isthme qui le relie à la Nouvelle-Ecosse ; au sud, par la baie de Fundy et à l’ouest, par l’état du Maine. Son étendue est de 27,620 milles, et a été, suivant nous, injustement augmentée aux dépens de notre province. Ce pays est fertile et jouit d’un beau climat ; il est sillonné par de nombreuses rivières; ses lacs sont également nombreux. La principale rivière est la rivière St. Jean, qui arrose une étendue de 450 milles de son territoire. Elle égoute 9,000,000 d’acres du sol du Nouveau-Brunsiwick, deux millions de celui du Canada et
sax nullions de celui des Etats-Unis. Elle est navigable jusqu’à Frederickton, capitale de la Province, à 80 milles de la mer. La ville de St Jean est située à son embouchure. La population du Nouveau-Brunswick est de 220,000 âmes, dont 70,000 catholiques. L’ég ise d’Angleterre est, de toutes les autres, celle qui compte ensuite le plus de fidèles. Le systême de gouvernement est le même que celui qui est en vigueur au Canada. Le conseil législatif s’y compose de 23 membres nommés à vie, et la chambre d’assemblée, de 41 membres élus par les communes. On y trouve un bureau d’éducation, un surintendant et plusieurs inspecteurs des écoles. Outre plusieurs écoles indépendantes, on y comptait, en 1858, quatre colléges, 11 écoles de grammaire et 762 écoles communes fréquentées par 24,923 élèves. Les principales villes sont : St. Jean, Frederickton, St. André, Dalhousie et Woodstock.
Quoiqn* St. Jean ne soit pas la capitale du Nouveau-Brunswick, elle en est cependant la plus importante cité; elle renferme une population de 35,000 âmes. Elle est bien bâtie et a bon nombre de maisons de pierre et de brique. La partie est de la ville s’élève sur une péninsule qui s’avance dans le port. Ce quartier est régulièrement construit et, vu de la mer, il a un aspect imposant. Outre les églises, les principaux édifices sont: l’hôpital de marine, les casernes, le palais de justice, l'asile des aliénés, le pénitencie: et les magasins du gou-ernement.
Le Styx entra dans le port entre dix et onze heures du soir, le 2 août, et le Prince débarqua à dix heures et demie le lendemain matin. Toutes les rues étaient décorées ; des arcs de verdure, des inscriptions et des bannières souhaitaient la bienvenue au visiteur royal. Le cortèse représentant toutes les industries de la ville, au dire des correspondances, laissait loin er arrière tout ce que le Prince avait vu jusque là. 4000 enfants, entonnant le chant national de l’Angleterre, semaient des fleurs sur son passage. Pour la résidence du Prince, on avait fait choix de la maison de Mlle. Chapman, située sur une colline élevée, d’où la vue embrassait tout le charmant paysage des alentours de ja ville. Ce choix, au reste, était judicieux. Quoique cette demeure ne fût pas spacieuse, e le avait cependant autrefois éte habitée par le duc de Kent, dont Son Altesse Royale retrouve les souvenirs dans toutes les parties de l’Amérique angiaise qu’elle visite. On lui présenta là diverses adresses ei 400 personnes assistérent au lever qui y ent lieu.
Dans Paprès-midi, Son Altesse Royale, accompagnée du Lieutenant-Gouverneur, parcourut la ville et alla voir le pont suspendu qui mêne à Carleton. Dans la soirée, il y eut réunion chez le Prince à laquelle furent invités le Liectenant-Gouverneur, le Procureur-Général Fisher, premier ministre du Nouveau-Brunswick, et que ques personnes. A une collation donnée, dans le même temps, aux représentants de la presse des Etats-Unis et des provinces voisines et aux étrangers de distinction, MM. Kinnear et Chamberlin, liés à la presse de Montréal, répondirent pour elle et
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de manière à leur faire honneur, à un des toasts qui furent portés. Le lendemain, à 9 heures du matin, le Prince monta à bord du Forest Queen pour se rendre à Frederickton où il arriva le 4 août, après avoir joui du magnifique coup d’œil que lui offraient les paysages qui entourent la baie de Kennebacasis et la rivière St. Jean. Il était 6 heures du soir, quand le steamer jeta l’ancre dans le port de la ville. Le débarquement eut lieu sans tarder au bruit des salves de l’artillerie de la milice et au milieu des acclamations d’une multitade immense. Le soir, les pompiers firent par les rues une promenade «ux flambeaux. Dimanche, le 5, le prince assista au service divin, pour la première fois depuis son arrivée en Amérique. Il fut re;u à l’entrée de Ja cathédrale anglicane par Sa Seigneurie l’évêque Malley, qui fit le sermon. L’église était encombrée par la foule; mais l’ordre le plus parfait ne cessa de régner, et le Prince en en sortant fut de nouvean accompagné par l’évêque.
Le lundi, un lever eut lieu dans la matinée ; la législature et je conseil de ville y présentèrent.leurs adresses. Dans l’après-diner, on inaugura le parc donné à la ville par l’Hon. M. Odell. Le soir, le Prince prit part à un bal donné dans ia saiie du Conseil Législatif et il ouvrit la danse avec Madame Manners Sutton, femme du Lieutenant-Gouverneur. Le même jour, M. le procureurgénéral Fisher donna une collation à laquelie fut convié le maire de Montréal, qui y répondit encore à un toast et de manière à se faire honneur. Les chefs de l’opposition s’y trouvaient présents, et ils firent preuve de bon goût en semblant mettre de côté, en l’honneur du Prince, tout dissentiment po:itique.
Le mardi, Son Altesse monta à bord di Forest Queen, pour revenir à St. Jean ; mais un épais brouillard obligea le steamer à relâcher, de nombreux canots remplis de sauvages l’entouraient, et le Prince, pour tromper l’ennui de l’attente, offrit des prix à ceux qui réussiraient à dévancer leurs adversaires dans une course à Paviron. La proposition fut acceptée et la course eut lieu incontinent. Avant la disparition du brouillard, le quai s’était coùvert de monde et le départ du steamer ïut salué par trois immenses acclamations. A son retour à St. Jean, au lieu d’accoster à Kennebecasis, le bateau continua sa route jusqu’à Indiantown, ou Son Altesse Royale reçut une dépêche de la Reine, lui annonçant la continuation de l’état favorable de la santé de sa sœur la Princesse de Prusse et de sa fille nouveau-née. Le Prince avait appris à Halifax la naissance de sa nièce.
Le Prince entra cette fois à St. Jean en passant par le faubour2 de Carleton, qui avait été magnifiquement décoré et où le peuple manifesta le plus vif enthousiasme. Comme il arrivait au pont, on détela les chevaux de son carosse, et les pompiers de Carieton le trainérent en triomphe à travers les rues jusqu’au quai. Là le Prince envoya quérir les principaux officiers de la milice, et eï les remerciant de leur services, il leur serra cordialement la main, ainsi qu'aux membres du gouvernement. 1l est à remarquer que,
durant tout le cours du voyage du Prince, le premier sentiment qui dominait d’abord chez les populations, était un mélange de respect et de curiosité qui paralysait quelque temps lenthousiasme, lequel, une fols manifesté, ne faisait que s’accroître. La scène de son départ de St. Jean est décrite par le Freeman’s Journal qui rapporte que les démonstrations faites par le peuple de cette ville allaient presque jusqu’au délire. Comme le Styx allait sortir du port, un steamer chargé d’une foule de citoyens qui l’avait reconduit jusque là, en fit le tour; puis, comme il rebroussait chemin, les matelots du navire, montés sur les vergues le saluèrent par trois vigoureuses acclamations, Le Prince salua de son côté en se découvrant.