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Relation du voyage des dames religieuses ursulines de Rouen à la Nouvelle-Orléans [microforme]

Le G avril 1682, Robert Cavelier, sieur de la Salle, de Rouen, touchait aux rives septentrionales du golfe du Mexique, après avoir exploré le Haut-Canada, les grands lacs, les vallées de l'Ohio, de l'Illinois et du Mississipi.

I avait avec lui cinquante-quatre personnes : vingttrois Français, dont un récollet, dix-huit Mahingans ou Abenakis, dix sauvagesses et trois enfants.

Le 9 du mème mois, en présence de sa troupe, au bruit de la mousqueterie, au chant des hymnes de l'Eglise, il déclarait la France souveraine des contrées qu'il baptisait du nom de Louisiane.

Ce nom de Louisiane n’a été conservé qu'à l'un des plus petits états des Etats-Unis: la conquête de Cavelier de la

Salle s'étendait du golfe du Mexique aux grands lacs et de l'Alleghany aux Monts-Rocheux.

En 1684, l'intrépide normand partit de la Rochelle pour retrouver par mer les embouchures du Mississipi et fonder des établissements qui devaient nous assurer la possession de ses découvertes. Desservi par le commandant de sa flottille, il manqua ces embouchures en janvier 1685 et s'échoua au fond du golfe, dans Matagorda Bay, la Bahia del Espiritu Santo des relations espagnoles, la baie de Saint-Bernard ou de Saint-Louwus de nos anciennes cartes.

Après avoir lutté virilement pendant deux années, il fut assassiné au coin d'un bois, sur la Trinité, dans le pays des Cenis, par l’un de ses compagnons, le 19 mars 1687 (1).

Tandis que ses os blanchissaient dans un hasier, on laissait tomber dans l'oubli son importante découverte ; le Père des Eaux disparaissait de notre cartographie où n'y figurait plus qu’à des points imaginaires (2).

(1) Découvertes et Etablisseinents de Cavelier de La Salle”; Paris, Maisonneuve, 1870. — Carvelier de la Salle; Paris, Maisonneuve, 1871. — F. Parkman, The discovery of the Great West; Boston,

(2) V. notamment la carte de N. de Fer, de 1698, intitulée : l'Aserique divisée selon l'étendue de ses principales parties. Les embouchures du Mississipi sont placées à 8e 15° environ plus à l'ouest qu elles ne sont réellement.

Mais il y avait alors au Canada un marin d'une valeur exceptionnelle et d'une bravoure à toute épreuve. Son histoire est une suite ininterrompue de faits héroïques, de victoires remportées sur les Anglais. 11 se nommait Le Moyne d'Tberville (1). IL était le second des huit fils de Charles Le Moyne de Longueil, gentilhomme normand, qui s'établit au Canada en 1641 (2).

En 1697, après sa brillante expédition de la baie d'Hudson, Iberville se rendit à Paris, auprès du ministre

A Charlevoix, Jlist. et descrip. gén, de La Nouvelle l'rance, teur, passin; Paris, 1744, in-12, — Barcia, Ensayo cronologico para la historia general de La Florida, p.316, ce. 2; Madrid, 1723.

(2) Charles Le Moyne, fils de Pierre et de Judith Duchesne, fut baptisé dans l'église Saint-Remy de Dieppe le 2 août 1626. 11 eut pour pare rain Charles Ledoux et pour marraine Marie Montfort. (Etat-civil de Dieppe. Registre de la paroisse Saint-Reiny, de 1662 à 1643 inelus. Communication de M. Michel Hardy). Il descendat de Louis Le Moine, sieur d'Aviron, du bailliage d'Evreux, annobli des francs-fiets en 1471 « comme il est déclaré en la Recherche de 1523. » Ainsi que ses frères Guillaume, Jacques, Jean et Pierre, il a été maintenu en 1668. (lacques Bain, Ch. Seig. de la Galissonnière, Recherche de La Noblesse de la généralité de Rouen, pp. 138, 159, Ms. de la Bibliothé-

Y que c'e Rouen, F. Martainville — . ) I s'établit au Canada en 1641, fut )

d'abord engagé des Jésuites, puis bon interprète et vaillant soldat. Le 28 mai 1654, il épousa Catherine Thierry, fille adoptive des époux Primot, femme de trésggrand mérite, née à Saint-Denis-le-Petit, bourg Au diocèse de Rouen, (Histoire de La colonie francaise au Canada,

Pontchartrain, et proposa de renouveler les découvertes de Cavelier de la Salle, Le ministre, que la conquête de la Louisiane préoccupait vivement, lui donna le vaisseau la Renonimée et le fit escorter jusqu'à destination par le François, que commandait le marquis de Châteaumorand.

Le 27 janvier 1699, il découvrit les côtes de la Floride. Quatre jours après, il prit terre à l'embouchure de la Mobile, non loin du village de Maville, où 2,500 Floridiens furent égorgés par Soto. Il se rendit ensuite la rivière des Pascagoulas (Chicasawhay), dans la baie de Biloxi, à peu de distance de la petite colonie espagnole de Pensacola.

[l'en partit sur deux biscayennes, approvisionnées pour: vingt jours, avec ses frères Sauvole et Bienville, un récollet et quarante-huit hommes, dans le but de découvrir le Mississipi (1). 11 arriva aux embouchures de ce fleuve le 2

par abbé Faillon, t. u, pp. 204, 205, pass ; t. nr, passim. Villemarie, 1805. — Nouvelle Biographie générale de Firmin Didot, art Le Moyne d'Iberville, par M. P. Levot).

Charles Le Moyne était sans doute possesseur d'Iberville, hameau de la commune de Thil-Manneville, ancien fief appartenant aujourd'hui à la famille Le Bourgeois, de Dieppe. (Communication de M. l'abhé Cochet.)

() Les Espagnols l'appelaient Rio de la Palisada (Barcia, Ensayo cronologico, p. 316, ec, 2); — Rio grande ou Chicagua (Garcilaso de la Vega, Historia del Adelantado Hernando de Soto, p. 203, et passim). Madrid, 1723. — Cavelier de la Salle le nomma Colbert (Pr. verb. de la prise de possession de la Louisiane à l'embouchure de la mer au golphe du Mexique, par le sieur de la Salle, Le 9 acril

mars 1699 (1), guidé par la quantité prodigieuse de bois flottant que le fleuve arraclie à ses rives etque les courants du golfe entraînent à des distances considérables (2).

Il s'engagea dans les méandres du fleuveet les remonta tantôt à Ja rame, tantôt à la voile, Comme je l'ai dit ailleurs (3), il voyait, à droite et à gauche, des déserts, des champs de cannes, d'épaisses forèts qui semblaient contemporaines de la création, mais pas un village, pas une hutte qui pût lui servir d'indication, Il trouvait que Les descriptions du P, Hennepin et de Touty ne répondaient pas

1682, «dans les Découvertes ct Etablissements de Cavelier de la Salle, app. p. XI. — Tonts l'appelle Méssissipy. (Ms. Ménoire en. voyé en 1693 sur la découverte du Mississipi, Arch, du Min, de li Mar.) — Hennepin Jui donne, comme la Salle, le nom de Colbert et aussi celui de Meschasipi. (Description de La Louisiaie, pp. 3, 260 et passin; Paris 1683), — Le Page du Pratz luppelle Saint-Lonis (Hist. de la Louisiane, 1,8; Paris, 1798 — Boxsu, Miscissipi et dit que les sauvages le nommaient Meschassepi, qui veut dire: Toutes rivières où le Grand fleuve. (Nouveaux voyages aura Tides O6 x. dentales, 1'e part., pp. 21, 87). — Dans les Relations de lu Nouvelle. France, les PP. Jésuites l'appelaient : Messë Sipi (Rel. de 160, p.100, ce, 1), Mississipi (Rel, de 1671, p. 24, ce. 2, et p. 47, c. 1, éd, de Québec de 1858). D'après Châteaubriand, son vrai nom serait Meschucens (Prologue d'Atala).

(1) Charlevoix, loc. cît., t. Hi, pp. 37-81.

(2) Bossu, Loc. cit., l'e part., pp. 21, 22.

(G) Découvertes et Etablisscinents de Cavelier de Le Salle, 90, nu. 1,

au paysage qu'il avait sous les yeux (D) et commencait à désespérer quand, à la hauteur de Ja tribu desQuinipissas, il vit, endormi sur le rivage, un jeune homme qui portait au cou un bréviaire relié eu chagrin noir. Sur Ja première page de ce livre se trouvait le nom de l'un des compagnons de Cavelier de la Salle et la date de 1682.

Uninstant aprés, le chef des Quinipissas Jui remit une lettre qu'il avait reçue de Tonty, le 20 mars 1685, pour AL. de la Sale, gouverneur de la Louisiane. Dans cette lettre, Tonty informait son chef que, pour le voir et lui venir en aide, il avait fait le voyage du fort Saint-Louis des [inois; qu'il avait exploré trente lieues de côtes de chaque côté du Delta: que, désespérant de Le rencontrer, il avait porté plus avant dans les terres, parce que les eaux l'avaient renversée, la colonne plantéeen 1682 sur les rives du Mississipi (2).

(Si d'Therville ne reconnut pas les lieux décrits par les deux chroniqueurs, cela ne veut pas dire, comme le croit Charlevoix, que leurs relations étaient inexactes, Le Bas-Mississipi et surtout le Delta varient continuellement, En 1685, ils n'avaient déjà plus Ja même figure qu'en 162: Minet la constaté par une feuille de retombe sur la carte de Franquelin. En 1699, ils n'étaient plus les mêmes qu'au temps de Minet et, quand Charlevoix les vit, ils avaient, de nouveau, subi des changements considérables, (V. sur l'estuaire du Mississipi la Géologie pratique de la Louisiane, par R. Thomassy , Paris, Lacroix et Baudry, 1860.)

2) Méinoire d'Iberville sur la découverte du Mississipi. (Ms. Arch. du Min. deli Mar) Tonty, Ménoire envoyé en 1693 sur La découverte du Mixsisisipi. (Ms. arch. du Min. de la Mar.) — Char. levoix, loc. eit.,t. LIT, p, 383.

Rassuré par cette lettre, Iberville revint à Ta baie de Biloxi, construisit un fort, dont il donna le commandement à Sauvole, et repartit pour la France.

Pendant son absence, Bienville rencontra, dans un anneau formé par le Mississipi, à vingt-cinq lieues du olfe, une corvette anglaise de douze canons qui faisait une reconnaissance, Le jeune cilicier se trouvait presque seul ; comme s'il avait eu derrière lui beaucoup de monde, il donna l'ordre au capitaine anglais de se retirer de suite, L'anglais partit, tout en proférant une vaine menace de retour. Ce trait d'audace de Bienville valut à l'endroit du fleuve où se passa l'affaire le nom de Détour-cur- Anglais (1).

Les Anglais de la Caroline faisaient aux Chicassas et aux Illinois le trafic des esclaves et des pelleteries. Ts s'efforéaient en même temps de soulever ces tribus contre nous. Le gouvernement anglais faisait ouvertement des préparatifs pour nous chasser de la Louisiane et s'emparer du cours du Mississipi. Il avait pour but de s'assurer un débouché sur le golfe du Mexique et de se débarrasser des Protestants français qui s'étaient mis sous sa protection.

Ceux-ci, de leur côté, las des mauvais traitements qu'on leur faisait subir, demandaient avec instance à repasser sous l'autorité de Louis XIV. Is promettaient de fonder et de défendre une colonie florissante, fidèle à Ja couronne,

(A) Charlevoix, loc. cit., pp. 383, 384,

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à la seule condition qu'on leur accorderait la liberté de conscience, Le vieux roi, persistant dans le fatal ordre d'idées qui avait amené la révocation del'édit de Nantes, refusa « de souffrir dans son royaume, ni dans les colo- «aies qui endépendoient, d'autre religion que la sienne. » La méme demande, renouvelée sous la Régence, fut encore repoussée (1). Le due d'Orléans répètait, par politique, les erreurs grossières que Louis XIV avait commises par exces de dévotion.

Les Espagnols s'efforçaient, de leur côté, de nous faire

D > , abandonner nos projets d'établissement sur le golfe, dont ils se prétendaient les seuls et légitimes maîtres en vertu des excursions de Ponce de Léon, de Pamphile de Narvaez, de Soto, surtout de la fameuse bulle poutificale érles cætera du 4 mai 1493. Iberville fut-il dupe de la politique astucieuse du gouverneur de Pensacola ? On pourrait le croire car, même après avoir vu le pays des Natchez, si beau, si bien situé pour une tête de colonie, il viut s'établir dans l'ile Massacre (2) et la baie snblonneuse de Biloxi.

(D) Charlevoix, loc. cit., p. 87.

2) Tberville nomma cette île Massacre parce qu'il y trouva, dans un tuulus, Jes restes d'une soixantaine de personnes qui semblaient avoir été massacrées, Le Page du Pratz raconte qu'en effet, à la suite d'une guerre dextermination, les derniers survivants d'une tribu avaient cherché un refuge dans cette île et que, découverts par leurs ennemis, tous y furent égorgés, puis empilés et couverts d'une légére ouche de terre. (Charlevoix, loc. cit. HIT, 380 : — Le Page du Pratz, loc, cit, T, 36.) +

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Quand il apprit, à son retour de France, la tentative et les intrigues des Anglais, ils construisit, à l'entrée du Mississipi, un petit fort dont il donna le commandement à Bienville.

Des pionniers d'une autre sorte travaillaient alors à l'établissement dans la Louisiane de la puissance française et de la religion chrétienne : c’étaient les Jésuites.

Ces pères avaient fini par adoucir l'humeur belliqueuse des Hurons et par les soumettreà la discipline religieuse. Is avaient dans leur pays sept petites églises assez prospères (1) qu'ils considéraient comme le noyau de l'empire dont ils rèvaient la fondation dans l'Amérique du Nord.

Mus par la charité chrétienne, désintéressés pour euxmêmes, ambitieux pour leur Ordre, ils furent courageux, patients, dévoués jusqu’au martyre. Ils firent ainsi pénétrer peu à peu dans le désert l'Evangile et la civilisation.

Mais les iroquois ne pardonnaient pas à la race huronne d’avoir autrefois dominé dans le Nord et moins encore d’être devenue chrétienne. Ils avaient juré de l’exterminer et lui faisaient une guerre incessante, la décimaient, la chassaient de désert en désert, de forêt en forêt. Les années 1649 et 50 virent la fin de cet horrible drame. Des 30 à 35,000 Hurons qui vivaient autour des Jésuites, dans

() Hist. de la Colonie française du Canada, t. 11, p. 110.

un espace de dix-sept à dix-huit lieues (1), quelques centaines seulement vinrent, avec ce qui restait des quinze Péres qui les dirigeaient, chercher un asile sous le canon français : tout le reste tomba sous les coups des Iroquois ou périt de misère dans les bois (2).

Ce désastre, comme le remarque M. Francis Parkman, était la ruine du projet des Jésuites (3).

Is ne perdirent pas courage cependant. La même année 1650, le P. Lallemant disait, parlant des dix-neuf ou vingt missionnaires qu'il laissait au Canada: « tous (sont) bien « resolus de retourner au combat au premier signal de la « trompette » (4).

IS y retournérent en effet. À la fin du XVII siècle, leurs missions s’échelonnaient de nouveau lelong du Saint- Laurent et des grands lacs ; Mermet souffrait patiemment les injures et les tracasseries des Mascoutens ; d'Allouez et Gravier prèchaient les Miamis et les Illinois ; Dongé, du

(1) Relations des Jésuites de la Nouvelle France. — Relation du P. François Le Mercier, de 1653, P. 30, c. 1, éd. de Québec. — Paul Ragueneau, dans la Relation de 1650, p. 1, c. 2, appelle ce pays : « Terres de Promission qui estoient nostre paradis. »

(2) Hist. de la Colonie française du Canada, t. 11, pp. 112.116.

(3) The Jesuits in North America, p. 446 ; 5° éd., Boston, 1870.

(4) Lettre du Pere Hierosme Laleimant, au R. P. Claude de Lingendes, Prouincial de la Compagnie de Jesus, en la Prouince de France, apud Relation de 1650, p. 49, c. 2, éd. de Québec de 1858,

Ru, Limoges évangélisaient le Bas-Mississipi (1). Tout en répandant leurs doctrines, ils insinuaient le nom de la France et le faisaient aimer, ils enlevaient les épines du chemin que notre petite colonie désirait parcourir (2).

(1) L'évêque de Québec ayant paru contraire aux trois derniers, ils se firent rappeler en France,

L'évêque «le Québec était suffragant de l'archevêque de Rouen, Avant la création de l'évêché de Québec, le Canada faisait partie du diocèse de Rouen. Ce fait prouve, ce semble, l'importance de l'élément normand dans la découverte et la colonisation de la Nouvelle-France, 11 ne sera peut-être pas déplacé de rappeler quelques actes qui l'établissent,

Le 22 avril 1657, François II de Harlay nomme Gabriel de Queylus vicaire-général et official à la Nouvelle-France.

Le même jour, il donne pouvoir de prècher en la NouvelieFrance à Gabriel de Tubieres, abbé de Locdieu, à Gabriel Soccart, bachelier en droit canon, à Dominique Gallinier, (Arch. de l'archev. de Rouen, Reg. des cellations du 26 mars 1657 au 17 mars 1660. — Communication de M. Ch. de Beaurepaire).

Acte pour terminer le différend entre l'abbé de Queylus et le vén. supérieur des Jésuites de la maison de Québec « tous les deux nos grands « vicaires dans la partie de notre diocèse appelée la Nouvelle-France. » (Paris, 30 mars 1658. — 4rch. de l'archev. de Rouen. — Communication de M. Ch. de Beaurepaire),

(2) Au commencement du siècle, un américain demandait à un sauvage quel était le peuple qu'il aimait le plus. « Tiens, lui répondit le « sauvage, en lui portant la main vers l'épaule eten montrant toute la « longueur du bras, voilà comme j'aime les François; puis, baiesant la « main jusqu'au coude, il ajoute : Foilà pour les Espagnols ; il la baisse « jusqu'au poignet, en disant : Voilà pour les Anglais ; enfin, il montre « l'extrémité de ses doigts et dit : Voilà pour les Américains. » (Lettre de l'abbé Michaud, Missionnaire à la Louisiane, de Saint-Louis, le 16 avril 1513, apud. — Nouvelles annales des voyages, t. x1x, p. 380, Paris, 1823.

De tous les colons, les Jésuites sont assurément ceux qui ent le plus contribué à nous faire aimer d'une façon aussi durable,

Cette colonie avait besoin pour se développer, même pour vivre, de paix et de sympathies. Quand, au mois d'avril 1700, Iberville repartit pour la France, elle se composait de 100 soldats, 75 canadiens volontaires, 28 familles blanches et 20 nègres: il est vrai qu'il y avait pour l'administrer un gouverneur, un commissaire-ordonnateur, un controleur, deux directeurs et un commandant des troupes.

En 1701, Iberville bâtit un nouveau fort au fond de la baie de Mobile, entre la rivière de Chactaux et la Mobile. C'est là que les sauvages vinrent recevoir les présents que le roi leur envoyait chaque année.

La contrée environnante est sablonneuse, cependant favorable au bétail. Les habitants sont laborieux et trafiquent avec les Espagnols de Pensacola (1). Bienville, devenu gouverneur par la mort de son frère Sauvole (2), y transporta son état-major.

En 1702, Iberville, revenu pour la quatrième fois, construisit des magasins et des casernes dans l’île Massa cre (3). qui fut, pour quelque temps, le quartier-général de la colonie et reçut le nom de Dauphine.

En 1706, il revenait chercher en France de rouveaux

(1) Bossu, Nouveaux voyages aux Indes Occidentales. 11° part., rp. 8, 9.

(2) Sauvole mourut de la fièvre jaune au fort de Biluxi.

(8) Au mois de septembre 1720, un corsaire anglais détruisit cet établissement,

secours quand, le 9 juillet, il mourut de la fièvre jaune, à la Havane, sur le navire le Juste qu'il commandait. Avec lui, dit Barcia, moururent ses idées et l'espoir qu'avait de Lisle d'obtenir des renseigneme ts exacts sur les lieux que l'illustre capitaine avait décrits à Cassini dans une lettre datée de l'embouchure du Mississipi. Il est à présumer, comme l'observe Le Page du Pratz, que sile vaillant capitaine avait eu pius longue vie, la colonie aurait fait des progrès considérables. Déjà, par suite des alliances qu'il avait faites avec les caciques, un grand nombre de sauvages s'étaient fixés en face de l'île Dauphine et avaient fait de vastes défrichements. Tandis que les Espagnols les éloignaient par leur dureté, Iberville les attirait par sa bienveillance (1).

Ce n'est cependant qu’en 1708, à l'arrivée de Diron d'Artaguette, que la colonie prit quelque développement. Par Les soins de cet administrateur, les environs de notre établissement furent cultivés pour que les Français ne soient plus à charge aux sauvages quand les envois de France éprouvaient du retard (2).

‘1) Barcia, Ensayo cronologiro, p. 317, c. 2. — Le Page du Pratz, Iist. de la Louisiane, t.1, p. 9. — Léon Guérin, Hist, maritiine de la France depuis les ternps les plus reculés jusqu'à nos jours, t n, P 287; Paris, Abel Ledoux, 1X44, — Nouvelle bi. graphie générale, art. Le Moyne d Iberville, par M. Levot,

() Charlevoix, loc. cit., t. iv, p. 168.

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