‹ Relation du voyage des dames religieuses ursulines de Rouen à la Nouvelle-Orléans [microforme]Chapitre 6 sur 19 · VIE · texte numérisé non relu

VIE

Ainsi, au nord comme au sud, quand les découvreurs et les pionniers ont pris possession du sol, elles viennent ave un caléchisme el un abécédaire, transmettent aux sauvagosses notre langue, nos meurs, notre foi, préparent lassimilation des races indigénes h la race française,

Ceux qui les demandent ne pensent, pour la plupart, qu'à la satisfaction d'un besoin présent, personnels elles

voient plus loin parce qu'elles savent que leur mission est

OÙ) Lette. ons. de sat Cecile de Sainte-Croie (arch. départ, de la Seinelnf., série D, p. 401.) Chadevoix, ist, de La Nouvelle lrance, V1, pp. 920 et sq. — 1. Franciscus Crevxius, Historie Canadensis sev nora-Francie, pp. 23 et seqg.; Paris, 1644, Casgrain, doc. cit, — Hist, de La Colonie française au Canada, t+, pp. Jet «eg. — KE, Parlanan, The Jesuits tr north America

p. ISI, et seq.

de réagir, par l'éducation des petites filles, contre ce qu'elles appellent la corruption du siècle. Travailler sur une civilisation vieillie, travailler sur une civiiisation embrionnaire, c'était toujours, pour elles, cultiver la vigne mystique.

Bien qu'elles n'aient vu que le côté religieux de leur œuvre, le philosophe ne leur en a pas moins d'obligation, car elles apportaient la lumière, servaient la cause du progrès.

A l'époque de leur fondation, 1537, on trouvait les femmes assez instruites quand, selon l'expression d'un ancien, elles savaient distinguer un justaucorps d’un hautde-chausses. Le pouvoir civil voyait avec défiance les institutions laïques. Angèle de Brescia se présentant au nom des intérêts de l'Eglise, sous le patronage du pape et des évêques, fut bien reçue : avec des vues plus larges, elleaurait subi le sort commun.

Son institut se développa très-rapidement. Il n'était pas mendiant, ne s'astreignait pas à des pratiques trop rigoureuses, ne perdait pas les jours dans d'oisives extases. Il compte dans ses patronnes Marie la Travailleuse.

Mademoiselle de Bermont introduit les Ursulines en Provence. On les trouve à Paris en 1608, à Rouen, en 1615. Bientôt elles sont établies à Pontoise, Eu, Dieppe, Gisors, Gournay, Magny, Elbeuf.

Le cardinal de Joyeuse leur avait donné le collége des Bons-Enfants, mais les échevins refusèrent de les admet-

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tre: ils trouvaient trop grand le nombre des maisons religieuses établies dans Rouen et c ‘aiguaient de voir un jour les gens de main-morte se substituer aux marchands et aux contribuables. Tolérées cependant, elles s'installèrent de leur mieux, ouvrirent leur école et attendirent patien:iment que là municipalité leur devint plus favorable, Un don de 24,000 liv. de François de Harlay et les générosilés de la veuve de Jacques d'Aclainville leur permirent d'acheter deux corps de logis derrière les murs de Saint- Ouen, entre la rue de la Seille (l}et la rue de Montbret (2), à côté du jeu de paume du Chäleau-Rouge (3). En 1653, leur maison, devenue trop petite, est remplacée par une plus vaste qu'elles construisent sur la rue des Capucins (4).

() Ancienne rue de l'Eperon ou des Etuves de Gournetz, (M N. Periaux, Dict. des rues de Rouen, p. 609. Rouen, 1870-71).

(2) Ancienne rue Pincedos, Pince-Doz ou Pinchedos, sur les anciens lossés de la ville, (M. N. Periaux, loc. cit. pp. 389, 90.)

(3) M. Ch. de Beaurepaire, Recherches sur les établissements d'instruction publique et la population dans le diocèse de Rouen, 11° partie, ch, 1n, dans les mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. vi de la 11e série et XXVI de la collection,

Ce magnifique travail est appelé à rectifier bien des idées fausses, tenues pour vraies jusqu'à présent, sur le degré d'instruction de nos ancêtres. L'aridité du sujet a complétement disparu sous la plume élégante

el ferme de M. de Beaurepaire. Nous sommes heureux de savoir que cette laborieuse étude, revue et augmentée, est en voie de réimpression,

(4) Ancienne rue Coquereaumont. (MN. Periaux, loc. cit. pp. 82, 14S )

En 1690, elles furent ruinées par l'incendie de leur maison de la rue de la Seille et une faillite due à l'infidélite de leur homme d'affaire. La municipalité leur vint en aide par le prêt, pour un an, de quatre muids de blé « pour « leur soutenir la vie pendant quelque temps, et les mettre en estat de continuer les écoles publiques qu’elles ont toujours entretenues et entretiennent encore tous les jours gratuitement pour l'instruction de la jeunesse (1).

Depuis longtemps déjà les échevins leur étaient devenus plus sympathiques. On trouve les motifs de ce revirement dans un acte du 18 août 1668. « Les Ursulines, » y est-il dit, « s'acquittoient, autant bien qu’on pouvoit le désirer,

« de l'instruction des jeunes filles, en leur enseignant les « maximes du véritable chrétien, à lire, écrire, et faire

toutes sortes d'ouvrages, de manière que toute la ville « avoit juste subject de satisfaction des peines, vigilances et soins qu'elles prenoient pour leur instruction. (2). »

À Dieppe, à la fin du XVII siècle, quinze religieuses sur cinquante-cinq, se consacraient exclusivement à l’instruction de 4 à 500 jeunes filles. À Rouen, en 1630, elles enseignaient gratuitement la lecture, l'écriture et le travail manuel à 400 enfants. En 1665, vingt-cinq ou trente re-

() Arch. de la Seine-Inf. D. 407. — Arch. de l’Hôtel-de-Ville de Rouen, délib, du 16 août 1707. Citées par M, de Beaurepaire.

(2) Delib. des Echevins du 18 août 1668. (Arch, de la Seme-Inférieure. D. 405. Citée par M. de Beaurepaire.)

ligieuses sur soixante-et-une, en 1690, quarante sur soixante-quinze se consacraient à l'enseignement (1).

Le besoin d'instruction s’imposait alors si impérieuse ment, grâce en partie à l’action des Ursulines, « que d'au- « tres communautés fondées à l’origine, » dit M. de Beaurepaire, « dans un but différent, s'étaient vues dans la né- « cessité de se consacrer à l’enseignement, les échevins « faisant de l’acceptation de cette tâche une condition ri- « goureuse de leur admission ou de la protection qu'elles « réclamaient,. (2). »

Marie-Madeleine Hachard, en religion, sœur Saint- Stanislas, était de celles à qui la fonction d'institutrice convenait le mieux. Elle avait le cœur bon, affectueux, l'esprit cultivé, une instruction remarquable pour son sexe et pour son temps Elle était pieuse, quelque peu crédule, mais nullement bigote. Ayant remis ses jours dans les mains de la divinité, elle allait son chemin le sourire aux lèvres, aimant, se faisant aimer, plaisantant des mésaventures de voyage, secouant les oreilles après chaque danger, contente de voir la Louisiane si Dieu ne jugeait à propos de lui donner unlit au fond de la mer.

(i) M. de Beaurepaire, loc. cit.

(2) M. de Beaurepaire, loc. cit., Ile part., p. 199 de la réimpres-

sion.

La supérieure actuelle des Ursulines de la Nouvelle- Orléans écrivait à M. Boimare, il y a quelques années, que, après trente-cinq ans d'enseignement, la sœur Saint- Stanislas emporta outre-tombe les regrets de toute la communauté et qu’elle laissa un gros volume manuscrit que les sœurs ne consultent guère.

Ce qui rend cette aimable fille particulièrement sympathique, c'est qu’elle allait à la Louisiane autant par patriotisme que par dévotion.

Elle pense que la ville de Rouen doit être fière d'avoir vu naître les découvreurs du Mississipi et les premiers pionniers de la Louisiane elle espère que les religieux et religieuses de Normandie qui travaillent encore « de tout « leur possible à l'instruction et salut des âmes de ces < pauvres sauvages, » engageront ses compatriotes à tenter la découverte de nouvelles terres. Elle rappelle avec bonheur que les Indiens considèrent la Normandie comme la province la plus glorieuse et croient les Normands capables de réussir dans toutes leurs entreprises (1).

Dans un opuscule cité plus haut se trouve une Relation du Voyage des Fondatrices de la Nouvelle Orléans, écrite aux Ursulines de France, par la premire Supérieure, la mère St. Augustin. Cette relation est absolument la même que celle de Madeleine Hachard, sauf quelques petites phrases a Joutées après coup comme

() Lettre du 24 avril 1728.

celle-ci, de la p. 35: « Autant que possible nous ne prendrons de religieuses que de trente à quarante ans. »

On retrouve dans la relation de Madeleine Hachard l'orthographe, la ponctuation, la tournure de phrase et d'esprit des lettres; d’un autre côté, on ne peut pas admettre de sa part un abus de confiance ou un larcin. On doit regarder comme certain que sa supérieure l'a chargée de rédiger la relation du voyage et l’a signée comme sienne après yavoir fait quelques petites additions. Etant l’auteur de ce travail, Madeleine a pu, sans manquer aux convenances, en envoyer une Copie à son père.

On ne sait de sa famille que ce qu'elle en dit elle-même. Son père était bourgeois de Rouen. Elle avait un frère religieux, un autre qu’elle aurait voulu voir prètre ou missionnaire jésuite. De ses quatre sœurs l'une, l'aînée. était religieuse à Saint-F ançois et avait avec elle, comme élève ou postulante, sa sœur Élisabeth ; Louison était postulante au Val-de-Grâce ; de la quatrième, Dorothée, on ne sait que le nom.

Eu 1778 on trouve à Rouen un nome Jean-Baptiste Hachard, fils de François. L'un serait-il son neveu. l'autre ce frère qu’elle aurait voulu voir prètre ou missionnaire ?

Jean-Jacques Hachard, maitre en chirurgie, de la paroisse d'Harfleur, marie un fils Jacques-François eu 1776, et un second fils, Jacques-Toussaint, en 1792.

On trouve encore au Havre, en la même année 1792, Jean-Jacques Hachard, fils de Jacques-Laurent (1).

La répétition du prénom Jacques et l'orthographe dunom portent à croire que toutes ces personnes étaient parentes, même à un degré assez rapproché. Etaient-elles aussi parentes de Madeleine Hachard ?

Le livre de Madeleine Hachard, imprimé à Rouen, chez Antoine Le Prevost, rue Saint-Vivien, en 1728, forme un petit volume in-12.

On n'en connaît que trois exemplaires : celui de M. Paul Baudry, celuides dames Ursulines de la rue des Capucins, celui vendu par M. Boimare à un américain.

En 1865, M. Paul Baudry en a fait une réimpression, a 50 exemplaires, pour la Société des Bibliophiles Normands. 11y a joint une notice très-remarquable et par l’atticisme de la forme et par l'étendue des recherches.

Cette réimpression, destinée aux bibliophiles, reproduit textuellement, et lettre pour lettre, l'édition de 1728.

(D Arch. dép. de la Seine-Inf. F. de l'arch. — Dispenses de ban, requêtes, informations, etc. (Ha.-Hal.).

J'adresse les plus vifs remerciments :

A M. Boimare, qui m'a fourni une copie du texte et un grand nombre de documents précieux et inédits sur la fondation de la Nouvelle-Orléans ;

À M. Paul Baudry qui, en me confiant obligeamment son exemplaire de l'édition originale, m’a permis de donner à mon œuvre toute la perfection possible ;

A M. Charles de Beaurepaire, à qui je dois particulierement de la reconnaissance pour ses démarches et ses bienveillantes communications ;

A M. Ed. Frère et à M. Gosselin, qui ont eu la bonté de mettre à ma disposition des ouvrages et des pièces du plus grand intérêt.

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