‹ Relation et naufrages d'Alvar Nuñez Cabeça de VacaChapitre 35 sur 42 · D*ALVAR NUNEZ GABEÇA DE VACA · texte numérisé non relu

D*ALVAR NUNEZ GABEÇA DE VACA

haricots, de courges, et qu'il avait vu du maïs. Cette nouvelle nous fut plus agréable que tout au monde, et nous en rendîmes des grâces infinies au Seigneur. Il nous dit que le nègre viendrait avec tous les habitants nous attendre sur la route. Nous partîmes donc /nous fimes une lieue et demie, et nous rencontrâmes le nègre et les Indiens qui arrivaient au-devant de nous. Ils nous donnèrent des haricots , des calebasse^ pour manger, e,t

pour porter de l'eau , des peaux de vaches et d'irti très objets. Comme ces gens étaient ennemis de ceux>qui nous aécompagnaient , ils ne s'entendaient pas. Nous quittâmes donc les premiers en leifr faisant présent de ce que Fpn nous avait donné. A six lieues de là, vers te soir, nous aiTivâmes à leurs maisons. Ils firent de grandes fêtes à l'occasion de notre arrivée. Nous y restâmes un jour , et le lendemain ils nous conduisirent à d'autres maisons fixes , dont les habitants se nourris* saient comme eux.

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Nous commençâmes à remarquer un nouvel usage : les Indiens qui ' apprenaient que nous approchions ne venaient plus nous recevoir; nous les trouvions chez eux, qui en avaient rassemblé d'autres pour nous voir.

Tous étaient assis le visage tourné contre les murailles, la tête baissée^ tes cheveux raÊattus sur leurs yeux. Au milieu de la maison était ramassé tout ce qu'ils possédaient. Dans ce pays on nous donna , pour la première fois , un grand nombre de manteaux de peaux, et de plus les naturels nous firent présent de t6ut ce qu'ils possédaient. Ce sont les gens les mieux faits que nous ayons vus ills sont très-adroits» très-vifs , nous comprenaient et nous répon^ daient mieux que tous les autres. Noîis leur donnâmes le nom de gens des Vaches ,t^arce que c'est dans les environs que l'on en prend le plus grand nombre. Pendant cinquante lieues, en remontant la rivière, on en tue une quantité extraordinaire. Ces gens sont tous nus, comme les premiers que nous aviona

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vus. Les femmes se couvrent avec des peaux de cerfs , il y a des hommes qui ont aussi cet usage, ce sont les vieillards qui ne vont plus à la guerre. Le pays est très-peuplé. Voulant savoir pourquoi ils ne semaient pas de maïs, ils donnèrent pour raison que , deux ans auparavant ^.on avait manqué d'eau , et que les

taupes avaient mangé les semences ; qu'ils n'osaient pas en cultiver avant qu'il ne plût beaucoup, et ils nous supplièrent de prier le ciel de faire pleuvoir. Nous voulûmes savoir où ils s'étaient procuré ce maïs : ils nous dirent que c'était du côté où le soleil se couchait , que tout le pays en était rempli, et que le plus court chemin pour s'y rendre était l'Occident. Nous leur demandâmes de bien nous enseigner le chemin. Suivant eux , il fallait remonter la rivière vers le Nord; mais pendant dix-sept jours nous ne trouverions pour nous nourrir qu'un fruit nommé chacarij qu'ils écrasent entre les pierres, et même en prenant ce soin, quand on le mange, il est

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toujours dur et sec. Cela était la vérité ; car ild nous en montrèrent, et nous ne pûmes les manger. Ils nous dirent que tant que nous suivrions la rivière nous nous trouverions au milieu de leurs ennemis, qui parlent la même langue qu'eux; qu'ils n'auraient pas de vivres , mais qu'ils nous recevraient trèsbien, et qu'ils nous donneraient beaucoup de manteaux de coton, des peaux et d'autres présents. Néanmoins ils pensaient que nous ne devions pas entreprendre cette route. Comme nous étions indécis , ne sachant quelle direction serait la plus avantageuse , nous restâmes deux jours chez eux. Ils nous fournirent des haricots et des calebasses.

La manière de faire cuire ces haricots est si extraordinaire, que je vais la rapporter pour faire voir combien l'industrie des hommes diffère, et combien ils emploient des moyens extraordinaires. Ces Indiens ne font pas de pots : quand ils veulent préparer leurs aliments , ils remplissent d'eau la moitié d'une grande ca-

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lebasse , et Us mettent c&ds le feu un grand nombre de pierres qui puissent rougir facilement Lorsque le feu est bien allumé, ils prennent ces pierres avec des tenailles de bois, et les jettent dans Teau jusqu'à ce qu'elle bouille. Alors ils mettent dans cette eau bouillante ce qu'ils veulent faire cuire , et ils ne s'occupent plus qu'à retirer les pierres, et à en remettre d^autres brûlantes, afin que l'eau continue de bouillir. Cest ainsi qu'ils font cuire leurs aliments.

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