DEUXIÈME PARTIE. [l
ours avant qu'ils commissent une action tarrible, M. de Bouillon dit : « Ils sont I s*ils ne font un coup assez hardi pour Itrè Paris. » Ce discours rapporté ^ et lUon qui en fut tentée, firent qu'il y eut ns avis que ceci avoit été exécuté de conrec lui, à moins que la profondeur de son icnee ne lui eût fait prévoir ce que les auiroient. Enfin , il ne laissa pas de paroltre I quand la nouvelle de cette exécrable enle fut divulguée. Les apparences faisolent que si Ton attaquoit Tarmée de M. le I, elle ne seroit pas reçue dans Paris. II
même paroltre quelques escadrons à la s plusieurs villages qui sont dans Plie de Denis , comme s'il avoit voulu nous en hre l'entrée; mais son dessein n'étoit que » amuser, et de faire passer son armée Ibssé de la ville pour gagner ensuite Chat , en rompre le pont , et nous nécessiter i de chercher les moyens d'aller à lui , la liberté de nous combattre en passant ■ne , et en tout cas de pouvoir fourrager UB provinces , si Ton ne se mettoit point orsuivre , la liberté lui restant toujours ler en Flandre quand il voudroit. On fut que son armée avoit marché le soir ; mais, \T désobéissance , soit parce qu'elle étoit liguée , elle campa à la tête du faubourg Bonoré. Le prince , en ayant été averti, taignit et querella ses officiers. Ensuite, te tout son pouvoir, il fit marcher toutes lupes , auxquelles les bourgeois ne voulumais permettre de traverser la ville , craipeut-étre que ses soldats ne leur causasle Tincommodité , on bien que ce prince lit s'en rendre le maître ; car ^ quoique ses ne fussent pas proportionnées à une pa- BDtreprise, les apparences trompent soueox qui sont capables d'avoir peur.
de Turenne fut averti de la marche de prince , et le maréchal de La Ferté aussi, liant le plus éloigné de Paris y ne le joignit 'es que le combat fut commencé. Ce n'étoit 1 le prince le craignoit le plus ; mais, ayant i efaagrin imaginable de ne pouvoir éviter léral , il mit sa cavalerie en bataille peuple son infanterie défiloit par derrière ; et
Turenne, qui le reconnut, ne crut pas le ' attaquer tant qu'il seroit dans un lieu igeux.
le prince quitta ce poste pour joindre son erle et voulut toujours gagner Charenton;
s eombai do faubourg Saint-Antoine fut livré le i 1662. I>eai Jours après eut lieu le massacre de
mais il fut surpris quand il se vit attaqué dans le faubourg Saint-Antoine , et voulut défendre les barricades qui y avoient été dressées par les bourgeois. Le combat fut des plus opiniâtres (i). Le Roi en fut spectateur , et si mademoiselle d'Orléans n'eût obtenu de la bourgeoisie qu'elle ouvrît les poi*tes aux troupes du prince ^ elles auroient été entièrement défaites. Pour faire croire aux Parisiens qu'ils n'avoient plus lieu d'espérer que le Roi leur pardonnât, elle fit tirer le canon du côté qu'elle remarqua que Sa Majesté étoit. Quelques-uns disoient d'aller à la porte de Saint-Denis, que l'on trouveroit ouverte. J'avoue qu'il me sembloit que j'aurois conseillé de faire entrer l'armée dans le faubourg Saint- Germain et d'y donner bataille , dont le gain me paroissoit assuré ; mais je n'osai plus être de cet avis, y trouvant beaucoup d'inconvéniens ; car la prudence défendoit de se fier à un peuple qui avoit sujet de tout craindre, et d'ailleurs il y avoit peu d'apparence que le cardinal pût concourir à cette résolution qui s'évanouit bientôt , car on vit dans Paris des écharpes de différentes couleurs. Les rouges étoient admirées, et quiconque eût parlé de rendre au Roi l'obéissance qu'il lui devoit , eût couru risque de perdre la vie. Il falloit trouver les moyens de décharger les Parisiens des troupes qui les soutenoient , et il y avoit tout lieu de croire' ensuite qu'étant devenus sages par leur propre expérience, ils ne songeroient qu'à implorer la miséricorde du Roi.
Le séjour de Saint-Denis étant devenu insupportable par une infection horrible, il fallut songer à le quitter , et néanmoins ne se pas tant éloigner de Paris qu'on perdit ce qu'on avoit gagné sur les esprits des plus sages , et même de la populace. On proposa d'aller à Pontoise , qui étoit un lieu bien commode et bien situé pour vivre , et d'où même l'on s'aprochoit de la Normandie , qui étoit restée dans l'obéissance. On eût bien pu trouver des endroits convenables au séjour de la cour , mais on craignoit de donner de la jalousie et du soupçon à M. de Longueville , qui faisoit en sorte que te Roi y jouissoit d'une partie de ses revenus , et qui empéchoit qu'on ne s'y soulevât ni qu'on y causât le moindre préjudice au service de Sa Majesté ; mais il donnoit assez à entendre qu'il ne falloit pas en demander davantage de lui. La cour ne fut pas plustût arrivée à Pontoise qu'on publia qu'elle en devoit partir le lendemain pour aller à Mantes, dont le gouverneur avoit ouvert les portes
rH6tel-de- Ville, dont il est parlé dans la page précédente et dans celle-ci. (A. E )
et qui s'étoit acquis de la réputation par 9a bravoure et par sou expérience. On lui proposa , supposé que l'armée du Roi eût été entièrement défaite , de défendre ce passage , pour donner le temps à Leurs Majestés de se retirer et de gagner Amboise, d'où elles pourroient passer en Bretagne si la nécessité des affaires le vouloit. Guadagne reçut comme une très - grande grâce cette commission , qui étoit des plus périlleuses; et il est bien certain que , s'il ayoit été attaqué , il s'y fût signalé comme il avoit fait en plusieurs rencontres où il s'étoit trouvé. Le cardinal , ennuyé d'être à l'air^ crut qu'il n'avoit point de moyen plus honorable pour rentrer dans la ville que d'engager le Roi à monter à cheval et à le venir quérir. On y passa de fâcheux momens ; mais on apprit à la fin que M. de Turenne s'étoit avancé avec quelques escadrons , ayant commandé à son infanterie de le suivre , et opposé à l'armée victorieuse de M. le prince quelques pièces d'artillerie : ce qui l'avoit contraint de faire halte et de prendre des quartiers. M. de Turenne, qui en fit autant, se fit par ce service un grand mérite auprès du Roi et acquit beaucoup de gloire ; car il réussit dans son dessein , qui étoit de se camper entre l'armée du prince et Paris, pour lui ôter toute communication. N'ayant pas cru qu'il fût à propos que le Roi se tînt éloigné de la sienne, il s'avança jusqu'à Auxerre, descendit la Seine et se rendit ù Melun ; mais , sur l'avis qu'on eut que les troupes de Monsieur et de M. le prince avoient pris Etampes , on forma le dessein d'assiéger cette ville , dont l'entreprise , qui étoit en soi fort difficile ,.fut encore accompagnée d'une disgrâce. C*est que cette place , qui est très-longue , ne fut attaquée que par les extrémités; et cela donna lieu à plusieurs combats où nous remportâmes des avantages. Mais nous n'eûmes pas celui pour lequel ce siège avoit été formé , car l'arrivée du duc de Lorraine avec son armée obligea M. de Turenne à se retirer, et , pendant qu'il s'avançoit pour en traverser la marche, les troupes des princes approchèrent de Paris. L'infidélité de M. de Lorraine parut en cette rencontre, car il publioit ne venir que pour le service du Roi. Il demanda du pain pour son armée ; et après avoir fait plusieurs traités avec Sa Majesté , il se déclara contre. Il est vrai qu'il reçut un affront considérable , ayant été obligé de promettre de se retirer pour éviter d'en venir à une bataille, qui sans doute lui eût été livrée si le roi d'Angleterre , qui s'entremettoit pour un accommodement , n'eût empêché M. de Turenne de commander qu'on le chargeât. M. de Lorraine s etoit posté en homme de guerre ; mais
MÉMOIRES DU COMTB DB BBIENNE,
ses troupes, manquant de vivres , n'auroient faire une grande résistance. Il jugea donc qi étoit de son avantage de se retirer, et de so^ ser une négociation vive avec la cour, pour p fiter des occasions qui se rencontreroient p encourager l'armée et pour presser se siège d tampes. Le Roi quitta le logement de Më pour prendre celui de Corbeil , après avoir averti qu'un courrier du Pape opportoit au eo Juteur de Paris le chapeau de cardinal , que Majesté avoit demandé pour lui. Quelquet-i croyant que le courrier iroit tout droit à Fi le remettre au nonce qui le pourroit donner coadjuteur, je fus d'avis qu'on lui ftt dire qi s'il faisoit cette faute, il pouvoit le rempofli et qu'on fît bien entendre au coadjuteur que, 1 manquoit au respect qu'il devoit au Roi , tt seroit jamais reconnu en France comme car nal. Pendant qu'on examinoit ce qu'il M faire , le courrier de Sa Sainteté se rendit il ris , et les choses s'accommodèrent ensuite i satisfaction du cardinal de Retz.
Pour donner plus de hardiesse aux bons bo geois de Paris , on leur proposa de se déeia pour le Roi, à qui l'on conseilla d'aller à Sri Germain-en-Laye. Sa Majesté y fit quelque jour^ sans en retirer aucun avantage : ce qil fit prendre le parti de revenir du c^té de Mal en s'arrêtant quelque temps à Corbeil. Et eom on avoit dessein de retourner à Saint-Germaiii, se rendit à Saint-Denis , où le Roi resta qœlf jours. Quoique les princes fussent en étal donner la loi , ils ne laissèrent pas de s'oflH se soumettre, à condition que le cardinal banni du royaume. Son Eminence, c que l'armée d'Espagne ne se joignit à la lai proposa que le Roi se retirât en Bourgogne^ de laisser les maréchaux de Turenne et de Ferté aux environs de Paris, pour s'opposeri desseins des princes. M. de Bouillon , qui é en très-grand crédit , avoit été du même ai mais M. de Turenne, son frère, qui fat api dans le conseil secret, le fit changer. « Je charge, dit-il, de faire périr les ennemis, po vu que la personne du Roi soit en lieu deat té. » Et pour avoir quelques avantages tor princes , qui s'étoient campés dans l'tlc de S« Denis , il proposa de construire un pont M Seine , pour les pouvoir aller attaquer. Solti M. le duc d'Orléans et le prince de Gondéi'ai eussent que Paris leur échapperoit , ils demtti rent une assemblée générale, dans le dessein A défaire de ceux qui paroissoient être dans Ict térêts du Roi. La conduite qu'ils tinrent pou réussir a été décrite par bien des gens , q«i l'ont pas rapportée au juste. J'ajouterai doneq