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MÉMOIRES DU CO^TB DB BBIENNEy
sentée pour entrer dans la ville, y fut reçue ; mais les portes furent refusées au grand conseil , et le Roi fut contraint de passer, pour ainsi dire, à la portée du canon et à la vue des remparts , sans pouvoir y entrer. On eut nouvelle que M. le prince, qui avoit eu du désavantage en Guienne, avoit traversé le royaume , et s*étoit rendu à Tarmée qui s*opposoit à celle du Roi, sous son commandement et sous celui de Monsieur. Trois raisons, selon mon avis, engagèrent ce prince à prendre cette résolution. La première, parce qu'il croyoit cette armée en mauvaises mains ; la seconde, que le retour du cardinal le mettroit plus tôt en état d'agir qu'il n'eût fait avec dix mille hommes; et la troisième, que, ne faisant point son accommodement avec la cour , il lui étoit plus avantageux de passer en Flandres qu'en Espagne. Il avoit d'ailleurs assez de lumières pour connoltrc qu'il n'avoit plus rien à faire en Guienne , où plusieurs de la plus considérable noblesse lui avoient tourné casaque. Sa présence u'étoit pas nécessaire pour conserver Bordeaux, et il y avoit beaucoup de difficulté à prétendre de faire une irruption dans le royaume, soit par la Navarre en Guienne , ou par la Catalogne en Languedoc. Les forces de ces seules provinces étoient assez grandes pour arrêter celles qu'on leur opposeroit; et il étoit comme impossible de passer en Languedoc par la Catalogne, parce que cette dernière province n'étoit pas entièrement soumise à Sa Majesté Catholique, et que le Roussillon étoit sous la domination du Roi.
[Nous continuâmes d'être informés des affaires d'Angleterre par M. Choqueux , de qui je recevois de fréquentes lettres. Il nous expédia exprès un courrier pour nous prévenir des négotiations du prince de Condé avec Cromwel , et nous fesoit part en même temps d'autres nouvelles contenues dans la dépêche suivante, datée de Londres, 14 février 1662.
« Le même Jour que je fis partir d'Estrade de cette ville, il nous y arriva le sieur de Barière, que l'on a dit en parlement y estre venu de la part de Messieurs de Bordeaux, pour agir et traiter , conjointement le sieur de Coignac et luy, avec cette République , selon les nouvelles instructions que M. le prince a envoyées par ledit sieur de Barière ; ce qui m'oblige davantage a le croire ainsi, est que ledit sieur de Barière n'a encore fait autre visite que celle de l'ambassadeur d'Espagne , où il fut hier la plus grande partie de l'après-dlner , s'étant toujours conservé à Chelsay en de continuelles conférences avec les sieurs de Coignac et de Maseme.
Le sieur de Coignac a ce matin envoyé son
gentilhomme chez Cromwel, pour savoir le jour et l'heure qu'il leur voudroit donner audience, que ledit gentilhomme me vient présenteoieiil de dire luy avoir esté accordé à demain deux heures après midi. Je ferai en sorte d'estre instruit de ce qui se passera et vous en Infor* mer au plustost.
» Le secrétaire de Cromwel m'a dit avoir h la lettre que M. le prince avoit envoyée par le sieur de Coignac à son maistre , laquelle n'es» toit qu'en des termes obligeans et qui font paroistre la haute estime qu'il en fait, le priait d'avoir toute créance en ce que ledit sieur de Coignac lui dira et proposera de sa part , s'a* dressant à lui seul , auquel il veut estre obligé' des faveurs et assistances que ce parlement luy accordera ; et il me dit aussi que la liberté de transporter les vins de Bordeaux en to lieu étoit accordée, et que, pour cet effet, fore» vaisseaux marchands se préparent pour y aller: en quoy l'on dit que M. de Maserne travaille.
» Il vous ressouviendra que, par ma der* nière , Je vous ay touché d'un ami qui sooIf sonnoit ledit sieur de Maserne estre porté pour faire des propositions à ses gens icy, sur leiquelà depuis ce temps Je Tay si fortement prévis qu'il m'a déclaré que ledit M. de Maseme pu» leroit ou feroit agir au nom des religionnafrci de France, estant trèsK^nstant que c'est lachoM du monde que ce personnage ambitionne le plai| et donneroit volontiers sa fille et tout son bkÉ au sieur de Coignac ou autre , qu'il reoonnollit pour effectivement embrasser les intéreflts dei* dits religionnaires ; cet ami est affectionné an affaires de France , bon catholique, et qui a particulière connoissance dudit sieur de MaaenML
» L'on m'a fait voir la commission de Tadml» rai Blaicke, en laquelle il n'est spécifié aneii nombre de vaisseaux ni la route qu'ils dolveit tenir, non plus que les choses qu'ils ont à «itra* prendre ; ladite commission estant des plus amples et générales que ce parlement ayt fhit détt* vrer à qui que ce soit , donnant un poiiyoir ab* solu audit Blaicke de commander et faire JcÉi* dre à sa flotte toutes les autres de la Répnbllqw qui seront en mer, les faisant rester près de tay tant et si peu de temps qu'il le Jugera néoetta&re pour le service de ladite République , séparei^ envoyer seuls ou de compagnie , tels deidBIl vaisseaux , en tels lieux et places qu'il aviseit bon estre , nommer et changer tels des offlcicif qu'il lui plaira , et autrement.
» li m'a esté impossible de pouvoir eneoie évanter leur dessein , mais bien que ledit admi* rai Blaicke n est pour avoir ses ordres seerstt que lorsqu'il aura la flotte en estât de ftirs
DeitXtÊKE PARTIE. [l6S3j
loiUs , cependant ils font marcher et assembler te bommes vers Southamton et l'isle de Teithe , on est le lien dn rendez-vous général de lenrs voiSKanx , trois desquels sont pour sorlÎT des Dnnes et d'autres de Porthmouth , Fle- DMt, d'Arthmont et des porta le long de cette rfte-U.
■ Le parlement ayant ordonné que le conseil îîut et le général Cromwel nommeroient un gèiénl ponr aller commander en Irlande , en la plMcde fin Jerton, ils s'assemblèrent deux Jours qrte et firent élection du mt^or-général Lambert, qoe ledit parlement a cejourd'huy apfroBTé.
• Les ambassadeurs de Hollande, ayant receu huNirelie de quarante-cinq de leurs vaisseaux idrii par cent de cette République, allèrent ita plaindre an parlement , qui ordonna que les nias par eux ci-devant fournis, et autres de K jour, seroient référés à six du conseil d'Etat, otre lesquels le général Cromwel devoit présite A eo ordonner ainsi qu'il le Jugerolt à popos.
• Six vaiflManx hollaudots , faisant nombre tequrante-cinq, forent hier consignés à cette BépâbUqae, qol obligea sur l'heure lesdltsamkMideiirs de se transporter devant les Juges ^ l'admirante, lesquels, nonobstant les plaintes tf la Airie que témoigna le sieur Catz, arrêtèrent 9*la>aitencesnbsl8teroit, si mieux n'almoient Wlti ambassadeurs composer desdits vals- >nx et marchandises contenues en Iceux , plis acceptèrent avant que sortir dudlt lieu.
• L'ageot de Suède eut, vendredy dernier, la pmère audience de ce parlement, auquel il irinata one lettre de la reyne de Suède , sur l^ieUe ces messieurs firent des difflcnltés, à
(Me qae la superscription d'icelle n'estoit en faiDB, ayant Sereniasimœ Reipublicœ Angti- M)W. Néanmoins elle Ait ouverte et lue, et !■ r^oQse remise à un autre jour. L'on me vient pbwrtement assurer, et de très-bonne part , 9t Cromwel embrasse fort le parti des HoillDdois , auxquels il veut faire donner satisfac- ' ta , pour avoir lien d'entreprendre plus pulsit contre ta France.
Il nt arrivé ce matin un exprès aux am- ■doDrs de Hollande , qui dit que messieurs des Etats estolent pour en envoyer encore antres pour joindre à ceux qui sont
Ces lotCDtloiis de Cromwel et l'état Intérieur di foyatune firent redoubler de soins pour en détooraer les effets, et un plain pouvoir de traiter avec la Bépublique anglolse fut envoyé à
M. d'Estrade ; Il étoit accompagné de la lettre suivante , signée de la main du Boi :
- Monsieur d'Estrades, je vous envoyé le pouvoir authentique en bonne forme pour trelcter en mon nom une nouvelle alliance avec la République d'Angleterre , affln qu'il y «yt bonne voisinance et amitié entre les deux nations, de sorte que la liberté du commerce, également avantageuse aux uns et aux autres , soit entièrement conservée ; et jugeant que le sieur Cromwel pourroit envoyer vers vous quelqu'un pour être davantage éclairci de mes bonnes Intentions, vous aurez à les lui faire cognolstre et vous ouvrir en toute confiance , non seulement sur ce qui s'y peut traicter avec la République , mais encore avec la personne audit sieur Cromwel , tant pour le bien commun des deux royaumes que pour ses intérests particuliers , vous don< nant par la présente pouvoir d'agir, négocier, traiter et promettre en mon nom tout ce qne vous jugerez à propos audit Cromwel, et Je ratifleray et exécuteray tout ce que vous aurez promis et signé en mon nom , avec la même bonne fol et sincérité que je prie Dieu de vous avoir, monsieur d'Estrades , en sa sainte garde. Escript il Blois , le 24 mars lGa3. >
Mais lan^ctation traînant en longueur, et sur le compte que J'en rendis, il fut résolu que l'on enverroit de nouveau le sieur dé Gentiliot auprès de Cromwel , et qu'on lui remettroit des instructions détaillées de ce qu'il auroit à négocier auprès du parlement et du conseil d'Etat de la république d'Angleterre. On lui remit aussi une lettre que Sa Majesté écrivoit au proteclenr.
Lettre du Roy à Cromwel.
• Monsieur Cromwel, envoyant exprès à Londres te sieur Gentiliot, gentilhomme de ma chambre , avec lettre de créance au parlement de la république d'Angleterre et au conseil d'Etat , pour leur faire entendre mes bonnes intentions ; et comme il est avantageux à l'un et à l'autre Etat de vivre en bonne voisinance, paix et amitié , Je l'ay chargé de cette lettre poor vous , pour vous assurer de ma bonne volonté et disposition entière à faire ce qui servira à la sûreté et liberté du commerce , bien et utilité réciproque des deux nations : et m'assurant que vous contribuerez volontiers à un si bon effet, je me remets audit sieur de Gentiliot de vous en dire davantage , vous priant de lui donner créance comme à une personne en qui Je prens une confianceentlèreicependantjepriray Dieu, etc. •
MlUlOlRES DU COMTK DE BRIEM^R,
Instruction au sieur de Gentillot , gentilhomme de la chambre du Rotj^ s*en allant^ pour le service de Sa Majesté , en AnglC' terre.
« Sa Majesté , jugeant qu'il est de l'utilité commune des deux nations de France et d'Angleterre de nourrir paix et amitié, bonne volsinance et toute sorte de liberté et sécurité de commerce entre les subjects de l'un et l'autre £tats, a bien voulu envoyer un gentilhomme exprès à Londres vers le parlement de la république d'Angleterre , etafaict choix dudit sieur Gentillot , dont la suffisance, fidélité et affection à son service luy sont cogneues, l'ayant chargé de lettre de créance audit parlement , conseil d'Etat et au sieur Cromwel.
» Le sieur de Gentillot s'acheminera Incessamment à Londres et envoyera devant le sieur de Viliers, avec lequel il s'est déjà abouché, ou bien le fera écrire pour avertir ceux dudit parlement du sujet de son voyage ; et comme il vient recognoistre au nom du Roy ladite République , estant porteur de lettres de Sa Majesté, en créance à cet effet , pourveu néanmoins qu'on lui rapporte parole et asseurance qu'au préalable touttes lettres de marque et repressailles seront surcises et tous actes d'hostilité cessés , pour parvenir plus facilement au restablissement du commerce.
«Ledit sieur Gentillot, estant à Calais et ne pouvant aller à Dunkerque à cause que les ennemis ont assiégé Gravelines^ écrira en chiffres au sieur d'Estrades le sujet de son envoy à Londres , et le priera de l'advertir audit Calais ou à Douvre de ce qu'il pourroit avoir négocié avec ledit parlement, et par quelle adresse, affin qu'il s'en serve , ayant besoing de bons advis dudit sieur d'Estrades , auquel il fera savoir l'ordre qu'il a de Sa Majesté de s'y conformer et continuer sa correspondance avec luy par lettres fréquentes. L'inscription et la suscription des lettres de créances ont esté laissées en blanc , affin que ledit sieur Gentillot les remplisse de la même sorte dont il a esté usé envers eux , par la reine de Suède ou par le roy d'Espagne, Sa Majesté voulant bien leur faire autant d'honneur et d'amitié qu'aucun autre des princes qui les ont recogneus pour République. Ledit sieur de Gentillot , aussitost que la cessation d*hostilité et suspension de repressailles aura été accordé, ou qu'il en aura eu de bonnes asseurances , rendra ses lettres audit parlement de la République, et expliquera sa créance^ en sorte qu'il leur persuade les bonnes intentions de Sa Majesté et son désir d'entretenir paix, amitié et
bonne voisi nance et correspondance entre iai deux nations , mesmes nous alliant plus étroide* ment avec ladite République pour le bien el avantage réciproque , et qu'il use des termes é^ vils et obligeans, sans toutefois rien dire qé puisse marquer foiblesse ou crainte de leurs ar«^'; mes, s'ils avoient envie de nous les faire appré^ i hender. Il faira aussi faire cognoistre à tooi ceux à qui il aura à parler , que nos divisi domestiques auront bientost cessé, et que princes recherchent les bonnes grâces de Majesté, et de sortir du mauvais pas où ilsïÉ trouvent , par un bon accomodement , dont kâ ouvertures put déjà esté faites de leur part ; CÉ sorte qu'il y a apparence que la négociation qn se continue prendra bientost fin pour le repOT du royaume : à quoy aidera beaucoup la vict<M que les armées du Roy viennent de remporti^ sur celles de ses ennemis, qui lui donneroil d'autant plus de facilités et de moyens de bicft ' faire à ses voisins et à ses subjets.
» Ledit sieur de Gentillot, voyant les kÊ*\ glois en résolution d'envoyer enfin un ambastt^; deur, conviendra avec eux , dès à présent, qu'oiÉ nommera des députés de part et d'autre poiît entrer en cognoissance des pertes et àéfiê^ dations souffertes par les subjects de I un etéfr; l'autre Etat, et qu'ils auront le pouvoir d'i^fiK ter les différens , mesme de faire un traitée dft; commerce pour l'advenir, Sa Majesté trouvMt bonnes toutes les conditions dont on demeuratë d'accord , pourveu qu'elles soient égales et réd** proques.
» Donnera advis soigneusement de toQt ei qu'il avancera , et s'en reviendra quand il anit mis les choses au point porté par la présente iOÊ^ truction , et prendra garde de ne rien gâter 4b ' ce qui pourroit avoir esté négotié ou avaneéà mesme effect par ledit sieur d'Estrades , eo \à prudence et conduite duquel on a grand coafiance.
* Faict à Saint-Germain-en-Laye , le 1*"' mt$
Pendant le séjour que nous fîmes à Blois, aperçûmes avec chagrin que , sans un puiasnl secours, nous perdrions. la ville de BarceloBit et ensuite la Catalogne. Le cardinal ne irouvipl point dans les coffres de l'épargne l'argent qrt falloit pour prévenir ce mal , apparemment pi^ ce que son attention étoit à s'amasser des tiét sors , me demanda quelle raison avoit empêché l'année précédente le roi de Portugal de nooi aider à défendre la Catalogne. Je lui dis qu'ai» tant que je l'avois pu connottre , il y en avoll deux sur lesquelles il s'étoit fondé : lapremlèie,
DKiJXikUE PABTIK. [iGâS]
ail croyait la France perdue ; la seconde, que onr avoir de son argent il nous mettroit en bKgation de ne faire Jamais ni paix ni trêve ivee l'Espagne sans Vy faire comprendre; «de |ioi, ajoutai-je, jusqu*à présent on s*est défendu pir les raisons dont Votre Eminence peut bien K ressouvenir. Je crois que si Ton vouloit en venir lÀ, il seroit à propos de faire partir Tambasndeor de Portugal qui est à la suite de la cour, fonr engager son maître, en lui faisant cet tfuitage, de donner deux millions d*or, non pas a on seul paiement ^ mais payables en termeS' «onels, en l'assurant que cette somme ne senit employée qu'à faire la guerre à l'Espagne: a ^i procureroit infailliblement le repos du hrtngal , en lui donnant les moyens de s'agran-
J'eus ordre de voir cet ambassadeur, à qui je i^CBS pas de peine à persuader de faire ce voyage, fM propres intérêts le voulant, et à lui faire en- Indre ce dont il étoit question : que le Roi son mttre nous paieroit huit cent mille éeus dans la pranière année , qui étoit la présente , et trois fnt mille chacune des quatre suivantes, sûr la pôle que Je lui donnai que cet argent seroit emihgré au service commun des couronnes de Fn&ee et de Portugal. Comme on ne le chargeait que d'une simple proposition, et qu'on l'aigeoit point de lui qu'il signât de traité, il I prtteoDgé de Leurs Majestés et descendit la ri- [ vière de Loire Jusqu'à Nantes , où il prétendoit ^ ^onharquer , ou à La Rochelle, pour se rendre ■ à Usbonne. J'appris quelque^ mois après son arrivée en Portugal , et que les ouvertures qu'il avoit faites au Roi son maître avoient été agréais blement reçues. A la vérité , le terme de payer [ ne somme si considérable en cinq années lui \ aïoit paru bien court, de même qu'à ceux de ï Mo conseil, et surtout de ce qu'on vouloit que I le premier paiement fût presque de la moitié de I cette somme. L'ambassadeur ajoutoit que si Ion [ paavoit se résoudre que tout le paiement ne se : ftqo'en dix années, de deux cent mille cruzafa par an , il croyoit que son maître pourloit y passer , malgré l'opposition du peuple de Uibonne à laisser aller cet argent dans un pays étranger; mais que si l'on prétendoit plus que ce ^'Ooffroit, et en moins de temps , il jugeoit ta àott très-difflcile. Je lui fis réponse qu'ayant Pttlé d'écus , et évalué les six cent mille pis- Inleidn cours de Castille , faisant les deux mil- HoDS d'or, Il étoit de mauvaise grâce d'offrir OMins, et de prendre un terme aussi long que ttlol qoi étoit proposé : ce qui faisoit Juger que le Roi son maître et son conseil voulolent voir ! <pel train prendroient nos affaires ; que nous
les avions bien maintenues Jusqu'alors , par la grâce de Dieu , sans leur secours , et qu'avec la même assistance nous espérions de pouvoir continuer ; que si le roi de Portugal laissoit échapper cette conjoncture , il ne la retrouveroit Jamais ou très-difficilement , la France n'étant point engagée à sa défense suivant son traité ; que quand on lui offroit des conditions avantageuses il devoit les accepter ; que J'avois obtenu que , pour le premier paiement , on se contenteroit de six cent mille écus au lieu de huit, et que, pour les quatorze cents restans, Je pourrois faire en sorte qu'on se contenteroit de les recevoir en cinq années, pourvu qu'à chacune des quatre premières Ton nous fît toucher trois cent mille écus , et deux cent mille dans la dernière; que si même on demandoit sept années au lieu de cinq , Je pourrois y faire consentir le Roi mon maître ; qu'on désiroit d'être informé promptement des intentions de Sa Majesté portugaise , et qu'ainsi je priois qu'on ne différât point à me les faire savoir. Comme il faudra parler de ceci à la fin de la même année , ou au commencement de la suivante. Je n'en dirai rien de plus présentement , pour ne pas user de redite , et je me contenterai de le faire quand il en sera temps. Le Roi, ayant passé à la vue d'Orléans et étant sur la route de Sully, apprit que les ennemis avoient attaqué Gergeau ; on crut même qu'ils en avoient forcé le pont. Mais la résolution que M. de Turenne fit paroltre en commandant qu'on ouvrit la porte , après s'être mis sur le seuil pour en défendre l'entrée, fit croire aux ennemis que toute l'armée s'y étoit rendue : de sorte qu'ils cessèrent de se servir de leur artillerie, et regardèrent comme un grand avantage pour eux de la pouvoir dégager le soir.
Leurs Majestés se rendirent à Sully, où elles firent leurs Pâques^ et n'en partirent que le mercredi ou le Jeudi pour venir à Gien. On y eut des nouvelles certaines que le prince de Condé avoit joint ses troupes , et l'on y prit la résolution de faire avancer celles du Roi pour les mettre entre Paris et l'armée ennemie. Le commandement de celle du Roi fut donné à M. de Turenne sans l'ôter à d'Hocquincourt , qui fut surpris et défait dans sa marche par M. le prince. La nouvelle en étant venue à Gien, la cour pensa à se retirer ; mais avant que d'en venir à l'exécution, elle voulut attendre M. de Turenne.. Le cardinal , pour faire voir son courage , sortit de la ville et monta sur une eminence qui la couvre du côté du Gatlnois, où il n'avoit rien à craindre. On fit mettre sous les armes les gardes et le régiment de la marine , à la tête duquel étoit Gundagne , gentilhomme de bonne maison,
MBMOIBES DU COMTB DB BBIENNE,
et qui s*étoit acquis de la réputation par sa bravoure et par sou expérience. On lui proposa , supposé que Farmée du Roi eût été entièrement défaite , de défendre ce passage , pour donner le temps à Leurs Majestés de se retirer et de gagner Amboise^ d'où elles pourroient passer en Bretagne si la nécessité des affaires le vouloit. Guadagne reçut comme une très - grande grâce cette commission , qui étoit des plus périlleuses ; et il est bien certain que , s'il avoit été attaqué , il s'y fût signalé comme il avoit fait en plusieurs rencontres où il s'étoit trouvé. Le cardinal , ennuyé d'être à l'air, crut qu'il n'avoit point de moyen plus honorable pour rentrer dans la ville que d'engager le Roi à monter à cheval et à le venir quérir. On y passa de fâcheux momens ; mais on apprit à la fin que M. de Turenne s'étoit avancé avec quelques escadrons y ayant commandé à son infanterie de le suivre , et opposé à l'armée victorieuse de M. le prince quelques pièces d'artillerie : ce qui l'avoit contraint de faire halte et de prendre des quartiers. M. de Turenne , qui en fit autant, se fit par ce service un grand mérite auprès du Roi et acquit beaucoup de gloire ; car il réussit dans son dessein , qui étoit de se camper entre l'armée du prince et Paris, pour lui ôter toute communication. N'ayant pas cru qu'il fût à propos que le Roi se tint éloigné de la sienne, il s'avança jusqu'à Auxerre, descendit la Seine et se rendit ù Melun ; mais , sur i'avis qu'on eut que les troupes de Monsieur et de M. le prince avoient pris Etampes , on forma le dessein d'assiéger cette ville , dont l'entreprise , qui étoit en soi fort difilcile , fut encore accompagnée d'une disgrâce. C'est que cette place , qui est très-longue , ne fut attaquée que par les extrémités; et cela donna lieu à plusieurs combats où nous remportâmes des avantages. Mais nous n'eûmes pas celui pour lequel ce siège avoit été formé , car l'arrivée du duc de Lorraine avec son armée obligea M. de Turenne à se retirer, et , pendant qu'il s'avançoit pour en traverser la marche, les troupes des princes approchèrent de Paris. L'infidélité de M. de Lorraine parut en cette rencontre, car il publioit ne venir que pour le service du Roi. Il demanda du pain pour son armée ; et après avoir fait plusieurs traités avec Sa Majesté , il se déclara contre. Il est vrai qu'il reçut un affront considérable , ayant été obligé de promettre de se retirer pour éviter d'en venir à une bataille, qui sans doute lui eût été livrée si le roi d'Angleterre , qui s'entremettoit pour un accommodement , n'eût empêché M. de Turenne de commander qu'on le chargeât. M. de Lorraine s'étoit posté en homme de guerre ; mais
ses troupes, manquant de vivres , n'auroient pa faire une grande résistance. Il jugea donc qu'il étoit de son avantage de se retirer, et de supposer une négociation vive avec la cour, pour profiter des occasions qui se rencontreroient pour encourager l'armée et pour presser se siège d'Etampes. Le Roi quitta le logement de Melun pour prendre celui de Corbeil , après avoir été averti qu'un courrier du Pape opportoit au coad* juteur de Paris le chapeau de cardinal , que Sa Majesté avoit demandé pour lui. Quelques-uns croyant que le courrier iroit tout droit à Paris le remettre au nonce qui le pourroit donner ao coadjuteur, je fus d'avis qu'on lui ftt dire que, s'il faisoit cette faute, il pouvoit le remporter, et qu'on fît bien entendre au coadjuteur que, s'il manquoit au respect qu'il devoit au Roi , il ne seroit jamais reconnu en France comme cardinal. Pendant qu'on examinoit ce qu'il falloit faire , le courrier de Sa Sainteté se rendit à Pftris, et les choses s'accommodèrent ensuite à la satisfaction du cardinal de Retz.
Pour donner plus de hardiesse aux bons boa^ geois de Paris , on leur proposa de se déclarer pour le Roi, à qui l'on conseilla d'aller à Salnt- Germain-en-Laye. Sa Majesté y fit quelque se- ' jour, sans en retirer aucun avantage : ce qui lui ' fit prendre le parti de revenir du c^té de Melun, en s'arrêtant quelque temps à Corbeil. Et comme on avoit dessein de retourner à Saint-Germain, on se rendit à Saint-Benis , où le Roi resta quekpes jours. Quoique les princes fussent en état de donner la loi , ils ne laissèrent pas de s'offirir ^ se soumettre, à condition que le cardinal seroit. banni du royaume. Son Eminence, craignanx que l'armée d'Espagne ne se joignit à la leur , proposa que le Roi se retirât en Bourgogne , e* de laisser les maréchaux de Turenne et de L.^s Ferté aux environs de Paris, pour s'opposer au*^ desseins des princes. M. de Bouillon , qui étol'i en très-grand crédit , avoit été du même avis ^ mais M. de Turenne, son frère, qui fût appela dans le conseil secret, le fit changer. « Je n»^ charge, dit-il, de faire périr les ennemis, pour''' vu que la personne du Roi soit en lieu de sûr^^ té. » Et pour avoir quelques avantages sur ïc^ princes, qui s'étoient campés dans Tllc de Safat;- Denis, il proposa de construire un pont sur 1^ Seine , pour les pouvoir aller attaquer. Soit fM^ M. le duc d'Orléans et le prince de Condé s'aperçussent que Paris leur échapperoit , ils demanda * rent une assemblée générale, dans le dessein de 0^ défaire de ceux qui paroissoient être dans les ift " térêts du Roi. La conduite qu'ils tinrent pour y réussir a été décrite par bien des gens , qui i»* l'ont pas rapportée au juste. J'ajouterai donc qa^i