DU COMTE DE MONTRÉSOR
Retraite de Monsieur en Flandre ; sa réception; les intrigues de la cour pendant son séjour y et son retour en France.
[1633] La nouvelle de la mort du duc de Montmorency, arrivée à Toulouse, ayant été portée à Monsieur à Tours, où il s'étoit retiré depois son retour de Languedoc , voyant que , eoDtre les espérances qui lui avoient été données par les sieurs de Bullion et Des Fossés, dépotés par le Roi pour le traité fait à Béziers , ToDavc^t fait mourir de la sorte un homme si reoommandable par sa naissance et par les importaDs services qu'il avoit rendus à TEtat, Son Altesse s*étant promis que ses soumissions aux lentes du Roi obligeroient Sa Majesté à traiter avec moins de rigueur une personne de laquelle la ?ie lui étoit si recommandable, jugea, pour sa réputation , ne devoir pas demeurer en France ^tprès un sujet de déplaisir aussi sensible que ttJQi qu'il avoit reçu en cette occasion. Elle ne mit point en doute d'être valablement déchargée de tout ce qu'elle avoit promis par son traité à béziers , puisque , dans le temps qu'il se connut , elle avoit dit et protesté aux députés du Soi, que s'il mésarrivoit dudit duc de Montmorency , contre les assurances reconfirmées de la Mrt de Sa Majesté , elle le prendroit pour rup- ^re, et netiendroit aucune des conditions aux- ^elles elle s'étoit engagée , son intention étant 4e se soumettre pour la conservation d'un ^HMnme qui lui étoit si cher, et auquel elle avoit 4«8 obligations si particulières.
Ce furent les raisons les plus apparentes qui ^^soaèrent la sortie de Monsieur ; mais la plus véritable et la plus secrète fut celle du. mariage que Son Altesse avoit contracté, au désu du Roi, avec la princesse Marguerite de Lorraine , que l'on ^voittenu caché pour de bonnes considérations. Sa Majesté ni ses ministres n'en avoient eu aucune fsonnolssance certaine, seulement des soupçons, Taffaire ayant été conduite si cou vertement , que les espions de la cour n'avoient pu pénétrer si avant : aussi ne fut-il point parlé de cet article dans le traité de Réziers. Il n'y eut que le sieur de Bouillon , après que tout fut conclu et signé, qui s'avisa de demander au sieur de Puy laurens, prin-
cipal confident de Son Altesse, si véritablement Monsieur étoit marié ; lequel lui répondit qu'il ne rétoit pas, ne jugeant nullement à propos ni convenable au bien des affaires de son maître de s'en ouvrir à lui, et de s'en expliquer autrement.
Monsieur partit donc de Tours pour les raisons ci-devant représentées ; étant à Rlois , îl dépécha le sieur de Saumery vers Son Altesse de Savoie pour l'informer de tout ce qui s'étoit passé , et ménager par l'entremise du maréchal de Toiras sa retraite en Piémont, en cas qu'il en eût besoin. Ensuite Monsieur traversa la Reauce , futàMontereau-sur-Yonne, duquel lieu il écrivît au Roi par l'un de ses gardes, une lettre qui contenoit en substance les sujets et les raisons dt; son éloignement.
Son Altesse, sans s'arrêter, prit le chemin de Champagne, accompagnée de sa maison, qui pouvoit faire en gentilshommes et domestiques cent cinquante chevaux. Use rendit à Dun-sur- Meuse , petite place du duché de Lorraine , d'où elle envoya les sieurs Du Fargis à l'Infante , et vers le duc de Lorraine, Saint-Quentin , l'un de ses gentilshommes ordinaires. L'on ne disoit point encore sM'on iroit en Lorraine ou en Flandre; mais le lendemain ce doute fut éclairci, ayant pris le chemin de Namur, auquel lieu Monsieur se rendit en trois journées.
[ 1633] Le comte de Sallazar, capitaine de la garde de cavalerie de l'Infante , fut celui qui le vint recevoir et lui faire des complimens. et une infinité d'offres de ia part de cette vertueuse princesse, pour lui témoigner la véritable et sensible joie qu'elle avoit de le recevoir.
Monsieur arriva le jour d'après à Rruxelles , et fut descendre au logis du comte de Sallazar , d'où il vint aussitôt au palais de l'Infante , de laquelle il fut traité avec autant de bonté, de témoignage d'affection et de tendresse , que s'il eût été son fils , qui étoient les termes dont elle se servoit ordinairement lorsqu'elle vouloit exprimer l'amitié qu'elle avoit pour lui.
Cette première audience finie. Monsieur fut conduit dans l'appartement qui lui avoit été préparé , qui étoit celui de l'archiduc, par les principaux de sa cour et de sa maison, auxquels elle avoit ordonné de le servir, et de lui rendre
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les mêmes respects qu*à sa propre personne. Tous à i'envi lui faisoient paroître le contentement qu'ils avoient de son retour; et véritablement Monsieur avoit raison d'être satisfait d'une réception si obligeante , si le parlement de la Reine sa mère de Bruxelles , avant qu'il fût arrivé ^ ne lui eût donné de Tinquiétude , et fait appréhender qu'un éloignement si prompt ne provînt plutôt des mauvais conseils de quelques esprits malicieux qui les vouloient diviser, que de la nécessité de vouloir changer d'air pour sa santé, qui étoit le prétexte pris pour colorer le départ , que tout le monde avoit blâmé et trouvé si à contre-temps. Néanmoins, comme Son Altesse vouloit toujours continuer à satisfaire aux mêmes respects vers la Reine, il se résolut de l'aller voir le lendemain à Malines , où il fut dtuer avec Sa Majesté , de laquelle apparemment ii fut bien reçu. Les instances qu'il fit auprès d'elle se trouvèrent pourtant sans effet, et il fut obligé de revenir à Bruxelles avec le déplaisir de n'avoir pu obtenir le retour delà Reine, qui persista dans la résolution de se retirer à Gand, qu'elle avoit choisi pour le lieu de sa demeure.
Il me semble à propos de dire les sujets que les ministres de Sa Majesté publioient qu'elle avoit de n'être pas contente de Monsieur , laissant la liberté d'en juger à ceux qui liront ces Mémoires , et de voir s'ils étoient bien fondés ou non.
Ils aIléguoient,pour leur principale raison , que , dans le traité de Béziers , Monsieur n'avoit eu nul égard à ce qui regardoit Sa Msgesté, de laquelle il ne devoit jamais se séparer, et que ce lui devoit être un grand reproche de n'avoir rien stipulé pour elle , ni parlé en aucune manière ni façon de ses intérêts , ne considérant pas que, dans ce rencontre , Son Altesse s'étoit vue hors d'état d'y agir utilement , ayant été forcée de souscrire à des conditions si déraisonnables , et d'un si notable préjudice à ses avantages particuliers et au rang qu'elle tenoit, par conséquent devoit être disculpée de tous les blâmes que, sur ce sujet, on loi pou voit attribuer. La considération de la Reine et celle de sa réputation furent aussi les véritables motifs qui l'obligèrent à sortir de France dans cette conjoncture, pour se rendre auprès de Sa Majesté, prendre part à sa mauvaise fortune, et faire voir qu'il étoit incapable de se désunir jamais d'avec elle.
C'est ce que ses mûiistres malintentionnés débitoient en public , ce qui pouvoit être bon pour les moins clairvoyans, mais les autres, qui pénétroient évidemment leurs artifices, jugeoienfc assez que cela provenoit d'ailleurs, et que
la froideur de la Reine étoit fomentée par les conseils du père Chanteloube, qui eût voulu tenir le sieur de Puylaurens dans sa dépendance absolue : qui étoit désirer l'impossible, car, da sa part , il n'étoit pas l^omme à se soumettre à un autre^ dont la suffisance ne lui étoit en aucune estime.
Cette mauvaise intelligence des ministres s'augmenta avec le temps , et produisit d'étranges effets pour la cause générale et les intérêts particuliers. Mais comme dans ce disooors il sera quelquefois parlé des affaires des Espagnols, celles de Monsieur s'y trouvant mêlées, il est nécessaire de faire voir l'état auquel étoit la Flandre lorsque Son Altesse y arriva. Bien que rinfante en eût remis la propriété en faveur du roi d'Espagne, son neveu, elle paroissoit pourtant y avoir l'autorité tout entière, et y gouver* noit les peuples avec tant de sagesse et de modération , qu'elle n'en étoit pas aimée seulement, mais, s'il est permis d'user de ces termes, uni> versellement adorée pour son extrême vertu.
Parmi ses dévotions ordinaires, cette sage princesse ne perdoit pas un seul moment de temps qu'elle pouvoit employer au bien de TEtat et au soulagement des peuples.
Le marquis d'Aytonne tenoit sous elle la place de principal ministre : il étoit ambassadeur du roi d'Espagne et général de ses armées de Flandre , depuis que le marquis de Sainta- Croix avoit été rappelé après la perte de Maastricht, et les autres mauvais succès arrivés aux Espagnols sous sa conduite, durant l'année 1632. Le duc de Lerme étoit mestre-de-campgénéral sous le marquis d'Aytonne; le président Rose, le premier du conseil d'Etat , et les finances gouvernées par le duc de Croy et le comte de Copigny en qualité de surintendans. Chacaa d'eux, dans la fonction de sa charge , n'agissoit que selon les ordres de l'Infante ; aussi n'y avoitil aucune affaire de laquelle elle n'eût unç entière connoissancc
Les Espagnols avoient souffert des pertes considérables, et les Hollandois remporté Venloo, Ruremonde^ Maestricht et plusieurs autres places et forts autour d'Anvers, qui avoient relevé la réputation de leurs armes.
Ces succès arrivés à ses ennemis n'étolent pourtant pas ce qui les inquiétoit davantage , et ce qui leur donnoit de plus pressans sujets d'appréhender la ruine de leurs affaires.
Leur plus grand mal , à ce qu'ils croyc^enl, venoit du dedans et des intelligences particulières. La retraite du comte Henri de Bergue , à Liège, leur fit ouvrir les yeux , et soupçonner, non sans cause , beaucoup de personnes de qot-
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logèrent avoir part à ces menées seœ qu'elles étoient unies d'amitié et Tee lui. Mais le temps n*étant propre outre les auteurs et les complices de I , de crainte d'une révolte générale ;, assez mal affectionnés à leur domifante, se servant dans des conjonctu- SQses de la créance qu'elle s'étoit ac- BDfr les principaux vers elle, tira l'a- I desseins et parole de n'en concevoir iblables , sous les assurances qu'elle it aussi de sa part de leur pardonner féanmoins , peu de temps après , elle de changer d'avis, sur ceux qui lui lés des pratiques de Carondelet, gou- Bouchain , avec les gouverneurs des tières de Picardie, voisines de la is laquelle il fut investi avec beaure et de secret de la part des Espaontraint par cette surprise de receoison qu'ils y voulurent mettre , par ir quelque contesté arrivé à dessein , iès l'instant qu'ils s'en furent rendus »
nonde Jugea que les Espagnols, trèsroient fait cette sorte de Justice d*un le à son roi , le temps ne leur permetin user autrement, quoiqu'ils voulus- »i8 persuader que c'étoit Teffet d'un l'un accident arrivé par une querelle
mort , le gouvernement fut donné au ilpem ; et le doyen Carondelet fàt les Jours après dans un couvent de Bruxelles, auquel lieu il fut retenu arde fort sâre Jusques à la mort de après laquelle il fut conduit dans la Anvers , où la sienne arriva depuis, rai ce discours, pour l'achever quand de la retraite du prince d'Espinay le Boumonville en France , et dirai I étoient les intelligences que les £sipçonnoient être entre les plus qualiys-Bas et le cardinal de Richelieu ; it aussi les auteurs de cette cabale , ts et desseins qu'ils pouvoient avoir, adre celui que j'avois interrompu.
liers Jours employés par Son Altesse es respects à la Reine sa mère , ses infante , et à recevoir les complimens s des personnes plus considérées par lee et par leurs charges , Monsieur se donner part à l'Empereur, à Sa Ma- Uqoe et au roi d'Angleterre, des suroient obligé à chercher sa sûreté en
Le Coudray-Montpensier fiit choisi pour aller à Vienne trouver Sa Majesté Impériale , avec ordre de demander secours d'hommes en son nom, pour essayer, avec les forces qu'il tireroit des Espagnols , et celles qu'il pourrolt mettre ensemble par le moyen de ses serviteurs , à former un corps assez considérable pour pouvoir entrer en France , et réduire à la raison les ennemis de la Reine sa mère , et les siens.
Le Ck)udray,dans cet emploi, s'acquitta fidèlement de la commission qui lui avoit été donnée, et suivant son instruction vint à Prague vers le duc de Friedland , généralissime de l'armée de l'Empereur. Il conféra avec lui diverses fois, et rapporta , à son retour, à Son Altesse une infinité de promesses avantageuses à ses intérêts , et de belles et grandes espérances qui n'eurent pas leurs effets; car dès- lors l'ambition de s'élever lui avoit fait prendre des mesures en France entièrement contraires à son devoir, et à la fidélité qu'il étoit obligé de conserver inviolables à son mettre et à son bienfaiteur.
Le marquis d'Omano fàt aussi envoyé en Angleterre, et de Lingendes en Espagne: en attendant ce que produiroient ces diverses négociations , les esprits ne pouvant pas s'occuper à des choses sérieuses et importantes. Monsieur prenoit part à tous les divertissemens que la saison pouvoit permettre. La Reine mère , qui s'étoit retirée sous le prétexte de sa santé , au lieu d'y trouver du soulagement , tomba dans une assez fâcheuse maladie pour en appréhender l'événement. Son Altesse , n'omettant aucun des soins que son bon naturel lui conseilloit , envoyoit tous les Jours savoir des nouvelles de sa santé, et toutes les semaines alloit lui-même en apprendre.
Il renouvela aussi ses mêmes instances auprès d'elle pour l'obliger de revenir à Bruxelles, parce que l'air en convenoit mieux à son tempérament que celui de Gand, dont la situation est marécageuse , et, selon le rapport des médecins, elle n'y pouvoit demeurer sans péril de sa vie.
Ces Justes raisons, représentées par Monsieur, furent néanmoins sans effet , sur ce que le père de Chanteloube étoit d'opinion différente, et ne conseilloit pas à Sa Majesté d'en partir.
Durant cette maladie , le Roi envoya visiter la Reine sa mère, par le sieur Des Rochea- Saint-Quentin, qui eut charge de lui faire des propositions d'accommodement qui ne réussirent point. Les auteurs de ses disgrâces, qui par leurs artifices l'avoient éloignée d'auprès du Roi , ne pouvoient consentir qu'elle s'en rapprochât; 4nais ils vouloient faire parottre qu'il ne tenoit
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qu*à elle qu^elle ne reçût celte satisfaction. Pendant que les choses étoient en cet état, le cardinal de Richelieu Ût mettre en avant d'autres propositions par le sieur d'Elbène^ qui avoit ordre de s'adresser directement au sieur de Puylaurens, pour savoir si elles seroient agréables à Monsieur, lequel , en ayant été informé , les communiqua à l'Infante et au marquis d'Ay tonne , qui approuvèrent de ne les pas rejeter, quoiqu'ils eussent peu d'opinion qu'elles fussent avancées avec sineérité.
Cette bonne princesse, dans cette occasion, assura plusieurs fois Monsieur qu'elle serait infiniment satisfaite de son retour auprès du Roi son frère , pourvu que ce fât avec sûreté , et selon que le requéroit la dignité de sa personne. La permission donnée à d'Ëlbène d'entendre à ce que le cardinal continuerait* de lui dire , il repassa en France sous un passeport , et à son retour , cette seconde fois , ne rapporta de sa négociation que des paroles générales, dans lesquelles il ne paraissoit rien d'essentiel ni d'effectif. Bien que Son Altesse dût être rebutée de ce qu'on agissoit avec elle de si mauvaise foi^ elle estima à propos de ne point rompre ce commerce, dans la créance qu'il ne pouvolt nuire à ses affaires , et qu'il faisoit cet effet de tenir en devoir beaucoup des siens qui se lassoient de l'état présent des choses : ce qui les contentoit en quelque soi*te de l'espérance d'un accommodement que leur humeur inquiète et des desseins particuliers leur faisoient désirer.
Durant ces divers voyages et prapositions , l'hiver et le printemps s'étoient écoulés , et l'été étant arrivé avoit donné lieu aux armées de se mettre en campagne.
Les Hollandois , enflés du succès de l'année dernière , furent les plus diligens ; prenant leur marche le long du Rhin , ils mirent le siège devant Rhinbergy et le pressèrent si fort, que les Espagnols se résolurent d'aller droit à eux pour les combattre ou leur faire lever le siège.
Monsieur, sur l'avis de cette résolution, voulut avoir part à une action qu'il estimoit glorieuse et digne d'un prûice de sa naissance^ et fort propre pour témoigner à l'Infante de quelle passion il embrassoit ses intérêts.
Il partit de Bruxelles pour ces considérations, et ayant pris une escorte de trais cents chevaux à Malines, fut coucher à Venloo, et le lendemain à l'armée, composée de quatorze mille hommes de pied et de six à sept mille chevaux.
Le même Jour, il fut délibéré par le conseil de guerre d'aller droit aux ennemis : le lieu du passage fut résolu au-dessous de Masseyck , petite
ville du pays de Liège, et d'autant qu'il élolt défendu par Straquembourg , lieutenant^générai de la cavalerie de messieurs les Etats , avec titiii mille chevaux et quelque infanterie tjrée de Maestricht , et de quatre pièces de canon tirfa de Ruremonde, pour tromper les ennemis ib marquis d'Aytonne fit une action de capitaine: toute l'infanterie espagnole tourna la tète vw une lie à une lieue et demie au-dessous , et doiai toutes les apparences de vouloir passer la rivfiR en cet endroit, ce qui obligea Straquemboorg d'abandonner son premier poste qu'il avoit o^ cupé: ce qui facilita, une lieue au-dessus, b passage de la rivière à la cavalerie espagnolSi et les troupes hollandoises l'ayant apris, cOn se retirèrent avec effroi et tel désordre , qw, sans la nuit qui en ôtoit une partie de la c» noissance, elles eussent indubitablement Ht défaites.
Monsieur donna en ce rencontre beaucoup de preuves de son Jugement et de sa générosité; bi Espagnols la remarquèrent avec estime, et knk> rent fort la réponse qu'il fit au comte de fth quoy, qui, de deux paires d'armes qu'il avdl, ayant retenu la meilleure pour lui et prêté Taitre à Son Altesse , lui dit qu'il ne lui en répt» doit pas; sur quoi Monsieur lui repartit qui! W sufQsoit , pourvu qu'elles fussent à l'épreuve de l'épée.
L'on fit un pont de bateaux pour le BpMgB de l'infanterie , canon et bagage, en si peu il temps , que les François , qui n'avoient Jamli vu user de si grande diligence , en furent élOBnés. Dans ce moment la nouvelle de la redfr tion de Rhinberg arriva : ce qui obligea lesfr pagnols à changer de dessein, et à se saisir is l'Ile de Stephanswert , qu'ils fortifièrent , Vm qu'elle fût en neutralité.
L'armée y entra le lendemain , et le Jour d'après les travaux furent départis aux troupei i qui firent en huit Jours ce qu'on n'aurait pastttendu devoir être fait en deux mois. Monsiev» voyant que les armées se résolvoient à deoeirer sans rien entreprendre , Jugea qu'il s'en devoit retourner à Bruxelles , où l'Infante lidtt paroitre tenir à obligation de ce qu'il avait honoré l'armée de sa présence, et le reçut an^ toutes les marques d'affection dont elle put s'aviser.
Pendant le temps que Son Altesse demearai l'armée, d'Elbène revint de France, et ne W rapporta aucun sujet de satisfaction. Le Boi i suivant le conseil du cardinal de Richelieu, B^ se pouvolt résoudre à lui accorder des plaeesd^ sûreté , et Monsieur ne crayoit pas, de sa part* devoir se mettre entre les mains d'un miai^
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el si autorisé avec de moindres pré-
s et venues , qui ne laissèrent pas de firent appréhender à la Reine mère 6 se conclût sans elle ; et ce fut cette la disposa de revenir à Bruxelles, me prétexte de pourvoir à sa santé , 1 8*étoit servie lorsqu'elle se retira à isfeur fut la recevoir à Terraonde , e entre ces deux villes, et Tlnfante int d'elle à deux lieues de Bruxelles, trèrent en même carrosse. Dans ces eSy le duc de Lorraine, qui , par Tarl'il avoit fait , ayolt donné des om- Roi, pour ôter à Sa Majesté toute le c'eût été pour le service de Monfrère, résolut d'employer ses troupes Suédois , sur ce qu'ils avoient fait l'hostilité dans les terres qui lui apt. Le succès en fût si malheureux , -mée fut défaite à Papenhove ; et le tôt que cette disgrâce lui fut arrivée, B aux portes de Nancy, qui lui ftit r traité , durant lequel Madame, qui It encore la princesse Marguerite, en estie, et se retira à Thionville, d'où ina avis à Son Altesse, et qu'elle prenemin de Bruxelles pour se rendre au-
malaisé d'exprimer la joie que Mon- ;, apprenant qu'une personne qui lui ^ fût échappée d'un péril éminent.
il jugeât hien que, recevant Madame, lécessairement que le mariage qu'il caché jusques alors^ étant rendu puplt tous les traités et négociations s, son affection l'emportant par desautres raisons , il envoya au devant e duc d'Elbœuf et M. de Puylaurens, îmoigner ses sentimens et son affecéslr qu'il avoit de la voir ne lui péris d'attendre leur retour, il partit pour T lui-môme, fut jusqu'à Marche , où il ra, et revint avec elIecoucheràNamur.
emain. Monsieur fut à Bruxelles quelres avant Madame; l'Infante, qui aucune occasion de celles qui s'ofrendre des preuves de sa bonté et de l'elle portoit à Son Altesse , fut assez ïvant de Madame; la Reine mère sor- \ la Tille , et toutes deux la menèrent y dans un appartement qui lui étoit oche de celui de Monsieur.
rivée de Madame fut une nouvelle et difficulté pour raceompiissement des li se traitoient.
Les ministres du Roi avoient toujours douté ou feint d'ignorer son mariage, pour réserver cet article afin de l'attribuer à crime au sieur de Puylaurens, comme ils l'ont fait paroitre depuis.
Je ne m'étendrai point à la relation des honneurs que Madame reçut de l'Infante dans ces commencemens ; je passerai à celle de la négociation du Coudray en Allemagne, sur les assistances promises à Son Altesse par l'Empereur et le duc de Friediand. Dans le temps que le duc de Feria étoit passé du Milanois dans la Haute-Alsace, elles dévoient sortir en effet. AIdringuer avoit été envoyé avec des forces capables d'exécuter un grand dessein , s'il eût voulu se joindre au duc de Feria , et agir conformément aux promesses qu'il lui avoit faites de combattre les Suédois : ce qu'ils pouvoient l'un et l'autre avantageusement , si la perfidie d'Aldringuer n'eût prévalu aux sincères intentions du duc de Feria, qui agissoit pour la cause commune par de meilleurs principes et des résolutions plus sincères.
Les longueurs et les remises donnèrent temps au parti suédois de se rendre plus fort; en sorte qu'il fut impossible de rien entreprendre qui répondit à l'emploi et à la confiance que le roi d'Espagne avoit pris au duc de Feria. La peste se mit dans son armée, qui se ruina d'elle-même; il en mourut la plupart , et quasi tous les principaux officiers , et le reste s'en retourna en Italie, désespéré de l'infidélité qu'ils avoient éprouvée dans les ordres du Walstein, et en la personne d'AIdringuer , auquel ils avoient été confiés.
Son Altesse y qui avoit été remise au secours qu'elle pou voit tirer de ces armées, perdit toute espérance de s'en prévaloir, et connut bien que le cardinal de Richelieu, par ses négociations et intelligences, avoit prévenu l'utilité qui lui en pouvoit arriver, et qu'il s'y étoit opposé par des sommes immenses que le duc de Friediand avoit reçues.
Ce malheur fut incontinent suivi d'un accident qui changea entièrement la face des affaires, et causa le plus sensible déplaisir à Monsieur, qui lui pouvoit arriver: ce fut la maladie et la mort de l'Infante.
Cette illustre princesse tomba malade pour s'être échauffée en une procession où elle assistoit à pied , comme c'étoitsa coutume.
Dès ce Jour-là , les médecins en eurent mauvaise opinion ; et la nuit du 5 au 6 fut la fin d*une si sainte vie , regrettée par ses sujets , et plus , s'il se pouvoit, des François attachés au service de Monsieur^ qui se reconnoissoieni re-
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devables à sa bonté d'une infinité d'obligations. Dans le nombre des actions chrétiennes qu'elle pratiqua dans cette dernière extrémité , elle n'oublia aucune de celles qui étoient d'un esprit élevé comme le sien : elle donna tous les ordres nécessaires pour les gouyememens des provinces où elle a régné avec tant de douceur et de modération.
Dans les mémoires et instructions qu'elle laissa , sa prudence et ses bonnes intentions parurent également : le soin qu'elle prit de recommander avec tendresse les intérêts de la Reine mère , de Monsieur et de Madame , est d'autant plus à remarquer que ce fut le dernier qu'elle ordonna des choses du monde.
Le lendemain de cette mort funeste à tous les gens de bien des Pays-Bas, M. le marquis d'Aytonne, avec les principaux du conseil d'Etat j vint assdirer Leurs Altesses que la perte de l'Infante n'apporteroit aucun changement en ce qui regardoit leurs Intérêts ; que ces assurances yenoient de la part du roi d*£spagne , qui avoit prévu dès long-temps à tout ce qui pouvoit survenir; que, pour eux , en leur particulier ils serolent toujours très-disposés à leur rendre les respects et les services qu'ils savoient leur être dus.
' Les ministres du roi d'Espagne ouvrirent , comme elle avoit prescrit , un paquet confié par elle entre leurs mains , par lequel ils apprirent les ordres que Sa Majesté Catholique vouloit être observés pour le gouvernement de Flandre; les noms de ceux qui dévoient commander dans les provinces et manier les affaires d'Etat , furent le marquis d'Aytonne , le duc d'Arschot, l'archevêque de Malines , et le président Rose. La principale administration fut déférée au marquis , qui entra dans une si honorable fonction avec tant de prudence et de dextérité , que tous les corps de l'Etat parurent en recevoir une notable satisfaction. Mais afin de pourvoir à la sûreté publique , il crut qu'il étoit entièrement nécessaire de détruire les cabales qui s'étoient formées au dedans des provinces , et que pour l'exécuter sûrement il falloit s'assurer des personnes de qualité relevée , en les arrêtant prisonniers.
J'ai touché ci-devant quelque chose des soupçons que l'Infante avoit eus contre eux lorsque Carondelet , gouverneur de Bouchain , fut tué ; à présent il est nécessaire d'éclaircir plus distinctement sur quoi ils étoient fondés, et de quels moyens le cardinal de Richelieu avoit usé pour les porter à la révolte.
La Reine , mère du Roi , s'étant sauvée de Compiègne, où le cardinal ^ sous le nom de Sa
Mi^jesté , l'a voit fait arrêter prisonnière , cho» cha sa sûreté en Flandre, pour se garantir ds persécutions qu'elle avoit souffertes.
L'Infante , auprès de laquelle elle étoit rée, Jugeant à propos d*en donner part au et pour proposer aussi une réconciliation le fils et la mère , choisit le sieur Garond doyen de Gambray, homme propre i une affaire de cette conséquence : il étoit d'esprit, intelligent et adroit, mais au ambitieux et fort persuadé de son mérite.
Le cardinal de Richelieu ne fut pas Umgji^ temps sans s'en apercevoir ; il étoit bien mé du mécontentement qu'il avoit reçu du fus de l'évéché de Namur qu'il avoit prétenAi; ce qui lui donna lieu déjuger que celui étoit venu pour traiter cet accommodement! France lui seroit un instrument fort propre semer la division dans les Pays-Bas.
Après la première audience il le voulut m tretenir en particulier, et, en flattant cet esprit glorieux par l'estime de ses bonnes qualités,!] le rendit susceptible à ce qu'il désiroit de lui.
Sa parole fut engagée de servir Sa M et de travailler en Flandre à la ruine des res du roi d'Espagne.
Le cardinal , sous cette condition, donna anal ^ la sienne de prendre soin de sa fortune. '^
Les choses ainsi concertées , il retourna tnwr }k ver rinfante , avec les instructions requises pour /' satisfaire le cardinal dans l'exécution du dfll» sein duquel il étoit convenu. J.
Il le communiqua au comte Henri de Bergoi, J au prince d'Espinoy , de Barbançon, età M. te ; duc de Bournonville ; non seulement lia réooutèrent favorablement, mais ils passèrent Incoi*^ tinent Jusques à lui témoigner la dlspositta V dans laquelle ils étoient de secouer le Joug de h .-j domination Espagnole. Pour les y confirmer d^ ^i vantage , il leur fit des ouvertures aussi fadks ^ qu*agréables , qui regardolent leur grandev particulière et la liberté du pays, qu'ils proeureroient indubitablement , pourvu que leur conduite et leur résolution répondissent à ce qu*oi devoit espérer de la générosité qu'ils avoient toujours témoignée; qu'il étoit question de fonner un corps d*Etat , et s'assurer de la France <^ to Hollandois qui, pour trouver leur grandeur et leur avantage dans l'abaissement de la maison d'Autriche , ne refuseroient aucunes des aeiistances qui seroient nécessaires dans une eatro* prise beaucoup plus glorieuse qu'elle n'étoll difficile. Il leur remontra aussi qu'il falloit commencer à décrier les Espagnols, et procurer pir les Hollandois de mauvais événemens sous leur conduite , afin que les révoltes qu'on exciteroit
MiMOIBSS Dl lf01fT]\BS0B. [l634]
ÔBM les Tilles et dans la campagne ne reçussent folBt d'obstacles ni d'oppositions.
Solvant ce projet^ messieurs les Etats armerait de bonne heure l'année d'après, car celle 4e 1631 ftit employée par les associés à conduire «rètement leurs négociations. Venloô et Rure- ■oode fàrent les premiers effets de cette intel- Ipnce. Le comte Henri de Bergue en étoit gouwneur, qui ne mit nul ordre à )es défendre.
BuQitells attaquèrent' et prirent Maestricht. Oe flit à peu près dans le même temps que le duc f Arsehot reftisade s'unir avec ceux quej*ai cidevant nommés , et révéla à l'Infante ce qu'il nuit 80 de leurs desseins, sous la promesse ^elle leur pardonneroit : ce qu'elle fit avec une tiSité si religieuse qu'il n'en fut jamais parlé ivant sa vie.
La sincérité et 'l'observation de la parole de flnfiuite n'étoit pas une règle obligeante ni abirtie aux ministres du roi d'Espagne , puisqu'ils ■e Pavement donnée, qu'elle leur imposât de ne ta point départir ; ils se déterminèrent d'arrélif eeux qui s'étoient Jetés dans ces factions, tt crainte qu'elles ne fussent pas entièrement iMitcs; mais ils prirent si mal leur temps, |Élisnese saisirent que de la personne du prince iiBarbançon , qui fut conduit dans la citadelle fAivers.
Le prince d'Espinay et le duc de BournonviUe, plus avisés , se retirèrent en France, et le Mredo doyen Carondelet , gouverneur de Bouckijni fbt tué dans sa place.
Ce premier , s'étant confié aux assurances qui M foreot données , mourut en prison de la martre dont J'ai écrit
Le comte Henri de Bergue , plus défiant, avoit
«herdiéta sûreté à Liège, et le duc d'Arschot
irit allé en Espagne peu de Jours avant la mort
fcriofante, contre les conseils de ses amis; et
: tUtnat trop à son opinion particulière, il y
; hrelenii non comme prisonnier^ mais si fort
iheiTé , qu'il y est mort du depuis sans avoir
■■ VI obtenir la permission de revenir en Flandre.
Les affaires étant ainsi disposées , les nouvelh arrivèrent à Bruxelles que le prince Thomas ^ Savoie y devoit venir. Etant arrivé, il ne ivut autre sujet de s'être retiré du duc son frère,
fi) lifffa de Monsieur h cardinal de Richelieu à Monsieur le duc dC Orléans.
• Hofueigncar, les effets que M. d*Elt>éne vous porte v>tt feront mieux connoistre la tendre aflTectlun que le ^ a pour TOUS, que ne ferofent pas mes paroles, qui cefndant m laisseront pas d*asseurer Yoslre Altesse que rt iToit on fils il luy seroit imppssible de Taymer damariage. En mon particulier , Monseigneur , Je vous suppie de croire que Je n'estlmeray Jamais la prospérité de
que le désir qu'il avoit de s'attacher entièrement aux intérêts de la maison d'Autriche , et particulièrement à ceux de Sa Majesté Catholique. Il y Alt reçu de ses ministres avec l>caucoup d'honneur ; il y fut défrayé , eut des gardes pour sa personne , Jusques à ce que les ordres que l'on attendoit d'Espagne fussent venus.
Le hruit courut, dans les premiers Jours de son arrivée, qu'il devoit commander les armées des Pays-Bas. : ce qui a été depuis, mais longtemps après que Son Altesse en fut partie.
[1634] Toutefois ces occurences n'empêchèrent pas que le traité duquel d'Elbène se mêloit ( 1 ) ne continuât toujours , nonobstant que Madame fût venue trouver Son Altesse. Les propositions d'accommodement furent poursuivies , mais avec peu d*apparence de succès : la déclaration publique que Monsieur avoit faite , la recevant auprès de sa personne dans le rang qu'elle devoit tenir , la confirmation de son mariage en présence de Tarchevéque de Malines , sembloient être des difficultés qui ne pouvoient être surmontées, parce que le cardinal de Richelieu avoit engagé le Roi à le faire déclarer non valablement contracté au parlement de Paris , que Son Altesse maintenoit ne pouvoir être Juge compétent d'une affaire de cette nature et de cette qualité , dont la connoissance étoit réservée au Pape , ou du moins à des Juges délégués de sa part , suivant le concordat et les anciennes coutumes du royaume de France.
Cet obstacle, Joint à la difficulté que Sa Majesté faisoit de donner à Son Altesse Bellegarde pour place de sûreté , comme on lui avoit fait espérer , firent connottreà Monsieur la manière de laquelle Ton traitoit avec lui : ce fut au vrai ce qui l'obligea à conclure avec tes Espagnols , et passer les articles qui avoient été accordés, après avoir été vus et examinés de part et d'autre.
L'exécution en fût sursise de quelques Jours à cause de l'assassinat entrepris contre la personne du sieur de Puylaurens , ministre et confident de Son Altesse. La faveur n'étant pas exempte d'envie, elle lui avoit acquis celle de plusieurs , qui supportoient avec impatience de lui voir occuper uqe place à leur préjudice , qu'ils se per-
Sa Majesté complet te , que lorsque la vostre y sera conjointe. Ce que je désire avec une passion indicible : vous le connoislrcz de plus en plus , et qu*lionorant véritablement la personne de Vostre Altesse , comme je fais , Je suis etseray à jamais. Monseigneur, de Vostre AU lesse, le irès-humble et très-obéissant serviteur,
» Le cardinal ob Richelieu.
» De Unel , ce 23 avril 1634. »
MIMOIBBS DB MONTBBSOB. [1684]
saadoient de mériter autant ou beaucoup mieux que iui.
Ils avoient essayé, en diverses rencontres, par des intelligences et des cabales, d'altérer Taffection que Monsieur avoit pour lui ; mais tous leurs soins ayant produit un effet contraire et augmenté i*estime que son maître faisoit de sa fidélité, ils se persuadèrent qu'une arquebusade tirée bien à propos ne se devoit plus différer.
Celui qui avoit entrepris d'exécuter une action si honteuse , en prit i*occasion le troisième jour de mai 1634 , lorsque le sieur de Puylaurensrevenoit de la ville, dans le moment qu'il entroit dans la grand'salle du Palais.
Cet homme mercenaire , du bas degré où ii 8*étoit mis à couvert , tira un coup de mousqueton dont il le blessa à la Joue assez légèrement. La Vaupot , qui parloit à lui , fut aussi blessé au même endroit au visage , et Roussillon , qui les suivoit de près, à la tête , beaucoup plus dangereusement.
L'exécuteur de cette infâme commission laissa au lieu où il s'étoit mis le mousqueton duquel il s'étoit servi; et, couvert d*un taffetas noir et d*un manteau fait exprès pour n'être point reconnu y il se sauva par une porte de derrière qui se trouva ouverte, quoique très-rarement elle le fût à pareille heure.
Son Altesse étoit lors dans son cabinet avec M. d'Ëlbœuf et Vieux-Pont, qui Jouoient avec lui. Comme il entendit le coup et beaucoup de bruit ensuite ; il envoya un des siens pour savoir ce que ce pouvoit être.
Celui auquel Sadite Altesse avoit donné ce commandement étoit à peine sorti hors de la chambre , que le sieur de Puylaurens y arriva, qui lui raconta la manière dont la chose étoit arrivée.
Monsieur s'en étant bien informé, envoya quérir le marquis d'Aytonne pour aviser avec lui de Tordre que Ton pourroit donner, afin que cette méchanceté fût découverte et ne demeurât pas impunie.
Lorsque celui que Sadite Altesse avoit envoyé vers ledit marquis lui parla, il avoit indubitablement reçu l'avis de ce qui s'étoit passé. Le prince Thomas et lui se promenoient ensemble dans une galerie, et témoignèrent au gentilhomme de Son Altesse beaucoup d'étonnement l'un et l'autre , et d'être fort surpris de ce qu*ll Itîur apprenoit.
Ils allèrent dès l'heure même au palais, où
(l) Articles accordez entre Monsieur le due d^ Orléans et le marquis d'Ayetone.
« Premièrement , le seigneur duc d'Orléans promet et
le marquis protesta que cet assassinat ne d^ meureroit pas impuni , et qu'il useroit de tib: diligence que celui "qui l'avoit commis, et» complices, seroient connus et châtiés exaih plairement. Il y ajouta que la réputation do M son maître, et celle de ses ministres, setiii» voient trop intéressées dans le châtiment d^W telle action pour en faire une perquisition tiiir'^ exacte.
Après avoir ainsi parlé à Son Altesse , le prkMi Thomas et lui furent à la chambre du simràr Puylaurens pour lui faire le même discoorS| H lui témoignèrent ressentir beaucoup de Joie4i^ ce que Dieu l'avoit préservé de la malice deof ennemis.
La Reine mère envoya vers Monsieur émfi cette occasion , et ne fit point visiter le sieirèl Puylaurens , parce que le père de ChanteUte. et lui n'étoient pas bien ensemble.
Pour la satisfaction publique , il falldt Uaf. donner quelque marque apparente que le eiimh qui avoit été commis étoit recherché. Les t$fÊr gnols firent exposer pour ce sujet , durant Mi jours ^ à la porte de THôtel -de-Ville, le maalMi qui avoit été laissé par celui qui avoit tiré b' coup. Ce temps étant passé sans qu'il flkt n^ connu, il fut par leur ordre retiré : ce futàfoil' aboutit cette exacte perquisition , qui avoit éH^ si solennellement promise.
Chacun en discourut suivant sa fantaisie : kB uns en chargèrent les Espagnols, les autres hi ennemis particuliers de Puylaurens, et pluslsas ne mirent en doute que ce coup tiré de Brmal* les eût été concerté et résolu à Paris, sur letor dément de mettre Monsieur en telle défiance d9 Espagnols, qu'il seroit réduit à revenir enFrflN* par un traité, qui fût achevé avec le temps à b ruine du sieur de Puylaurens , ainsi que OMV avons vu.
Tous les différens soupçons autorisés devnl-' semblance partageoient ainsi les esprits dMi le jugement qu'ils en dévoient faire ; tooIsMi l'opinion la plus suivie fut celle qui ehargoM ceux qui avoient agi par leur haine particoUèn»
Son Altesse le crut; au moins il en doMl toutes les marques , en retenant en elle-mtai la mauvaise satisfaction qu'elle avoit des B^B* gnols , leur donnant une infinité de marques éB l'estime qu'elle faisoit de leur sincérité el de ki confiance qu'elle prenoit en eux.
Le traité duquel j'ai parlé en un autreendroitt fut arrêté avec le marquis d'Aytonne (1) d |0
engage m parole de n*entendre, en aucune que ce soit , à aucun traitté ou accomodenient avae le Iloy , son frère , quelques avantages qu'on lay Taire, et quoique changement qui paisse arilm
MIMOIBBS DK MOIfTHRSOB. [1634]
daede Lerme , qui en avoieot le pouvoir de Sa Mijesté Catholique, par lequel il fût convenu chme liaison plus grande et plus étroite qu'elle a'avoît été encore.
Les ministres d*£spagne , qui Tavoient infiliDMnt souhaité , firent paroltre plus de chalear qs'anparavant pour les intérêts de Son Altesse, à laquelle ils firent de nouvelles offres de tout tt qui dépendoit de leur pouvoir.
La princesse de Phaisbourg, dans ce renantre d'affaires, vint se réfugier à Bruxelles, ne Jugeant pas que son séjour à Nancy pût être tiee sûreté, après les disgrâces de sa maison H la retraite de Son Altesse de Lorraine hors de ses Etats.
Us Espagnols , imitant l'Infante en ses civittés , la logèrent au palais , comme une perimne de sa qualité le devoit être , et , dans les iBtres courtoisies qu'elle désira d'eux, elle eut
I, par la raine du cardinal , que ce ne soit du sceu iteoBteiilcment de Sa Majesté CathoUque, et ce , afin fm Sa Hi^ié Catholique puisse donner seureté à Sa l^até Impériale et Tattirer par ce moyen , et à tous I, soient François ou étrangers , catholiques ou hé- Sa M^esté Catholique promettant aussi le à Son Altesse , et ce , pour les temps et espace il deux ans et demy , de part et d'autre.
• Que ai néantmoins Son Altesse veqoit à traitter imnt ce temps-là, du consentement mesme de Sa M^eité Catholique , Son Altesse sera obligée de rompre lottes et quantesfois qu'il plaira à Sa Majesté CaiMqae.
» Mali • en cas de rupture entre les deux cours , Son Aftene promet de ne s'accorder jamais , ains de prenet le partj de la très-auguste maison d'Austriche . et A porter et favoriser ses intérests de tout son pouvoir, ttca tontes sortes d'occasions, jusqu'à l'accomplisse- Motd'an traitté général, lequel se devra faire à l'enttre aeeomodation de tout ce qui aura pu susciter la
pKrre.
• Et le cas avenant que ses armes fassent des progrés a France par la prise de places, Son Altesse en laissera fadqœt-unes à Sa Majesté Catholique, soit pour la endommager en quelque sorte , comme il est bien rai- Nisable • des grandes despenses qu'elle aura faites, ou pur anearance de les mieux reconnoistre un jour si lu Altesse parvient à la couronne.
t Auquel cas , en quelque temps que ce soit , Son AllOK promet et engage sa parole de les récompenser en- Hireiiient , et ce , en nature de choses qui puissent don- •eriiseorance à Sa Majesté Catholique et à ses succesmn, de la reconnoissance d'un tel bienfait.
•Moyennant cela. Sa Majesté Catholique donne à Son
Altesse douie mil hommes de pied et trois mil chevaux,
^ seitiBt françois , ausquels Sa Mi^esté Catholique
taierace qu'il faudra pour leur entretien. Mais Sa Ma-
jMé Catholique veut et entend que les chefs et officiers
Vd conroanderont les six mil hommes de pied et mil
<^u firançois , encore qu'ils fussent espagnols ou
f latre nation , soient pris et choisis au gré et contente-
■tilde Sa Majesté Catholique ; comme aussi ceux qui
c<MHiiinderont les autres six mil hommes de pied et deux
■■H chevaux , qui ne seront pas françois, seront pris au
ir^deSon Altesse, le plus qu'il se pourra. Ces trouppes
beaucoup de sujet de se louer de leur conduite. Pour revenir au traité fait avec l'Espagne , Je dirai, premièrement, qu'il fit cesser celui qui avoit été ménagé en France par l'entremise de d'Ëlbène. Bien loin de parler d'aucun accommodement, l'on ne proposoit plus que des moyens de mettre ensemble des troupes pour entrer avec éclat et réputation dans le royaume. Les Espagnols s'étoient obligés de détacher une partie de leur armée et de la donner à Son Altesse, et de l'argent pour tirer des officiers et des soldats des frontières de France : mais le temps arrivé auquel les conditions se dévoient effectuer, soit par impuissance ou autre raison , dont ils ue se déclarèrent point. Ils gagnèrent deux mois par des remises continuelles, trop suspectes et préjudiciables à Son Altesse pour ne chercher à découvrir au vrai quelles étoient leurs intentions.
pourront estre sur pied à la fin du mois de septembre prochain , et alors Sa Majesté Catholique , supposé que ses aOàires le permettent, taschera de faire approcher des gens de guerre vers les frontières de France afin de donner de la jalousie aux trouppes du Roy , tandis que Son Altesse entrera dans la France d'un autre costé avec son armée.
» Il 7 aura tousjours auprès de Son Altesse une personne de condition et d'authorité, pour assistera tout ce qu'il faudra faire, laquelle sera choisie par Sa Majesté Catholique parmy ses sujets, pourtant le plus au gré de Son Altesse qu'il sera possible. Pour la levée de ces trouppes françoises , Sa Majesté Catholique donnera à Son Altesse soixante et dix mil escus , veu la peine et les frais qu'il y aura de faire venir des hommes de si loin, outre les pertes qu'ils supporteront , et les périls qu'ils pourront courir, en quittant leurs maisons et les employs qu'ils pouvoient avoir en France pour venir servir Son Altesse.
» Et pour leur cntretènement. Sa Majesté Catholique donnera quarante-cinq mil escus par mois : ce qui diminuera pourtant à mesure que l'armée fera du progrez ; si bien qu'estant entrée en France , Sa Majesté Catliolique ne sera plus obligée de rien donner , puisqu'elle pourra vivre par les contributions du pays, comme l'on fait en Allemagne.
» Et pour l'entretien de Son Altesse et de Madame , et de leur maison. Sa Majesté Catholique donnera quinze mil escus par mois, dés que Monsieur commencera d'agir pour la fin que dessus , et qu'il sorUra de Bruxelles pour se mettre en campagne et «'avancer vers la France. Mais y estant entré , 11 pourra , aussi bien que son armée , vivre aux despens du pays où il sera.
» Le présent traitté a esté conclu et signé par le seigneur duc d'Orléans et le marquis d'Ayetone.
» Ainsi signé: Gaston, le marquis d*Ateto5b.
» Le duc de Lerme et Puyiaurens signèrent aussi ce traitté comme tesmoins, avec le secrétaire des langue» du marquis d*Ayetone.
» Bruxelles, le 12* jour de may 1631. »
MBIC0IBI8 DS MORTBBSOB. [1684]
Monsieur Ait trouver le marquis d'Aytonne devant Maëstricht , où l'armée d*Espagne étoit campée.
Durant quinze jours qu'il demeura dans le camp, ce ne furent que conférences et belles promesses de la part dudit marquis, qui s'engagea vers Son Altesse de se rendre à Bruxelles incontinent après lui , pour lui faire recevoir la satisfaction qui lui avoit été promise , conformément au traité fait entre lui et les Espagnols.
La condition de Monsieur étoit bien malheureuse dans cette conjoncture; car il n'avoit pas seulement à vaincre les longueurs et les remises qu'apportoient les ministres d'Espagne j mais il falloit aussi qu'il veillât continuellement à se défendre des menées sourdes de la Reine sa mère , qui traversoit tous ses desseins pour venir à bout de la ruine de Puylaurens , contre lequel elle avoit conçu une haine mortelle, qui augmentoit avec la créance que son maître prenoit en lui. Dans l'envie qu'ils avoient de le perdre, ils n'oublièrent aucuns sacrifices capables de donner de la défiance de lui aux Espagnols, et quoique le marquis d'Aytonne voulût faire croire à Monsieur qu'il n'ajoutoit point de foi à ce qui venoit de leur part , les diverses conférences avec eux et leurs associés lui étoient des preuves trop convaincantes pour en pouvoir douter.
Celle du refus de l'exécution du traité marqua aussitôt visiblement leur mauvaise volonté et le désordre de leurs affaires , parce que Son Altesse attendit à rétablir les siennes par leur moyen. Les choses de cette conséquence, ne se pouvant passer sans conteste et altération , ne demeurèrent pas si secrètes qu'elles ne pussent être pénétrées.
D'Elbène avoit trop d'intelligence pour Ignorer et ne pas connottre le mécontentement qui en restoit à Puylaurens : ce qui lui fit juger que les conjonctures étoient trop favorables pour ne pas s'en servir, en lui proposant de rentrer en lui-même pour assurer sa vie et relever sa fortune par un accommodement avec la France , avantageux aux intérêts de son maître et aux siens.
Puylaurens, touché de cette proposition, mena d'Elbène à Son Altesse, et tous deux con-
(1) Lettre du Roy à Montieur le due d^Orléans.
a Mon frère , j'ay esté bien aise de connolstre les bons sentimens que vous avez de Toslre devoir : ensuite de quoy , la présente tous asseurera qu*il n'y a personne qui vous ayme tant que moy . ny qui tous en rende meilleurs témoignages , quand voas m*y convierez , comme je vois certainement que vous ferez à l'avenir.
jointement portèrent Monsieur à ne l'avoir p désagréable.
Son Altesse, dégoûtée des procédés des 1 pagnols , et embarrassée de ce que le cardiii infant étoit sur le point de venir dans le Pq Bas, trouva bon que d'Elbène reprit le preml projet , qui avoit été interrompu après la bk sure du sieur de Puylaurens , pourvu que ce t avec le secret que méritoit une affaire si délies et de cette considération.
Il étoit fort difficile que cette condition II observée, vu le grand nonibre de personn qui se trouvolent intéressées à découvrir th ce qui se négocioit. D'Elbène ne pouvant ahi aller et revenir de France, sans être soupçonna à cause des premiers traités dont il avoit e l'emploi , il fallut nécessairement prendre h nique parti qui restoit, d'engager la négodatto par lettres, et faire en sorte que l'abbé d'Elbèw du depuis évéque d'Agen, sous prétexte d'inti rét domestique , vint à Bruxelles pour confin avec son frère : ce qu'il fit diverses fois.
Toutes les difficultés qui s'étoient rencontréi dans le traité se restreignirent à deux points k plus essentiels : le premier concemoit la sfM de la personne de Son Altesse , et l'autre rcigi doit la validité de son mariage , dans lequel i conscience et sa réputation étoient intéresiéa
Quant au premier, Monsieur, dans le deMJ qu'il avoit pris de s'attacher inséparaMena au Roi pour obliger Sa Majesté à prendre ph de confiance en lui , parce qu'il lui témoignopo se départir de toutes les demandes qu'il lui ivs faites des placer de sûreté , et n'en vouloir ■ cunc que celle qu'il rencontroit dans la put du Roi , qui promit verbalement et par éa d'oublier toutes les choses qui s'étoient pasiée et d'aimer Monsieur, son frère, comme ilftta auparavant , Ton trouva bon ce tempéramn
Dans le dernier point , qui touchoit le marisg que bien que le Roi en désirât infiniment lad solution, parce que sa permission n'y étoit psi intervenue, et qu'il l'estimoit contraire au U et au repos de son Etat , néanmoins Sa Mi|(ei demeuroit d*accord de se soumettre pour esr gard au jugement de l'Eglise , et d'y conaesl en cas qu'il fîilit ainsi ordonné (1).
Monsieur, de sa part, promit de subir to
par vostre bonne conduite. Le sieur d'Elbène m'adit que vous luy avez commandé , sur le sujet du mariif que vous m'escrivez avoir contracté avec madame Ib guérite de Lorraine : sur quoy vous ne s^^iariei qnefo louer de mes intentions , puisqu'elles n'ont autre floq de faire soigneusement examiner tout ce qui s*esi pi en cette action , et me remettre a révéneinent qi'a devra avoir par Justice et par raison. En cela H •
MEMOIRES DK MONTRÉSOIl. [1634]
ce qu'elle régleroifc toachanl la Yalidité ou non Talidiléde son mariage : ainsi Sa Majesté et Son Altesse firent ces promesses réciproques dans ropinion qne chacon d'eux avoit que le droit fût de son côté , et que raffaire se décideroit en sa fiTeor. Si le Roi se promettoit que les déliés doPiape, la plus grande partie étant François, Kferoient point de difficulté de prononcer selon son intention sur la dissolution du mariage Ut contre les lois fondamentales du royaume et eootre son consentement , sans lequel Monsieur l'afoit pu valablement contracter, Son Altesse le s'assnroit pas moins , par la connoissance qu'elle avoit que dans la célébration de son mariage toutes les conditions prescrites par le coDdle de Trente a voient été observées, que dans une matière purement ecclésiastique TËgHse ne suivit plutôt les ordonnances des conciles que -les lois fondamentales , qui ne se trouvolent écrites nulle part, ni confirmées par aueno usage ni exemple.
Ces deux articles ayant été ainsi arrêtés , il nerestoit plus rien qu'à pourvoir à la sûreté des lefvltearsde Monsieur. Comme M. dePuylauras avoit sa principale confiance , et que la plupart de .ce qui s'étoit fait durant le cours de pMears années avoit été par ses conseils^ Sa M^esté promit de faire publier une déclaration diBS le parlement de Paris , par laquelle , à l'é^ gud de la personne de Monsieur, toutes choses seraient oubliées et pardonnées , et à tous ceux qii avoient suivi Son Altesse.
Et afin que la confiance se pût établir plus riaeèrement entre le cardinal de Richelieu et le liair de Puyiaurens , et levât au dernier tous les soupçons qu'il pouvoit avoir de la puissance derautre , il fut convenu qu'ils s'allieroient enieiible,et que le cardinal donneroit sa cousine, Hie du baron de Pont-Château , pour femme au liear de Puyiaurens , lequel , jugeant avec plus de francbise que de prudence de l'intention fiatmi par la sienne , se crut entièrement asloré, et ne connut pas le piège dans lequel il ht pris quelque temps après.
MMe antre chose, je rendray premièrement à ma con-^ MieBce ce que je luj dois, et ensuitte voulant vous tenir Hea de père, outre la qualité que j*ay de voslre Roy, Viu recevrez des effets de la véritable afTection que je ▼sus porte , et qui foit que je suis vostre très-affectionné 'rète,
» Louis.
• i JEifpfifia , ce 25 avril 1634. n
(1) Anklu de taecotnodement fait entré le Roy et mmtiêvr le duc d'Orléans , son frère , s'en retour- SMiit de Flandre au mois d:octohre 1634.
« Monsieur , frère unique du Roy , ayant Tait témoim. G. D. M., T. m.
Des affaires de cette considération , comme Je l'ai remarqué, se pouvoient difficilement conduire à leur perfection , que les Espagnols n'en eussent de grands soupçons, et que les François de la cabale contraire, par les correspondances qu'ils avoient en France et par leurs observations continuelles, n'en eussent aussi quelques lumières; mais comme elles ne leur venoient que par des conjectures qui n*étoient pas accompagnées de preuves certaines , aussi les uns et les autres étoient bien empêchés à quoi ils s'arréteroient , et de quelle sorte ils prendroient leurs mesures. Monsieur et ses véritables serviteurs témoignoient plus de passion aux Espagnols de porter la guerre en France qu'ils n'avoient encore fait. L'on n'insistoit auprès d'eux que pour "l'exécution du traité, et Son Altesse ne parloit aux siens en public que d'armement et de troupes.
Ces précautions partagèrent les esprits , et leur ôtèrent une partie des impressions qui leur avoient été données du départ de Monsieur, qui n'étoit d'autant différé que dans l'attente d'un courrier qui devoit apporter de France le traité signé par le Roi , et un ordre général aux gouverneurs des places frontières de recevoir Son Altesse.
L'éloignement du marquis d'Aytonne à Namur npportoit toute la facilité possible à celui de Monsieur, si le paquet , qui devoit être en* voyé par courrier exprès , n'eût été remis à l'ordinaire, qui n'arriva que trois Jours après, et par ce retardement toutes les choses secrètes pensèrent être découvertes. Monsieur et le sieur de Puyiaurens allèrent trouver le marquis d'Aytonne à Namur.
Dans cette entrevue , ils le rassurèrent des doutes qu'il avoit nouvellement conçus sur plusieurs avis donnés avec des particularités et des circonstances si expresses , qu'il y a lieu de s'étonner de ce qu'il ajouta foi à ce qu'ils lui dirent au contraire.
Le même Jour que Son Altesse fut de retour à Bruxelles, le traité lui fut porté (1) par le cour-
gner à Sa Majesté, par le sieur d*EII)énc, l'extrême desplaisir qu*il a d*C8tre tombé dans sa disgrâce , et le désir quMI a de 8*en tirer par une entière résignation à ses vo* lontez, comme aussi de renoncer à toutes sortes de traittez et intelligences qu'il pourrolt avoir faits avec qui que ce soit , soit de longue-main ou depuis peu . contre son service, Sadite Majesté s*cst aussitost disposée à perdre la mémoire de tout ce que Monsieur peut avoir fait contre son devoir , depuis la première fois qu'il est sorty de la cour et du royaume.
» Pour tesmoigner que Monsieur ne veut pas seulement se soumettre en apparence aux désirs du Roy, mais en effet ayant fait tous les efforts possibles pour obtenir de Sa Majesté qu'il luy picust consentir au ma-
IIÉMOIBBS 1>R MONTfiKSOn. [HiZ4]
rier ordinaire , et 50d parlement Ait résohi le dimanche d*après , sans aucune remise.
Depuis le mercredi Jusques au samedi , Son Altesse feignit d*avoir quelque ressentiment de goutte. Dans cet espace de trois jours y la nouvelle du gain de la bataille de Nordiingen fut portce'à Bruxelles par le baron de Clinchant, qui vint présenter à la Reine mère et à Son Altesse les cornettes gagnées au combat, qui fut le plus grand et le plus opiniâtre qui eût été donné depuis cent ans en Allemagne.
11 assura aussi Monsieur que le cardinal iu" faut devoit venir bientôt aux Pays-Bas avec les patentes , pour y commander a\'ec la même autorité qu'avoit Tlnfante.
liage contracté entre luy cl madame la princesse Marguerite de Lorraine, Sa Majesté luy ayant rail sçavoir 4|u*elle ne pouvoit approuver ledit mariage ; pour terminer ce difTércnd avec entière satisfaction de pari et d'autre, Sa Majesté voulant faire paroistre qu'elle ne veut en aucune façon user de contrainte envers Monsieur , particulièrement en une alBiire comme celle-ci qui regarde la conscience * et Monsicut donner à connoistre à nn chacun le grand désir qu'il a de satisfaire au juste ressentiment que Sa Majesté peut avoir des choses passées et rentrer en ses bonnes grâces , comme aussi faire voir clairement restât de son mariage pour s'acquérir un parfait repofs de conscience , et donner cette satisfaction à toute la France, que la lignée qu'il pourra avoir a l'InveDir soit hen de danger d'estre troublée ; Sa Majesté et Monsieur consentent de bonne foy . et promettent de se remettre sansdélay» pour la validité ou nullité dudit mariage . au jugement qui interviendra en la manière que les autr^^s sujets- du Roy ont accoustumé d'estre jugez en tels actes . selon les loix du Royaume ; le Roy permettant à Monsieur de satisfaire à sa conscience sur ce sujet , par les voycs deues et accoustumécs ; et au cas que le mariage vienne à estre dissous , cçmme Monsieur promet au Roj de ne se remarier qu'avec le consentement de Sa Majesté, et à personne qui luy soit agréable. Sa Miijesté promet aussi à Monsieur de ne le contraindre à se remarier contre sa volonté.
» En Quelque endroit que Monsieur demeure . des lieui que le Roy luy permet, sçavoir : Auvergne, Bourbonnois et Dombes , Monsieur promet s'y conduire comme un vray frère et bon sujet doit faire , sans avoir par luy ou par les siens aucune intelligence qui puisse déplaire à Sa Majesté , soit au-dedflns , soit au-dehors ilu Royaume, ausquclies toutes, par le présent escrit, il renonce sincèrement.
» En considération de ce que dessu.«, Sa Majesté, voulant faire jouir Monsieur et les siens de ses giAces précédentes et de la déclaration vériûée en parlefnent le vingtiieunèmc jau> icr dernier, luy remet toutes les fautes qu'il a commises depuis qu'il est sorty du Royaume , dès la lu-emière fois jusques à maintenaut ; luy accorde abolitiuH Kénémle pour touA ceux qui l'ont suivy et servy depuis sa première sortie, de quelque qualité et condition qu'ils Koient, qu'elle fera expédier en bonne et deue forme cl délivrer à Monsieur, huit jours après qu'il sera entré en France ; et que pendant lesdils huit jours , les susdits seront tralltcz comme si déjà ils avoient leur aboliUon entérinée , les remettant en tous et chacun leura'biens, du jour que Monsieur entrera en France , quoyque pour lors ils ne soient pas ai ce luy ; à la charge néant-
Lc marquis d*Aytonne fut visiter Monsieur dans le temps qu'il demeura au lit ; et quoiqu'il ait été dit du depuis qu'il connut bien que Son Altesse le jouoit , il n'en fit rien parottre par aucune démonstration extérieure ni par aucun a(fte particulier, pour empêcher sa retraite hors des Etats du Roi son maître.
Son Altesse âe promena tout le samedi , et lit ses visites accoutunflées. Dans les moyens qu'elle s'étoit proposés, elle avoit jugé que le plus es* sentiel et le plus nécessaire étoit le secret , s^en confia à peu des siens , et crût qCie le hasard de voit faire le Choix de ceux qui auroient l'honneur del'acCompagner.
Le dimanche arrivé , il monta à cheval , a
lAoins que ceux qui sont en Flandres reviendront duis le Royaume , trois semaines après que Monsieur y sera entré , cl les autres qui «ont en pays plus éloignei, sit semaines après , tous pour vivre comme bons tuJeU dofvent faire, excepté toutesfois La Yieuville, LeCogneux. Monsigot et les évesques qui ont esté jugez , ou à qui oa fait présentement le procez , lesquels Sa Majesté De?eac estre compris dans l'abolition cy-dessus mentionoée, non plus q\ie Vieui-1*ont.
» Restablit Monsieur en tous ses biens , appanaget ei pensions , pour en jouir du premier jour de cette année aux termes préfli; luy accorde quatre cens tnUlhRf pour acquitter ses dettes, tant à Bruxelles qu'alllem, qu'elle luy fera délivrer aussitost qu'il sera en tnan, et cent mil escus quinze jours après pour se femettiecii équipage.
» Luy donne le gouvernement d'Auvergne au lien éê celuy d'Orlëannois et Blésois ; luy permet de faire» d:;meure audit gouvernement en celuy de Bourbonow et pays de Domines, et autres lieux dont Sa Mijesté txmviendra.
» Luy accorde en outre l'entretien de ta compagllt de gendarmes . composée de cent maistres , que Sa Utr jesté fera mettre sous le nom du sieur de PuylaumSt et qu'elle permet estre récompensée par luy, si Momietf le trouve bon ; celle de ses chevaux-légers . composée d'auUnt , et commandée par le sieur d'Elbène ; lesotelles deux compagnies de gendarmes et chevaux-légeri Sa Majesté entend estre levées à r ordinaire, aussiloit que Monsieur entrera en France , et permet qnVnet servent auprès de Monsieur , au nombre de cent dur cune. pendant Tespace de deux mois; après lequel lesp* il n'en pourra servir que cinquante de chacune prêt <l0 ladite personne de Monsieur, aux lieux où Sa Majesté luy permet maintenant de demeurer , et ce jusques à ce que de son propre mouvement il se rapproche et revienne à la cour; et en outre, l'entretien de ses gardes françoises et suisses , pour servir ainsi qu'ils ootaceoni' tumé.
» Sa Majesté accorde ce que dessus , à condiUon V^
Monsieur l'accepte dans quinze jours, et reffectve.j^
retirant en France dans trois semaines . à compter ée
la datte de ces présentes . aûn que si Monsieur ne f^
\ient dans ledit temps, ainsi que de sa part on le (»^
espérer au Roy , Sa AI ajesté puisse pourveoir à la •««'
reté de ses aOàires et de son estât > comme elle s'y tro**
vera obligée.
» Signé Locis*
» Et plus bas. BouTHiLLien. »
» fait à Esrouan , le i** oclobre 163t.
MBUOIBBS DJS yOMThÉSOB. [l(i3lj
huit heures du matin, suivi seulement de dix ou douze des siens, et alla droit à In porte d'en haut, par laquelle il sortoit souvent pour s'aller promener.
Le bonhenr avoit voulu que le même jour le marquis d*Ay tonne et le président Rose étoient allés ensemble à Trevure, maison du roi d'Espagne , à deux lieues de Bruxelles , pour conférer avec le duc de Nieubourg d'affaires importantes.
Puyiaurens, qui ne pou voit suivre Monsieur,
I ne l'ayant pas accoutumé , feignit d'aller voir le président Rose, qu'il savoit bien n'être pas à soD logis, monta en carrosse, et se rendit À la même porte par laquelle Son Altesse étoit sortie, oà il prit dans le faubourg des chevaux pour joimirc Monsieur, qui avoit commandé publique* meot devant les bourgeois qui étoient en garde, délai faire tenir une messe prête aux Cordeliers pour l'ouïr au retour de la promenade.
Monsieur sortit de cette sorte de Bruxelles , et après avoir traversé la forêt de Soignes , passé à Nivelles, Bains, Bavay et Pout-sur-Sambre , QQ Ton prit un guide parce que la nuit s'approcMt, il arriva à La Gapelle avec dix ou douze des liens, étant le reste demeuré par les chenios , leurs chevaux n'ayant pu achever une si kngue traite , faite avec beaucoup dediligence^
I etisDS s'arrêter un moment.
Si les Espagnols furent surpris de ce que Monlicttr s'étoit retiré ainsi des Pays-Bas , le marquis de Bec, gouverneur de La Gapelle, ne le fut pas moins, sachant Monsieur sur la contresear)ie de sa place avant que d'avoir eu avis de NQ traité avec le Roi. Pour s'éclaircir de la vérité d'une chose si extraordinaire , il fit sortir Hofluiterle avec des officiers, et Nervilie, qui vint reoonnoltre le nombre des gens qui étoient <vec Son Altesse , pour lui en faire un ildèle apport.
Monsieur, et ceux qui avoient l'honneur d'ê-
^ auprès de sa personne , jugèrent aisément
Vie la garnison étoit en alarme , et qu'il étoit
^ propos de faire avancer d'Ëlbène pour leur
dire de quelle sorte Monsieur y étoit arrivé , et
^^re voir au marquis de Bec l'ordre du Roi qui
^Joigooit à tous les gouverneurs des places
^'Ontières de l'y recevoir.
L'ordre lui ayant été communiqué , il sortit
^^ La Gapelle et vint supplier Monsieur d'y
^^Hiloir entrer, et lui vouloir pardonner le retar-
^ment auquel il avoit été obligé.
Monsieur, estimant ce qu'il avoit fait, entra
^<Uttla place , où il fut reçu aussi bien qu'il le ÏHHivoit être dans une rencontre si imprévue. Le lendemain , la plus grande part de ceux qui
étoient partis de Bruxelles avec Son Altesse, et demeurés en chemin pour la lassitude des chevaux , ou pour avoir été arrêtés par les paysans, arrivèrent à La Gapelle , sur ce que le marquis d'Aytonne avoit mandé dans tout le pays que l'on laissât passer librement les François , et même qu'ils fussent assistés de toutes les choses nécessaires.
D'Ëlbène alla trouver le Roi pour lui rendre compte que Monsieur étoit en France ; Saint- Quentin fut aussi dépéché vers Madame et vers le marquis d'Aytonne , pour les informer des raisons qui avoient obligé Son Altesse de sortir de Flandre de la manière qu'il avoit fait. Sa première et principale commission étoit d'assurer Madame que Monsieur conservoit toujours pour elle l'affection qu'il lui devoit et qu'il lui avoit promise ; qu'il la prioit de le croire, et qu'il ne la changeroit jamais, pour quelque considération qu'on lui pût représenter.
Ges assurances furent infiniment utiles à sa consolation , son esprit étant aussi troublé quo l'état de sa condition paroissoit incertain : et à moins que d*une confiance entière à la parole de Monsieur, et de ce que Dieu (auquel elle avoit toujours eu recours) en ordonneroit , il eût été impossible qu'elle eût pu résister au déplaisir de s'être vue abandonnée lorsqu'elle l'attendoit le moins.
Quant au marquis d'Aytonne , comme il étoit un liomme sage et maître de ses sentimens , il ne témoigna pas à Saint-Quentin aucune altération , et laissa seulement entendre , avec des paroles fort modérées , que le seul déplaisir qui lui restoit étoit que Son Altesse lui avoit ûté le moyen (s'en allant comme elle avoit fait) de lui rendre tout l'honneur dû à un prince de sa naissance ; mais qu'ayant été toujours avec une entière liberté dans les Etats du roi d'Espagne , il avoit été à son choix d'y demeurer ou d'en partir, ainsi qu'il lui avoit plu; qu'à la vérité ç'auroit été plus selon la dignité de sa personnt; et la satisfaction de Sa Majesté Gatholique s'il eût eu agréable que lui et les principaux du Pays-Bas lui eussent rendu leurs devoirs en cette rencontre.
Monsieur, après avoir demeuré un jour entier à La Gapelle pour prendre un peu de repos, alla coucher à Marie, proche Laon ; le jour d'après il rencontra le duc de Ghaulnes , qui veneit au devant de lui avec plusieurs gentilshommes de son gouvernement. Il passa à La Fère , où le marquis de Nesie le reçut , et à Soissons , où il trouva le sieur de Ghavigny, secrétaire d'Etat et particulier confident du cardinal de Richelieu , que le Roi avoit envoyé, et Bautru
MÉMOIRES DR BIONTRÉSOB. [iCdâ]
avec lui , pour témoigner à Son Altesse la Joie qu*avoit Sa Migesté de sou retour, et l'impatience dans laquelle elle étoit de la voir.
Ledit sieur de Gtiavigny et Bautru , dans des conférences particulières qu'ils eurent avec le sieur de Puyiaurens, voulurent pressentir à quoi il se détermineroit sur le sujet du mariage de Monsieur; mais ils le trouvèrent plus disposé à le maintenir que le cardinal ne se Tétoit proposé. Ils lui firent assez connoltre quelle étoit rintention du Roi j et que Sa Majesté ne s*étoit soumise au jugement de l*£glise que pour garder les apparences.
Ils ajoutèrent qn*ils ne lui céloient pas que , de quelque sorte que ce fût , il ne falloit point s'attendre qu'il pût subsister, et qu*ils s*étonnoient fort de le trouver plus scrupuleux qu*un homme de cœur ne devoit être dans une occasion de laquelle tout l'établissement de sa fortune dépendoit.
Les envoyés du Roi voyant que les espérances desquelles ils le vouloient flatter ne changeroient point sa première opinion , Bautru , assez légèrement , s'échappa de lui dire que puisqu'il le trouvoit dans une résolution semblable, qu'il souhaiteroit , pour beaucoup de raisons, qu'il fût encore à Bruxelles.
Puyiaurens s'aperçut bien de ce qu'il vouloit dire , et fut persuadé par ce discours qull auroit beaucoup de traverses à souffrir. Il le dissimula pourtant et feignit de n'y pas prendre garde. Ce fut aussi le meilleur parti qu'il pût prendre de l'attribuer à la fi^çon ordinaire de parler de Bautru , parce qu'il s'étoit mis dans un état duquel il ne se pouvoit pins retirer. Il en rendit compte à Sou Altesse , à laquelle il resta peu de satisfaction de ce qu'il en avoit appris, et , dans l'inquiétude de l'événement , il arriva à Sidnt-Germain , où le Roi lui fit parottre autant de bonne volonté que s'il ne se fût jamais rien passé entre eux capable d'y apporter de l'altération.
Puyiaurens arrêté; Corbie assiégée; Monsieur se retire à Blùis , M, le comte de Soissons à Sedan; le Roi vient à Orléans à Raccommodement de Monsieur.
[ 1 635] Dans le traité fait entre le Roi et M. le duc d'Orléans, en 1634, l'on avoit réservé, par des articles particuliers, les conditions les plus essentielles, et surtout celles qui regardoient le mariage de Puyiaurens avec une des parentes du cardinal de Richelieu, qui prétendolt par cette alliance s'assurer, pour l'avenir comme pour le présent , le gouvernement et l'autorité
qu'il avoit prise dans le maniement des affaire et pouvoir, dans la dépendance absolue que I favori d'un prince , qui étoit héritier présomi tif de la couronne, auroit à suivre tous ses moi vemens et s'attacher à ses intérêts , venir à boi du démariage de Son Altesse pour arriver à o lui de la duchesse d'Aiguillon , sa nièce, qa' s'éloit dès long-temps promis, pourvu qu'il p retirer M. le duc d'Orléans d'enlre les mail des Espagnols, et l'éloigner de madame \ femme et de la maison de Lorraine.
Ces vastes et grandes espérances, qui n'i voient pour fondement que son ambition , ra contrant des oppositions qui lui paroissoient, d puis le retour de Son Altesse , plus malaisées vaincre qu'il ne se l'étoit persuadé; la oondni de Puyiaurens ne le satisfaisant pas aussi et 1 donnant des ombrages , il changea le deiiei de le conserver, dans la créance qu'il lui sera plus utile de le perdre.
L'une des principales raisons qui avance^ I malheur de ce gentilhomme , qui s'étoit éfev avec autant de bonheur pour le moins que d mérite , quoiqu'à dire la vérité il n'en fût pt tout-à-fait dépourvu , ce fut une lettre que Su Altesse écrivit à Sa Sainteté avant que de le venir en France , par laquelle il la supplidtdi n'ajouter aucune foi à tout ce qu'il feroit ooitn son mariage quand il seroit de retour en Fraatt parce qu'il seroit obtenu par force , et eoDtn l'intention qu'il auroit toute sa vie de le nud» tenir être bien et valablement contracté.
Le cardinal , offensé de ce que Puylaureni i lui avoit pas découvert ce secret, l'ayant ap|irl d'ailleurs, lui en fit des reproches qui l'obli gèrent à prendre son excuse sur ce qu'il ne ta avoit pas demandé.
Son Eminence, émue de sa réponse , lai ri partit en jurant qu'il le pouvoit soulager de eett peine s'il lui eût plu , et le quitta avec uati sage qui témoignoit beaucoup d'aigreur eoitr lui.
Il y eut néanmoins quelque espèce d'acetfo modement entre eux , plus véritable en spp rence qu'en effet; car le cardinal étoit hoM à ne pardonner jamais à ceux qui poovola empêcher ou retarder le succès des choses fif s'étoit une fois proposées , comme celles qui l pouvoient procurer le plus grand et notât avantage qu'il eût à souhaiter dans l'établiK ment de sa fortune. Il se porta facilement à I ver tous les obstacles qu'il crut capables defc mer opposition à ce dessein.
Le Roi , qui étoit poussé par sa propre lie nation aux actions de sévérité, moins sortaW à la dignité d*un grand prince que celles de
lIBMOtBKS DB MONTRÉSOR. [iGSâj
elémeuce, sur ce qu'il lui flt entendre que Puyianreos entretenoit ses anciennes alliances avec I» Espagnols (ce qui étoit entièrement supposé), aeoorda avec plaisir son consentement pour qa*0D se saisit de sa personne.
Le cardinal prit soin de donner les ordres néeesaires pour exécuter cette délibération , dans laquelle il contrevenolt également à sa parole li iolennellement donnée, et à Talliance quMl avoit contractée avec lui, qui est la dernière sûreté que les hommes puissent prendre ensemble, et qui est si rarement violée, que tout commerce est détruit lorsqu'elle n'est plus mise en considération.
Le temps d'arrêter Puy laurens fut pris le soir que Son Altesse devoit répéter son ballet au LoQvre (l), où cet esprit malicieux et dissi- OMilé Tentretint fort long-temps dans le cabinet du Roi.
Dans la conversation qu'il eut avec lui , il se plotà lui faire des railleries fort piquantes, et à hri demander, parce qu'il parloit fort peu et étoit assez froid de son naturel , quand se foudroient ses glaces.
Le cardinal ensuite entra dans la chambre do Bol , et Puy laurens , qui étoit demeuré dans leeabinet, fut retenu par Gordcs, capitaine des gardes du corps , qui lui dit avoir ordre de Sa Majesté de s'assurer de sa personne. Il témoigna beaucoup de fermeté dans un rencontre si imprévu et de cette conséquence, et, laissant le soin de ce qui le regardoit, il s'enquit de l'état loqnel étoit Monsieur, son maître. Après que Cordes lui eut répondu qu'il étoit en pleine li-
(1) Pailiureni fut arrêté le 14 février ; le lendemain le loy écrivit eo ces termes au duc d*Orléaos :
Du 15 février 1635.
• Mon coofiD , J*al bien voulu vous donner avis du
dcaptaifir que J*ay eu d*e8tre obligé de faire arresier Puy-
l^Qrens. J^espéroii que , lassé de sa mauvaise conduilte ,
^ BDOvelles grâces, du tout extraordinaires, Tempes-
^^terolent de retomber en pareilles fautes à celles par les-
^^elles , violant au passé son devoir et sa foy , Il a si in-
Sratement mesconnu tant de bienfaits quMl a receus de
^ ea divers temps; J*avols mesme consenty qu'il prist
sHiaaceavec mon très-cher et très-amé cousin le cardi-
aal de Richelieu • qui n'esloit pas une petite marque de
W eoDfianee que Je voulois avoir en luy , chacun con-
Missant assez et la singulière affection que Je porte k
ian eo«sio,et les grands sqjets que j'en ay; mais les ma-
iUeitet contraventions que ledit Puylaurens a faites aux
coodiUoDS ipécialement exprimées dans la grâce par moi
*tcordée, le deuxiesme octobre dernier passé, m'ayant
^t eonnoistre que rien n*estoit capable de le deslourner
^IsconUnuation de ses mauvais desseins qui ont d^'à
^*'^ tant de malheurs a ce royaume , que J*ay grand
f^ d'en appréhender la suitte. Pour ne manquer pas
f^ que Je dois i mon Estât . à la personne de mon très-
^ Me et à la mienne, J*ay esté contraint de m*as-
berté, il reprit la parole pour lui dire que M. le cardinal ne lui avoit pas donné le loisir de faire ce qu'il désiroit pour lui , et que , différant davantage de porter les choses à cette extrémité , le temps lui eilit fourni les moyens et les occasions de le contenter.
T.e Fargis et Giiarnazé furent aussi arrêtés dans le Louvre , et Le Coudray-Montpensier incontinent après au logis de M. le chancelier.
L'on mena Puylaurens et Le Fargis au bois deVincennes, le lendemain matin, dans des carrosses différens ; et les deux autres, Le Ck>udray à la Bastille, et Charnazé au logis du chevalier du guet.
Ballouet , enseigne des gardes du corps , homme rude et à tout faire , eut la charge de garder Puylaurens avec huit gardes du corps ^ choisis dans diverses compagnies. Son humeur convenoit fort bien à l'emploi qu'il avoit reçu , car il s'acquitta de sa commission avec toute la rigueur que le cardinal désiroit qui fût observée ; en sorte que, dans le quatrième mois de sa prison, il mourut par des moyens suspects et odieux , s'ils sont tels que les apparences le font croire.
Je puis assurer, pour m'en être bien informé, qu'il y avoit plus de deux mois que les fenêtres de sa chambre n'avoient été ouvertes, et que l'air et le Jour lui étoient interdits , de même que s'il eût été dans un cachot et le plus criminel de tous les hommes.
L'on publia qu'il étoit mort de pourpre ; mais il est à remarquer que le poison fait de mêmes effets, et qu'aucun des siens n'eut la liberté
seurer dudit Puylaurens . comme estant le seul moyen de prévenir les maux quMl nous préparoit de nouveau , à rinsceu et contre Tintenlion de nostre trèsH;her frère. Ce qui me console en cette occasion est que je suis aussi asseuré des bonnes Intentions de mondlt frère , comme les mauvaises dudit Puylaurens me sont connues. Le bon et favorable iraittement que non seulement mondit frère recevra de moy en toutes occasions , mais en outre tous ses bons et fidels serviteurs , que je ne distingue point des miens, fera voir à tout le monde que je Tayme autant que moy-mesme, et que je n*eusse pas pris la résolution portée par la présente dépesche , si je n'y eusse esté forcé par des sujets très-pressans. Pour en faire eonnoistre Timportance, je me contenteray de dire qu'il a eu diverses intelligences avec des personnes manifestement coupables d*atten(at contre ma vie , personnes non seulement excluses de ma grâce par la nature de leurs crimes , mais en outre parce qu'elles en sont nommément exceptées. Je laisse présentement a part beaucoup d*autres preuves évidentes que j*ay de la mauvaise foy dudit Puylaurens, qui seront connues avec le temps. Vous donnerez part de ce que dessus à tous mes bons subjets estant dans Tcstenduc de vostre gouvernement. Priant PieaquMl vous ayt en sa sainte
garde.
» Louis. »
lOH
llB&lOIttES DE MONTBÉSOU. [lG35]
de le voir durant sa maladie ni après sa mort.
Son Altesse, en ayant appris la nouvelle à Blols , sentit en elle-même augmenter le ressentiment de Taffront qu'elle avoit reçu de la détention de son principal confident, arrivée quasi en sa présence , sans autre droit que celui de Tautorité absolue du Roi , dont le cardinal de Richelieu se servoit de la manière qu'il estimoit la plus avantageuse à ses intérêts et la plus propre à ses passions.
Mais^ pour continuer ce discours avec moins de confusion , lorsque Puylaurens fut arrêté au Louvre, Sa Majesté lit appeler Sou Altesse, le cardinal étant en tiers, lui protesta que ce qui s'étoit passé en présence de sa personne ne re- ^ardoit en façon du monde la sienne; qu'il devoit être assuré de sa bonne volonté , dont il lui renouveloit les assurances, et croire qu'il ne se seroit pu résoudre à ce qui s'étoit passé, s*il n'a voit reçu des avis fort certains que Puylaurens , à son insu , traitoit beaucoup de choses préjudiciables à son service et au repos de son Etat.
Le cardinal y ajouta que Monsieur devoit rendre ses volontés conformes à celles du Roi, et pouvoit se promettre tout ce qu'il auroit à désirer de sa bonté, pourvu qu'il prît toujours le parti du respect et de l*ol)éissance : ce qui l'ut accompagné de plusieurs protestations de bervices.
Les réponses de Monsieur, dans une conjoncture si délicate et si dangereuse pour lui, furent telles que Sa Majesté les eut pour agréables, et que le cardinal en demeura satisfait ; et je rrois qu*en partie son silence le tira du mauvais pas auquel il se trouvoit engagé.
Sa Majesté voulut parler à Ouailly, capitaine des gardes de Son Altesse , considérable dans la maison pour sa charge, sa naissance et son mérite, et à Goulas aussi et à La Rivière, auxquels je n'attribuerai les mêmes qualités.
Le premier nommé entra seul , et le Roi lui dit assez haut, eu présence de ceux qui étoient dans le cabinet, qu'il ne devoit pas être touché de beaucoup de déplaisir de ce qui étoit arrivé, puisque Puylaurens avoit en toute occasion trèsmal vécu avec lui, et qu'il considéroit fort peu les gens de qualité de la maison de Monsieur, fion frère. Mais bien loin de s'en plaindre, et de faire sa cour par une lâche complaisance, il ré- |)ondit avec grand respect à Sa Majesté , et dans les sentimens d'un homme d'honneur, qu'il étôit vrai qu'il n'étoit pas lié avec Puylaurens d'une amitié fort étroite et particulière , ce qui n'empôclioit pas qu'il n'eût regret de son malheur , quoiqu'il eu ignorât la cause.
Le Roi en étant demeuré su; pris , Il gna en paroles générales que ce qui fait n'intéressoit point Monsieur ni les que Puylaurens avoit conservé avec 1 mis de l'Etat des intelligences contre vice : ce qui est toutefois encore à prov
Quanta La Rivière et Goulas, ils fure par le petit escalier du Louvre, dans I homme digne de créance les rencontra extérieur qui faisoit connottre qu'ils res avec joie le malheur de Puylaurens, < fort peu touchés de la honte que Mco pouvoit recevoir.
Je n'ai pas su le détail des ordres furent donnés dans la conférence pai qu'ils eurent avec Son Eminence; mais rences persuadent , et les suites Justifie fureat bien informés du personnage q voient jouer auprès de leur maître , doi roient encore plus instruits par Cliavi crétaire-d'Etat, qui se serviroit de lei mise et de celle de d'Elbène , selon les < qui se présenteroient.
Son Altesse, dans les inquiétudes causoit l'état auquel elle se voyoit voulut bien se souvenir de moi pour proeher de sa personne , dont j'é éloigné.
Le Teillac , que j'avois laissé à Pi étoit connu de Monsieur pour homme secret , me vint trouver de sa part , porter ordre de m'y rendre dans la pk diligence qu'il me seroit possible , p Foccasion pressoit.
Dès le même jour que je fus arriv averti par deux de mes amis intimes m'avoit mis dans le mémoire de ceux voient être bannis : ce qui me donn peine, estimant à bonheur de souf Monsieur , pourvu que par aucune fai culière je n'y eusse rien contribué.
Le lendemain , dans cette ineertitu l'honneur de lui faire la révérence, le de La Valette et Bautru présens.
Son Altesse ne me dit que deux ou rôles devant eux , qui ne signifioient : le dernier pût faire son rapport ; mai perçus, lorsque Je m'approchai pour 1er , ainsi que j'avois accoutumé de fa le soin qu'ils prirent de l'éviter , qi Jusques à l'incivilité , que je n'étois ag cardinal Richelieu, et que l'un et I ' étoient fort persuadés.
Après qu'ils se furent retirés, IV qui me vouloit entretenir, m'appela cabinet , où il lui plut me dire qu'il a
MÉM01BES l>£ UONTBÉSOB. [iGiâ]
sein de se confier eu moi plus qu'en aucun autre dfs siens , et qu'il attcndoit de mon zèle à son service toutes les preuves d*affection et de fidélité qu'une personne de sa qualité se pouvoit promettre d'un gentilhomme duquel il avait eooçajbonne opinion.
Ce fut en cette sorte que j'entrai dans Thoaneur de sa confiance. Je m'étudiai dès-lors de m'en prévaloir , par des moyens entièrement opposés à ceux dont se servent la plupart des gens de cour qui s'avancent aux bonnes grâces des princes ; car J'avois autant de soin et de retenue pour celer cette confiance qu'ils se plaileot d'ordinaire y pour contenter leur vanité , de la faire éclater , et d*en augmenter la créance.
Je Jugeai cette sorte de conduite utile et néi eesaire pour les intérêts de Son Altesse, et la [ seule capable pour me conserver auprès d'elle , prévoyant que Je n'eusse Jamais pu éviter , prenant d'autres mesures , la persécution du cardinal, que l'envie de ceux desquels il s'étoit proposé de se servir, m'auroit sans doute attirée par Qoe Infinité de mauvais orfices.
Le principal dessein de Son Eminence étant de rpgagner l'esprit de Monsieur , Goulas , d'Elbène et La Rivière eurent charge de s'y employer; et comme l'intérêt pouvoit tout sur ces âmes vénales, ils se préparèrent bien à exéniter ce qui leur étoit commandé.
Les premiers soins de ces trois infidèles donesliqnes furent employés à insinuer à Son Altesse ^ autant qu'il dépendoit d'eux , quelle ^it la puissance et l'autorité dn cardinal , et de lui représenter que non-seulement sa grandeur , mais encore sa sûreté , se rencontroient ^ aiisolument entre ses mains , qu*ii lui étoit 'oipossible d'éviter sa perte s'il ne prenoit de particulières liaisons avec lui ; qu'il tireroit , ^ déférant aux conseils d*un ministre dont la Puissance ne pouvoit être choquée, tous les avantages qu'il en désireroit ; et qu'en usant ^trement, il se mettroit en état d'avoir tout à ^Taiodre et se rendroit sujet à toutes sortes 4« malheurs, desquels il ne verroit jamais la fin. Son Altesse, pleinement informée à quoi teni^kiient telles persuasions , les écouta plus volon- ^ien qu'elle ne se plaisoit à leur répondre ; et ^nand elle s'y trou voit obligée , c*étoit dans des ^«rmes qui ne leur faisoient pas découvrir le secret sentiment desinjures qu'elle civoit reçues. Monsieur se servoit encore de cette adresse ^6 faire si l)on visage au cardinal , que , par ^es démonstrations extérieures , il lui donnoit "P^nion qu'il commençoit à se rendre plus ploya- ^c à ce qu'il vouloit obtenir de lui.
Chavigny , qui faisoit agir les aulres , avoit son ordre particulier d'abandonner rarement Son Altesse ; mais dans cette sujétion , comme il étoit Jeune , et moins modéré qu'ilne l'a paru depuis , il ne gardoit pas le repect qui étoit dû à Monsieur , et se dispensoit très-souvent de lui rendre la complaisance nécessaire à effacer le souvenir des choses passées.
La Rivière, homme malicieux, ayant pénétré, par l'habitude qu'il avoit auprès de son maître, que le procédé de Chavigny le choquoit, tant s'en fallut qu'il l'en avertit pour y apporter le remède , qu'il en augmenta l'aigreur que Son Altesse en avoit conçue , avec intention de s'en prévaloir dans des conjonctures favorables à ses intérêts particuliers.
Toute cette cabale de gens malintentionnés poun le service de Monsieur , quoique divisés par la jalousie de leur emploi , convenoit néanmoins en ce point de faire tous leurs efforts pour le disposer à souffrir la rupture de son mariage.
Pour faire réussir ce pernicieux dessein , ils agissoient de conceVt, et avec une telle ardeur, que c'étoit un scandale public de les voir solliciter Son Altesse à commettre une action si préjudiciable à sa conscience et si honteuse à sa réputation. Nonobstant les instances qu'ils faisoient auprès de Monsieur, il tenoit ferme dans sa résolution prise de ne point se relâcher jamais sur cet article.
Il essayoit de gagner le temps par les divers voyages qu'il faisoit dans son apanage, qui étoit son séjour le plus ordinaire. Il me souvient do celui qu'il fit pour se délivrer de leurs importunités.
Il se mit sur l'eau à Blois pour aller a Nantes et passer jusques à Morbihan. D'Elbène, qui l'avoit suivi , en prit mnl à propos l'alarme et fut assez imprudent pour écrire au cardinal en ces propres termes : qu'il ne rcpondoit plus des actions de Monsieur , qu'il croyoit se retirer en Angleterre.
Sur cet avis mal digéré^ le cardinal de Richelieu fit partir de Paris La Rivière et Goulas en poste , qui me trouvèrent auprès d'Orléans , où je courois le cerf, bien informé du sujet qui les pressoit si fort d arriver auprès de Son Altesse, et de leur crainte impertinente.
Après qu'ils m'eurent entretenu de beaucoup de discours inutiles , je me moquai d'eux , et les laissai aller , étant assuré que si le voyagu qui faisoit tant de bruit eût été de la conséquence qu'ils se i'étoient persuadé , je n'aurois pas été oublié par Son Altesse.
Chavigny , aussi hâté et inquiété que ces
Mr.MOIRKS l>£ MOnTBÉSOR. [1G35]
deux courriers , passa la nuit au lieu roéine ou J*étois, et, quoiqu'il le sût très-bien, n*ayaDt pas demandé à me voir, je me mis fort peu en peine de lui rendre aucune civilité.
Ils trouvèrent Son Altesse à Blois , où elle étoit de retour , qu'ils ramenèrent à Paris, pour rassurer l'esprit du cardinal des appréhensions qu'il avoit eues. Ceux qui établissent des desseins sur des matières qui portent leurs reproches , agissent avec inquiétude et sont toujours incertains des voies qu'ils ont à tenir.
Le cardinal étant en cet état sur le sujet du mariage de Son Altesse, duquel il vouloit venir à bout à quelque prix que ce pût être , par des assemblées secrètes de docteurs qui dépendoient entièrement de lui , il en faisoit consulter les moyens ; et , pour fortiûer la cabale que j'ai ci-devant nonmiée, Ghaudebonne , qui avoit de belles apparences de probité, fut associé avec eux pour travailler plus utilement auprès de Son Altesse , afin- de la rendre plus facile sur le sujet de ce démariage injustement prétendu.
Pour corrompre les bonnes intentions de Monsieur , ils mettoient en pratique toutes les adresses dont ils étoient capables de s'aviser ; et comme la duchesse d'Aiguillon avoit assez de grâces en sa personne pour donner de l'amour à un jeune prince , ils ne perdoient aucune occasion de la louer en sa présence , et de le faire trouver où elle alloit, pour l'embarquer d'affection.
De son côté, elle ne s'aidoit pas mal et oachoit, sous la modestie qu'elle a toujours affectée, l'ambition qu'elle avoit de s'ouvrir le chemin à une condition si glorieuse pour elle, et si disproportionnée à sa naissance et au rang que son premier mariage lui devoit faire tenir.
Dans ces négociations , honteuses pour ceux qui les avoient entreprises , je considérois Monsieur dans une douleur extrême; car je connolssois véritablement qu'il avoit une entière répugnance de s'imposer une contrainte qui convenoit si peu à la naissance d'un prince de sa qualité , et me faisoit l'honneur de s'en ouvrir souvent à moi , qui lui eusse souhaité plus de vigueur et de résolution ; mais ce que je pouvols dans cet ambarras d'affaire , où sa réputation étoit si fort intéressée , n'alloit qu'à lui représenter ce qu'il devoit à Madame et à sa propre conscience, qui serait éternellement troublée s'il commettoit une action qui le rendrait le plus déshonoré prince du monde, et qu'à toute extrémité il y avoit des remèdes infaillibles pour se délivrer de persécution. Ce qui le soulageoit infiniment dans celle qu'il re-
ce voit au nom du Roi par le cardinal , c'étoit la connoissance qu'il avoit que Sa Sainteté ne fiivorisoit point les prétentions de la France sur le sujet de ce démariage , et fondoit son reftai d'admettre les instances faites par Tambassa* deur de Sa Majesté à Rome sur la lettre écrite de Bruxelles par Son Altesse, que j'ai ci-devant alléguée comme la cause plus effective de h mort de Puylaurens.
Madame la duchesse d'Orléans, qui jouoit m rôle dans cette occasion , s'aidoit puissamment de sa part, faisant représenter au Pape, par m agens intelligens et fldèles , les raisons qui éta« blissoient son droit, qui étoient d'autant ptai dignes d'être entendues favorablement , qu'dtai venoient d'une princesse aussi illustre par la ptt* reté de ses actions et l'innocence de sa vie , qw par l'éclat de sa grandeur et de sa qualité, ta intérêts appuyés par la faction espagnole , et h considération de la maison de Lorraine , joints à des pièces authentiques qu'elle faisoit voir à Sa Sainteté, par lesquelles elle justifioit toutn les formalités requises avoir été observées dam son mariage , auxquelles l'on n'opposoit que toi lois fondamentales du royaume, qui n'étoioit écrites en aucune part , et sur ce sujet puremeol imaginaires , portoient du moins la l>alanoe oqb* tre les artifices du cardinal de Richelieu et toi sollicitations pressantes des ministres de ses passions. L'événement paraissant incertain, donnoit lieu d'espérer à toutes les parties , et faisoit que chacun suspendoit son jugement , et considénll Monsieur pour voir s'il décideroit cette importante question par le refus ou l'octroi de son om* sentement , et si les moyens desquels le cardinal se servoit auprès de lui prévaudroient à l'aRtofr' tion qu'il avoit à Madame , et à l'obligation qoi l'engageoit à tout souffrir plutôt que de changn de sentiment pour elle.
C'est une maxime indubitable que ceux qii tourmentent les autres se persécutent aussi euxmêmes. Par cette règle générale, le cardinal, agité, changea l'ordre qu'il s'étoit prescrit, d voulut user vers Monsieur de toutes leseompial sauces qu'il pouvoit juger lui devoir être agréai blcs. Il obligeoit le Roi , pour gagner Son Â^ tesse , à lui fairo des gratifications qui oontrl* buoient à son divertissement , et à faire béUr I Blois et à Ghambord. Enfin toutes les sulitiitléi d'un célèbre affronteur furent mises en œwn par lui , pendant quelques mois que la fantaWi de jouer la comédie sous ce personnage lui dura
D'Ëlbène et La Rivière , qui en étoient la acteurs qui se présentoient le plus souvent su le théâtre, par la jalousie qu'ils eurent de leoi crédit , se divisèrent de cette l>onne amitié qulli
yEMOIHBSft DU MONTIIÉSOK. [l63(>]
avoient contractée ensemble sur de si légitimes foodemens ; la haine s'y étant mêlée, ils en vinmtjQsqaes à cette extrémité, en présence de Son Altesse Royale, de se faire des reproches, et se dire des injures honteuses seulement à répéter. Les plus honnêtes qui se peuvent rapporter lurent que le premier nommé marqua à l'autre quelle étoit sa vie passée et la bassesse de son extraction ; et La Rivière , piqué au vif, lit le portrait du mérite et de la bonne mine de d'Eibène, que la nature véritablement a voit fort disgracié.
Cette rupture entre eux ne tira pourtant à aueooe conséquence , parce que les sujets n'en vaksent pas la peine , et que le silence leur fut imposé par leurs supérieurs ; mais quant à l'aigreur, die se conserva dans son entier sans aucune réeondliation , quelques soins que leurs amis comnNnis prissent de les rajuster, pour les obliger de leveDir à leur première intelligence.
[1636] La mort de M. l'évéque de Gahors, premier aumônier de Monsieur , étant arrivée quelque temps après , La Rivière , qui avoit été son domestique , crut devoir être son successeur, qtii n'est pas ordinairement un titre qui soit fort considéré pour donner droit à une prétention. Se servant de cette conjoncture , il fit con- Mltre à Monsieur qu'étant sa créature , il importoit beaucoup à sa réputation de le préférer CB II disposition de cette charge à l'évéque de BonlogDe, oncle de Chavigny, duquel il le eroyoit tenir , et n'en avoir aucune obligation à Son Altesse. Rien qu'elle fût persuadée qu'il n'y VNÂt pas une parole de véritable de toutes celles qnll lai avoit dites sans en avoir la moindre pudeur, l'aversion qu'il avoit conçue contre Chavigny lai fit obtenir ce qu'il avoit demandé , qui doit an choix duquel Monsieur ne se pou voit Qeoser , cette charge ne devant être remplie tas la maison d'un prince comme lui , que par <fcs personnes de vertu et de qualité, et qui s'en Aosent tenues fort honorées , quoique capables de la posséder avec dignité et réputation.
Chavigny, offensé de cette préférence, qui ^lloit le cœur de La Rivière , pour Thumilier et ^re voir celle qui étoit entre eux , se servit de ^^ crédit auprès du cardinal de Richelieu. I^*£lbène s'entremettant aussi de son côté par ^rapports faux ou véritables , ne demeura pas inutile ; et la chose fut conduite avec tant de Pudeur, que La Rivière, pour s'être voulu me- •treravec Chavigny, qui n'étoit pas homme à le soafTrir , fut mené à la Rastille.
Ce ne fut pas le seul qui tomba en cette dis- ^cc dans cette conjoncture : car le cardinal , P^r tenir toujours l'esprit du Roi en Jalousie
contre Sou Altesse , supposa qu'il y avoit des cabales dans sa maison , et lit chasser L'Ëspinay , qui étoit fort bien avec die , et |e vicomte d'Auteuil, le chevalier de Beuil , Guillemin, l'un de ses secrétaires , et Legrand , Tun de ses premiers valets de chambre , qui eurent tous ordre de sortir de Paris et de n'approcher plus Monsieur.
D'Ëlbène et Goulas continuèrent dans leurs emplois ; et d'Elhène , plus libre selon sa créance par l'absence de La Rivière, et plus assuré de son crédit par l'éloignement des autres que Je viens de nommer , se mécoroptoit beaucoup ; car Son Altesse, aigrie au dernier point contre lui des mauvais moyens dont il s'étoit servi pour faire éloigner d'auprès de sa personne des gens qui l'avoient suivie dans toutes ses disgrâces , et qui lui étoient fort agréables , particulièrement L'Ëspinay, se disposa à chercher l'occasion de le chasser avec infamie.
Je ne veux pas laisser passer ici de dire ce que Monsieur a conté à plusieurs des siens, que Jamais d'Elhène ne lui avoit parlé à l'avantage de personne du monde , et que sa malice s'étoit portée jusque dans cet excès , qu'il n'y avoit aucun dans sa maison duquel il ne lui eût dit du mal. Comme la Providence divine ne permet jamais que les actions d'honneur et de vertu demeurent sans récompense, aussi ne souffre-t-elle pas que les crimes demeurent sans châtiment. Celui que d'Elhène avoit commis étoit entièrement odieux ,, d'avoir voulu empoisonner l'esprit de Son Altesse de mauvaises impressions contre ses plus fidèles serviteurs , et de n'en avoir exempté aucuns.
La résolution de Monsieur n'étoit pas al)solument prise lors d'y donner ordre, dans la crainte qu'il avoit que le cardinal ne s'intéressât de le maintenir , mais il se laissoit entendre d'en avoir grande envie. Je puis assurer en conscience que je n'avois aucune haine pour lui, et que ce qui m'obligeoit à fortifier Son Altesse dans la disposition qu'il m'avoit fait l'honneur de me communiquer, ne venoit purement que du zèle que j'avois pour son service , et pour venger le bannissement de mes amis sur celui qui en étoit l'auteur. Je fis pour ces deux considérations ce que je devois. Il avoit désobligé tant de personnes, que de tous côtés il recevoit de dangereuses atteintes. La dernière, qui acheva de Iç perdre, lui fut donnée par Sardigny, par San-, mery et moi, au coucher de Son Altesse, où nous nous trouvâmes seuls. Elle se fit entretenir d'une infinité de choses tant passées que présentes, et tomba à la fin sur le chapitre de d'EN bène, qui lui tenoit fort au cœur ; chacun tra<> vailla si \itilement , que le lendemain Monsieur
UÉBIOlilES DE MO.NTEÉbOA. [lG3Gj
y ayant fait réflexion, m'assura qu'il lui feroit l'affront tout entier , sll étoit assez imprudent pour se présenter devant lui à Orléans , où il alloit coucher ce jour-là.
Il me tint si bien la parole qu'il m'avoit donnée , que d'Ëlbène s'y étant rendu , il le chassa avec les termes du plus grand mépris qu'un prince puisse tenir à un gentilhomme.
Le cardinal n'en voulut point prendre l'afflrmatlve , contre l'opinion de plusieurs , qui étoient assez foibles pour le vouloir faire appréhender à Son Altesse.
Goulas, qui étoit le moins dangereux des trois , resta seul dans la maison ; et le repos des gens de bien n'étant pas si traversé ^ Je commençai d'espérer de pouvoir plus facilement entreprendre, pour le service de mon mattre, des choses de plus grande conséquence que des intrigues et des démêlés de cette nature, pour lesquels il me semble que ceux qui font une particulière profession d'honneur doivent toujours avoir une extrême aversion.
Cependant la guerre étant allumée et ayant été déclarée entre les deux couronnes, de l'autorité particulière du cardinal , sans assemblée d'Etats , ni des grands du royaume , qui dévoient être appelés dans une délibération de cette nature, suivant ce qui s'est toujours pratiqué ( mais l'orgueil du cardinal étoit au-dessus des formes) , il prit cette importante résolution, qui alloit troubler tous les Etats de l'Europe, avec des gens tout soumis à ses volontés, et aussi vastes dans leurs pensées que lui-même le pouvoit être dans ses desseins. Cette grande enti-eprise faite en un jour , qui devoit être de longtemps préméditée,* pour que les préparatifs nécessaires à la soutenir avec réputation ne manquassent point quand il s'agiroit de réparer les disgrâces de la guerre, ou pour porter avec plus de gloire et d'éclat les armes du Roi dans la Flandre, lorsque la fortune les favoriseroit de quelque heureux événement ; toutes les considérations qu'un sage ministre auroit eues et toutes les mesures qu'il auroit prises lui tournèrent à mépris, emporté par son impétuosité naturelle , que je nesaurois nommer que fureur désespérée, et lui un fléau de Dieu pour le châtiment des hommes, qui engagea la France dans un dessein duquel lui seul étoit capable de se résoudre.
Aucunes des places frontières n'étoient en état de se défendre; il n'y avoit point d'argent dans les coffres du Roy ; les poudres et les autres munitions, desquelles il étoit impossible de se passer, manquoient. Et après une pareille fjutc , ou , pour mieux parler, toutes celles ensemble que puisse commettre un ministre em-
ployé an gouvernement d'un Etat , il se troai des admirateurs de sa prudence , et qui laidoi nent des éloges de cette action exécutée par a cardinal -prêtre , qui s'est rendu auteur d'un guerre funeste à toute la chrétienté !
Après la bataille d'A veines ,. gagnée sous i conduite du maréchal de Châtillon par un boa heur très-extraordinaire , les ennemis , qui Je gèrent qu'il mettoit tout au hasard, réparera avec diligence la perte qu'ils avoient faite, et • rendirent beaucoup plus forts.
M.lecomte,quicommandoit l'armée du Boy fut obligé de se retirer devant la leur , para que la sienne n'étoit composée que de six ndlli hommes de pied. Les ennemis, s'étant saiaisA La Capelle , vinrent tout droit à la rivière A Somme. Leur armée étoit pourvue de toota choses : ils avoient vingt mille hommes de pied et dix mille chevaux , trente pièces de canoi, enlin tout ce qui étoit à désirer pour eux pou faire de grands progrès.
Le passage fut défendu a Bray autant que b faiblesse des troupes de M. le comte le pût per* mettre , qui fut contraint de se jeter dansConpiègne pendant que les ennemis étoient roaitro de la campagne , et que Corbie fut prise ,et h France exposée à toutes les incursions que bi Espagnols y voulurent faire.
Cette digression , dans laquelle j'ai passé bon de mon sujet , ne doit pas être désapprouvée puisqu'elle sert à justifier que le cardinal di Richelieu , dans ce qu'il a entrepris , a été ph obligé à la fortune , que l'Etat à ses consdlic à ses délibérations.
Pour reprendre le discours que j'ai interron pu des choses que je m'étois proposées , pta utiles et plus glorieuses que de se mêler des il trigues et des menées de cour , qui n'ont poi fln et pour objet que l'intérêt particulier, j'étol dans la croyance que la sûreté et la grandoi de Monsieur ne se pouvoieut rencontrer qi dans l'abaissement du cardinal, ou , pour m'ei pllquer plus clairement et selon mes intention par sa perte absolue. Mais comme toute l'anl rite étoit entre ses mains, et qu'il étoit en poi voir de répandre ses bienfaits et ses grâces i ceux qui s'attacholent à lui , et dlmprimer f sa sévérité la terreur dans la plus grande pari des gens capables de travailler à sa ruine, voyois l)eaucoup plus de difflculté à faire réo sir les desseins que l'on prendroit pour le M décheoir, que de raison d'espérer que ie soœ en pût être favorable.
Je considcrois aussi les malheurs passés < Son Altesse, les personnes de qualité qui s* toient perdues pour son service, pour avoir c
UBMOIBKS UB MO.NTBÉSOB. [ 1(J8()]
ibaudonnées du secours qa*cllcs en dévoient rccctoir, eties autres si maltraitées, qu'il me panisfioit un dégoût quasi universel de s'engager avec elle. Regardant aussi les conjonctures prémtes d*Qne autre face, je reconnolssols que le cardinal étoit en haine et en horreur , à raison de an violenees ; que tout le monde étoit pernadéqull avoit commencé la guerre purement poor satisfaire à sa prodigieuse ambition ; que pirleméme motif il la voudroit continuer, et ipe les charges et dignités ne serofent conférées qu'à ses proches. Joint qu'il feroit , à toutes les occasions qui s'en présenteroient , remarfser la dureté qu'il avoit pour la désolation et hmls^ des peuples, et qu'il se soucioit enmt moins de sacrifier la nohiesse , pourvu fBlI établit son autorité au plus haut point qu'elle pouvoit ^tre portée.
Dans cette diversité de pensées , Je me trou- TOiifort partagé ; néanmoins Je me déterminai àcette opinion qu'il ne falloit pas demeurer Inutile, et Toir, les bras croisés, la ruine de sa patrie et celle de son maître, sans tenter les moyens ie les en garantir.
la condition des princes est tout-à-fait diffénateà celle des particuliers : leur naissance a cet avantage , avec une infinité d'autres , qu'ils regagnent fort aisément, quand il leur platt de lebire valoir, la réputation perdue, comme ils ne SQCGombent pas dans les fautes qu'ils ont eommises, ainsi que font les personnes privées^ qaines'en relèvent Jamais. J*estimolsqueMonliearse pourroit remettre en créance, les fautes dans lesquelles il étoit tombé ci-devant en partie rejetées sur ceux qu'il avoit employés à son lenrice, qui avoient eu plus de soin de leurs intérêts que de sa gloire, qui consistoit à se rendre digne de l'estime publique , et qu'ayant eniftance à des serviteurs moins intéressés , il lerolt à couvert de ce dernier inconvénient , qoi étoit l'origine de tous les malheurs qui lui ctoient arrivés ; et par conséquent qu*il ne falioitpas désespérer de voir sa réputation réta-* l)lie,et de pouvoir, par son moyen, procurer une ràoliilion favorable aux gens de bien qui le nmbleroient de bénédictions, que Dieu a per* i&ls quelquefois pour châtier les ministres supcrbes et soulager les innocens opprimés. Pour "ttaquer avec quelque sorte d'effet la fortune du cardinal de Richelieu, il y avoit beaucoup de mesures à prendre, dont les principales con- ^^oiçfii à Joindre d'affection plus étroite M. le f'oe d'Orléans et M. le comte de Soissous , et '^ Unir teilcment d*intôréts , que les artifices
du
cardinal ne k^ pussent diviser.
^'*^tte liaison cuire eux pouvoit procurer en
conséquence , et dans la suite du temps , celles des autres princes avec eux , dont la plupart étoient désespérés des mauvais traitemens qui leur avoient été faits. La maison de Guise , par les violences que l'on continuoit d'exercer contre elle , n'étoit plus en état de revenir dans le lustre où elle avoit été que par des voies extraordinaires. Celle de Vendôme ne devoit pas espérer de se relever dans l'abaissement où elle se voyoit réduite, que par celui du premier ministre, qui avoit paru , dans toutes les occasions qui s'étoient offertes , en être l'ennemi capital. Les ducs d'Epernon , de Bouillon et de Retz avoient, ehacunen leur particulier, reçu des injures en leurs personnes et en leurs fortunes, la perte de Metz, et la violence d'un mariage fait par considération par le duc de La Valette , contre son gré, et pour sauver de prison monsieur son père^ ne les laissoit pas sans ressentiment.
Le duc de Bouillon recevoit l>eaucoup de marques qu'il étoit tenu suspect, et qu'il n'avoit aucune l)onne volonté pour lui.
Quant au duc de Retz, sa charge de général des galères lui avoit été ôtée sans récompense ; les autres grands seigneurs du royaume , et autres personnes de qualité, n'avoient pas de moindres sujets de mauvaise satisfaction.
Saint-lliar , mon cousin germain, qui étoit en considération auprès de M. le comte, homme de hauts desseins et ennemi de la tyrannie, ne désiroit pas moins que moi de pouvoir détruire celle du cardinal. Nous eûmes plusieurs conférences , et convînmes de pressentir ce que nous devions attendre de ces deux princes , qui se confioient en nous , et cependant de leur ménager le plus de serviteurs qu*il nous seroit possible , sans découvrir à quelle fin nous faisions toutes ces intelligences.
M. le duc d'Orléans fut le premier qui s'expliqua de vouloir cette liaison , que j'avois si fort souhaitée. Saint-Jbar s'en prévalut fort adroitement auprès de M. le comte , qui se disposa à y repartir comme il devoit ; et pour ce sujet l'on entra dans un commerce si secret , que le cardinal ne le put jamais pénétrer , et que les choses allèrent jusqu'à ce point que le Roi , qui avoit une aversion naturelle eontje M. le comte , confirmée par les mauvais offices qui lui avoient élé rendus près de Sa Majesté , et Son Emineuce, jalouse de l'estime qu'il s'étolt acquise dans la cour et dans larmée qu'il commandoit , crut qu'il se devoit servir de M. le due d'Orléans, et lui donner le commandement par-dessus lui , qtii étoit ce que nous pou\iont» désirer.
II£II01B£S DE AlONTHESOlt. [1036]
Convocation de Varrière-ban pour le siège de Corbie, prise par les Espagnols.
Cet excellent politique fit convoquer les arrière-bans y et tira un puissant secours de Paris j particulièrement des provinces au-deeà de la rivière de Meuse, pour assiéger Corbie, place Importante pour sa situation.
Son Altesse fut déclarée général de cette armée , et la jonction de celle de M. le comte se fit à....
Chavigny eut ordre de ne point quitter Monsieur, et de travailler, sur les mémoires que le cardinal lui donna, à diviser ces deux princes.
Pour empêcher que cela n'iirrivât, quoique J*eusse encore la fièvre , et des incommodités si grandes que je n'étois pas reconnoissable, je ne laissai pas de partir de Paris avec Son Altesse ^ et j'oserai dire que je n'exposai pas inutilement ma vie dans cette occasion^ pour détourner l'esprit de Monsieur de suivre les conseils qu'il recevoit contre M. le comte.
Lorsque l'on fut à Péronne , ils convinrent ensemble de ce qu'ils dévoient et pou voient faire contre le cardinal de Richelieu : ce qui n'étoit pas lors difficile , s'ils se fussent servis du temps.
Les opinions furent partagées : les uns étoient d'avis que par des intrigues du cabinet l'on fit oonnoltre au Roy que le malheur de la guerre avoit été attiré à son royaume par l'ambition du cardinal , qui , pour se rendre nécessaire, avoit voulu embarquer Sa Migesté dans les affaires qu'il s'estimoit seul capable de conduire , et que cette guerre étrangère, qui avoit des suites considérables, et^ selon les événemens^ des conséquences très-dangereuses, feroit naître des factions qui porteroieut les princes et grands seigneurs à former un parti qui causeroit une guerre civile qui ruineroit l'Etat. A cette sorte d'opinions, ils joignirent celle de s'assurer de ceux qui avoient le principal commandement dans l'armée , et des gouverneurs des places et des provinces qui n'avoient pas sujet de désirer la durée de son autorité.
Plusieurs ne s'en éloignoient pas , pourvu que sans différer davantage l'on commençât d'entreprendre couvertement la perte du cardinal.
Leduc de La Valette promit en ce lieu de Péronne (à ce que Monsieur et M. le comte de Soissons ont toujours dit du depuis) de les servir en^ vers tous et contre tout autre intérêt , sans exception^ de son crédit et de sa personne, et de disposer M. d'Ëpernon à la même résolution àb tout son pouvoir.
lilérancourt , qui étoit gouverneur de cette
place, l'offrit nettement ; et je suis obligé de dli que je n'ai point vu d'homme , dans toutei V occasions , procéder avec plus d'aigreur conti le cardinal , ni aussi avec plus de franchise.
Pour revenir à l'autre avis , qui étolt ph court et décisif, parce qu'il ne mettoit poil l'Etat en compromis, et ne touchoit enfaçond monde à l'autorité royale^ consistant à dédde en une heure de temps les guerres étrangéni et civiles, si on vouloit se rendre maître ôÊk personne du cardinal de Richelieu , l'on s'arréti à cette dernière opinion prise entre Monsievd M. le comte, et des gens auxquels ils se poivoient entièrement confier, au nombre de qoi* tre seulement: trois qui en avoient eu oonniiisance par le moyen de M. le comte, et un aeri de la part de Monsieur , qui ne s'en étoit ooiflrt à aucun autre.
Le siège de Corbie étant formé , les quaittan faits et la circonvallatlon commencée , le M arriva à Amiens , et venoit de fois à autre voir les travaux. Sa Majesté logeoit au-deçà de la rivière de Somme , à un château nommé d» Maim , et le conseil se tenoit à Amiens, oi le cardinal étoit logé.
Il est à remarquer que le Roi s'en retounoft à son quartier incontinent après que le eooNl étoit levé : ce qui fit prendre avec plus de ceitl* tude les mesures que l'on pouvoit aisément aji^ ter , pour achever le dessein projeté et réioli contre la personne du cardinal. Son Altesse it M. le comte se rendirent à Amiens avec é^ cents gentilshommes à leur suite, et quasi tOM les officiers de l'armée avec eux.
Le conseil fut tenu , et lorsque ces meaàtM sortirent avec le Roi , qui monta dans son ctfrosse pour retourner à son quartier , un de een auxquels ils s'étoient confiés leur parla à r«reillc pour leur demander s'ils ne persistoM pas dans leur résolution, auquel ils répondifCit que oui.
Au bas du degré , M. le cardinal étant eotit eux deux , le même regardant Monsieur au iisage, fut fort étonné lorsqu'il aperçut Son Al* tesse monter le degré avec une promptitude qp! ne se peut imaginer. Tout ce qu'il put JEidre, o fut de s'attacher à son collet de buffle , et de II dire : « Vous voulez vous perdre. »
Monsieur, sans s'arrêter, fut jusque damJi salle, où cette personne lui représentant les io con véniens d'un changement si soudain, et la fit cilité de l'exécution, il n'en put tirer autredm que des paroles confuses, qui n'aboutissoioB qu'à témoigner qu'il n'avoit pas l'intention ni 1 force de le commander ni de l'entreprendre.
M. le comte étoit deaieuré avec H, le cardl
Bil an m£me. liea , et l'entretenoit avec un vi-
lige égal , et derrière lai étoit un des trois, qui
troit eu la connoissance de la résolution , qui se
f^ioit souvent voir à lui. Les deux autres étoient
dans la cour moins proclies, et peut-être moins
léiés que les choses eussent à se passer ainsi
ffeiles avolent été résolues et concertées à di-
lenes reprises.
Gdui qui avoit suivi Monsieur étant revenu nprès de M. le comte , et s*étant fait remarquer àloi, le cardinal monta dans son carrosse , et , pour dire la vérité, il échappa au plus grand péril qu'il eûtcouni toute sa vie. Il y eut encore quelques propositions faites sur le même sujets (piin*étoient appuyées ni soutenues de la manière goil falloit pour pouvoir réussir. Je ne m*arrôterai point à les particulariser autrement qu*en avertissant ceux qui se mêlent des affaires des prinees, qu'ils doivent borner leurs desseins selon la connoissance du talent des personnes qu'ils Mnrent , et ne les mesurer Jamais à ce qu'ils feraient s'ils étoient à leur place ; car c*est le seul nwyen de n'y pas être trompé (l).
If. le duc d'Orléans et M. le comte , nprès avoir manqué ce qu'ils avoient en leurs mains , voalurent recourir à leur premier expédient de fisnier un parti contre l'autorité du cardinal. Voar eet effet Je (Vis obligé , par les ordres qu'ils nedonnèrent , d'aller en Guienne trouver le duc àt La Valette, dans le même temps que Son AitesK quitta le siège de Gorbie, et laissa M. le comte général de l'armée.
L'instruction que Je reçus d*eux de vive voix (ne m'en ayant point donné par écrit , quelque instance que Je pusse faire) fut de leur apporter fidèlement l'état de la Guienne, et la disposition de M. le duc de La Valette touchant les engagemens qu'il avoit avec eux , et de m'éclairclr au vrii de celle où Je rencontrerois M. le due dlpemon , son père.
Cependant ils me promettolent positivement de ne se point trouver à Paris ensemble que je ^ ftnse de retour, et , quelques avis quMIs pussent recevoir de ne point prendre Palarme, sachant bien qu'ils avoient confié le secret de leurs intentions à gens incapables d'en abuser , et de >e méprendre dans la conduite que leur service ^lenr propre honneur les obligeoient à tenir.
J'entrepris ce voyage , ou plutôt cette négociation , assez contre mes sentimens , étant fort
MEMOIRES na MONTRËSOB. [ifiSO]
mal persuadé que n'ayant pas été capable de venir à bout des choses les plus aisées , celles qui étoient plus dirHeiles, dans lesquelles il se rcncontreroit des embarras infinis, pussent Jamais succéder. Je passai par dessus toutes considérations par une pure obéissance, et fus en Périgord , pour éviter les soupçons qu'un esprit défiant comme celui du cardinal auroit pu prendre.
Après y avoir demeuré quelques Jours avec mon père, qu'il y avoit long-temps que Je n'avois vu, je pris sujet d'aller à Bordeaux rendre cette civilité au duc de La Vallette,quitémoignoit ouvertement de m'honorer de son amitié. Deux heures après y être arrivé , je vis arriver un gentilhomme nommé Le Teillac: dont Je fus surpris, me doutant bien qu'il étoit arrivé quelque accident extraordinaire, qui avoit obligé Son Altesse de le dépêcher vers moi.
La créance qu'il m'exposa fut que Corbie ayant été rendue, que Monsieur et M. le comte se trouvant à Paris ensemble , avoient reçu des avis ( qu'ils disoient être certains ) que le cardinal étoit bien informé de ce qui s'étoit concerté entre eux , qu'ils s'étoient séparés, et que Monsieur étoit à Blois , et M. le comte à Sedan ; que Son Altesse l'avoit envoyé pour m'en porter la nouvelle , et me faire savoir de sa part que je prisse mes mesures avec messieurs d'Epernon, suivant ce qu'il m'avoit ordonné, et incontinent après que J'allasse ie trouver en diligence.
J'écoutai ce qu'il me dit , et m'étant retiré un quart-d'heure pour y songer , afin de ne me méprendre dans la conduite que J'avois à suivre, je fus au logis de M. d'Epernon pour lui faire la révérence, et à M. de La Vallettequi étoit avec lui.
Le premier devoir rendu , Je pris sujet de me promener avec le duc de La Valette , vers lequel je m'acquittai des civilités dont Monsieur m'avoit chargé, pour lui parler ensuite des engagemens dans lesquels il étoit avec lui et M. le comte; qu'il s'agissoit d'observer cette parole donnée , et qu'il eût agréable de me déclarer franchement ce qu'il avoit obtenu de monsieur son père, et de considérer que deux princes de cette qualité s'étoient plus confiés à sa foi qu'à celle de toute autre personne qui fût en France.
La première réponse que J'eus, fut que pour
(i) Getie coqjaration d'Amiens fut connue du cardi- '''i 4e Reu quelque temps après . et il s'informa souvent des conjurés eux-mêmes quelle fut la cause qui la "^^houer. Tous s*en rejetaient mutuellement la faute "^ Qns sur les antres; mais. d*un avis unanime Jls continrent que le comte de Soissons avait été le plus ferme
des conjurés d'Amiens. Les lignes du manuscrit autographe de Retz, qui constataient la fermeté du comte de Soissons , ont été soigneusement eflacécs, et n'avaient pas été publiées ; nous les avons rétablies dans notre édition qui fait partie de la Collection de MM. Michaud et Ponjoulat, tome 1« de la 3« série de ces Mémoires.
MÉUOIBKS DK HÛNTllÉSOn. [iGdG]
ce qui le regardoit en particulier y qu'il donueroit toutes les preuves qui dépendroient de lui pour témoigner avec quelle passion il étoit leur serviteur, qu'il n*avoit pas trouvé M. d'Epernon disposé à s'embarquer dans cette affaire, et qu1l en souffroit un extrême déplaisir.
Ces discours généraux ne me devant pas satisfaire, je crus qu*il ne falloit celer l'état où les choses étoient réduites : ainsi je lui déclarai que Monsieur s'étoit retiré à Blois , et M. le comte à Sedan ; que le cardinal n'ignoroit pas ce qui s'étoit passé, et que la connoissance qu'avoit un homme de l'humeur du cardinal des desseins pris contre son autorité, et qui alloient à sa ruine, ne le mettoit plus en pouvoir de temporiser ; que, pour l'intérêt de sa conservation , et pour ne point blesser sa parole engagée vers deux princes qui se chargeoient des malheurs qui arriverolent en leurs personnes , ou du moins en leurs affaires, ii n'y avoit plus à marchander; qu'il falloit recevoir Monsieur dans son gouvernement, et que M. d'Epernop fût dans ses sentimens.
Ce discours, plus pressant qu'il ne l'avoit attendu , tira plus de larmes de lui et moins de résolution que je n'en avois désiré, et je le connus au travers de son visage abattu, et à beaucoup de paroles inutiles. Sur ce que j'insistai qu'il parlât de nouveau à monsieur son père, et qu'avant que de sortir j'aurois cet honneur de l'entretenir, il témoigna qu'il craignoit fort Tun et vouloit éviter l'autre.
Je le fus trouver au château du Hâ où il étoit logé , où il s'excusa fort encore, sans me rendre plus éclairci de ce que j'avois à espérer de ma négociation , que je l'étois avant cette grande conférence. Je me mis pourtant dans son carosse , fort résolu de voir M. d'Epernon , quelque appréhension qu'il me parût qu'il me voulût faire concevoir que peut-être n'y aurois-je pas une entière sûreté.
A dix heures du soir^ il me lit entrer dans sa chambre , où je le trouvai au lit. Je m'en approchai avec grand respect , qui lui plaisoit autant qu'à personne que j'aie jamais connue, et lui dis que je ne doutois point que M. de La Valette ne lui eût rendu compte des discours que je lui avois tenus dans l'occasion la plus considérable qui pouvolt arriver en France^ par la qualité de ceux de la part desquels j'avois à lui parler ; qu'il pouvoit mieux juger, par la longue expérience qu'il avoit des choses du monde, et de celle qu'il avoit en particulier, quel étoit le cardinal, de ce qu'il y avoit à faire dans la conjoncture présente. Je lui redis toutes les circonstances que j'ai ici devant déduites, sur lesquelles il m'interrompit j
et m'allégua beaucoup]d*exemples des diflicultéi et des embarras qui se rencontrent dans les es* treprises de cette nature; qu'il étoit vieil, el que le cardinal de La Valette avoit Metz, (pi nedépendoit plus de lui, parce qu'il s'étoit lié d'intérêt inséparablement avec le cardinal dt Richelieu ; qu'au reste il étoit serviteur du Bof, et qu'il s'étonnoit fort de la commission qse j'avois prise ; qu'il dépendoit de lui 4e m'arré* ter, et que ma vie étoit entre ses mains.
Je continuai dans le même respect que J« M avois déjà rendu , et lui dis que les fautes {Misées qui avoient causé les malheurs de Mondeiir n'étoient plus à craindre , puisqu'il aurolt II conduite de la personne de Son Altsese et dei affaires dont il s'agissoit ; qu'il ne vouloit se confier qu'à lui seul, et déférer entièrement à ses conseils.
Que cette même vertu et fermeté de courage qui avoient éclaté dans toutes ses actions, ne pouvoient souffrir des offres que je lui faisoit de la part de Monsieur, et que la réputatioi qu'il avoit acquise au-dessus de tous les hommn de son siècle seroit encore relevée par cette action. ^ • *
Il me dit une seconde fois que j'étols ikt ^ zélé , et que j'avois entrepris une commiisiM ■ fort délicate ; que je devrois profiter de l'eiem- ^. pie de feu Ghalais.
Sans m'arrêter à ce discours , je lui représentai ce qu'il devoit à la mémoire des deux derniers Rois, et particulièrement de Henri IV ; que . le salut de deux princes de son sang , dont l'on, qui étoit présomptif héritier de la couronne, se jetoit entre ses bras , dépendoit de lui , et qolls ne pouvoient avoir un secours plus puissant que celui d'un grand homme comme lui pour n'^ pas opprimés par la tyrannie du cardinal de Richelieu ; que la raison l'y obligeoit. Ce que Je . demandois de sa part étoit sans conditions ai réserve , que celles qu'il lui plairoit d'imposer; qu'il savoit jusques où s'étendoient les perséea- . tions d'un ministre si violent , puisque sa pn* dence , ses soins et ses importans services ne l'en avoient pu exempter ; que ce n'étoit pinsk Roi qui agissoit , c'étoit lui qui s'étoit empifé de l'autorité royale ; et que je le conjurois dese rendre à de si justes considérations.
Il laissa une partie de mon discours , et irte dit que pour ce qui regardoit sa maison , si son 11 Is de La Valette avoit fait une folie , qu'il s'en démêleroit à sa mode ; qu'il n'en seroit ni pln^ ni moins pour ce qui le regardoit , mais que je ne lui en parlasse davantage , et retomba pour la troisième fois sur l'exemple de Ghalais. Vovant cette conclusion donnée à ce que Soi»
MBMOIUBS 1>K MONTRÉSOn. [l6a<il
lOavoU désirer de son assistance y je lui que j*avois bon garant de mes actions i yie , que je tcnois fort assurée entre is; mais qu*ii étoit important qu*il sût \ de M. de La Valette couroit ie même et que je savois parler et me taire , see temps et les occasions m*y obligeoient ; lisois le devoir d'un fidèle serviteur, et le m'éloignois pas de celui d*un sujet »t qui avoit un principal ministre qui ie sa conflance, et se servoit de son au • lor opprimer Monsieur, son frère , et un le son sang.
entières paroles ne s'étant pu dire sans ^ il me témoigna faire quelque estime et me dit qu'il iouoit mon zèle , et je ne retenir de lui faire paroitre que je sou- I en faire autant du sien.
illégua le vieil d'Elbène et 1 abbé d*Arqui étoient allés vers lui autrefois de In Monsieur; qu'il ne s'étoit point obligé garder le secret ; qu'il s'y engageoit à tout ce que je lui avois dit, et ajouta, CD particulier, toutes les civilités pos- !t au-delà de ce que j'en de vois attendre, retien dura plus de deux heures, penpiei M. de La Valette ne laissa pas r trois paroles , étant dans une consterui ne se peut exprimer, sortîmes ensemble de la chambre de ir son père. Il avoit le visage couvert de et moi un déplaisir mortel dans le cœur, négociation eût si mal succédé. De sa me disoit qu'il voudroit être mort , et demandoit plus qu'a sortir de France , r revenir jamais; et que s'il croyoit pouirir Monsieur de sa personne, qu'il parée moi pour se rendre auprès de lui. Je oir et distinctement connoitre que Son et M. le comte s*étoient engagés à ce *avoient commandé de lui dire sur sa qu'il jugeât l'état auquel il les avoit mis, la réputation n'étoit pas moins exposée rs personnes; que ce n'étoient pas des I de douleur qu'il leur devoit donner, s services effectifs; que je surprendrois DSieur de lui rapporter une si mauvaise , à laquelle il ne se seroit jamais at- 0t quant à la proposition qu'il m'avoit le venir trouver, je n'en avois reçu aure ; que je tiendrois à beaucoup d'hont Mre ce voyage avec lui, duquel la ré- I dépendoit ; et que je le suppliois , noniot pour le service de Monsieur, mais sien propre, de bien penser à répamal qu'il avoit causé, et d*agir sur ce
fondement auprès de M. le due d'Kpernon.
Le lendemain je partis de Bordeaux , et pour que Son Altesse fût avertie avec plus de certitude (car je pouvois être arrêté par les chemins }, Le Teillac prit la route du LImosin, et je m'en allai par le Poitou. J'eusse été à Blaye ( ce que je pouvois en fort peu de temps ) si , par un conseil précipité , Monsieur n'y eût envoyé Gramont, qui étoit son domestique, et qui ne s'en acquitta pas heureusement, comme je le dirai ailleurs.
Pour reprendre les choses dans leur origine , bien que M. ie duc d*Orléans et M. le comte de Soissons m'eussent assuré de ne se point trouver à Paris ensemble, pour leur commune sûreté, et de ne point prendre l'alarme des bruits qui pourroient courir, et sur les avis qui leurseroient donnés, ils ne s*arrêtèrent pas à cette parole, que je n'avois tii*ée d*eux que pour l'intérêt de leur service.
Le cardinal, auquel ils avoient affaire, homme fertile à se prévaloir de toutes les inventions qu'un esprit ingénieux et rempli de malice étoit capable de s'imaginer, par gens interposés et par des billets qu'il fit écrire, les voulut mettre en défiance , pour les obliger a quitter la cour, afin d'en demeurer le maître , et réveiller Tesprit du Roi contre eux, usa de cet artifice, qu'ils prirent pour un véritable avis, et partirent dès la même heure; et contre ceux que j*avois pris la liberté de donner plusieurs fois à M. le comte de ne se point séparer de Monsieur, ils se (dirent adieu et ne se revirent jamais depuis.
Bardouville étoit destiné pour être auprès de Son Altesse de la part de M. le comte : ce qu'il excusa par des motifs de prudence que je ne saurois estimer en semblables occasions , dans lesquelles ceux qui se trouvent engagés doivent servir selon leur talent , et se mettre au-dessus de la crainte.
Le comte de Fiesque , qui avoit les meilleures intentions qu'il étoit possible, mais beaucoup moins propre à cet emploi que Bardouville (l'expérience ne lui ayant pas acquis les mêmes connoissances, et lui n'étant pas aussi égal en capacité), fut choisi en sa place pour être auprès de Monsieur en attendant que j'y fusse arrivé, avec ordre , lorsque je serois de retour, d'y demeurer, ou d'aller retrouver M. le comte, suivant que je l'estimerois être à propos.
Il proposa le petit Gramont pour l'envoyer à Blaye vers La Hoguette , qui étoit sergentmajor dans la place, chargé d'une lettre de créance de lui , comte de Fiesque , qui avoit une très-médiocre habitude avec La Hoguctte,
UÉH01RF.S DE MONTRÉSOO. [1037]
homme d*esprit, résolu et pea susceptible d*étre persuadé ( s*il le pouvoit être), que sous bon gage , et par des personnes qu*il connût de long-temps, auxquelles il y eût lieu de prendre entière confiance.
Gramont se laissa incontinent intimider par lui , et s*en revint trouver Monsieur, comme un homme fort nouveau en de semblables emplois, qui ne doivent être commis qu'à des naturels plus fermes , et à des personnes de plus d'étendue d'esprit et de plus de mérite que de ses pareils.
[1637] Lorsque J'arrivai à Blois, Je trouvai Son Altesse dans de grandes inquiétudes, et les siens dans un étonnenient tel , que Je puis dire que Je ne les reconnoissois plus. Je rendis compte à Monsieur de ce qui s'étoit passé entre M. d'Epernon et mol , aussi exact que Je le viens d'écrire , et le suppliai de ne se point laisser abattre aux divers malheurs qu'il pouvoit prévoir, ceux de sa qualité s'en relevant toujours , pourvu qu'ils voulussent prendre de bonnes résolutions ; qu'il y avoit trois partis , dont il feroit, s'il lui plaisoit, le choix sans user de retardement , le temps lui étant cher , pour ne pas laisser pénétrer le mauvais état de ses affaires ; que dans la Guieuue la noblesse étoit très-mal satisfaite du ministère de M. le cardinal ; que les peuples murmuraient des impositions nouvelles qu'on mettoit sur eux , et que , tombant sur les bras de messieurs les ducs d'Epernou et de La Valette, il y avoit grande apparence qu'il contralndroit le dernier, qui étoit engagé de parole avec lui , de se déclarer par nécessité , ce qu'il ne feroit Jamais autrement ; que l'autre voie qu'il avoit à tenir étoit de se retirer à Sedan avec M. le comte , mais avant que les passages des rivières fussent gardés , et quil seroit en état d'attendre en sûreté une révolution favorable à laquelle il pourroit contribuer beaucoup ; que si l'une de ces deux ouvertures ne lui étoit pas agréable , il n'y avoit plus qu'à traiter, et que , dans la créance où étoit le cardinal qu'il eût de grandes intelligences dans le royaume, il falloit se hâter pour y rencontrer, dans le profond secret qui avoit été observé , les avantages de M. le comte et les siens.
Cependant Monsieur , agité de ce qu'il avoit à choisir ou à laisser , ne se déterminoit à rien, et le temps, qui ruinoit ses affaires, s'écouloit insensiblement.
L'on fit savoir à M. le comte les réponses de M. d'Epemon , qui fut animé contre le duc de La Valette autant que Ton puisse Jamais l'être , de n'avoir pas trouvé en lui ce qu'il avoit attendu.
Cependant diverses cal)ales se for; la maison de Son Altesse ; et comn soit que Monsieur prenoit plus de c moi qu'en aucun autre des siens , M de me rendre de mauvais offices dam et de me susciter des querelles.
Le comte de Brioti , d'un nature laissa prévenir, quoique nous fuss fort proches et que nous eussions U vécu ensemble. Ils l'avoient disposé 1er avec moi , sachant bien que tels d démêlcroient entre nous par un oom
En ayant été averti , Je le tirai à fis connoître que J'étois très-bien ini qui lui avoit été dit sur mon sujet ; parlois franchement ; que Je savois , gue habitude que nous avions eue qu'il étoit homme à ne craindre p qu'il me connoissoit assez pour avoir nion de moi ; que si Monsieur lui c secrets, J'en serais ravi; mais que qu'il ne devoit rien trouver à redire le même honneur; qu'au reste il lui teux de se laisser surprendre aux s venoient des personnes qui avoiei trompé leur mattre, et de se désunii parent et son ami , qui ne lui avoitja sujet de plainte. Il m'avoua ce qui • me fit toutes les civilités que Je devc d'un homme de sa naissance ; et du < vécûmes dans une étroite amitié.
Bautru fut le premier qui vint à '.
part du Roi , et par ordre du carc pressentir si Son Altesse se voudrait accommodement. L'on se servit di qu'il étoit agréable à Monsieur , et ( plus de facilité qu'un autre à lui qu'on désirait qu'il fit. Monsieur né s'ouvrit point à lui , quelque adresse s'aviser.
Je me rencontrai un Jour en lieu lui sembloit, de m'ent retenir de l'éta lors les affaires ; et comme Je vis qi choit à me dire que ceux qui avoie auprès de Son Altesse dévoient prend de douceur dans lesquelles il étoit i qu'ils fussent considérés pour y ti compte, de peur qu'il ne me fit quel< sition impertinente qui m'eût engag Je ne voulois pas faire ^ Je changeai d ce qu'il aperçut incontinent.
Clmvigny suivit Bautru, et, par la chancelier qu'il avoit dans la maisoi sieur , qui lui donnoit grand accès et mi les siens , agissoit avec plus de d'autorité.
MBMOIBBS DE MONTBÉSOB. [1637]
Le comte de Guiche , depuis maréchal de Gramont, arriva avec lui, et fit une action qui le devoit perdre; néanmoins elle le mit en plus irande considération auprès du cardinal. Un mr que Son Altesse soupoit avec dix ou douze personnes à sa table , le comte de Guiche s'eniîrajQsqn'à un tel excès , qu'il lui dit pnblique- Mot qu'on lui avoit proposé d*étre son premier gentilhomme de sa chambre ; qu'il n*avoit eu prde de Tacccpter , parce quMl ne vouloit point jouer le personnage d*un trompeur et d'un traître, comme faisoient d*autres domestiques qu*il «Huna par leurs noms , et ajouta qu*il étoit iMNome de qualité; qu*il vouloit agir par les bonsei voies; que ce n*étoit pas qu'il ne fût serviteirdu cardinal de Richelieu contre lui et toute la famille royale.
Ces dernières paroles plurent au cardinal, qui Ta aima beaucoup plus, quoiqu^lles fussent Ates très-mal à propos, et dignes d'être con-
(1) Campion flt connottre au comte de Soissons ce qui i^^ ptsfé dam cette occasion . dans une lettre écrite àCondé le 23 décembre 1636, que nous croyons devoir iMérerici:
t Ne pouvant vous aller rendre compte, à Sedan, du Ml de non voyage , pour les raisons que vous verrez ÉH oia lettre y j>ssayeray de m'en acquitter par écrit , Atoqs diray, Âlonseigneur, qu'eu huit nuits Je suis arrivé de Sedan à Bioîs . nonok>stant la rigueur du temps. •'(stant^aré plusieurs fois à cause des glaces et des Miget. quoyqoeje prisse des guides à chaque village, où Jtdemeuroia le Jour cnfenné , ayant évité les villes et ici graads chemins pour ne pas tomber dans les embuscidei que M. le cardinal a fait dresser de toutes parts ptir iirprendre les gens de Monsieur ou les vostrcs , i^Mant pas en doute qu'il n'y en ait souvent sur les àtuàu pour conserver le commerce entre vous deux. Aaon arrivée , m'estant mis dans une hostellcric éloipie do chasteau, j'écrivis à M. le comte de Fiesques PMr le prier de venir m'y trouver : ce qu'il Ot aussitost, Am dit que Monsieur estoit toujours dans les meilleures 'ipariUoiis do monde pour vous ; que comme il estoit ^ VHlre part auprès de lui . Il taschoit inutilement à le Mter dans le dessein de pousser monsieur le cardinal. Ttyait coûte la disposition possible; et que J'estois ar- ■Hifortà propos, M. Du Gué, un des gentilshommes ^laebambrc. venant d'arriver de Guyenne , où il Va- **it envoyé vers M. de La Talette , et pour parler à ^' 4*Espen]on par son moyen. Je ie priai de me faire **lrll. de Montrésor. afin que nous pariassions d*af- ^^ et que nous pussions résoudre des moyens de voir Votrieur la nuit. Il me dit que H. de Montrésor estoit ^aftnné avec M. Du Gué. qui estoit fort de ses amis , et 4ae 4 tott qoMls auroient vcu Monsieur tous deux , il "^taièiieroit le premier, qui agissoit très-sincèrement f^ le bien commun. Je lui témoignai la reconnois- ***« que TOUS aviei de l'afTection qu'il avoit pour vous, ^ lai dis ce que Je crus plus propre à le fortifier dans ses
^'^^n Intentions Deux heures après qu'il m'eut
'^^, M. de Montrésor entra, et me témoigna une ex-
ircmiejoie d'apprendre de vos nouvelles ; il me dit
V^^l en estoit arrivé de mauvaises de Guyenne; que m. c. D. M., T. m.
damnées de tous ceux qui font profession d'avoir ûes sentimens conformes à leur devoir.
Pour que M. le comte fàt informé de tout ce qui se passoit de la part du Roi vers Monsieur , Lisières , gentilhomme ordinaire de sa maison , le fut trouver , et Le Teillnc peu de Jours après.
M. le comte envoya aussi Campion à Blois pour supplier Son Altesse de pourvoir à sa sûreté, et delà trouver privativement à toute autre chose; que, pour cet effet, s'il vouloit aller à Sedan il Vy rencontrerolt tout entière , et qu'ils cherchcroient conjointement les moyens de résister à leur ennemi commun. Monsieur ne s'éloigna pas de cette proposition , et dit à Campion qu'il en remettoit l'exécution en temps et lieu , qui repartit aussitôt pour rendre compte de ce qu'il avoit vu et appris de moi en particulier, auquel il avoit ordre de s'adresser, et de parler à Son Altesse dans les termes que je le jugerois à propos (1).
M. Du Gué luy avoit rapporté qu'il avoit trouvé M. de La Valette très-fâché du peu de disposition que monsieur son père avoit d'entrer en aOTaircs , et qu'assurément il ne croyoit point nu*il fust possible de le résoudre; qu'il lui en avoit parié plusieurs fois inutilement, et que tout ce qu*il pouvoit faire estoit d'aller servir de sa personne avec ses amis auprès de Monsieur ou de M. le comte; qu'ensuite M. Du Gué avoit veu M. d'Espernon par son moyen . et qu'il avoit fait tout son possible pour lui persuader de recevoir Monsieur dans son gouvernement ; mais qu'il n'y avoit voulu entendre en aucune manière ; enfin qu'il estoit revenu avec les premières paroles que lui avoit dites M. de La Valette. Ce
récit dura long-temps J'en eus le déplaisir que vous
pouvez Juger ; mais je fis dessein, dès l'heure mesme. de n'en point tesmoigner d'élonnement à Monsieur, et de prendre les affaires d'un autre biais. M. de Montrésor me dit que Monsieur donneroit le bonsoir dès minuit, et qu'il me vcrroit le reste de la nuit : ce qui me donna tout le temps néces.saire pour me préparer à ce que je lui dlrois , les affaires ayant changé de face depuis les ordres que vous m'aviez donnés. Monsieur me reçut avec toutes les démonstrations de Joie imaginables , et me demanda plusieurs fois de vos nouvelles avec empressement : il me fit le récit , avec déplaisir, do la nouvelle de Guyenne, et il pesta contre M. de La Valette , me disant que ce n'étoit pas là ce qu'il avoit promis à tous deux a Compiègne. Je lui laissai tout dire; après quoy je repartis que vos projets estoient troublés par ce changement, mais que Dieu l'avoit peut-estre permis pour mieux, afin que vous fussiez nécessités d'estre ensemble; que s'il eust esté en Guyenne , le commerce estant iro- |)ossible entre vous , les affaires n*en eussent pas esté si bien : au lieu que s'il avoit agréable de venir à Sedan , il y scroit le maistre ; que vous lui obéiriez avec le mesme zèle et la mesme humilité que vous aviez fait en Picardie; et qu'ayant une place de retraite de cette Importance-là, à cinquante lieues de Paris, d'où vous ne pouviez estre chassé , vous auriez le temps tous deux de ménager vos intelligences dans le royaume , et que tout
le monde pourroit vous venir Joindre seurement
Ayant encore adjouté plusieurs raisons sur le mesme
sujet , il fit quelques diflicultés ; sur quoy prenant
MÉMOIRBS DE MONTUÉSOR. [l637j
M. de Vendôme envoya aussi un gentilhomme à Monsieur, qui demeura dans mon logis, caché, par lequel il lui offroit tout ce qui dépendoit de lui. M. de Beauforl y vint secrètement, et représenta les inconvcniens d'être davantage à Blois ; qu'il ne voyoit pas que Monsieur y pût faire séjour avec sûreté ni réputation , et témoigna que si Son Altesse en vouloit sortir, il seroit aisé de le conduire partout ailleurs où il lui plairoit d'aller.
Les partisans du cardinal et les allées et venues de Chavigny décréditoient le parti , et à moins que de se résoudre à s'éloigner pour rompre le cours de ces négociations, et des pratiques sourdes qui se faisoicnt dans la maison de Monsieur, il seroit obligé à faire un traité pour lui seul , peu honorable à sa réputation , duquel les conditions seroient fort désavantageuses à ses intérêts.
Du Gué, chambellan de Son Altesse, et Le Teillac furent dépéchés vers le duc de La Valette, avea une lettre de créance, pour lui demander reffet de sa parole , et à toute extrémité lui dire , s'il refusoit de le servir de son crédit , qu'au moins ne devoit-il pas dénier de le venir trouver pour le servir de sa personne ; que Monsieur les avoit chargés de lui faire ainsi entendre qu'après desengagemens pareils à ceux qu'il avoit avec lui, il ne s'imaginoit pas qu'il iïït capable d'y manquer.
Ils le trouvèrent à GastelJaloux , et Du Gué eut beaucoup de peine à le voir : toutefois il en vint à bout par le moyen d'un gentilhomme qui
toujours la parole vlgoareusemenl . et estant assisté de MM. les comtes de Montrésor et de Fiesques, quMl avoit fait approcher, il me dit : a Hais vous me parlez de Sedan sans ordre de mon cousin , qui ne pouvoil deviner ce qui est arrivé de M. de La Valette. » Sur quoy je lui dis aussitôt que vous m*aviez dit qu'en cas qu'il n'aliast point en Guyenne, vous lui offriez Sedan, ou M. de Bouillon vous avoit fait le maistre. Cela acheva de le résoudre; en sorte qu'il me promit ce que je voulus, et nous en demcurasmes quejem'asseureroisd'un passage sur ia rivière de Marne, et d'un autre sur celle d* Aisne, et de dix bons chevaux sur chacune des deux rivières. Je lui facilitai tous les moyens, lui dis que j'étois asseuré des passages, et que je ferais venir des chevaux à Condé pour la Marne, et chez un de vos domestiques sur l'Aisne r et que mcsme . au lieu de m'en retourner à Sedan . Je vous dépescherois un homme , et que Je ne sortirois point de Condé , où je Tattendrois de pied ferme ; et que vous Ite viendriez recevoir avec cent gentilshommes à la rivière d'Aisne. Il me dit que pour celle de Seine ÏT estoit asseuré d'un passage , et me donna le
iMnsoir ToIIà, Monseigneur, l'estatde toutes choses
et la raison pourquoi Je n'ai pas été vous trouver , etc. »
( Lettres de Campion, page 41. }
Le 28 décembre, Campion fit part au comte de Solssons des Inquiétudes que l'arrivée de l'abbé de La Biviére lui
étoit à lui, nommé Saint-Quentin, auq l'avois adressé , pour l'avoir reconnu foi posé à servir dans les occasions où il s'a; de la réputation de son maître , que Di pressa fort , lui remontrant tout ce qu'un h d'esprit lui pouvoit représenter ; et pour réj M. de La Valette dénia de servir Son Altc son crédit ni de sa personne. Il lui dit aas Le Teillac avoit charge de M. le comte faire les mêmes instances qu'il recevoit ( bouche de la part de Monsieur, suivant li rôles positives qu'il lui avoit données, pu ne vouloit point donner lieu à Teillac de faire entendre. Toutes ces inductions se sans qu*il le pût émouvoir à changer d louté.
Le duc de La Rochefoucauld rejeta la ( sition de Du Gué de servir Son Altesse étoit allé exprès trouver; et quoiqu'il fA maltraité de la cour (pour dire le vrai , par foi blesse que par principe d*honneo évita de s'engager dans un parti qui eût él lisant pour détruire la tyi*annie du cardii ceux qui a voient obligation à Monsieur, ci fert des peines qui ne dévoient pas être oui eussent été capables de ressentiment.
Chavigny, profitant de toutes les longue remises qui étoient apportées , intimidoit sieur dans toutes les conversations qu'il avec lui , qui étoient fort fréquentes. Goi les autres gens gagnés en faisoient autai plusieurs intimidés se laissoient prévenii pinions contraires aux avantages de leur n
faisoit éprouver. Cet homme sortolt dé la Bastille pouvoit craindre qu*il n'eût fait ses condiUons a^ chelieu. En effet, Campion écrivit, le 3 Janvle que M. de Yerderonne étoit venu le trouver de de Monsieur, et lui avoit dit « qu'il avoit un cxtii plaisir d'avoir appris que M. Du Ilallicr étoit ai troupes sur la rivière de Seine |)our en garder lei gcs. et que mesme il avoit pris quelques-uns de qu'il y avoit envoyés. 11 faut demeurer d'accord seigneur, ajoute Campion . que cet accident est 1 et qu'il trouble bien vos projets ; et mcsme d*aBli nous sommes incertains si ce retardement est ca les raisons que l'on nous dit, ou si le» émissaires d cardinal n'ont point gagné quelque chose sur To
Monsieur particulièrement M. de La RIvièr
qui vous doit pourtant assurer, outre les soins d comte de Fiesques , c'est que M. de Montrésor \ suadé que c'est l'intérest de son maistre ; et q beaucoup d'affection pour lui, et estant tout homme d'honneur, il n'oubliera rien pour le coi dans cette pensée ; Joint^que, si l'affaire réussit. Il première place auprès de lui ; au lieu que. si M étoit contraint de s'accommoder, le premier art traité seroit son exclusion dea affaires, et l'établis ou de M. de La Rivière, ou de quelque autre agr la cour. »
(/6fd.. page47.} (A.1
MRMOIBES DE MONTHÉSOB. [lG37
De mon côté, je soutenois un pesant fardeau ivec ee qui restoit de personnes d'honneur , dont les passions n*étoient point corrompues ptr la peur ou par l'intérêt.
Dans ces entrefaites , Beauregard arriva de la part de M. le comte pour savoir une dernière résolution , et Gbavigny s'en retourna à la cour , après avoir usé d'une adresse à laqselle Monsieur se laissa surprendre. Dans un entretien fort partieulier, il supplia Son Altesse de loi dire au vrai le sujet de la mauvaise sa- Uafiction qu'il pouvolt avoir, et ce qu'il désirait Monsieur se plaignit de la manière que Tooprocédoit touchant sou mariage, et y ajouta (p& , pour sa sâreté , il méritoit bien qu on lui donnât une bonne place.
Chavigny , le lendemain, dressa un écrit au noiD de Son Altesse, par lequel il exposoit qu'elle deraeureroit entièrement satisfaite et obligée À la bonté du Roi, s'il plaisoit à Sa Majesté de donner son consentement à son mariage, et lai accorder une place de sûreté. L'ayant présenté à Monsieur, qui ne prévit pas qUe e'étoit une surprise , et qu'il falloit stipuler les eooditions de M. le comte conjointement avec les siennes, leur union ne devant , pour quelqie eondition ^e l'on pût alléguer , être rompue ni altérée , fit appeler Goulas , secrétaire de ses oommandemens, qui étoit d'intelligence avec Gbavigny , auquel il fit copier cet écrit , qn'il sfgna, et lui fit contresigner.
Il portoit aussi créan(!e au Roi de ce que €bavlgDyJuî diroit, qui partit incontinent pour «lier trouver Sa Majesté et le cardinal : et moi lyaat eu lumière de ce qui s'étoit passé, je Rressai fort Monsieur, jusqu'au point que je ''engageai à me déclarer ce qui en étoit. Il en '^llra une copie de Goulas, qui avoit fait glisser 011 au lieu de ce mot ei d'une place de sû- '^^ qui étoit mettre son mariage dans une ^ternative. Je le fis comprendre à Monsieur , ^ m'étendis fort sur ce qui regardoit l'intérêt 4e M. le comte, et l'obligeai de m'a vouer qu'il ^Toit été trompé. J'insistai long-temps que l'unique moyen de sortir avec honneur, e'étoit de ^jeter la faute sur Goulas, comme il étoit Constant qu'il y avoit contribué tout ce qui dépeodoit de lui ; et qu'en le chassant , il étoit à couvert de tout ce qu'on pouvoit dire sur ce ^jot. Ce n'étoit pas son intention qu'il me dé- &^t , me disant lors qu'il croyoit qu'il fal- ^1 aller à Sedan f que e'étoit la seule ressource Vd lui restoit , et qu'il y étoit entièrement '^olu ; que pour cet effet il donneroit ordre ^ baron de Ciré et au vicomte d'Autel de se ^^àre auprès de M. le comte ; qu'il vouloit
que l'on fît visiter les passages, et que les relais fussent mis sur les chemins.
D'Ormoy et Le Teillac, gentilshommes d'honneur et fidèles , et assurés à exécuter les choses qui leur étoient commises, firent ce qu'ils dévoient , et vinrent rendre compte à Son Altesse.
Cependant la cabale contraire proposa un envoyé à la cour , et Chaudebonne fut choisi , contre mon sentiment. Goulas dressa une instruction en assez beaux termes pour servir de panégyrique au cardinal , dans laquelle il faisolt parler Monsieur avec peu de décenee pour une personne de sa qualité, et ne demandoit rien d'essentiel pour ses intérêts , ni pour ceux de M. le comte.
Je ne saurois assez admirer la finesse dont Son Altesse usa contre elle-même, pour la faire passer sans qu'elle fût contestée.
11 s'adressa au comte de Fiesque , et lui dit en grande confiance que le soir il ferolt appeler dans son cabinet lui, le comte de Rrion, Ouailly, son capitaine des gardes , et moi ; qu'il y ferolt venir aussi Goulas, qui porteroit une instruction qui devoit être donnée à Chaudebonne , qui partiroit le lendemain pour aller à la cour ; et qu'étant résolu , comme il savolt , d'aller à Sedan, qu'il témoigneroit de l'approuver; et que je ne la contestasse point , ni lui aussi , parce que ce consentement rendroit Goulas et ceux de sa cabale plus prompts à croire qu'il n'y auroit plus d'obstacle à son accommodement*
Le comte de Fiesque se paya de cette confiance avec la franchise d'un homme de bien ^ et me chercha pour m'en avertir.
Après l'avoir bien écouté , et \h la dialeur avec laquelle il m'en parloit , je lui demandai ce qu'il feroit en cette occasion : il me répondit qu'il suivroit les ordres que Monsieur lui avoit donnés; et qu'il n'avoit jamais cru qu'il dût partir , mais qu'à présent il en étoit persuadé. Je lui dis que pour moi je l'étois si peu , que je les contesterois de tout mon pouvoir, pour ce que Monsieur ayant déterminé de s'en aller, et Goulas l'emportant par dessus nous , ne mettroit plus en doute que son crédit ne prévalût au nôtre , et que le traité ne se conclût ; que je ne vonlois point m'attirer le reproche d'être tombé d'accord d'une chose honteuse pour Monsieur , qui le seroit pour moi d'y avoir donné mes suffrages si préjudiciables aux intérêts de M. le comte , vers lequel je ne m'en pourrois justifier.
Chacun demeura dans son opinion. Son Altesse ayant fait ce qu'elle avoit dit au comte de
MÉMOIBES DB MONTBBSOR. [1637]
Fiesque, dous entrâmes avec elle dans son cabinet.
Goulas mit Tinstniction sur la table , et en fit la lecture. Chacun l'ayant entendue fort paisiblement, Son Altesse nous fit l'honneur de nous demander ce qui nous en sembloit. Je me remis à laisser opiner ces messieurs , que Son Altesse indubitablement avoit prévenus. Sur ce qu'ils observoient trop de silence , il se tourna de mon côté, et m'ordonna de dire quelle étoit mon opinion. Je dis que puisqu'il me le commandoit , la fidélité que Je devols à son service m'empéchoit de lui celer ce que Je pensois de cette instruction, que Je n'estimois ni bien conçue ni bien écrite.
Goulas, se sentant piqué, me repartit ce que c'étoit que j'y trouvois à redire ; Je loi répondis avec assez de froideur que Je le ferois remarquer à Monsieur lorsqu'il me le commanderoit.
Monsieur l'ayant ainsi trouvé bon, Je la pris, et lui fis voir dans la première page combien il lui étoit important qu'elle fût supprimée. Il en raya sept ou huit lignes de sa main.
Goules offensé me prit à partie , et s*échauffant trop en la présence de son maître , m'obligea à lui dire que Je n'étois pas homme ni pour tromper Monsieur , ni |)our souffrir qu*il fût
trompé.
Il fût outré des termes desquels Je m'étois servi, et, ne gardant plus de mesure, il me nécessita , pour dernière réponse , à lui faire sentir qu'il n'eût point à se méconnoltre ; que nous devions tant de respect à Son Altesse , qu'il ne falloit Jamais le perdre ; et qu'il rappelât sa mémoire , et se souvint du petit écrit qu'il y avoit si peu qui avoit été fait dans ce lieu même où nous étions , et que l'équivoque de et et de au me sembloit de conséquence.
Il ne lui en fallut pas dire davantage pour le rendre muet , avec une confusion à faire
pitié.
Je ne m'étois point ému , et Son Altesse continuant à m'interroger , ces messieurs n'ayant pas ouvert la bouche sur ce que Monsieur leur avoit fait oonnoitre , Je repris le discours que J'avois commencé , et y ijoutai que cette pièce curieuse , qui n'avoit pas été faite en un moment, Je ne demandois qu'une demi-heure pour remarquer dans les marges ce que je devois y blâmer ; mais Je pensois que, pour le plus court et le plus utile , il seroit plus à propos de la Jeter au feu , et d'en faire une autre , dans laquelle Monsieur eût un style plus conforme à la dignité de sa personne , et qui expliquât autrement ses intérêts.
La conférence fut faite ainsi , et Chaude-
bonne partit le lendemain avec cetl tion , ou telle autre qu'on lui voulu qui ne me fut pas communiquée.
Son Altesse s'en alla à la chambr las , qui lui fit de grandes plaintes ; tour il dit au comte de Fiesque que bien entendu , et que Jamais gens m persuadés qu'ils étoient qu'il vouloit accomnoodement , et que cette oppo j'avois faite avoit admirablement suc
La Rivière sortit de prison , sous I qu'il donna à M. le cardinal de se Goulas, et d'être sa créature dans la Monsieur, qui feignit quelques Jours goutte , pour avoir une excuse de ne tir de Blois.
Enfin il fallut dépêcher Beauregan nous mieux Jouer , un garde fut en assurer M. le comte que Son Altes Sedan. Verderonne y alla aussi , et Rhodes , qui s'étoit rais en chemin , 1
Comme le jour que Beauregard s' aller fut pris. Son Altesse voulut V et lui dire de sa propre bouche qu'i pour Sedan le samedi suivant , sans tarderaent.
J'en avertis Beauregard , et lui coi demander un écrit , et qu'il fit l)onne qu'il me laissât le soin d'achever le r menai le soir au château de Blois dan bre de Maulevrier, avec lequel je vive dernière amitié , où je fis trouver de du papier , afin que toute excuse fût Altesse y étant venue, il ordonna à B de porter cette parole à M. le comte; regard y fit très-bien son devoir , et que la chose étoit de telle conséquenc supplioit très-humblement de la vool par écrit.
Monsieur, un peu surpris , lui fit bc difficulté sur ce qu'il pouvoit être an tourna vers moi pour être fortifié dana nion. Lorsj'enquis Beauregard si o arrivoit, comment il s'en pourrott d me répondit qu'il ne falloit qu'un bil lignes , qu'il seroit fort aisé de cachei le prenoit sur sa vie et sur son honn avoit trop d'intérêt à conserver pour i sarder mal à propos. Me tournant vei tesse , Je lui dis que , quelque répugnai eusse , je croyois qu'il falloit se rendr disoit un homme comme étoit Beaiirc quel on pouvoit tout confier.
Le billet fut écrit de la main de Bft remis entre les siennes : ce qui me tm ment pour me mettre à couvert aai»è
MÉMOIRES DB MONTBKSOB. [lG37]
eomte des opinions qu*il auroit pu prendre que feosseaatrement agi qo*avec la dernière sincérité, si je ne me fusse avisé de cette précaution, foi ne devoit point être négligée pour t*éclairdMement d'une vérité qui m'étoit d*extréme coniéqaeoee.
Les hommes, de quelque qualité qu'ils puisant être, que la nature n'a pas destinés à se mêler d'affaires importantes , et dont la ix>une ou manvaise conduite règle quasi toujours les évé- ■enenSf sont si gênés, lorsqu'ils jouent, par les eoBieils des génies plus élevés que les leurs, un poMMuage forcé , qu'il est impossible qu'ils soutiennent long-temps un procédé entièrement oppoiéà leur inclination, et au-dessus de leurs Ibrees et de leur tempérament.
M. le duc d'Orléans , pour agir conformément iDiieB, se rendoit ingénieux à se tromper dans m propres intérêts , et croyoit , en abusant ses pin assurés et fidèles serviteurs, qu'il se garantlMolt da péril qu'il se figuroit de courir ; permdé que les longueurs et les remises lui deivlent procurer de notables avantages, quoiqu'eii effet ce fût sa ruine évidente , par la diminutiODde son crédit et de sa réputation , qui maintient seule la créance que les princes se doivent MfBérir pour se conserver dans le rang que leur nittiDce leur donne, contre l'autorité illégitinedes favoris et des ministres des rois leurs MTerains, qui l'usurpent sans comparaison phi grande qu'elle ne leur est due et ne peut hirappart^ir , selon les lois de l'Etat.
Lei dissimulations et les fausses espérances, aeoûnpegnées d'une infinité d'artifices, firent cooeevoir à Son Altesse qu'un accommodement 9^ ne regardoit que sa personne sufflsoit ; et fB'elle devoit, dans les règles de la prudence, Piner par dessus toutes les considérations qui Awvoient lui être alléguées par ceux qui n'aboient pour objet que de porter les choses À ''extrémité, et se rendre irréconciliables avec le Qttdioal de Richelieu , plutôt par la haine vio- '«Bte conçue contre lui , que par le zèle ( à ce ^lls lai faisoient entendre ) qu'ils protestoieut ^lavoir pour son service.
Monsieur , prévenu de l'impression que des
<8miSêi intéressés prirent soin de lui donner ,
Ceignit une seconde fois d'avoir la goutte , pour
^« pouvoir , plus honnêtement , défendre de
Partir pour aller à Sedan , ainsi qu'il s'étoit en-
^t^ par sa parole portée par diverses personnes
^ H. le eomte , et par l'écrit que Beauregard
loi avait rendu de la part de Son Altesse.
Qtavigny vint cependant le retrouver , pour lii dire que Sa Migesté donnoit son consentei^ciit à son mariage , et qu'elle l'assuroit d'au-
tant de bonne volonté qu'elle en avoit jamais eu pour lui, dans le temps de la meilleure intelligence.
Le père Gondran, trompé par le cardinal , qui avoit fort pleuré devant ce bon père, moins subtil à traiter avec un esprit artificieux qu'excellent théologien, et d'une piété tout-à-fait exemplaire , Monsieur ajoutant foi à ce qui lui fut dit par son confesseur, duquel la fidélité ne pouvoit être suspecte , n'eut plus de pensée que de conclure son traité.
Les conditions n'étoient pas encore arrêtées , que le cardinal , bien informé par ses partisans que Monsieur n'avoit aucune Intelligence formée dans le royaume, qu'il avoit négligé pendant quatre mois toutes les mesures qu'il devoit prendre, et qu'il avoit renoncé à tous les desseins d'entrer en aucun parti capable de mettre eu compromis son autorité , et que la seule voie d'aller à Sedan lui étoit ouverte , fit garder les passages des rivières , et avancer le Roijusquesà Orléans. Monsieur, qui ne me parloit plus quasi, m'envoya quérir en mou logis sur le bruit de cette nouvelle, me fit mille protestations de ne se fier jamais an cardinal , et qu'il étoit résolu de s'en aller. Quoique ce qu'il me disoit fût très-éloigné de ma croyance, je lui dis toutefois que j'estimois qu'il n'étoit pas impossible de passer à Sedan ; s'il jugeoit à propos de l'entreprendre , qu'il falloit envoyer sur tous les chemins d'Orléans, pour voir si on ne faisoit point approcher des troupes , ou établir des relais en diligence : ce qui fut fait.
Chavigny , surpris ( à ce qu'il témoigna ) , assuroit pourtant Monsieur que le Bol désiroit que tous leurs différends se terminassent avec douceur, et que Son Altesse n'avoit rien à craindre. Il lui demanda permission d'aller vers Sa Majesté , dont il lui rapporteroit toute la satisfaction qu'il pouvoit désirer , et qu'il n'y avoit qu'à conclure le traité.
Les articles principaux furent que le Boi consentoit au mariage de Monsieur ; la sûreté générale pour les siens , sans rien stipuler de particulier pour ceux qui étoient les plus notés dans cette occasion ; et qu'il seroit libre à Son Altesse de demeurer dans son apanage , sans qu'elle fût obligée d'aller à la cour; que M. le comte pourroit « si bon lui sembloit , entrer dans le traité ; et que Mouzon , qui étoit la plus mauvaise place du royaume , lui seroit donné pour son séjour : ce que le cardinal savoit bien qu'il n'accepteroit jamais.
Monsieur ne m'en donna aucune part , et me regardoit avec toute l'indifférence dont un prince puisse user envers un gentilhomme son
MÉMOIRES DE MO.XTaBSOn. [I637j
domestique , auquel il avoit plus de confiance qu'en aucun autre qui avoit l'honneur de rapprocher.
Une seconde alarme étant portée à Son Altesse ( qui la reçut avec des frayeurs qui vont au-delà de ce qu'elles se peuvent imaginer ) , elle m'envoya chercher aussitôt. Je priai ceux qui en avoient pris la peine de vouloir lui dire qu'ils ne m'avoient pas trouvé. Les messagers revinrent si souvent , que j'allai parler à lui , qui me recommença les mêmes discours qu'il m'avoit tenus lorsqu'il étoit dans quelque embarras , et que la crainte de sa personne , qui est la seule qui m'a paru qu'il ait eue durant tout le temps que Je l'ai servi , le pressoit , ne lui en ayant Jamais vu pour aucun des siens, en quelques périls qu'ils fussent exposés pour son servioe.
Comme il remarqua que je ne lui répondois pas un seul mot à toutes ses plaintes , il me pressa fort de lui dire mes sentimens. Je m'en excusai, me trouvant à bout des expédiens, dont J'étois si épuisé que je n'en avois plus aucuns à lui fournir.
Le pouvoir qu'il avoit sur moi , sur ce qu'il persista à m'ordonner de dire ce que je pensois, m'ayant forcé de rompre le silence, je le conjurai une fois pour toutes , dans cette extrémité , de prendre une bonne résolution ; et que s'il ctoit vrai qu'il voulût partir pour se retirer des mains de ses ennemis , dans lesquelles il étoit tombé , qu'il connoissoit , par des expériences continuelles , parjures et infracteurs de leur fol, je me hasarderois autant qu'un homme le pourroit faire pour faciliter son éloignement ; que , pour ce sujet , il avoit à choisir de se retirer par la Champagne , ou en passant à Paris; qu'il y auroit des relais de tous côtés; que j*y avois un gentilhomme qui attendoit avec six chevaux, du secret et de la fidélité duquel J'étois caution; que messieurs les ducs de Vendôme et de Beaufort Tavoient assuré de le conduire avec sûreté à Sedan ; qu'en faisant avancer deux des siens pour avertir M. le comte , il viendroit au devant de lui ; enfin , qu'il n'y avoit rien à craindre prenant ce parti , et tout à espérer ; mais qu'il étoit seulement nécessaire de celer son partement du soir jusques au lendemain à midi , et que Je demeurerols avec ceux que le cardinal croyoit les plus affidés surveillans de ses actions ; et que je me souciois peu de tout risquer , pourvu que Je lui pusse rendre ce service; et que je m*assurois que le comte de Fiesquc, sur lequel on avoit soupçon^ voudroit bien s'exposer au même iiasard.
Il accepta fort l'offre que je lui faisois , sans
toutefois m'en témoigner le moindn ment : ce qui me toucha sensiblemei voue , mais non pas au point de me fa ter ma parole , ni m'éloigner de ce < mois lui devoir dans cette pressante
Le lendemain se passa ; et comme m'aperçut , il recommença à reprend deur qu'il m'avoit témoignée lorsque s alloient un peu mieux.
Chavigny,qui ne s'en étoit point e trouver le Roi , l'avoit fort long-ten tenu, et aussi Goulas plus d'une heui ticuller. Je me retirai doucement en i détestant une conduite qu'il étoit imp comprendre , et sur laquelle je ne que j'a vois à faire pour me démêler é pièges que je prévoyois qui m'étoier sans pouvoir fonder ni mesure ni i Mais le soir la chose changea de fac avis que Son Altesse reçut que le 1 avancer de ses compagnies de gen* de ses chevau-légers, et embarquer le de ses gardes , pour le surprendre de lieu ouvert et accessible de tous côté
Chavigny fut envoyé quérir, et vii Monsieur chez un nommé Mauvoy, bien, au logis duquel quantité de fen ville s'étoient assemblées , qu'il avoi de voir, et (ui dit , en présence de Fre dit Mauvoy, qu'il avoit prétendu tra rement avec lui ; que cependant 11 ai que Ton contrevcnoit aux paroles < données au nom du Roi , et que si ce qu'il y courût quelque risque , sa vie droit.
Chavigny, incertain, et qui n'eut»
à cette délibération , en cas qu'elle eil à la cour, se soumit à tout, et d^ l'heure même un courrier à M. le ea attendant le retour duquel Son Alt< préparatifs pour partir.
Elle donna des apparences qui 1 beaucoup de gens. Je ne fus pas de c ni l'abbé d'Aubasine; car tous les â< de Monsieur étant bottés , fort emp près de sa personne, nous allâmes a de Blols, où il se promenoit, lui ei et moi sans bottes , pour lui fahre con nous ne passions pas aisément pour d il se plaignit et blâma notre incrédu
Le soir le courrier de Chavigny n articles signés, avec une infinité ces et de bonnes paroles; le lenden sieur séjourna à Blois, et le jour d*ai alla trouver le Roi à Orléans, avec de La Valette, qui l'éloit venu quérii
USAIOIBKS DE MO.NTBESOB.
2lâ
aiec sa permission , pour me retirer chez moi , poor o'Àre pas présent eo cette entrevue , dans laquelle je ne pouvois trouver ma sûreté.
Son Altesse y fut regardée avec peu de respect de ceux qui étoient lors auprès de Sa Ma- Jolé , et méprisée par le cardinal , qui lui iit des railleries fort injurieuses.
Le comte de Fiesque s'en retourna à Sedan , poor informer M. le comte de ce qui s*étoit possé. Monsieur y envoya le comte de Brion et D« Gué, qui étoit mon paiticulier ami , capable de tout ce qu'un gentilhomme le pouvoit jamais être, et d*une probité exquise, qui dit librenent à M. le comte la vérité , et l'état auquel il m'avoit laissé , sans sûreté aucune , et toujnrs attaché à ses intérêts et à son service , en tout ce qu'il luiplairoit me commander.
11 se plaignit hautement que Son Altesse l'eût abandonné , rejeta les offres d'entrer dans le traité sous les conditions que l'on y avoit mises, et hii manda qu'il prendroit ses mesures comme il le jugèrent à propos^ puisqu'il étoit libre de le Ure.
Le cardinal triompha^ de cette sorte, d'un parti qui l'avoit jeté dans d*étranges appréhen- Ans : ce que je ne puis attribuer à sa bonne endoite, que je n'ai remarquée, pour être dans ianite de toutes ses affaires, ni d'un esprit fftvoyant, ni d'un grand personnage, mais mlement d'un homme fort heureux , que la htime soutenoit beaucoup plus dans les traînes qui lui arri voient , que la prudence que pinleors ont voulu estimer en lui.
Je radmirerai moins par la connoissancc que fcD ai eoe , que je ne plaindrai ceux qui se sont apposés a sa tyrannie ; et qu'il s'est servi de la Urfesse qu'ils ont fait paroftre contre un ennemi public, duquel les vices et les défauts ont lo^Idirs infiniment surpassé les vertus et les koDiies actions.
Je pourrai peut-être quelque jour, avec plus de loisir et de repos , revoir ce que j'ai écrit in- Ihoment pour rendre ce discours plus intelligible , et y ajouter ce qui s'est passé depuis fbnée 1636 jusqu'à 1642.
Ceux qui se donneront la peine de lire ceci Qvont , s'il leur plaît , la bonté d'en excuser les hites, et peuvent s'assurer que je me serois bien empêché de parler de moi si je l'avois pu Wter.
^eoun par M, de Montrésor touchant sa
prison,
JeQ'igQore pas que beaucoup de gens n'aient ^'^^^é à redire à ma conduite, lorsque je
me suis retiré du service de M. le duc d'Orléans; mais il me reste cette satisfaction de croire que la plupart ne m'ont blâmé que pour n'avoir pas été informés des justes sujets que j'en ai eus, et de la nécessité qui m'y a coutraint. L'expérience que vingt-deux années m'avoient acquise ro'éclaircissoit suffisamment de ce que je devois espérer ou craindre, et je m'étois assez préparé à ce que j'avois à faire pour n'être pas accusé de m'y être résolu légèrement. Il est vrai que si mes intérêts particuliers m'eussent engagé auprès de Son Altesse ^ et que l'avancement de ma fortune eût été la principale considération qui m'eût attaché à son service, il y auroit eu lieu de trouver étrange de me voir abandonner les espérances que sa condition présente me pouvoit faire concevoir; je dirai sincèrement quelles ont été mes intentions , que j'ai plus essayé de rendre conformes au devoir d*un homme de bien , qu*à la prudence intéressée du siècle où nous sommes , dont les maximes m'ont toujours été trop suspectes pour m'y pouvoir assujétir. Et comme j'ai toute ma vie estimé que les premiers senti mens se dévoient adresser à Dieu , auquel nous sommes obligés de rendre compte de nos actions , j'ai aussi reconnu que la seconde obligation consiste à s'exempter, dans le monde , des moindres reproches qui peuvent donner quelque atteinte à l'honneur. Pour mettre le mien à couvert, et me garantir des traverses que la malice de mes ennemis , embarrassés de la franchise de mou naturel , auroit suscitées contre moi , j'ai cru qu'il étoit plus a propos de me retirer de la cour de Son Altesse , que d'y demeurer davantage. Il est à remarquer que je m*étois engagé à son service par ma propre inclination , et que mon devoir m'y avoit retenu pendant que la persécution étoit ouverte contre ceux desquels la fidélité ne pouvoit être corrompue. En cette considération il y avoit non seulement de l'apparence , mais de très-justes sujets de me continuer les témoignages de confiance, accompagnés de quelque sorte d'estime, que j'en avois reçus dans le temps de ses disgrâces , plutôt que de me les nier sans aucun fondement légitime dans celui de ses prospérités. Ces changemens dans la cour sont des effets assez ordinaires de la fortune et de l'humeur des princes pour ne s'en pas étonner. De plus honnêtes gens que je ne présume l'être ont éprouvé de semblables malheurs; ils s*en sont consolés: il est juste que j'en fasse de même à leur exemple.
Dès mon enfance, j'avois eu l'honneur de me donner à M. le duc d'Orléans , et j'oserai dire, parce que c'est la vérité , que je n'ai eu autre ob-
MBIIOIBBS Dfi MONTABSOR.
jet, tdDt que j*al été à son service , que celui de sa gloire et de mon devoir. Plusieurs affaires de conséquence m*ayant lors été confiées par Son Altesse , je me rapporterai volontiers a ce qu*elle-méme en dira, si jamais elle s*est aperçue que mon intérêt m'ait été en aucune considération , et si la crainte de la peine ou du péril ont retardé un seul moment Texécution de ses ordres et Tobéissance que j'ai due à ses commandemens, après Tavoir suivie dans toutes ses disgrâces au-dedans et au-dehors du royaume, m*étre trouvé abandonné diverses fois de sa protection , et des assistances que j'en de vois espérer et attendre, sans me pouvoir reprocher d'avoir rien contribué qui m'exclût de les recevoir; vu aussi ma patience exercée dans des rencontres les plus rudes qui puissent arriver à un gentilhomme qui suit, par une pure affection^ la fortune d'un prince. Je ne crois pas, si Ton prend la peine d'y faire réflexion, que l'on veuille trouver à redire au soin que j'ai pris d'établir mon repos, en me retirant d'auprès d'un maître duquel j'étois si peu considéré , et d'autant plus que ses persécutions étant finies avec la vie et l'autorité du cardinal de Richelieu, je lui étois fort inutile, n'y ayant rien de plus certain qu'il n'y avoit que ses malheurs qui m'eussent procuré de l'emploi auprès de lui.
Dans ce discours , par lequel je prétends justifier ma conduite, je garderai ce respect à M. le duc d'Orléans de n'y mêler que les plaintes qui sont nécessaires pour faire évidemment paroîtrc que je n'ai point failli , et qui peuvent servir à donner connoissance des raisons essentielles qui m'ont obligé d'en user ainsi que j'ai fait. Si ceux qui se sont avisés de dire les sentimens et les motifs de ma retraite se fussent expliqués avec cette retenue , et parlé avec plus de modération, ils m'aurolent déchargé du soin d'écrire des vérités que j'aurois eu plus de satisfaction de passer sous silence , que d'être réduit à les faire savoir. Ce n'est pas que ce qu'ils ont dit de moi soit fort injurieux, puisque) par leur aveu propre, ils m'ont laissé la qualité d'homme sincère et incorruptible, et reconnu pour n'être pas absolument indigne de servir un prince dans des affaires difficiles : mais pour venir aux fautes qu'ils m'ont attribuées, ils ont publié que je me suis précipité mai à propos à me retirer, sur ce que je voyois La Rivière préféré à moi , et prendre la place que j'avois tenue lorsqu'il n'y avoit que des persécutions à souffrir; que j'avois agi dans cette action par le caprice d'un esprit ulcéré , et contre les règles de la prudence, qui me conseilloit de dissimuler le mé-
contenteineut que j'en recevois, afin d'attendre des conjonctures plus favorables pour rentrer en créance auprès de Monsieur ; et qu'indubita* blement les divers changeroens de la oour me les cassent présentées , si je ne me fusse mis bon d'état de m'en prévaloir. Ce discours a qoefaiM vraisemblance , et seroit capable de persuader ceux qui ne le voudroient pas pénétrer ; mail nonobstant qu'il ait été inventé avec assez d'adresse et d'artifice , il n'est pas si difficile d^ répondre que je ne le puisse faire dans la toits de cette relation , par laquelle je m'expliquerai ingénument de la vérité des choses passées* Ceux qui ont remarqué de plus près ma fiiçoa d'agir sont vivans, et peuvent servir de témolDS s'il ieur a paru qu'aucune envie de tenir la pre* mière place fût entrée dans mon esprit , et si , par des soins particuliers que j'aie pris , ou que mes amis se soient donnés pour moi , y a4-il des mesures connues qui aient témoigné que J'en«e le moindre désir de me la procurer. Je ne nierai pas que je ne me sois opposé de tout ummi pouvoir pour empêcher La Rivière de l'occuper; et si j'eusse fait autrement, je me serois reodu coupable vers Son Altesse, parce que j'étois très* assuré qu'en étant entièrement indigne , il ei abuseroit , et ne tâcheroit à s'en servir que pour avancer sa fortune aux dépens de la réputatlou et des affaires de son maître , qu'il livreroit estant qu'il dépendroit de lui au cardinal de Blchelieu. J'avois aussi à regret qu'un bomme de sa naissance , que je savois être un trompeu pour avoir vendu le parti dans lequel «m devoir l'avoit dû engager de servir, fût considéré à l'exclusion de l>eaucoup de personnes de qualité et de mérite, qui croyoient ne pouvoir souAk son accroissement sans un notable préjudice ^ sans une honte manifeste , à cause de la iMiseMi de son extraction , et de l'infidélité qui aveil paru dans toutes les actions de sa vie. Si eeBo résistance a été un défaut dans ma conduite ^ je ne veux pas seulement en être ar^cusé, car Jo désire d'en être convaincu; mais comme ceu'eiK pas le sujet effectif et véritable qui m'a obttgft à me retirer, je ne m'y arrêterai que pour dire que j'ai eu des considérations plus fortes que celles que j'avois tirées de la mauvaise inteili«gence qui étoit entre La Rivière et m(H.
En l'année 1 630 , l'union de M. le duc dH)rléans et de M. le comte de Soissons leur lieu de former un parti contre l'autorité du dinal de Richelieu , qui chercboit sa grandeoT et son élévation dans l'abaissement de la royale.
Ils jetèrent les yeux sur Saint-Ibar et sur pour nous déposer le secret de leurs résolattOBS -^
IIBMOIBBS DR MONTBESO».
dont les comineDcemens nous faisoient espérer des événemens bieo contraires a ceux qui sout arrivés du depuis. Daos les occasions qui s offrireot de leur rendre tous les services qui étaient en notre pouvoir , Je crois que je puis Murer qu'ils n'ont eu aucun reprociie à nous lidre, ^ qu*ils reconnurent que les mesures qui avoient été concertées sufûsoient pour achever avce facilité et réputation le dessein qu'ils avoient entrepris, comme l'expérience Fauroit justifié^ li ces deux princes, auprès desquels nous avions llMMUiettr d'être employés, eussent eu autant de diiposition à finir les affaires qu'à les commencer.
M. le duc d'Orléans sait mieux que pas un antre à quoi il tint ; mais, prévenu d'autres sentiffleDS, il suffit de dire qu'il ne le jugea pas à propos, dans la créance qu'il lui seroit plus avaiitageux de s'accommoder ; ce qu*il fit par reotremisede M. de Chavigny et du père Gontrm, son confesseur. Et bien que les intérêts de Son Altesse ne fussent pas ménagés de la sorte qu'Us le pouvoient être , au moins en succédat-il que Sa Majesté consentit à son mariage , et le déclara en public à messieurs du parlement de Paris. Quoiqu'il fût très-juste que Ton me comprit dans ce traité , et que ma sûreté y fût (irticQlièrement stipulée , puisque j'a vois eu la priadpale confiance de ce qui s'étoit projeté , je : Kmàritai point que l'on s'en avisât; et l'on ftplis, car l'on ne se contenta pas de me lais- Nraposé , l'on usa de cette dureté vers moi de wtetier tout ce qui concernoit l'accommode- ■ent, que je souffris volontiers se conclure sans n'en plaindre, faisant toutefois connoitre à Son AHose que j'etois mieux informé qu'elle ne Tivoit peut-être cru. Les articles entièrement inétés. Monsieur alla trouver Sa Majesté a OrléUH, où je ne méjugeai pas en état de le suivre. Lorsqu'il fut de retour à Blois ( avec la iBinvaise satisfaction que l'on peut croire qui me devoit rester de la manière dont je me voyois ilNnidonné), je pris la liberté de le supplier , Meele respect que j'étois obligé de lui rendre, de ne permettre, étant fort inutile à son service, deine retirer bors du royaume, où j'aurois plus ^lAreté qu'à y demeurer, le cardinal de Ri- ^eu ayant le dessein et le pouvoir de me perdre. J'y lyoutai que je croyois qu'il avoit iniMt pour sa réputation de souffrir que je prisse ^ parti, qui étoit le seul qui me restoit de me liVBQtir d'oppression pour l'avoir fidèlement ser- ^:eeque je ferois toujours avec le même zèle ^'il avoit reconnu et éprouvé dans ces dernières '^iiicontres. Je demandois si raisonnablement, ce ^ lemblolt , que je ne voyois pas lieu d'être
refusé par Son Altesse ; toutefois sa prudence n*en tomba pas d'accurd, sur ce que, m'éloignant de lui , M. le cardinal Tattribueroit à des négociations secrètes qu'il m auroit confiées. Ce fut la raison qu'il m^aliégua, et de laquelle il se servit pour vouloir que je demeurasse en France, dont il me fit un commandement absolu. Le hasard que j'avois à courir en obéissant ne fut mis en aucune considération : il fallut pourtant s'y résoudre ; mais j'avoue que j*etois outré dans mon cœur de voir ma vie et ma liberté comptées pour si peu , que de m*ôter par des ordres si précis les moyens de me les conserver , et même sans me dire une seule parole obligeante qui me pût assurer qu*il m*en eût le moindre gré. Je jugeai dès-lors à qui j'avois affaire , et me résolus dès ce moment que le présent me seroit une règle pour l'avenir, et cependant à trouver dans une vie retirée et particulière la sûreté qui m'étoit déniée dans la protection d'un maître auquel je m*étois si entièrement dévoué. Je m'en allai dans une maison de campagne, où je passai six ou sept ans dans une solitude assez exacte pour faire croire que j'avois quitté toutes les pensées de me mêler des intrigues et autres menées qui déplaisent à ceux qui gouvernent. Cette retenue de laquelle j'usai me fit oublier du cardinal de Richelieu , et me mit à couvert de la persécution que je devois attendre d'un ministre de son humeur , si j'eusse vécu autrement. Je voyois Monsieur lorsqu'il revenoit dans son apanage ; mais c'étoit assez rarement , et avec les précautions qu'il falloit observer , qui n'étoientpas inutiles. Le temps que j'ai ci-devant remarqué s'étant passé de cette manière à mon égard , Son Altesse, retournée à Paris, se laissa persuader par messieurs le duc de Bouillon et de Cinq-Mars, grand-écuyer de France et favori du Roi, de s'opposer à la domination du cardinal de Richelieu , qui étoit trop violente , à ce qu'ils lui faisoient entendre , et trop ty rannique pour être plus long-temps tolérée. Ils lui représentoient le peu de sûreté en laquelle étoit sa personne, et le déshonneur qu'il jecevoit , tant sur le sujet de son mariage , où sa conscience étoit intéressée , que sur une infinité d'autres qui ravaloient sa naissance et blessoient sa réputation. Leurs inductions furent si pressantes sur son esprit, qu'elles firent qu'il se résolut à traiter avec les Espagnols ; et pour cet effet Fontrailles , gentilhomme d'autant de mérite que j'en aie jamais connu , fut dépêché en Espagne avec des articles et des blancs signés de Son Altesse, de laquelle, durant que les choses s'engngeoient si avant , je me trouvois éloigné.
Le Roi partit pour le siège de Perpignan ;
MEUOIUES DE MOUTBESOR.
M. le Grand suivit Sa Majesté; M. de BouilloD fat commander i*armée en Piémont, et Son Altesse vint à Blois. Je n'étois lors en aucune connoissance de leurs desseins ; et il est très-vrai que Je ne les eusse point approuvés , parce que la foi de quelques-uns qui s*en méloient m*étoit fort suspecte y et que le parti d'Espagne duquel ils se vouloient appuyer étoit tellement foible et et de force et de réputation , qu'il n*y avoit pas inatière de se promettre quMl dût être si promptement en état de relever celui que Son Altesse essaieroit de former d'elle-même : et pour en dire plus positivement mon opinion, le fondement de leurs délibérations, ni les voies qu'ils ayo.ient tenues pour les faire réussir, ne ra'auroient satisfait en façon du monde. 11 fallut pouriwoX , nonobstant cette répugnance , que dans ce q^i arriva du depuis J'y eusse plus de part que Je n'aurois désiré , s'il eût été à mon choix d'en accepter ou refuser la connoissancc.
Son Altesse, dans cet embarras d'affaires, youlut me rapprocher d'elle, et pour ce sujet m'envoya commander de me rendre près de sa personne le plus tût que Je pourrois. J'eus un prétexte fort spécieux de m'en excuser , parce que J'étois incommodé au point de ne me pouvoir soutenir, pour m'être démis les deux Jambes quelques Jours avant. La fatalité est une étrange chose! il y a des malheurs que l'on ne sauroit éviter: celui qui m'a toujours accompagné voulut que mes excuses m'attirèrent de nouveaux ordres qui me contraignirent, contre mon sentiment , d'aller trouver M. le duc d'Orléans à Blois. Il me parut , lorsque J'eus l'honneur de lui faire la révérence , par la réception qu'il me lit , qu'il n'a voit pas désagréable de me voir , et qu'il étoit en impatience de m'entretenir. Je ne me trompai pas; car il ne se donna le loisir que de médire cinq ou six paroles dans sa chambre, en présence de quelques-uns des siens, qu'il passa dans son cabinet, duquel il me commanda de fermer la porte : ce qui me confirma qu'il avoit de nouveaux embarras , dont il avoit intention que J'eusse la confiance.
Son premier discours fut de la créance qu'il prenoit en ma fidélité , que Je lui avois , à ce qu'il médit , conservée si entière , qu'il lui étoit impossible de me déguiser ses affaires et ses sentimens. Il me raconta ensuite tout ce qu'il avoit fait et résolu avec M. de Bouillon et M. le Grand, et m'ordonna de lui dire, avec ma franchise accoutumée et la liberté qu'il m'avoit tou-
(I) Ce fut le duc d'Orléans qui se cliargea probablement de donnera Ricbelicu lo traité fait avec l'Espagne, dont on connaissait Teiisieuce sans en avoir vu les ter-
Jours permise, quelle étoit mon opinion dans ces occurenccs où il s'agissoit de tout ce qu*0D prince de sa qualité avoit de plus considérable. Il la trouva si différente de la sienne , et tellement éloignée des conseils qui lui avoient été donnés , que Je m'aperçus , dès l'instant que favois l'honneur de lui parler, qu'il en restoit fort surpris , et d'autant plus qu'il s'étoit froagioé, rappelant le souvenir des choses passées , qu'A n'avoit qu'à m'ouvrir les voies d'entrer dans im parti, pour rencontrer eu moi le zèle et l'ardeur que J'avois témoignés dans celui de l'an 1616, qui avoit été entrepris sur des fonderoens plv solides et des moyens mieux raisonnes.
Cette première conférence qu'il plut à Son Altesse que J'eusse l'honneur d'avoir avec die ne s'étant étendue que dans des termes généraux, Je fus nécessité ensuite par mon devoir, et pour l'intérêt de son service, de m'expliqner plus clairement de mon avis , et de le particnlariser davantage. J'insistai moins sur les défauts de l'engagement dans lequel il me sonbloit qu'il s'étoit précipité, et les fautes ifÊt J'estimois y avoir été commises en s'y enlbil^ quant , quoique très-grandes , qu'à lui propooff les expédiens que Je Jugeai plus propres à kl réparer. Dieu sait, et Son Altesse aussi, ai Ji parlai en homme de bien et conformément m devoir d'un naturel françois.
Le traité porté à Monsieur par le vicomte de Fontrailleset le comte d'AubiJoux à Chambord, il s'en alla à Bourbon , où Je n'eus point llioo* neur de le suivre, pour éviter les soupçon qu'en auroit peut-être pris le cardinal de Rldie> lieu. Avant ce voyage. Son Altesse me donna diverses fois sa parole que Je serois ponctuellement averti de tout ce qui surviendroit damie cours de cette affaire, et m'assura que, sidk étoit découverte et lui obligé à se retirer, fl s'en iroit à Sedan , où il me commanderoit de me rendre avec la diligence que Je Jugerols nécessaire. Le comte d'AubiJoux fut dans cemêfli temps en Piémont vers le duc de Bouillon, petf tirer de lui les pouvoirs qu'il avoit profids,ct les ordres à ceux qui commandoient dans 9 place pour y recevoir Son Altesse tontes les ftH qu'il lui plairoit d'y chercher sa sûreté. Itolo^ furent remis par mondit sieur de Bouillon , elU les apporta à Moulins, si à propos, que MonslciVf eût pu s'en servir s'il fût demeuré dans sa prt' mière résolution.
Le traité ayant été pénétré (1), et messieurs 1*
mes. On reconnaît par la pièce saivantc combien le dlnal ministre comptait sur ce document pour fkire (A le procès aux conjurés. Cette concession fat arradié^
«UIUIKES tIE H0!<TBI1I10R.
tou arrêtés A N&rboiiDe, tants'ea chemin de Sedan, uiiui ({u'ellemerevoitatiiuré, Altesse se disposât à prendre le qu'elle choisit la voie de la négociation (l),et
« et de menicM k la hlbtetK <Jc Gii- IM-ellepiifUiMiieàKS tuciciis tmlil
npir» il Soit Emintnee.
peDHDt à l'alblre d«i conjurât , je me Ml impoislblE qu'il d'j «U an Iratiié itr'eui : ce qui hll qu'il rajiiira le deur , auKi blGD que le Iriliié li'Eipagne. CM deux plicei , le procès sera Tal t aui
I «ilmei (lu tout oécesialre de donner port à UoDilcuT pour sortir bon du ta ■ j envoie un quf j'aj drcssi?, aui pa- M auiquelles il cii à propos de s'aïucber nijoni, que roua Jugerez bien.
lUrepréuDlerauducd'Orieani, nmlce
II lieu auquel il se doll rendre au|irès le , psrtltullércmcnt depuis la faule où il peu, les intiances cl râiiér^es luppli- I • Tali faire de !uy permeitre de sortir M, nous voulons bien la tolérer, pul»* In fglvrc nos codkIIi aj siUsfaire à ce T I'«biigeo)i.
oaldfrailoa . nous commanitons à ions de provinces , places . vll!cs , et à tous
:rs, de laisser passer librement nosircilll
tlu, compose de...cbevaui, pour aller ne pourra revenir dans nosire rojaume
Me permission.
« , ce cinquitimtjaiUel 1642. a
Emlntnct à
de Chacigny.
eel repense à l'alTalre de la conjuration td . de Bouillon et de Monsieur . plus Je idfclantlon Ingi^nue rt entière de Uuhtsaire. Partant. Je vous Tnis ce billet pour i on peut l'atoit telle, en ai^corJentà oes cooiliilons plus advaD'agcusi'i que propoi^StJecruls qu'il ne rai]l pus perivoirladjieilifclaraiion, quieinporicavcc t du trulti! Tait en Espagne et de l'asso-
ilnl d'espi^rance d'avoir une telle preuve 1 , Il faut suivre poDcluellemcnt le preds U on la peut avoir pour de l'argent uelques outres conditions que le Roy Jupr'Judiciables et peuvent et Uolvenl esirc est remis à la prudence du Hoy et de nneur d'estre auprès de luv.
it Juillet iÙi1.o
rincipates pièces relatives à l'aecommoun d'OrKans avec le Roi , négocié par *lire.
Uonsieur â
ir de Cliavigag.
I Chaii)iny , encore que jo vojo bien par 1res que vous n'estes pus salisrall de (iiny mepl vous en ajn '"jel . Je ne laisse et de Itavalltcr è mon acconiinodenMDt rare, et d'atiendrc cet ellet de ta vérita-
ble alTectlon que vous ivei pour moj , que je erol* qui sera plus grande que vosire rolère. Vous scavei le besoin quF J'en ay, et je crois que vous ne manquerez pas. estant l'occasion la plus pretsante pour mon repos, que j'auray Jamais. J'ay commande à l'obbé de La Rivière de vous rendre compte de toutes choses, et de prendre yos advis et les suivre. EnQn, il me Taut tirer de la peine où Je suis. Vous l'avei U^jâ fait deui fois auprès de Son Eminence. Je vous jure que ce lero la dernière Tois q<ie je vous donneray de |iBrells employs. Et je ne Tais point de coinpllmens , je les réserve quand vous m'aurei tiré de l'embarras où Je suis,
■ Gaston.
u Je vous conjure que je puisse voir Son Eminenre devan: le Boy ; car eela esunt , tout Ira bleu. a Dt Moulins , ca 2JJufnl612.a