‹ Relation faite par m. de Fontrailles des choses particulières de la courChapitre 30 sur 89 · VII. Lettre de Motuieur à Son Eminmuê · texte numérisé non relu

VII. Lettre de Motuieur à Son Eminmuê

« Mon cousin , après avoir satisflilt au tammmÊÊ^

ment qu'il a pieu au Roy mon seigneur, me Wre, al M

conseil que m'avez donné, ayez agréable que Je im

prie qu'ensuite du pardon et de la grâce que voai m

obtenus du Roy mon seigneur, j'employe tousJoursTONi

générosité pour l'adoucissement de ce malheureu «M

où je me trouve. Je vous advoue , mon cousin • qa*i|rfi

toutes les choses qui se sont passées . il faut qitékû

fait un dernier eCTort sur vous pour vous obliger à nflf'

der en ce malheureux rencontre ; mais si vous pouiflli

voir la sincérité de mon cœur , je n'aurois aucua M|l

de craindre que vous ne voulussiez adjouster à tailél

gloire que vous vous estes acquise , celle de donner àj

fils de France toute Tassisunce et le secours qoll

demande. Je vousenvoyel'abbédeLa Rivière «uf

passage pour vous dire avec quelle réslgnatioa Je

fais cette prière, et celle de me conserver tout ^

vostre amitié. Je suis si résolu de vous donner de UÊÊ

preuves de la parfaite estime et de l'extrême alMki

que j'auray pour toute ma vie . que je suis asaetriqtt

vous aurez un jour une entière confiance en nef t é

que vous connoistrez que je suis aussi invkililliMtf

que je vous le proteste , mon cousin , vostre très alll'

tlonné cousin , ^

» GASTOir. >

VIII. Escrit de M. de La Rivière au nom âe Monekm, qu'il reconnoistra devant H. le chanetiier !•«•»' tenu en sa déclaration estre véritable.

a Au cas qu'il plaise au Roy promettre par escfttà remettre Son Altesse Royale en France , et à TiéfWi» ou à Ville-Franche , et de là à Rlois. dans la JoolstfMi de tout son appanage, avec une déclaration pour Ir don de sa faute, vérifiée en parlement. Son Royale m'a commandé de donner sa parole qu'il noistra devant M. le chancelier , qui le viendra txmSHt audit Trévoux ou Ville-Franche, avec une lettre de II Majesté , que ce qu'il a escrit etestoltdans l'adveadi* faute, que j'ay porté au Roy, est vray et fera ce qu'A ** pour reconnoisue la vérité de sa déclaration. Son àr tesse Royale reconnoistra aussi le traitté fttlt avee !•• pagne, avec toutes ses circonstances. Sa Mijarié' agréable que le présent papier me soit remis entre y mains dans trois semaines . si on ne satisfait au cfliii* lions ci-dessus mentionnées. Monseigneur m'a eal^ mandé aussi de dire qu'il désire le secret de eetteir

fûire. ^^

» Fait ce deuxième jour d'août 1648 , à FortlH^

bleau. ^ ^

«Signé La RiTiftitK.»

MBSIOIBRS DE MO^MTBESOR.

mn de mon côté , et me trouvai telblié par Monsieur, qu'il ne daigna iToir aucunes nouvelles ; mais, sur le i d*un si grand changement arrivé à ; des avis particuliers que j*avois reperdis pas le souvenir des ordres qui été donnés ; et comme roccasion de r me pressoitje m'en allai jusques à de Sedan , où je fbs informé de très- ; que le traité de Son Altesse avec le 9rt avancé. Ce fut à moi à penser de ' mes pas : ce qui ne m'étoit pas aisé, tous les passages des rivières étoient tre les déserteurs de milice ; et quoiit en ma vie des voyages fâcheux et € fût, pour le tem[)s qu'il dura , ce- Ta été davantage.

s des princes sont composées de beaurtes de gens ; mais il y en a peu qui sur honneur à leurs intérêts , et qui à soulager leurs amis lorsqu'ils se t embarrassés dans des affaires dont i leur est pas favorable. J'en ni pourré de fidèles dans des traverses qui rrivées : le sieur de Roussillon me lans mon besoin qu'il étoit tel en t ; car il quitta Monsieur en deux hdelà de Lyon, et fit ce long chemin HTlir que Sa Majesté et le cardinal larottre beaucoup d'aigreur contre Altesse peu d'affection a me garantir •ion dont j'étois menacé. Pour ea effet , J'allai en Périgord , où J'étois que je n*avois rien à craindre, pour lance que cette province a de tout Ignée à notre maison (l) ; et le sup-

aii par U Roy à Monsieur des demandes m Vescrii cy-dessus , au cas qu'il exiêst porté par iceluy,

onys , etc. , après ayoir entendu ce qae Rivière nous a dit par le commandement e d*Orléans , dont le contenu est ci-dessus ons par la présente que nous accordons é e ce qui paroist qn*tl demande par ledit quMl exécute de point en point ce qu'il a imoln de quoy .etc. »

MRl de Monsieur de vivre en particulier § $ans charge ny train , que celuy qu'il léy luy ordonner.

Us de France , etc. Après avoir donné une itlon au Roy du crime auquel le sieur de iraBd-escuyer de France , nous a fait tomciianies sollleltationa , recourant à la clé- Mi^estè • nous déclarons que nous nous éoiemeDt obligés et bien traittés, s'il plaist nous laisser vivre comme simple particujaume , sans gouvernement , sans coropa-

plial cependant, en continuant les obligations qu'il avoit commencé d'acquérir sur moi , de vouloir retourner vers Son Altesse pour que Je fusse informé de ce que j'avois à devenir, et de lui dire hardiment de ma part que Je ne pouvois être en peine qu'autant qu'il voudroit que Je le fusse ; et que cela étant , j'étois hors de toute appréhension. Il s'acquitta de la commission qu'il avoit eu agréable de prendre avec toute la diligence et le soin que Je pouvois désirer, et revint me trouver ainsi qu'il me l'avoit promis, pour me porter, en termes exprès , ordres de Monsieur de sortir de France, parce que le séjour que j'y ferois lui pourroit nuire. Il y a une particularité qui mérite bien de n'être pas oubliée : deux jours avant que j'eusse reçu ce commandement , Son Altesse avoit été interrogée à Yîllefranche par M. le chancelier , assisté de douze maîtres des requêtes ou. conseillers d'Etat, en présence desquels elle déclara par une très-longue déposition toutes les particularités des choses les plus secrètes; et comme il n'y en pouvoit avoir aucune, dans la vérité de l'affaire , suffisante de me faire tomber en crime, sa bonté , sans doute surprise, lui laissa consentir qu'il fût mis dans le douzième article que, si J'avois fait quelquetraité avec le sieur de Thou ou autre , elle le désavouoit. Elle savoit pourtant bien que cela ne pouvoit être , et que je n'étois point capable de rien faire à son insu, et principalement dans une occasion si considérable et de telle conséquence. Néanmoins je fus nommé de cette sorte dans un acte qui sera un titre à la postérité , que les princes de sa naissance ont peu accoutumé de donner (2). Je passai en Angleterre avec d'extrêncies

gnie de gendarmes , ny de chevaux-légers , ny sans pouvoir prétendre Jamais pareille charge ny administraUoD, telles qu'elles puissent estre, et à quelle occasion qu'elles puissent arriver. Nous consentons, en outre, k la vie particulière que nous supplions le Roy de nous laisser faire , n'avoir aucun train que celuy qu'il plaira à Sa Majesté nous prescrire , et ne pouvoir tenir auprès de nous aucune personne que Sa Majesté nous tesmoigne luy estre désagréable : le tout sur peine de descbeoir» par la moindre contravention à tout ce que dessus, de la grâce que nous supplions Sa Majesté de nous accorder , ensuite de la faute que nous avons commise. »

(1) La baronnie de Dourdeille était une des premières du Périgord.

(2) Voici les deux pièces dont parle Montrésor:

Déclaration de Monsieur, contenant la confession de tout ce qui s'est passé en la eonepiration de Cinq- Mars,

« Gaston , flls de France , frère unique du Roy, duc I d'Orléans , estant touché d*un véritable repentir d'avoir

IIBNOIBES DR UO.XTRESOa.

difficultés: eequi ue fut pas compté pour graod'clîose.

Le cardinal de Richelieu mourut la même année ; et le Roi celle d'après. En continuant les procédures commencées contre moi , je fus crié à trois briefs jours, mes biens arrêtés , et eus à souffrir, dans mon absence , tout ce que la violence exige contre les innocens par les formes ordinaires de la justice, à ce que le cardinal prétendoit mal à propos , parce qu'elle cède à l'autorité dans de semblables rencontres.

M. de Thou , mon cousin germain, mourut à Lyon, par jugement donné par des commissaires, et M. le comte de Réthune, mon intime ami , fut accusé, par \st plus lâche calomnie qui se puisse jamais inventer contre une probité aussi reconnue que la sienne , d'avoir révélé le secret du traité d'Espagne. Enfin je fus le dernier, de tous ceut qui étoient en peine pour les intérêts de M. le duc d'Orléans , qui revint en France de l'exil où j'étoisallé par son commandement. Dans le temps de mon séjour en Angle-

encore roanqué^ à la fidélité qae je dois au Roy, mon sefgneur, après tant de tesmoigiiagcs que j*ay rcceusde son cxtrcsme bonté en de semblables Tautes , et désirant de tout mon cœur me rendre digne de la grâce et du pardon quMl a pleû à Sa Majesté me promettre par Tabbé de La Rivière, je luy ad\oue sincèrement toutes les choses dont je suis coupable et dont j*ay eu connoissance.

j» Je déclare et confesse à Sa Majesté que, depuis le voyage d'Amiens de Tannée dernière » j'ay esté sollicité plusieurs fois par M. le Grand denostre Intelligence avec luy , pour tascber de mettre M. le cardinal hors des affaires ; à quoy j'ay résisté d'abord ; mais m'ayant après asseuré , en une autre entrevue, qu'il avoit la parfaite confiance du Roy , et me voyant pressé d'aller au voyage de Languedoc sans employ et sans raison, ce me sembloit , j'entray eh liaison avec luy d'autant plus vdlontiers qu'alors il m'asscura du service de M. de Bouillon , et qu'il medonneroit Sedan pour retraitte, en cas de besoin.

» Quelques jours après, par une entrevue avec M. le Grand et M. tic Bouillon, nous résolûmes, pour acheminer nos desseins, que M. le Grand dcmcureroit près de la personne du Roy et que je me retirerois à Sedan avec M. de Bouillon ; que nous feiions un traitlé avec l'Espagne , dont la principale condition seroit la pàii générale pour attirer le peuple à nostre parly ; que cependant que le Roy seroit à Perpignan , nous entrerions en armes en France , proposant ladite paix. Mais tout ce dessein ne fut point exécuté , M. le Grand, ne le jugeant plus nécessaire , s'estant Imaginé depuis que sans cet embarras il pouvoit parvenir à ses fins.

» Toutefois, comme la proposition de traitter avec l'Espagne fust pluslôt différée que rompue , e mis entre les mains de Fronlrailles , à Paris , au mois de janvier dernier, deux blancs signés de mon nom seulement, dans un petit papier, pour en faire deux lettres. Tune adressante au roy d'Espagne et l'autre au comte duc. Lesdits blancs signez ont esté remplis par Fontraillcs, à ce qu'il m'a dit : ce que je crois d'autant plus véritable que j'ay eu les deux responses , toutes lesditcs lettres en créance sur Frontrailles.

terre, je me trouvai non-seulement abaodoniM mais tellement oublié par Son Altesse, que J tomberois pour elle en confusion si j'étois ew traint d'en faire la relation entière. A naoïi r tour, je fus reçu comme un gentilhomme qui par curiosité ou pour son divertissement parti culier, auroit fait ce voyage. Cette manière i procéder d'un maître qui m'avoit si souvent ei posé pour son service me toucha sensiblemeal toutefois je me résolus de n'en point faire dV clat, et à différer le dessein que J'avois pria è me retirer , plutôt pour la satisfaction de an amis que pour la mienne , que je ne poavaii plus rencontrer après des traitemens si rod», Trois mois s'étant écoulés dans ces sujets di mécontentement , qui anroient irrité la palican des plus sages et des plus modérés, et me voyaal si déchu des avantages que d'autres AÉ SonAltcsse m'avoit accordés, je crusqa*il9roit injurieux à mon honneur d'atte^idre ptai long-temps à exécuter ce que j'avois projeté. Pour en augmenter les raisons , Je pris ceci*

» La créance estoit de demander une armée de mille hommes de pied et de quatre mille chevaui év vieilles troupes d'Allemagne , et de l'argent ralsoBMblément pour faire des levées en France. Il y aroitqiil': ques autres articles pour ma ^bsistance , et pour tfrir des lettres pour ma retraitte en toutes les places , fl/oi avois besoin. Il y avoit aussi un autre article poarli subsistance de deux grands seigneurs , qui a*estolêot|ll nommés autrement , mais eiïectivementc'estoieBtni de Bouillon et le Grand.

» Dans toute cette affaire, j'ay parlé deux fbtsàlLà Tbou à Paris , que je trouvay informé ; H me dH fril avoit vcu M. de Beaufort et qu'il l'avoit troafé lÉt froid; ensuite de quoy, à mon arrivée à Ëlols.jeltvfe et le trouvay de la mesme humeur , toot^foii ■• faisant quelque proposition , à quoy je ne iD*aci«H| pas.

» Depuis , Fontraillcs me vint trouver & CbamM pour me dire que les affaires de M. le Grand allokBt maK't qu'il falloit pourvoir à nostre seureté. Sarqaof j'envoyay le comte d'Aubijoux en Savoie, à H. deBorf' Ion , demander une lettre de luy , pour me foire recMilf à Sedan , laquelle il m'envoya.

» Ensuiiie de ce , M. le Grand m'envoya un cosia pour me dire qu'il estoit en très-mauvais ^tat aapvèiAi Roy , et ce que je voulols qu'il devinst. Je lûy masàl de se trouvera Moulins-en-Gilbert, le quatriemu ^ juillet, et qu'il se retirast avec moy au Comt^, etdetti Sedan : mais le courier trouva qiî*il estoit arresté.

» Si , outre tout ce que dessus , il se trouve fitalf>a négociations faites par Montrésor avec M» de Tk0* ou quelques autres de mes gens aveedautr9S, din0 ment ou indirectement , je les désavoue, cammêUt ayant faites à mon insceu.

» Je proteste devant Dieu , et je supplié ment Sa Majesté de croire que la présente dédaialH que je luy fais est très-sincère et véritable, et qoedM tout ce dont j'ay eu participation , et qui peut estre à ma connoissance en cette affaire, dont J'en très-humblement pardon à Sa Majesté. Ea de quoy j'ay cscrlt et signé de ma main la

MBICOifiES DB MOMTRBSOB.

1er à Monsieur de deux affaires qu*il romises, qui ne pouvoient recevoir Qculté ; il m'en refusa pourtant d*une isobligeante, que je vis bien qu*il ne s remettre la résolution que j'avois ne Je n'avois retardée que pour obserle bienséance et de respect vers Son !t pour les considérations dont Je me »pliqué. Peu de jours ensuite , Je le agréer le traité que j'avais fait de ma sbef de sa vénerie , qui ne venoit point afaits^ear je l'avois récompensée aux celui qui la possédoit avant moi.

Monsieur eut à me dire ne consista piérir pourquoi je m*en voulois déis lui ayant représenté que c'étoit la isité de mes affaires qui m'y obiigeoit, par cette raison qu'un maître qui plus considéré n'auroit pas si aisé- 16, j'en obtins la permission , sans me icun témoignage d'y désirer aulre- *voir. Quinze jours se passèrent après

dé à mon secrétaire de la contre - signer, ijgaepcrce, ce 7 juillet 1612.

» Signé GASTOtf.

» Et plus bas , GooLAS.

lié, tournés :

avoir escrit le contenu de l'autre part , je aivenii d*avoir obmis la response qui me fut ignc, qui fut qu'ils me fourniroient ladite emier de juillet , qu'ils me donneroient quale escus pour faire lesdites levées en France, ne escus par mois, comme ils avoientfait en ^e traité me fut apporté à Blois , signé du et ne Payant pas voulu signer , je Tay gardé 1^ prise de M. le Grand , que je Tay bruslc. i envoyer la ratification à don Francisco de aeje n'ay pas fait, (jour et an que dessus.

» Signé Gaston.

» Et plus bas, GouLAS.

mné à l'original par moy conseiller et secré-

» BoUTniLLIER. »

aration de Monsieur, pour ce qui concerne Son Eminence.

, fils de France . duc d'Orléans . et fVèrc unlf, ne pouvant pas assez exprimer à mon confiai de Richelieu quelle est mon extrême douir pris des relations et correspondances avec i . Je me sens d'autant plus obligé à luy déclaimeDt ce qui est venu à ma connoissance, qui ier M personne , et particulièrement sur Tafùa, dont l'abbé de La Rivière m'a parlé de sa 'intercession favorable qu'il m'a promise par pour obtenir du Roy, monseigneur, la grâce demande , me fait croire certainement, dans eftat où je me trouve, un effet très signalé

m'étre mis en état de me procurer la liberté entière que j'avois souhaitée avec tant de passion et à de si justes sujets, à la fm desquels je fus au Luxembourg pour la demander à Son Altesse , sans perdre l'honneur de ses bonnes gi'âces. Elle y résista véritablement dans des termes dont j'aurois tort de me plaindre , et beaucoup plus honnêtes que ceux desquels elle s'étoit servie lorsque je lui avols demandé celle de tirer récompense de la charge que J'avois dans sa maison ; et j'avoue que si je n'eusse été trèsassuré que ce refus venoit plutôt de l'appréhension du reproche qu*elle craignoit de s'attirer, que d'aucune bonne volonté qu'elle eût conservée pour moi, peut-être me serois-je retenu d'insister davantage. Je savois ausst de certaine science que mon exclusion avott été stipulée auprès d'elle avant mon retour d'Angleterre , sur la créance que les ministres qui avoicnt succédé à l'autorité du cardinal de Richelieu lui avoient fait prendre que Je n'étois pas propre à demeurer à son service avec quel-

de sa générosité , tellement que je luy déclare et advoae que la vérité est que M. le Grand me convia de me trouver à Lyon . me disant que la conjoncture y seroit très-favorable , sans s'expliquer davantage, et que le Roy estolt en très-mauvaiise humeur contre i!^. le cardinal , mal satisfait du voyage qu'on luy faisoit faire et du mauvais succez des affaires du Roussillon , sous le commandement du mareschal de Brézé ; mais je ne m'y voolus pas trouver, son Intention m'eslant suspecte, et craignant quelque autre chose de pire dans le cœur , qu'il n'eust osé me dire : ce qui n'est pourtant qu'un soupçon dont je n'eus pour Xori ny depuis p\uÉ grande lumière. M. le Grand me dit encore qu'il y ferdlt trouver M. le mareschal de Schomherg , du sceu du Rey et à l'insceu de M. le cardinal ; ce qui pourroit Teslonner et luy donner beaucoup il penser , voyant que Sfl Biajesté auroit fait une pareille chose sans luy en donner advis. Je proteste devant Dieu et prie M. le cardinal de croire que je n'ay pas eu une plus grande connoissance de ce qui peut regarder sa personne, et que pour mourir Je n*aurois jamais preste ny VoreiUe , ny le dotut à la moindre proposition qui eût esté contre elle , en quelque façon ou en quelque temps que ce peutt estre, ma conduitte passée en est une preuve suffisante ; et Dieu m'a fait la grâce de me donner de si bonnes inclinations , que j'auray toute ma vie en horreur de si damnables pensées pour la moindre personne du monde , et à bien plus forte raison pour une qui est si précieuse et sacrée , que je prie Dieu de conserver longuement pour la France , et pour mon bien particulier que je veux attendre à espérer entièrement d'elle. En tcsmoin de quoy j'ay escrit et signé de ma main , et commandé à mon secrétaire de contre-signer la présente.

» Fait à Aigueperce , le 7 juillet 1612.

» Signé Gaston,

» Et plus bas , GouLAs.

» Cotlationné à l'original par moy conseiller et secrétaire d'estat,

» BorTHILURB. •

MBUOIBfiS DE MONTBESOn.

que sorte de crédit : ce que Je ne puis attribuer qu*à ropinion très-bien fondée qu'ils avoient conçue, que je ne chercherois que sa gloire et la réputation d'un prince de sa naissance, qui devoit être soutenue par des actions capables de le conserver dans le rang qu'il étoit obligé de tenir; et n'étant point un homme intéressé, que je ne serois jamais leur dépendant. La Rivière assurément, sans une si puissante protection que la leur, ne m'auroit formé aucun obstacle que je n'eusse facilement surmonté. Ainsi je ne le mets point en considération , les voies que j'avois pour ce qui pouvoitétreà démêler entre lui et moi m'étant trop connues pour ne m'en pas servir, s'il n'eût été appuyé que de ses propres forces.

Dans ce discours , qui contient en substance les sujets véritables que j'ai eus de me rendre libre, {e me suis abstenu de rapporter beaucoup de particularités encore plus essentielles que celles que j*y ai employées. Je supplie ceux qui prendront la peinç d'en faire la lecture de vouloir exactement considérer la sorte de laquelle J'ai été traité par Son Altesse, remarquer la patience que j'ai fait parottre à le souffrir, et la manière de laquelle je me plains ; et ayant obtenu d'eux ce que je crois désirer avec raison pour l'éclaircissement de la vérité , j'ose me promettre qu'ils ne m'accuseront pas de m'étre trop précipité à me retirer, comme quelquesuns me l'ont voulu attribuer, et qu'ils conviendront qu'il étoit impossible d'eu user autrement pour se conserver dans le monde avec quelque estime. Je proteste avec vérité qu'il ne m'en reste nul regret , ni , selon mon opinion que j'ai assez examinée , aucune occasion juste d*en recevoir le moindre reproche.

L'aigreur qui avoit été inspirée à M. le duc d'Orléans contre moi pour m'étre retiré de son service, ne pouvoit lui permettre de différer longtemps à m'en faire ressentir les effets : et comme les princes qui ont la puissance en main trouvent aisément les occasions d'opprimer ceux qui ne leur sont pas agréables , celle de la détention de M« le duc de fieaufort sembla fort à propos à Son Altesse pour me donner des marques de son indignation. Une heure après qu'il fut arrêté dans le Louvre par Guitaut , capitaine des gardes de la Reine, nous jfûmes avertis, le comte de Béthune et moi , par un homme de qualité , que nous serions compris dans cette disgrâce , et que ce seroit plutôt par la prison que par i'éloignement de la cour. Si nous eussions suivi l'opinion de celui qui étoit venu nous donner cet avis , nous aurions pris dès ce moment le parti de nous mettre à couvert du péril

qu'il jngeoit que nous avions à courir d^étrc tenus ; lâais préférant les conseils que non rions de notre innocence à tous autres , i délibérâmes de n'user d'aucunes nouvelles ] cautions pour notre sûreté , estimant la de rencontrer entière dans la sincérité de nos lions. Nous attendîmes dans cette confiaoei que Ton voudroit résoudre et ordonner sar tre sujet , et convînmes cependant de den rer fermes dans cette résolution, nonobi toutes propositions et avis contraires que i pussions recevoir. Après l'avoir ainsi arrêté tre nous, je fus voir mesdames les dudie de Vendôme et de Nemours dans leurs afl tions , et me retirai assez tard à mon logis lendemain nous usâmes comme nous avions coutume , excepté que nous primes soin de n tre nos affaires en état de n'avoir aucun end ras qui nous pût donner de la peine , quelq événemens qui pussent arriver. Je fis deni trois visites le matin , et revins à onze bel au logis du comte de Béthune m'informerdf qu'il avoit appris. Le comte de La Châtre étoit rendu , assez alarmé en son particulier avec d'autant plus de raison qu'il avoit à i dre l'une des plus considérables charges royaume, enviée de beaucoup de gens , et i tout du maréchal de Bassompierre, qui Tv autrefois possédée. L'ordre avoit été déjà do de nous bannir, le comte de Béthune et n Texempt des gardes du corps du Roi , qé avoit eu la commission , nous ayant trouvés semble , Texposa avec la civilité qui dépeM de lui , et dans des termes qui nous faisokirt sez paroître que Sa Majesté vouloit être eb Il nous fit le commandement de sortir de V dès le même jour ; et à peine s'étoit-il sépart nous , que M. le duc de Longueville entrât nous dit qu*il avoit beaucoup de déplaisir l'ordre que nous avions reçu, dans lequel reconnoissoit avoir usé de trop de préeipitali parce que Ton s'étoit édairci que nous ne \ions pas être traités avec cette rigueur, i ayant donné aucun sujet.

Ce discours fut accompagné de force con mens , et de plusieurs assurances de l'homi de son amitié ; il eut agréable ensuite de m rer à part, pour me demander ce que Je Jug qu'il y avoit à faire, dont il me prlolt de parler librement. Je le fis comme il me 1^ ordonné , en lui faisant voir que la vérité ag été si facilement reconnue , il n'y avoit rta plus aisé ni de plus juste qu'à changer Ta que nous avions reçu par les mauvais ofBeei nos ennemis. Pour ce qui regardoit le conti Béthune, qu'il étoit digne d'être considéré

MBMOIEBS DB MONTBBSOB.

à personne, qui valoit beaucoup, et par les enriees de monsieur son père utilement rendus i I*Etat ; que le comte de La Châtre devoit nui être à couvert de Teffet des bruits qui couratent de la résolution prise de l'éloigner par in mêmes raisons de son mérite et de son innoeenee. Je le trouvai surpris du peu de souvenir fBe J'avois eu de moi , ne m*étant point nommé ; mis je n*avois garde de lui faire aucunes propoiitions sur mon sujet , pour l'intérêt que J'y posvots avoir, parce qu'étant résolu à me retirer, il m*étoit égal que ce fût par mon choix ou jÊt Tordre de la cour, qui ne me blessoit en façon du monde , ma conduite ne me l'ayant pas attiré. S'étant approché de ces messieurs et de eeu qui nous avolent fait la faveur de nous velir voir sur ce commandement , dont la nou- Ydle s'étoit épandue , il y en eut un de la comfignle, emporté par l'affection qu'il avoit pour B0DI, qui s'échappa de dire qu'il étoit bien teangeque nous eussions à souffrir étant inno- MDS , et que ce fût pour Tintérêt de personnes ipi avolent vécu en sorte à notre égard, que BBOS avions d'extrêmes sujets de nous en plaindre. Je n'en voulus pas convenir, mon opinion qnnt toujours été que les malheureux doivent être soulagés, et que ceux qui les blâment dans h temps de leur mauvaise fortune font une actim, surtout lorsqu'il s'agit de leur intérêt partlcolier, qui répugne à la charité, et à l'honneur frïl y a de ne rien ajouter de fâcheux à leurs A^grâces. M. le duc de Longueville approuva <|K J'eusse pris la parole pour témoigner que iHM mon sentiment et celui du comte de Bétlmie , dont je ne fus pas désavoué , quoique , àrapporter les choses dans la vérité , lui ni moi Amions aucune occasion de nous louer de la ttnière qu'ils avolent usé vers nous, après ce qds'étoit passé en diverses natures d'affaires, dtt» lesquelles nous ne leur avions pas été Iwtiles.

La condition de SainMbar, mon cousin-ger- VNdD, ne fut pas meilleure dans cette conjonctnre que la nôtre. L'exempt qui nous avoit porté Tordre de nous retirer lui en fit un pareil commodément; et sur ce qu'il lui dit que la Reine v<Niloit qu'il s'en allât dans l'une de ses maisons, fl lai répondit en riant qu'il s'apercevoît bien 9K Sa Majesté avoit été aussi mai informée de iOD bien que de ses crimes , et qu*il s'en iroit ^ Hollande pour lui témoigner son obéissance. P^r employer le reste du temps que nous avions à demeurer à Paris , nous fûmes rendre te visites de respect et de devoir auxquelles '^^His ne pouvions manquer, et entre les autres ^ U. de Vendôme , qui nous traita de la plus m. c. D. M., T. m.

étrange façon que des gens comme nous , chassés sur le prétexte de M. de Beaufort, son fils , le pussent être dans une semblable occasion. Il s'attacha fort à condamner sa conduite , et le blâma particulièrement de ne s'être point voulu lier d'amitié et d'intérêt avec La Rivière , quoiqu'il le lui eût souvent conseillé; qu'il ne doutoit point que ce ne fût notre considération qui l'en avoit empêché, qui étoit aussi la cause effective et véritable de son malheur et de sa disgrâce.

A ce discours si choquant , tenu très-mal à propos , et fort éloigné de ce qu'il savoit en sa conscience , je ne pus me retenir de lui dire que je le suppliois de se bien souvenir que toutes ses conférences secrètes s'étoient passées sans notre participation; qu'il y avoit plus de deux mois que nous ne voyions plus ni lui ni monsieur son fils , et que nous étions bien informés que, dans toutes les mesures qu'ilsavoient prises pour s'établir à la cour, nous n'y avions pas été désirés. Il me demanda assez aigrement si j'en étois bien assuré. Je lui répondis que oui , mais que le comte de Béthune et moi n'étions venus le voir pour entrer en conteste avec lui ; qu'il nous suffisoit de la connoissance certaine que nous en avions eue, et de lui donner celle d'être plus ses serviteurs dans sa mauvaise fortune , que nous le serions si elle étoit meilleure. J'ai remarqué en sa personne un procédé qui contrevenoit entièrement à la bienséance et à l'usage ordinaire : les hommes doivent être , sans comparaison , plus constans dans les adversités que les femmes , dont la foiblesse mérite d'être excusée. Néanmoins il étoit au lit, tellement abattu qu'il n'étoit pas connoissable; et madame sa femme, levée, recevoit les visites qui lui étoient rendues avec une constance que l'on ne sauroit trop estimer. Je ne dois pas oublier qu'étant allé voir Saint-Ibar avant notre séparation , que je prévoyois d'une grande longueur, nous y rencontrâmes M. le duc de Longueville , qui , avec beaucoup de soin et de bonté , s'étoit employé pour faire rétracter l'ordre que nous avions reçu.

Les considérations qu'il lui plut de nous apprendre qui s'y étoient opposées furent celles de l'autorité royale et de la dignité do ministre , qui ne permettoient pas un changement si soudain ; que véritablement l'intention de la cour étoit de réparer le tort qui nous avoit été fait , mais qu'il étoit absolument nécessaire, pour sauver les apparences , que ce fût avec le tempérament convenable à la qualité de ceux qui s'en étoient mêlés.

Satisfaits , comme l'on se peut imaginer^ des

MBMOIBES DS MONTBESOR.

jet, tant que j*al été à son service , que celui de sa gloire et de mon devoir. Plusieurs affaires de conséquence m'ayant lora été confiées par Son Altesse , je me rapporterai volontiers à ce qu'elle-même en dira, si jamais elle s*est aperçue que mon intérêt m'ait été en aucune considération , et si la crainte de la peine ou du péril ont retardé un seul moment l'exécution de ses ordres et l'obéissance que j'ai due à ses commandemens, après l'avoir suivie dans toutes ses disgrâces au-dedans et au-dehors du royaume, ra'être trouvé abandonné diverses fois de sa protection, et des assistances que j'en de vois espérer et attendre, sans me pouvoir reprocher d'avoir rien contribué qui m'exclût de les recevoir; vu aussi ma patience exercée dans des rencontres les plus rudes qui puissent arriver à un gentilhomme qui suit, par une pure affection, la fortune d'un prince. Je ne crois pas, si l'on prend la peine d'y faire réflexion, que l'on veuille trouver à redire au soin que j'ai pris d'établir mon repos, en me retirant d'auprès d'un maître duquel j'étois si peu considéré , et d'autant plus que ses persécutions étant finies avec la vie et l'autorité du cardinal de Richelieu , je lui étois fort inutile , n'y ayant rien de plus certain qu'il n'y avoit que ses malheurs qui m'eussent procuré de l'emploi auprès de lui.

Bans ce discours , par lequel je prétends justifier ma conduite, je garderai ce respect à M. le duc d'Orléans de n'y mêler que les plaintes qui sont nécessaires pour faire évidemment paroitrc que je n'ai point failli , et qui peuvent servir à donner connoissance des raisons essentielles qui m'ont obligé d'en user ainsi que j'ai fait. Si ceux qui se sont avisés de dire les sentimens et les motifs de ma retraite se fussent expliqués avec cette retenue , et parlé avec plus de modération, ils m'auroient déchargé du soin d*écrire des vérités que j'aurois eu plus de satisfaction de passer sous silence , que d'être réduit à les faire savoir. Ce n'est pas que ce qu'ils ont dit de moi soit fort injurieux, puisque, par leur aveu propre, ils m'ont laissé la qualité d'homme sincère et incorruptible, et reconnu pour n'être pas absolument indigne de servir un prince dans des affaires difficiles : mais pour venir aux fautes qu'ils m'ont attribuées, ils ont publié que Je me suis précipité mal à propos à me retirer, SOT ce que je voyois La Rivière préféré à moi , et prendre la place que j'avois tenue lorsqu'il n'y avoit que des persécutions à souffrir; que j'avois agi dans cette action par le caprice d'un esprit ulcéré , et contre les règles de la prudence , qui me conseil loit de dissimuler le mé-

contenteineut que j'en recevois , afin d'attendr des conjonctures plus favorables pour rentre en créance auprès de Monsieur ; et quMndubfita blement les divers changeroens de la cour m les eussent présentées , si je ne me fusse mis hor d'état de m'en prévaloir. Ce discours a quelqii vraisemblance , et seroit capable de persuade ceux qui ne le voudroient pas pénétrer ; mai nonobstant qu'il ait été inventé avec assez d'à dresse et d'artifice , il n*est pas si difficile d'; répondre que je ne le puisse faire dans la suit de cette relation , par laquelle je m'expliquen ingénument de la vérité des choses passéa Ceux qui ont remarqué de plus près ma faço d'agir sont vivans, et p«uvent servir de témoin s'il leur a paru qu'aucune envie détenir la prc mière place fût entrée dans mon esprit , et si par des soins particuliers que j'aie pris , ou qu mes amis se soient donnés pour moi , y a-t-il di mesures connues qui aient témoigné que j'euM le moindre désir de me la procurer. Je ne ni( rai pas que je ne me sois opposé de tout dm pouvoir pour empêcher La Rivière de l'occuper et si j'eusse fait autrement, je me serois rend coupable vers Son Altesse, parce que j'étois tiè assuré qu'en étant entièrement indigne , il c abuseroit , et ne tâcheroit à s'en servir que pou avancer sa fortune aux dépens de la réputatio et des affaires de son maître , qu'il livreroitti tant qu'il dépendroit de lui au cardinal de B chelieu. J'avois aussi à regret qu'un homme d sa naissance , que je savois être un trompes pour avoir vendu le parti dans lequel son devoi l'avoit dû engager de servir, fût considéré l'exclusion de beaucoup de personnes de quattt et de mérite, qui croyoient ne pouvoir soufU son accroissement sans un notable préjudice < sans une honte manifeste , à cause de la basses de son extraction , et de l'infidélité qui avm paru dans toutes les actions de sa vie. Si «U résistance a été un défaut dans ma conduite^ J ne veux pas seulement en être aricusé , car j désire d'en être convaincu; mais comme ce n'a pas le sujet effectif et véritable qui m'a <Mig à me retirer, je ne m'y arrêterai que pour dii que j'ai eu des considérations plus fortes (p celles que j'avois tirées de la mauvaise iutcU gence qui étoit entre La Rivière et moi.

En l'année 1 63G , Tunlon de M. le duc àHk léans et de M. le comte de Soissons leur doM lieu de former un parti contre l'autorité du cai dinal de Richelieu , qui cherchoit sa grandei et son élévation dans l'abaissement de la maiao royale.

Ils jetèrent les yeux sur Saint-Ibar et sur hm pour nous déposer le secret de leurs résolutiooi

ME&IOIRBS OR UONTBBSOB.

dont les oommencemens nous faisoient espérer des événeniens bien contraires à ceux qui sout arrivés du depuis. Dans les occasions qui s offrirent de leur rendre tous les services qui étment en notre pouvoir , je crois que je puis amirer qu'ils n'ont eu aucun reproche à nous &ire, et qu'ils reconnurent que les mesures qui avdent été concertées suffisoient pour achever avec facilité et réputation le dessein qu'ils avoient eotreprls, comme Texpérience Tauroit justifié^ A ees deux princes, auprès desquels nous avions rhonneur d'être employés, eussent eu autant de disposition à finir les affaires qu'à les commencer.

M. le duc d*Orléans sait mieux que pas un antre à quoi il tint ; mais, prévenu d'autres sentimeus, il suffit de dire qu'il ne le jugea pas à propos, dans la créance qu'il lui seroit plus avantageux de s'accommoder ; ce qu'il fit par Teotremisede M. de Chavigny et du père Gonbaa, son confesseur. Et bien que les intérêts de SoQ Altesse ne fussent pas ménagés de la sorte qu'ils le pouvoient être , au moins en succédat-il que Sa Majesté consentit à son mariage , et le dédara en public à messieurs du parlement de Paris. Quoiqu'il fût très-juste que l'on me eoBprit dans ce traité , et que ma sûreté y fût particolièrement stipulée, puisque j'avois eu la principale confiance de ce qui s'étoit projeté , je K màitai point que l'on s'en avisât ; et l'on Ht plus, car l'on ne se contenta pas de me laisser exposé j l'on usa de cette dureté vers moi de ne eéler tout ce qui concernoit l'accommodement, que Je souffris volontiers se conclure sans n'en plaindre, faisant toutefois connoitre à Son Âttene que j'etois mieux informé qu'elle ne Tavi^t peut-être cru. Les articles entièrement arrêtés, Monsieur alla trouver Sa Majesté à Orléans, où je ne méjugeai pas en état de le suivre. Lorsqu'il fut de retour à Blois ( avec la mauvaise satisfaction que l'on peut croire qui me devoit rester de la manière dont je me voyois ibaodonné), je pris la liberté de le supplier, aveele respect que j'étois obligé de lui rendre, de me permettre , étant fort inutile à son service , de me retirer hors du royaume , où j'aurois plus deitreté qu'à y demeurer, le cardinal de Ridwlieu ayant le dessein et le pouvoir de me Perdre. J'y i^outai que je croyois qu'il avoit intérêt pour sa réputation de souffrir que je prisse ^ parti, qui étoit le seul qui me restoit de me B*nmtir d'oppression pour l'avoir fidèlement ser- ^- ee que je ferois toujours avec le même zèle 9>*ll avoit reconnu et éprouvé dans ces dernières 'ci'coQtres. Je demandois si raisonnablement, ce ^ semblolt , que je ne voyois pas lieu d'être

refusé par Son Altesse; toutefois sa prudence n'en tomba pas d'accurd, sur ce que, m'éloignant de lui , M. le cardinal Tattribueroit à des nidations secrètes qu*il m'auroit confiées. Ce fut la raison qu'il m*allégua, et de laquelle il se servit pour vouloir que je demeurasse en France, dont il me fit un commandement absolu. Le hasard que j*avois à courir en obéissant ne fut mis en aucune considération : il fallut pourtant s'y résoudre ; mais j'avoue que j*etois outré dans mon cœur de voir ma vie et ma liberté comptées pour si peu , que de m*6ter par des ordres si précis les moyens de me les conserver , et même sans me dire une seule parole obligeante qui me pût assurer qu*il m*en eût le moindre gré. Je jugeai dès- lors à qui j'avois affaire , et me résolus dès ce moment que le présent me seroit une règle pour l'avenir, et cependant à trouver dans une vie retirée et particulière la sûreté qui m'étoit déniée dans la protection d'un mattre auquel je m'étois si entièrement dévoué. Je m'en allai dans une maison de campagne, où je passai six ou sept ans dans une solitude assez exacte pour faire croire que j'avois quitté toutes les pensées de me mêler des intrigues et autres menées qui déplaisent à ceux qui gouvernent. Cette retenue de laquelle j'usai me fit oublier du cardinal de Richelieu , et me mit à couvert de la persécution que je de vois attendre d'un ministre de son humeur , si j'eusse vécu autrement. Je voyois Monsieur lorsqu'il revenoit dans son apanage ; mais c'étoit assez rarement , et avec les précautions qu'il falloit observer , qui n'étoient pas inutiles. Le temps que j'ai ci-devant remarqué s'étant passé de cette manière à mon égard , Son Altesse, retournée à Paris, se laissa persuader par mciisieurs le duc de Bouillon et de Cinq-Mars, grand-écuyer de France et favori du Roi , de s'opposer à la domination du cardinal de Riche* lieu , qui étoit trop violente , à ce qu'ils lui faisoient entendre, et trop tyrannique pour être plus long-temps tolérée. Ils lui représentoient le peu de sûreté en laquelle étoit sa personne, et le déshonneur qu'il jecevoit , tant sur le sujet de son mariage , où sa conscience étoit intéressée , que sur une infinité d'autres qui ravaloient sa naissance et biessoient sa réputation. Leurs inductions furent si pressantes sur son esprit, qu'elles firent qu'il se résolut à traiter avec les Espagnols ; et pour cet effet Fontrailles , gentilhomme d'autant de mérite que j'en aie jamais connu , fut dépêché en Espagne avec des articles et des blancs signés de Son Altesse , de laquelle, durant que les choses s'ongageoient si avant , je me trouvois éloigné.

Le Roi partit pour le siège de Perpignan ;

MEUOIUES DE AIONTBESOR.

M. le Grand suivit Sa Majesté; M. de Bouillon fat commander l'armée en Piémont, et Son Altesse vint à Blois. Je n'étois lors en aucune connoissance de leurs desseins ; et il est très-vrai que je ne les eusse point approuvés , parce que la foi de quelques-uns qui s'en mêloient m'étoit fort suspecte y et que le parti d'Espagne duquel ils se vouloient appuyer étoit tellement foible et et de force et de réputation , qu'il n'y avoit pas matière de se promettre qu'il dût être si promptement en état de relever celui que Son Altesse essaieroit de former d'elle-même : et pour en dire plus positivement mon opinion, le fondement de leurs délibérations, ni les voies qu'ils ayo.ient tenues pour les faire réussir, ne ra'auroient satisfait en façon du monde, il fallut pourta^it , nonobstant cette répugnance , que dans ce qi^i arriva du depuis j'y eusse plus de part que je n'aurois désiré , s'il eût été à mon choix d'en accepter ou refuser la connoissnnco.

Son Altesse, dans cet embarras d'affaires, youlut me rapprocher d'elle, et pour ce sujet m'envoya commander de me rendre près de sa personne le plus tôt que je pourrois. J'eus un prétexte fort spécieux de m'en excuser , parce que j'étois incommodé au point de ne me pouvoir soutenir, pour m'étre démis les deux jambes quelques jours avant. La fatalité est une étrange chose I il y a des malheurs que l'on ne sauroit éviter: celui qui m'a toujours accompagné voulut que mes excuses m'attirèrent de nouveaux ordres qui me contraignirent, contre mon sentiment , d'aller trouver M. le duc d'Orléans à Blois. Il me parut , lorsque j'eus l'honneur de lui faire la révérence , par la réception qu'il me lit , qu'il n'avoit pas désagréable de me voir , et qu'il étoit en impatience de m'entretenir. Je ne me trompai pas; car il ne se donna le loisir que de me dire cinq ou six paroles dans sa chambre, en présence de quelques-uns des siens, qu'il passa dans son cabinet, duquel il me commanda de fermer la porte : ce qui me confirma qu'il avoit de nouveaux embarras , dont il avoit intention que j'eusse la confiance.

Son premier discours fut de la créance qu'il prenoit en ma fidélité , que je lui avois , à ce qu'il médit , conservées! entière , qu'il lui étoit impossible de me déguiser ses affaires et ses sentimens. Il me raconta ensuite tout ce qu'il avoit fait et résolu avec M. de Bouillon et M. le Grand , et m'ordonna de lui dire, avec mafranlëhise accoutumée et la liberté qu il m'avoit tou-

(I) Ce fut le duc d*0rl(^ans qui se chargea probablement de donnera Richcliru le traité fait avec l'Espagne, dont on connaissait Teiisteuce sans en avoir vu les ter-

jours permise, quelle étoit mon opinion dans ces occurences où il s'agissoit de tout ce qu*un prince de sa qualité avoit de plus considérable. Il la trouva si différente de la sienne , et tellement éloignée des conseils qui lui avoient été donnés , que je m'aperçus , dès l'instant que j'avœs l'honneur de lui parler, qu'il en restoit fort surpris , et d'autant plus qu'il s'étoit imaginé, rappelant le souvenir des choses passées , qu'il n'avoit qu'à m'ouvrir les voies d*entrer dans un parti, pour rencontrer eu moi le zèle etl'ardeor que j'avois témoignés dans celui de Tan 1686, qui avoit été entrepris sur des fondemens plm solides et des moyens mieux raisoimés.

Cette première conférence qu'il plut à Son Altesse que j'eusse l'honneur d'avoir avec elle ne s'étant étendue que dans des termes généraux, je fus nécessité ensuite par mon devoir, et pour l'intérêt de son service, de m'expliquer plus clairement de mon avis , et de le particnlariser davantage. J'insistai moins sur les défauts de rengagement dans lequel il me serabloit qu'il s'étoit précipité, et les fautes que j'estimois y avoir été commises en s'y emlMirquant , quoique très-grandes , qu'à lui proposer les expédiens que je jugeai plus propres à les réparer. Dieu sait, et Son Altesse aussi, si Je parlai en homme de bien et conformément an devoir d'un naturel françois.

Le traité porté à Monsieur par le vicomte de Fontrailles et le comte d'Aubijoux à Chambord, il s'en alla à Bourbon , où je n'eus point l'honneur de le suivre, pour éviter les soupçons qu'en auroit peut-être pris le cardinal de Rlcbelieu. Avant ce voyage. Son Altesse me donna diverses fois sa parole que je serois ponctaellement averti de tout ce qui surviendrolt dans le cours de cette affaire, et m'assura que, si elle étoit découverte et lui obligé à se retirer, il s'en iroit à Sedan , où il me commanderoit de me rendre avec la diligence que Je Jugerois nécessaire. Le comte d'Aubijoux fut dans ce même temps en Piémont vers le duc de Bouillon, pour tirer de lui les pouvoirs qu'il avoit promis , el les ordres à ceux qui commandoient dans sa place pour y recevoir Son Altesse toutes les f<^ qu'il lui plairoit d'y chercher sa sûreté. Ils loi furent remis par mondit sieur de Bonillon , etU les apporta à Moulins, si à propos, que Monsieur eût pu s'en servir s'il fût demeuré dans sa première résolution.

Le traité ayant été pénétré (1), et messieurs le

mes. On reconnaît par la pièce suivante combien le cardinal ministre comptait sur ce document pour faire faire le procès aux conjurés. Cette concession fut arrachée à

■tlSHUI«ES tlK MONTtEHOII. 211)

Grand etde Thou arrêté* k NBrbonite,tnnts'cn diemin dcSedau, ainai qu'ellcine l'avoitotisuré, fUtatque Soa Altesse se disposât à prendre le qu'elle choisit la voie de la négociation (l),et

Ménutirt de Son Eminme».

(FnMDtet rcpeoHDt âr«flïlre Jci conjurés, je mo MliidTiitf qu'il est împoulble qu'il d'j jII un Icaillé pntkallcr hit eoir'eui : ce qui ftll qu'il tmdtt le de- ■MdtrmMoniicur.auMibienqucle iraltlé il'Eipagne. $1 reapeu «voir ce» deux piècei , le procèi Bcn fait aui primaien moi peine.

• 11 bol prétuppOKf n^cestalrcmenl, en parlnnl a U Hirlère , que le (raitU eil cumnie uau chose hort itc

• hlMjm TOQ* eitlmez du tout ojceisiire de ilonner nKU on pa*Mporl à Uoniltur pour iorlir bon du [■TiUBc, Je Tou* en «j envoyé un quri'iy drcASi^, aui paninnïtUDtlelIei au*quelle»il eii à propos de e'eiucher ^ïcineQiipde raiwni, que tou* Jugerez bien.

■ IpréfaToIrriilrepréieDteriuducd'Orl^aiia, noilre Mn, que le Tray lieu auquel il se doit rendre auprès «leNUre penoonc , particulièrement depuis la Taule où UUUNnbé depuis peu, lesiniUnceiet réiléréessuppIU (■iMM qo'il nous a fait faire de luy permettre de sortir ttBOMie rojanme, nous voûtons bien la tolérer, pulsfrï ■'■ pu Touin lulvrc no; conseils ny satlsraire à ce s vnr son deroir l'obiigeoii.

• En celle considération , nous commanitons k tous Ms fmeratiin de provluets . places . >it!cs , et k tous Mlns MM araciers, de laisser passer libremenl noslre<llt tiniTee ion Iraiu , composé de,..cheTaut, pour aller (Ttobe, d'où il ne pourra revenir dans nostrc royaume nis H>ic cipresse permission.

• Os Taraieon , et einqui»imt juillet 1042. a

tttfl d* Son Emltttnee à moniieur de CbaKigny.

• Ptu Je pense cl repense a l'alTaire de la conjuralion ^t MH.' le Grand . de Bouillon el de Monsieur , plus Je ntWMliqa'unedéclarBllon ingénue et entière de Uon- 'cvitrolt nécessaire. Parlant, je vous fais ce billet pour nû dire que si on peut l'avoir telle , en aueordsni à lansienr quelques conditions plus ad vaut ag eu ses que ^Utsqn'on s'est propos^es,jecruis qu'il ne faut pas per- ^n roccatlon d'aioir ladite déclaration, qui emporte avec *oy la délivrance du truiié lait en Espagne et de l'asso- *Ulioi faile en Frnnre.

■ S'il n*y a point d'espérance d'avoir une telle preuve *l«lt COiiJoratlon, Il faut suivre poncluellemenl le pre-

'bt projet; mais si on U peut avoir pour de l'argent , et quelques autres conditions que le Roy ju- ■epas préjudiciables el peuvent et doivent esire , toul est remis à la prudence du Boy el de ^Miqul ont l'honneur d'estre auprès de luy. *Out»ptiesmt}iiiUtt 1St-J. «

(i) Totel In principales pièces relatives à l'acrommodtmnt de Gaston d'Orléans avec le Rot . ncgoeiè par VibM de La Rivière.

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