‹ Relation faite par m. de Fontrailles des choses particulières de la courChapitre 43 sur 89 · DU COMTE DE LA CHATRE · texte numérisé non relu

DU COMTE DE LA CHATRE

rt bien difficile de parottre prudent lorsest malheureux. Comme la plupart du ! ne s'attache qu*à Tapparence des choses, îoient seul règle leurs jugemens ; et Jamais sein ne leur parolt bien informé ni bien lorsque Tissue n'en est pas favorable, es disgrâces qui me sont arrivées depuis J'ai reçu cet accroissement de douleur , * mes plus passionnés amis me blâmer en Ignant , et , sans éplucher davantage mes I, m'accuser d'avoir été , par mon peu de te, l'auteur de ma ruine. Ce seroit une iption trop grande à moi de croire que je Int commis de fautes dans le temps que neuré à la cour, puisque les plus raffinés ans se trouvent quelquefois embarrassés rencontres où , quelque adroits et souples oient, il leur arrive des accidens dont ils Movent bien retirer. J'avoue que Je puis 'ailli , soit manque d'expérience, soit en traignant pas assez mon naturel , ennemi es sortes de finesses. Lorsque Je suis venu du feu Roi , J'y ai apporté un esprit mal aux fourbes et aux bassesses , et qui a *s fait profession d'une franchise trop ou- J'ai trouvé ce train de vie assez honnête ! continuer depuis; et quoique j'aie appant reconnu que ce n'étoit pas là le che- I faire fortune , J'ai préféré la satisfaction conscience , une réputation sincère , et sition de quelques amis, gens d'honneur, gnités et aux avantages que j'aurois pu en faisant l'espion ou en Jouant le dou« promettant en même temps aux deux Dans cette manière d'agir que J'ai ob- ( Je me suis peut-être découvert trop liit, et d'ailleurs Je me suis attaché trop lent à mes amis quand ils ont été en mauosture : et c'est en ces deux points que avoir principalement manqué ; mais je DC de telles fautes parottroot excusables ■sonnes de probité , et que le fondement trop bon pour avoir des suites condam-

k, sans rien déguiser, tous les crimes me trouve coupable. Et pour le montrer virement , je déduirai en peu de paroles,

et fort véritablement, tout ce qui s'est passé de plus considérable dans les derniers temps que J'ai été à la cour, parce qu'encore que mes intérêts soient fort éloignés de ceux de l'Etat, les affaires générales les plus importantes ont eu quelque liaison avec les miennes particulières.

[1638] Quelque temps après la naissance de notre roi Louis XIV, voyant qu'il n'y avoit rien à espérer pour moi tant que le cardinal de Richelieu seroit tout puissant, parce que Je ne pouvois m'assiyétir servilement auprès de lui ^ et que d'ailleurs J'avols beaucoup d'alliances et de liaisons d'amitié qui lui pouvoient être suspectes 9 Je crus que Je devois songer à prendre quelque autre parti qui pût un Jour relever ma fortune ; et dans cette pensée , je n'en trouvai point de plus Juste ni de plus grande espérance que celui de la Reine, parce que le Roi, son mari , étant très-malsain , et ne pouvant apparemment vivre Jusqu'à ce que son fils fût en âge de mi^jorité, la régence devoit infailliblement, dans peu d'années , tomber entre les mains de cette princesse , de qui les adversités presque continuelles, souffertes avec grande patience, avoient élevé l'estime à un si haut point , qu'on la croyoit la meilleure et la plus douce personne du monde , et la plus incapable d'oublier ceux qui se seroient attachés à elle dans sa disgrâce.

Ces belles qualités me charmèrent , et de plus Je Jugeai qu'il y avoit de l'honneur de se Jeter de son côté , dans un temps où l'absolu pouvoir de son persécuteur faisoit éviter son abord à toutes les personnes foibles et intéressées , et , par un excès de tyrannie , ne laissoit presque dans sa maison que des traîtres , ou des gens que leur stupidité rendoit exempts de soupçon, et incapables de la servir en quoi que ce fût. Je lui vouai donc dès ce temps-là mes services , et l'en fis assurer par mademoiselle de Saint-Louis (à présent madame de Flavacourt) et par M. de Rrienne. Les réponses obligeantes qu'elle leur fit pour moi m'y engagèrent encore davantage : si bien que depuis Je me résolus à ne songer Jamais à aucun avantage dans la cour que quand elle seroit en état de m'en départir» ou quand Je croirois lui pouvoir être plus utile dans une au-

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tre charge que celle de maitre de la garde«robe du Roi , que J*avois alors.

[1642] Je vécus dans ce sentiment Jusqu'à la mort du cardinal , après laquelle ceux qui s*étoient le plus éloignés de la Reine se pressant à lui faire de nouveau leur cour , il n*est pas fort étrange que , m*étant donné dès auparavant entièrement à elle , Je cherchasse avec soin les occasions de lui témoigner mon zèle. Il s'en présenta une incontinent, laquelle J*embrassai avec grande Joie ; et la lui ayant fait proposer par M. de Rrienne, et lui ayant ensuite parlé moimême, elle la jugea avantageuse pour son service , et m'en remercia en des termes qui redoublèrent ma passion pour ses intérêts et accrurent mes espérances. Cette occasion fut l'achat de la charge de colonel-général des Suisses, dans laquelle je ne regardai ni la grande somme d'argent que J'y employois , ni beaucoup d'autres considérations que me pouvoit faire nattre la vue d'une femme et de trois enfans dont la ruine étoit inévitable , si par ma mort ma charge se perdoit sans récompense. Je lui sacrifiai donc sans regret toute ma famille, et, soit que mon procédé plein de franchise lui plût , soit qu'elle jugeât que je la pouvois utilement servir , elle redoubla dès-lors son bon visage et ses civilités pour moi , et parla de moi à ses plus confidens comme d*un homme qui lui étoit absolument dévoué, et dont elle faisoit état pour sa fidélité, ordonnant particulièrement à M. l'évêque de Beauvais , qui avoit alors son secret , de me communiquer librement les choses qui seroient de son service.

Ce fut presque en ce même temps que M. de Beau fort revint d'Angleterre ; car sitôt que le cardinal fut mort , M. l'évêque de Lisieux , par ordre de la Reine , lui écrivit de s'en revenir , et lui , sans prendre d'autres précautions , partit à l'heure même et, mettant pied à terre en France , m'écrivit, par un gentilhomme nommé Drouilly, une lettre fort pleine de confiance, par laquelle il me priolt de le servir en ce que Je pourrois auprès du Roi , et ajoutoit que M. de Montrésor (qu'il savoit être mon cousin-germain et mon principal ami , et qui étoit le sien fort particulier) l'a voit assuré que Je m'y porterois avec beaucoup de Joie. Tout ce que je crus devoir répondre à Drouilly fut que M. de Beaufort me faisoit trop d'honneur de se fier en' moi , et que Je le conjurois de me dire en quoi Je lui pourrois être utile , lui protestant que j'exécuterois ce qu'il souhaiteroit de moi, peut-être avec peu de crédit , mais au moins avec beaucoup de passion et de fidélité. Sur cela , il me témoigna que M. de Beau fort eût bien désiré qu'avec quel-

que autre de ses amis Je me ftasse chargé de dé. clarer directement au Roi son retour dans le royaume; mais en même temps il m'apprit qu'ayant porté à M. de Brienne une lettre qull avoit pour lui ^ ou M. de Beaufort le priolt de la même chose que moi , ce bon seigneur, dmUleur courtisan que je n'eusse peut-être été, M avoit dit que le moyen de ruiner ses intérAi étoit de prendre le biais qu'il lui proposoft; que pour lui, qui savoit mieux l'air du monde qu'un homme qui venoit d'outre-mer , il Mk d'avis d'en parler aux ministres , et qull partoft à l'heure même pour les aller trouver. Yoynt Taffaire en ces termes, Je lui dis qu'il n'éUÉ plus temps de consulter , et que les miniilni ayant connoissance du retour de M. de Beanfcrti il falloit attendre ce qu'ils feroient en eetteiK» casion , et ne pas entreprendre une négociitioÉ auprès du Roi, laquelle les piqueroit et ke rendroit ses ennemis ; que, pour moi, Je m'enie* tournois à Saint-Germain, où étoit leRol^et que si je voyois Jour de m'employer, Je n'y pa>> drois pas un moment.

Sitût que Je fus à Saint-Germain , Je pawi chez la Reine , et lui croyant apprendre eeM nouvelle , Je trouvai qu'elle en étoit déjà Ua instruite. J*ai su depuis que c'avoit ké pu M. de Lisieux. Quelque temps après , Mental de Sully, de Retz, de Fiesque, de Chabot (À moi allâmes voir à Anet ce nouveau venu, et ce fut dans ce voyage que Je me liai plus parti* culièrement d'amitié avec lui ; car auparamt j'y avois eu peu d'habitude, et même en qoeiqiis rencontres Je m'étois trouvé dans des Intàto contraires aux siens. Gomme , à mon gré, h plus grande marque d'estime et de bonne 19lonté e^t la confiance , ce fut par là que Je ni laissai gagner par lui. Il me témoigna de m'ébt obligé de la franchise avec laquelle J'avois puM à Drouilly , m'entretint de ses intérêts à eav ouvert , et me discourut ensuite sur Tétat préicit de la cour, non pas en termes extrêmement p^ lis , n'étant pas naturellement fort éloqneflli mais au moins avec des sentimens si beaux di nobles, que Je pus remarquer aisément qui! atrit beaucoup profité en Angleterre dans la eoofC^ sation de quelques seigneurs qu'il avoit fréqnettés. Mais ce qui m'attacha davantage à lui (taitit deux choses: l'une , l'étroite union quejesafoii qu'il avoit avec M. de Montrésor , dont les iai^ rets ont toujours été les miens; et l'autre, h passion extraordinaire qu'il me fit parottre piV le service de la Reine. Comme c'étolt un ftA auquel je m'étois absolument rangé , ce fbt eetK dernière considération qui emporta la balaneit et c'a été la même qui m'a toujours engagé d^

MRMOIRES DR LV CIUTRE. [ I (M 2

piiiafee lui ; mais c^estune chose que l'on eon- Mllra plut visiblement dans la suite de cette Mmtion , qu'il faut que Je reprenne de plus km, afin de la rendre plus exacte.

Après la mort du candinal , toute la France Mtendoit à voir un changement entier dans les Aires ; car, comme ce ministre ne subsistoit npfès du Roi que par la terreur , on crut que atte raison étant finie avec lui , la haine de Sa ÉJttté éclateroit sur tout ce qui resteroit de sa knille et de sa caimle. Mais ces espérances , qui hnoieut beaucoup de personnes , ne durèrent fm long-temps ; et on vit peu de jours après, me étonnement, sa maison maintenue dans ses Ipltés, et ses dernières volontés suivies eniimieiit , hormis en un seul point, qui fut Té- Ange des charges de surintendant des mers et isgénéral des galères , qui furent données , la inniëre au duc de Brézé , et la dernière au pettiePont-OHirlay , duc de Richelieu , quoique bcudinai en mourant eût demandé le contraire, cteAt destiné la charge de Tun pour Tautre. Je M parlerai point ici des querelles que cette af- Mn excita entre madame la duchesse d'Aiguilhiet le maréchal de Brézé, qui dit contre elle Meequela rage lui suggéra et dirai seulement p Taneienne familiarité du maréchal avec le lii loi apporta cet avantage sans l'aide de perme. Mais quoique cette disposition des plus Mes charges du royaume et des plus beaux gmeruemens semblât bizarre à tous ceux qui heonsidérèrent, et que le gouvernement de hetagne, donné au maréchal de La Meilleraye, ifâ nous le verrons quitter assez foiblemeut fiélqQe temps après , parût aussi extraordi- Mira, CD ftit l)eaucoup plus surpris de voir le Ordinal Mazarin et messieurs de Ghavigny et Db Noyers seuls dans le conseil étroit du Roi : |edb seuls, parce qu'encore qu'en apparence le eksneeller, le surintendant Bouthillier , et les kn autres secrétaires d'Etat de Brienne et de EaTrillère, fassent présens à toutes les délibéitfoiis, il est certain que le secret étoit pour les nais proniers , et qu*outre ce grand conseil , où etroDVf^ent tous ceux que j'ai nommés, une lis ou deux la semaine , comme eux trois de- Mrolent assidûment à Saint-Germain , ils en GMient tous les jours un pour le nM)ins avec le M 9 où se résol voient les principales choses.

Dès que leur protecteur fut mort , se voyant ppèlés au ministère, ils Jugèrent que le seul myen de subsister étoit de n'avoir point de dé- QBkm ensemble, et de travailler d'un commun iceord en tout ce qui se présenteroit. Mais , quel- |W résolution qu'ils en eussent faite , leurs premières actions et la différence de leur conduite

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