‹ Relation faite par m. de Fontrailles des choses particulières de la courChapitre 44 sur 89 · III. c. D. M., T. m · texte numérisé non relu

III. c. D. M., T. m

firent connoître aussitôt leur division secrète. Le cardinal Mazarin et M. de Ghavigny , joints de tout temps ensemble, s'unirent encore plus étroitement en cette conjoncture ; et comme le dernier n'ignoroit pas l'aversion que le Roi avoit pour sa personne , il crut que rien ne le pou voit maintenir que d'attacher ses intérêts inséparablement à ceux de l'autre, qui , entrant nouvellement dans les affaires , auroit long-temps besoin de lui pour être instruit. Leur méthode pour s'introduire dans l'esprit du Roi fut de témoigner un désintéressement général de toutes choses , et même d'al^ecter de dire , l'un , que son plus grand désir eût été d'aller en Italie , et l'autre , de se retirer de l'embarras de la cour , pour vivre avec plus de repos et moins de traverses. Après ce premier fondement , ils songèrent à s'acquérir des gens qui prônassent leurs actions auprès du Roi , et essayassent de lui persuader que la grande dépense qu'entretenoit le cardinal étoit un effet de sou humeur, qu'il n'avoit nul attachement à l'argent , et une dépense qu'il avoit crue nécessaire en la place qu'il tenoit de premier ministre. Ils firent pour ce sujet revenir à la cour le commandeur de Souvré , qui , par la nourriture qu'il avoit prise auprès du Roi , s'étant acquis une parfaite connoissance de son naturel , leur parut capable de les bien servir. Quoique , depuis le siège de La Rochelle , le feu cardinal , craignant son esprit , l'eût éloigné de la cour , n'ayant pas oublié les biais de s'insinuer auprès du Roi , il rentra dans peu de jours en une assez grande familiarité pour s'y rendre utile à ceux qui l'employoient.

Mais, outre ce premier émissaire, leur façon de vivre libre et magnifique, la profession qu'ils faisoient de vouloir obliger toutes les personnes de condition , et particulièrement de songer à la délivrance des prisonniers et au rappel des exilés , leur acquirent pour amis, ou du moins pour complaisans et pour approbateurs, la plus grande partie de la cour , et entre autres messieurs de Schomberg, de Lesdiguières , de La Rochefoucauld et de Mortemart. Je ne parle point de M. de Liancourt ; car, ayant été de tout temps ami intime de M. de Ghavigny , et fort particulier du cardinal , il n'est pas étrange qu'il demeurât dans le même train de vie.

Le petit M. Des Noyers avoit le même bu qu'eux de s'introduire dans l'esprit de son maitre , mais sa méthode étoit toute contraire : au lieu que les deux premiers affectoient la splendeur et l'éclat , lui se maintenoit dans une vie l)asse et obscure ; et tandis que les autres recevoient les compagnies , et passoient une partie du jour et les soirées entières à jouer et à se di-

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vertir j lui s*eDfouçoit plus que Jamais daus le tTAvail , et ne bougeoit presque de sa chambre à écrire , hors les heures qu*il employoit à prier Dieu ou à demeurer auprès du Roi , avec qui sa charge de secrétaire d*Etat de la guerre lui donnait des manières d'entretien plus agréables que les autres : car, au lieu que les grandes négociations pesoient à ce prince , le tracas et la discussion des troupes sembloient être ses seules affaires, tant il prenoit plaisir à retrancher quelque chose aux officiers , et à parler du détail de toutes les charges, dans la disposition desquelles il lui sembloit que paroissoit principalement son pouvoir. La profession de dévotion que faisoit hautement M. Des Noyers lui avoit donné, outre cela, une familiarité avec le Roi que les autres ne possédoient pas , car il étoit de toutes ses prières ; et souvent dans son oratoire , après lui avoir aidé à dire son office , ils avoient de longues conférences. Le Roi lui ayant voulu faire un don de cent ou deux cent mille écus sur une certaine affaire , il ne l'accepta qu*à condition de l'employer au bâtiment du Louvre ; et cette preuve de son désintéressement fit un grand effet dans Tesprit de Sa M£gesté«

Les prisonniers ni les exilés ne trouvoient point de protecteur ni d'intercesseur en lui ; et tout ce qu'il faisoit pour ne se pas charger de la haine publique étoit d'assurer qu'il ne s'opposeroit point à la bonne volonté du Roi pour eux. 11 avoit en ce procédé deux intentions : l'une, de complaire au Roi, dont il savoit que l'humeur n'étoit pas naturellement portée à faire du bien ; l'autre , de témoigner son respect pour la mémoire du feu cardinal , en ne voulant pas sitôt contribuer au changement des choses qu'il avoit faites, et rejeter par là sur lui toutes les violences passées. Voilà quelle fut la première introduction de ces Messieurs, et leur manière d'agir jusqu'à la fin de l'année 1642 , de laquelle , avant que de sortir , Je dirai , pour ce qui me touche, qu'ayant traité de ma charge , et voyant que j'aurois principalement affaire de M. Des Noyers, comme secrétaire d'Etat de la guerre , Je lui en parlai et fus confirmé par lui dans le dessein de m'adresser moi-même directement au Roi , qui me reçut avec toutes les bontés possibles , et sans en prendre avis de personne, si ce que le chancelier me dit en ce temps-là est véritable ; et les deux autres ne m'y auroient pas favorisé. Mais il ne les aimoit pas alors; et Je ne sais si c'est de là que Je dois prendre le premier fondement de la haine du cardinal pour moi.

[l6/i3] Au commencement de cette année, ces deux cabales voyant la santé du Roi s'affoiblir encore de Jour en Jour , et laisser peu d'espé-

rance d'une longue vie , chacun crut dev ger à prendre un appui ; et comme ils n pas couvenus en toutes les autres choseï s'accordèrent pas aussi en celle-ci. M. de gny croyant que sa charge et son habitude de Monsieur, et les derniers services qi tendoit lui avoir rendus après le traité < gne , lui dévoient tenir lieu d'un grand envers Son Altesse Royale), et qu'au en la Reine le devoit toujours haïr comme cipal ministre de son ennemi , il fit pen cardinal Mazarin du côté de Monsieur, deux se mirent à travailler auprès du Roi faire revenir à la cour. Et sur ce sijget il particularité qui d'abord ne semblera pi être fort importante , mais qui a été de te séquence pour nous que Je puis dire qi ce qui a commencé à nous perdre.

Après la prise de M. le Grand , le trai pagne étant découvert, il courut un br ç'avoit été par le moyen du comte de B Monsieur sembla donner force à cette fii et l'avouer tacitement , poussé à cela ap ment par La Rivière, qui crut ne se mieux venger de M. de Montrésor duri éloignement , ni mieux lui ôter tout ch( se rapprocher de son maître , qu'en le auteur ou du moins approbateur d une calomnie contre son meilleur ami. Getli sance dura peu de temps ; et le fea i même, quoique peu ami du comte de Bi en désabusa ceux qui lui en parlèrent peut juger combien un homme d'honni être sensible à une si rude offense : mai rite du cardinal , qui protégeoit La 1 l'exemptant des Justes ressentimens qa'oi avoir, le maintint durant sa vie sans i^ sion. Sa mort changea la face des eh La Rivière ne sachant pas si son roafti assez vigoureux , ou auroit assez d'ami lui , pour le maintenir contre une mi considération , et ne se voyant plus d'aï pui , il entra daus des frayeurs morti étant , quelques Jours après , appelé à I M. de Chavigny pour y traiter du n Monsieur, il ne put Jamais être peni prendre ce chemin , qu'auparavant on surât des ressentimens du comte de I M. de Chavigny, qui en avoit besoiny( M. de LIancourt , et parla lui-même a comte de Béthune, qui, se sentant ofCemi ce qu'un gentilhomme le peut être , M mais être induit à lui donner sa parole temps : si bien qu'à la fin on le lui fitc der par une lettre du Roi que lui porta Yi l'un de ses ordinaires , qui empêcha bk

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leiaJii8teoolère,niaisDe fit qu'accroître une «iM si équitable et si bien fondée. Peut-être |ue cette digression semblera un peu longue ; ttis on verra par la suite qu'elle n'est pas hors le propos.

La Rivière, étant enfin venu à la cour, y mita, avec l'aide des deux ministres , les intééH de son maître si heureusement , que peu le temps après on le revit auprès du Roi , son rère, en très-bonne intelligence, quant à l'ap- ■rence. Pendant que ces deux messieurs tra- «ilkoient de cette sorte de leur côté , M. Des ^ers prenoit d'autres brisées , et, par l'entrenlie deChandenier , son ami intime , faisoit asmnr la Reine de son service et de son attache- RMBt inséparable à ses intérêts. Et après cette ledaration , il eut sur le môme sujet quelques HMiférences avec M. i*évéque de Beauvais , dans lopielles il s'ouvrit assez clairement des des- NiîsdeiKS collègues, qui lui donnèrent belle ■itière d'entretien en ce temps-là : car voyant pea i peu la maladie du Roi s'augmenter, et Sa M^esté leur ayant parlé quelquefois de la disporttkm de son royaume, ils portèrent le père Simiood, son confesseur , à lui proposer la cov^ence pour Monsieur avec la Reine ; et dans eeméme temps ils furent tous deux à Paris pour laBieiter beaucoup de personnes du parlement à eeméme dessein, et se servirent de Tentreraisc Al président de Maisons pour cet effet. Mais (itte proposition déplut si fort au Roi , qu'après Hwafr aigrement rebutée , et en avoir même dit fwlqae chose à la Reine , il ne voulut plus en- Indre parler son confesseur , et, l'ayant fait renvoyer sous un autre prétexte, prit en sa place le 1ère Dinet.

Après cette première tentative, ces messieurs,

10 voyant absolument exclus de leur prétention, prirent un autre biais qui tomba plus dans le oiBS du Roi , assez porté de son naturel à croire la Reine incapable de toutes sortes d'affaires , ft proposèrent cette même déclaration qui parut im mois après, et qui auroit éclaté dès l'heure,

11 M. Des Noyers n'en eût dissuadé Sa Majesté. n en fit avertir la Reine , à qui ce conseil de la régence donna infiniment l'alarme. Et dans ce nftoie temps le Roi ayant eu la fièvre , et ayant ionné de l'appréhension aux médecins , ceux pii surent le particulier de la chose offrirent de lonveau leurs services à la Reine; et moi, à lut elle avoit défendu quelque temps aupararant de demander à aller servir de maréchalle-eamp , me jugeant plus utile à son service lans la cour , je m'offris en cette occasion (si le Roi venoit à l'extrémité) d'aller avec le régiment des gardes-suisses me saisir du palais , et

empêcher que qui que ce fAt y entrât jusqu'à ce qu'elle y fût arrivée. Cette proposition, étant ^sez hardie et affectionnée, ne lui déplut pas , et la réponse qu'elle y fit témoigna qu'elle m'en savoit gré et qu'elle me croyoit tout à elle. Quelque temps auparavant, le cardinal et M. de Chavigny portèrent le Roi à la délivrance des maréchaux de Vitry et de Bassompierre et du comte de Gramail. Le moyen dont ils se servirent en cette occasion mérite d'être écrit, comme étant assez plaisant ; car ne voyant pas que le Roi y eût beaucoup d'inclination , ils le prirent par son foible , et lui représentèrent que ces trois prisonniers lui faisoient une extrême dépense dans la Bastille , et que, n'étant pas en état de faire cabale dans le royaume^ ils seroient aussi bien dans leurs maisons , où ils ne lui coûteroient rien. Ce biais leur réussit , ce prince étant préoccupé d'une si extraordinaire avarice , que tous ceux qui lui pou voient demander de l'argent lui pesoient sur les épaules, jusque là qu*après le retour de Tréville , Beaupuy et des autres , que la violence du feu cardinal l'avoit forcé d'abandonner lorsqu'il mourut , il chercha une occasion de leur faire une rebuffade à chacun , pour leur ôter l'espérance d'être récompensés de ce qu'ils avoient souffert pour lui. A la liberté des prisonniers^ suivit le rappel de quelques exilés. Le maréchal d'Estrées eut permission de revenir d'Italie , et M. de Mercœur revint à la cour, où , ayant été introduit auprès du Roi par le cardinal Mazarin , il parla pour son frère, et obtint pour lui la liberté d'y retourner aussi , comme il fit quelques jours après, avec un éclat et une estime très-grande. Avant que d'aller voir les ministres , il alla droit chez le Roi , qui le reçut avec des marques d'une amitié extrême, et un instant après son arrivée l'entretint des affaires d'Angleterre comme si c'eût été lui qui l'y eût envoyé. Il accorda le même jour à M. de Mercœur le retour de M. de Vendôme en France , et vit aussi madame de Vendôme , qu'il avoit renvoyée assez rudement sans la vouloir voir , lorsqu'elle le vint trouver aussitôt après la mort du cardinal.

La Reine fit paroltre à ce retour beaucoup de bonne volonté pour M. de Beaufort , témoigna s'intéresser dans le traitement qu'il reçut du Roi , lui parla avec grande familiarité , et, par l'estime qu'elle en fit hautement , confirma ce qu'elle nous avoit dit au retour d'Anet , que nous venions de voir le plus honnête homme de France. Il estcertain, quoiqu'il soit malheureux, qu'il a de très-bonnes parties, et que , pour le cœur et la fidélité , peu de personnes se peuvent comparer à lui. Je ne dirai pas qu'il ait toute la

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prudence qui se peut souhaiter , et je suis contraint d*avouer qu'un peu de yanité et de feu de Jeunesse lui fit faire à son retour des fautes notables. Peut-être que quelque jour, s'il plaît à Dieu , je le pourrai voir en état de le faire souvenir d'un discours que je lui tins un jour, lui disant qu*en la posture où il se voyoit il ne falloit pas s'amuser aux bagatelles des femmes, et que la partie des héros devoit être sa principale. S'il en eût usé de cette sorte , il ne se fût pas fait des ennemis puissans , qui enfin ont beaucoup contribué à sa perte : mais c'est un défaut assez ordinaire aux personnes de son âge, de se laisser emporter au dépit et à l'amour.

Sans particulariser les choses davantage , le dépit de madame de Montbazon contre M. de LoDgueville , et le sien contre madame sa femme, firent que , rencontrant son intérêt dans la passion de celle qu'il aimoit , Il se porta à des actions un peu inconsidérées; et ayant désobligé M. d'Enghien , il le jeta dans le parti du grandmaître contre lui. Il se fit un autre ennemi en ce temps-là, mais ce fut par un trait de générosité et de fermeté ; car faisant profession d'être ami intime de MM. de Béthune et de Montrésor^ il ne voulut pas même saluer La Rivière; et cette froideur le sépara infiniment du commerce et de intérêt de Monsieur, qui avoit déjà quelque chose sur le coeur contre lui de ce que , lui ayant parlé du traité d'Espagne, il s'excusa d'y entrer, et dit qu'il falloit qu'il eût là-dessus l'avis de monsieur son père , qui étoit en Angleterre, et à qui on eût difficilement confié un tel secret.

Beaucoup de gens ont trouvé étrange qu'il eût refusé de se mettre dans un parti fait contre i'ennemi capital de sa maison , et j'aurois moimême peine à comprendre la raison de sa retenue sur ce sujet; si je ne savois que, quelque temps après, il en voulut faire parler à la Reine par une personne à qui elle ne voulut point s'ouvrir, ni même presque prêter l'oreille, ne la jugeant pas, à mon avis, assez prudente pour une intrigue de cette importance , et si je ne conjecturois par là qu'avant que de se jeter dans cet embarras il vouloit savoir le sentiment de la Reine, à qui il s'étoit dès-lors absolument donné. Enfin , quelque raison qu'il eût en cette rencontre , Monsieur en étoit demeuré mal satisfait; et ce prétexte étoit assez plausible pour fournir matière à La Rivière d'aigrir Son Altesse Royale contre lui.

Pendant toutes ces diverses menées, le Roi baissoit chaque jour , et les médecins commençoient à prédire que sa fin arriveroit bientôt. Ce pitoyable état obligea le cardinal Mazarin et

M. de Chavigny de songer sérieusement à leurs affaires ; et comme ils voyoient que tontes leurs brigues en faveur de Monsieur n'avoient produit autre fruit que de faire éclater Tincllnation que la France presque toute entière avoit à servir la Reine, et que même Son Altesse Royale, perdant toute espérance d'être co-régent , lut té« moignoit qu'il lui obéiroit très-volontiers, ils essayèrent de regagner quelque créance auprès d'elle, lui firent faire de nouvelles protestations de leur fidélité, et tâchèrent même de ménager l'esprit de M. de Beauvais. Mais leurs efforts furent d'abord assez inutiles , et leurs compllmens peu persuasifs , parce qu'outre ce qulls avoient entrepris ouvertement pour Monsieur , M. Des Noyers, qui avoit dès le commencement témoigné son zèle pour la Reine , emportoit tout le mérite de ce qui s'étoit fait jusqu'alors , et eux au contraire portoient toute l'iniquité. De plus, leur changement étoit plutôt reçu comme une marque de leur impuissance , que comme une preuve de leur l>onne volonté , et sans doute lli auroient fait peu de progrès de ce côté-là , si le petit l>onhommeM. Des Noyers eût eu plus de patience , ou plus de souplesse auprès du Roi. On a imputé généralement sa retraite au déplaisir qu'il eut de ne pouvoir gagner auprès de Sa Majesté le crédit qu'il s'étoit figuré, et d^ voir (à ce qu'on croit) prévaloir le cardinal. Oâ a jugé que ce fut sur cela qu'il lui demandai instamment son congé , dans une contestatkv qu'il eut pour les intérêts du maréchal de Is Mothe et pour les dépenses de l'armée d*Itali6| et que, n'ayant pu l'obtenir lui-même, Il pria le cardinal de s'y employer : ce que celui-ei fit à efficacement, que dans le soir même il lui apporta la permission de s'en aller à Dangu. Mib pour moi je crois , avec des personnes assez it telllgentes, que ce qui parut être le premier mos* vement d'un esprit fort prompt fut le trait d'Aï courtisan prévoyant et raffiné, et que M. Dtf Noyers voyant que la déclaration qa'il avoit re* tardée jusqu'à ce temps-là alloit éclater dan peu de jours , soit par l'opiniâtreté du Roi , sol par les suggestions des deux autres mlnbtrei, et qu'il étoit compris dans le nombre de eeff qu'on mettoit dans le conseil de la régenee,!! voulut s'en ôter absolument, persuadé que,N retirant chez lui dans un temps où le Rot se pouvoit plus guère durer , la Reine ne perdrai! point le souvenir de ses services, et qu'étant jn* tement aigrie contre les autres, à cause de eetts déclaration qui sembloit la mettre en tutèfo) elle les éloigneroit sitôt qu'elle seroit en ponvoifi pour se servir principalement de lui comme ds plus instruit dans toutes les affaires. La suite de

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ce discoure fera voir que ce raisonnement n*éloit pas trop mal fondé.

Mais, avant que de passer outre, je suis oi)tigé de déduire quelques affaires particulières : l*une , que le gouvernement de Bretagne, dooné au grand-maltre , lui ayant acquis Tinimitié de la maison de Vendôme , cette mésintelligenee ouverte partagea toute la cour; M. d'£ngbien , M. de Longue vil le , messieurs de Lesdignlères, de Sdiomberg, de La Rochefoucauld, d quelques autres, se rangèrent du côté du grsnd-maltre; et presque tout le reste se déclara pour messieure de Vendôme. M. de Marsillac qrsDt obligation au premier , et voyant son père dans son parti, étoit prêta 8*y mettre aussi; nais en ayant parlé à la Reine , elle lui commanda de s^ofTrir à M. de Beaufort , et lui en paria comme de la personne du monde pour qui die avoit autant d'estime et d'affection. Cet ordre qu'il reçut a été su de la plupart de ceux f|ii étoieut alors à Saint-Germain ; mais il m'arrifideaz discours avec elle, qui, n'étant presque que de mon intérêt, nont point éclaté, et B*oiit été qu'entre mes plus particuliers amis.

Le premier fût sur le si^et de M. de Beaufort, pour qui , lui témoignant i)eaucoup de passion , Je loi dis que la principale raison qui m'attachoit à son amitié étoit le zèle extraordinaire que je nconnoiasols en lui pour les intérêts de Sa Ma- Jaaté. Cet article lui plut , et elle amplifia la matière que J*avois entamée avec des termes qui ne ne permirent plus de douter de sa confiance JNNir ce pauvre prince, et du plaisir qu'on lui faisoit de alunir avec lui. L'autre entretien fut lui peu de plus longue lialeine ; et le sujet en flttqo'an même temps que J'entrai dans la ctiarge de cokmei-général des Suisses, M. Des Noyers introduisit , en celle de commissaire général de eetle nation, Lisle-Ia-Sourdière , sa créature. Quoique cela m'apportât beaucoup de préjudice Je n'avois pas lieu de m'en plaindre , parce que l'affidre étoit résolue avant que j'achetasse ma charge. Ge m'étoit toutefois un très-fêclieux ob- •tade, parce que M. Des Noyers, qui anticipoit tolentiers sur toutes celles où il pouvoit mordre, doDBolt à SOB dépendant une autorité très- Crande , et qui alloit au détriment de la mienne. Dès l'instant qu'il se fut retiré, la plupart de la eour , qui n'Ignoroit pas mon intérêt, me sollidu de songer à la suppression de ce nouvel officier. Pour moi, quoique Je n'eusse point de liaiaûQ avec M. Des Noyers qui me dût empêeher de me servir de l'occasion que me donnoit sa disgrâce , sachant qua la Reine le croyoitson Mrriteur, et n'étoit pas satisfaite des autres, doDtil m^eût fallu rechercher l'appui , Je me ré-

solus , avant toutes choses, de savoir son sentiment. L'étant allé trouver , je lui dis que ce petit changement ro'offroit une rencontre de me procurer un avantage qui me rendroit plus autorisé, et plus en état de la servir dans ma charge; mais que s'agissant de déposséder une créature de M. Des Noyers, qui m'avoit paru fort zélée pour son service, et étant besoin que Je m'appuyasse de ces deux messieurs , qui ne s'étoient pas comportés envers elle de manière qu'elle en dût être satisfaite, je n'avois rien voulu entreprendre qu'auparavant je ne fusse venu savoir la volonté de Sa Majesté; que , m'étant dévoué absolument à elle, je ne voulois jamais de bien ni de faveur que par son moyen,; et que j'aurois attendu sans impatience le temps où elle m'en eût pu faire , sans lui parler démon petit intérêt, si je n'eusse cru lui en devoir rendre compte , pour apprendre si, avec cet accroissement de pouvoir , elle me jugeroit plus en état d'obéir à ses commandemens. Après beaucoup de civilités et d'assurances qu'elle n'oublieroit jamais la passion que je lui faisois paroltre pour son service, elle me répondit que Je devois me prévaloir de l'occasion , et me servir de qui je pourrois, et qu'elle en seroit fort aise, parce que je lui scrois plus utile ayant plus de crédit; que M. Des Noyers s'étoit trop hâté , et s'étoit voulu perdre pour son plaisir; et, après quelques paroles sur son sujet, elle finit sans me rien dire des deux autres ministres , et me promit, en me quittant, que, si la chose nes'achevoit point avant qu'elle fût en autorité , elle me feroit cette grâce avec beaucoup de joie.

Après cette conférence , je priai le commandeur de Souvré de parler au cardinal , et M. de Liancourt à M. de Ghavigny , afin qu'ils m'obligeassent en cette occasion. La réponse qu'ils firent tous deux fut qu'ils s'y emploieroient trèsvolontiers; mais qu'il falloit différer quelques joui^s, parce que ce seroit se détruire eux-mêmes que d'aller parler si promptement au Roi contre un homme avec qui ils n'a voient eu aucun démêlé, et qui étoit entré dans les affaires par la même voie qu'eux. Il est certain qu'en ce temps-là ils n'étoient pas trop assurés de l'esprit du maître , et que le lendemain de la disgrâce de M. Des Noyers il ne voulut jamais par* 1er d'affaires au cardinal , que M. de Ghavigny ne fût hors de la chambre. Et ensuite , sur une proposition que le cardinal lui fit, il repartit ai* grement « que cela étoit italien en diable, »

Pour revenir à mon discours , je n'eus pas le temps de voir l'effet de leurs promesses; car huit jours après , le Roi se sentant fort affolbUr^ découvrit enfin sa volonté sur la régence, et

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parla tout haut de celte déclaration , dont j'ai fait mention ci -devant. Je crois que ces deux messieurs n*y nuisirent pas ; mais , comme J*ai déjà dit, il est très- véritable qu'en deux ou trois points, s'ils ont été les inventeurs, ils ont deviné le sens du Roi , qui Jugeoit la Reine incapable de toutes affaires et très-passionnée pour sa patrie , et ne croyoit rien de si pernicieux à l'Etat que l'autorité de M. de Châteauneuf , parce qu'entre les autres choses il le croyoit inséparable de madame de Chevreuse dont il appréhendoit l'esprit, et eût voulu trouver un biais déjà bannir pour jamais de France. Il n'avoit guère plus d'inclination pour Monsieur , son frère , et je sais que dans sa maladie il a dit quelquefois à la Reine que c'étoit de lui dont leurs enfans avoient principalement à craindre : si bien que ce qui touche Son Altesse Royale vient assurément de son instinct. Enfin , soit que cela vint du mouvement du Roi ou du conseil des ministres , la Reine en fut horriblement ulcérée contre eux , et dit à la plupart des personnes qui avoient quelque accès auprès d'elle, quec*étoient des tours qui ne se pardonnoient point , et que quand le feu cardinal , son ennemi déclaré, eût vécu , il n'eût pu lui faire pis. Cette démonstration d'une haine si ouverte ftit cause que tous ceux qui s'étoient attachés particulièrement à la Reine s'éloignèrent absolument d'eux'; et depuis le jour que le Roi fit lire cette belle déclaration devant lui , et prêter serment à la Reine et à Monsieur de l'observer , et qu'il voulut que Monsieur la portât le lendemain au parlement, messieurs de Vendôme, M. de Metz, M. de Retz, M. de Marsillac, le comte de Flesque, le comte de Béthune , Beaupuy , et beaucoup d'autres aussi ses serviteurs particuliers , dont je fus du nombre , ne les visitèrent plus.

Voilà le commencement de nos malheurs; car^ après ee premier pas fait , il nous fut presque impossible de revenir à eux de bonne grâce. Mais deux raisons nous y précipitèrent : l'une , le dessein de plaire à la Reine en nous éloignant de oe qu'elle haïssoit , et l'autre , la maladie extrême du Roi , qui fit croire même aux médecins qu'il ne pouvoit durer que deux ou trois jours , et nous fit résoudre , voyant ces messieurs sur le penchant , de les pousser toutà-fait , et essayer à porter la Reine à mettre en leurs places des personnes très-capables, et dont la plupart de ce que nous étions pouvions espérer de l'amitié et du support : et ce dessein nous sembloit très-facile, vu l'état où étoit alors l'esprit de la Reine. Le jour propre de la déclaration , les médecins ne jugèrent pas que le Roi pût aller qu'à grand'peine jusqu'au lendemain.

Dans cette pensée , on commença à lui parler de pardonner et de rappeler tous les exilés. M. de Beaufortfut le premier qui parla pour monsieur son père , et dit hautement aux ministres que, s*ils n'en faisoient sur l'heure l'ouverture au Roi, il la lui alloit faire lui-même. Ces messlean, pour ne pas perdre leur emploi , en parlèrent à l'instant à Sa Migesté , et ensuite demandèrent et obtinrent la même grâce pour M. de Belle» garde , pour messieurs les marédiaux de Vltry, de Bassompierre et d'Estrées , pour le comte de Cramail , et pour Manicant et Biringben. Dèi le même jour M. de Vendôme arriva d'Anet; et les autres , qui étoient les plus éloignés, arri> vèrent à la file durant le reste de la semaine. Cependant la Reine , peu accoutumée aux affaires; se trouvant accablée de voir beaucoup de monde qui venoit l'aborder ^ voulut , pour s'a décharger, que chacun allât trouver M. deBenivais,àquidès long-temps, mais particuliènmcnt depuis l'hiver, elle avoit donné sa priod* pale confiance. Elle ne pouvoit mieux choirir pour la fidélité , ni guère plus mal pour la «• pacité, ce bon prélat n'ayant pas la cervelle u* sez forte pour une telle charge.

Nous le reconnûmes dès le jour même, en ei que des personnes de la robe , très-zélées pw la Reine ; venant de lui demander quel seniee on pouvoit rendre à Sa Majesté dans le partement (n'y ayant point lieu de douter que son pf^ mier but ne dût être de faire casser la dédin* tion) , il leur fit , hors de propos , Tignorant i» intentions de sa maîtresse , et voulut mettnli chose en longueur dans un temps où, le Boi p" roissant tirer à sa fin, tous les momens mdbloient être précieux. Il est homme de grasde probité et fort désintéressé du bien ; mais il al ambitieux , comme le sont la plupart des dévsH) et se voyant désigné pour premier ministre, tout le monde lui faisoit ombrage : el ntee ayant été jusqu'alors en parfaite IntellIgeMe avec M. de Beaufort , il se refroidit, et fit mte que la Reine se retira durant quelques Jeun de lui , sur la pensée qu'il eut que oe prtaiee feiloit pousser M. de Limoges auprès d'elle, flie reconnut et changea bientôt d'humeur à ee ■* jet ; mais il n'en fit pas de même pour M. de Châteauneuf; car l'appréhension qu'il eat^e l'ancienne inclination de la Rebie pour lui oeiB renouvelât et ne diminuât son crédit aii|ri> d*elle , fit qu'il le ruina autant qu'il lui ftit peisible , et je doute même si ce ne Ait point par un conseil que , quelque temps auparavant , eO^ promit les sceaux au président Le Ballleul.

Je sais bien qu'avant la mort du Roi eU^ avoit une fois changé d'avis , et qu'elle avait

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résola de rendre Justice à M. de Cbâteauneuf ; mais J*al de la peine à croire que M. de Beauvais y cât eontriboé , el suis certain que le l>onlioinme, neie eonnoissant pas bien, se voulut charger «al du foiàs des affaires dont il fut connu inopable par la Reine dès le premier moment, et ènna ainsi lieu à ses ennemis de s'introduire d de le détruire ; au lieu qu'en rappelant M. de Ghâteanneuf, s*il n'eût conservé la première plaee, il en auroit au moins toujours possédé ne fort honorable. Mais, comme j*ai déjà dit, Q ne sentoit pas sa foiblesse ; et parmi ses défaits il est louable au moins de ce qu1l a agi de JNMine foi avec ses amis , et de ce que le car- Anal Mazarin et M. de Chavigny lui faisant ou CBfiqraDt foire chaque Jour beaucoup de propo- AiODS, il n'a Jamais rien ménagé avec eux tat il n'ait fait part à ceux qui s'étoient liés iree lui.

Je m'arréle peut-être trop à ces petites circontaoes : mais les trois dernières semaines de la fie du Roi s'étant passées en petites intrigues , dont tontes les particularités ont été considérables, il fondra par nécessité que je marque aCme les moins importantes. Le soir de ce Jour, qii fot le commencement de cent négociations fiiKrentes , le Roi se sentit un peu mieux , mais son pas assez bien pour faire espérer qu'il pût dflr plus de deux ou trois Jours. Le lendemain il fot presque au même état , et sur le soir il choisit le cardinal Mazarin pour parrain de monadgnenr le Dauphin, avec madame la princesse. Le jour suivant , son mal augmentant , le cardfaial lui fit quelque ouverture qu'il falioit songer à la mort ; et à peine lui en eut-il dit le premier mot , que ce pauvre prince, s'y résolvant avee beaucoup de constance et de piété , se confessa et demanda le viatique. Le reste du Jour, les médecins trouvèrent qu'il l)aissoit toujours ; et le lendemain ils le Jugèrent assez mal pour loi foiredonner l'extréme-onction. Ce Jour, qu'on nomma depuis le grand Jeudi , fut assez remarquable dans la cour pour beaucoup de choses qui s'y passèrent , dont l'origine fut que le grandmaltre croyant que le Roi alloit mourir, et crai« gnant que messieurs de Vendôme , portés presque de toute la cour, ne lui fissent un affront , il fit dessein de s'escorter du mieux qu'il pourfoU , et envoya pour cet effet chercher dans Fsrls tous lesofQciers dépendant de sa charge , qui amenèrent chacun quelques-uns de leurs amis. Tout ce ramas fit environ trois ou quatre cents chevaux , qui , venant de Paris en assez grosses troupes , donnèrent une espèce d'alarme à Saint-Germain. Monsieur ayant, sur ce bruit, demandé à M. le prince s'il faisoit venir ses

gens , celui-ci lui répondit qu'il les alloit envoyer quérir, croyant , à ce qu'il a dit depuis , qu'il parlât de ses officiers. Monsieur, entendant la chose d'une autre manière , envoya en même temps quérir la plupart de sa suite ; et cette nouvelle étant rapportée à la Reine , elle ne douta point que ce ne fût pour quelque entreprise : si bien que sortant du vieux château , où elle logeoit , pour aller au neuf, où étoit le Roi^ elle laissa messieurs de Vendôme auprès de messeigneurs ses enfans , les recommandant principalement à M. de Reaufort , avec des paroles qui marquoient la plus haute estime et la plus grande confiance qu'on puisse Jamais avoir.

Etant venue au château neuf, elle m'appela , et me commanda tout haut d'envoyer ordonner au régiment des gardes suisses de se tenir prêt à marcher, et de faire aussi mettre en état beaucoup d'autres officiers suisses que Je lui avois dit être à Paris , et m'assurer de plus de ce que Je trouverois de mes amis. Le Roi et elle donnèrent ensuite ordre à M. de Charost de faire faire des gardes extraordinaires au dedans du vieux château , où dès le Jour de devant nous avions fait mettre la même garde des deux régimeus devant le lieu où étoit le Roi. Enfin il ne se put guère ajouter aux défiances que tous deux témoignèrent avoir de Monsieur; et Je crois qu'ils en auroient fait de même de M. le prince , s'il n'eût été un des premiers à leur venir conter l'action de Son Altesse Royale , qui se repatria dès le même Jour avec la Reine , lui fit quelques plaintes de sa méfiance , et se prit à M. le prince de tout ce vacarme fait contre lui. J'avoue que quand M. de Reaufort n'auroit eu que ce Jour de bonheur en toute sa vie. Je le tiendrois assez glorieux d'avoir été choisi pour être gardien du plus grand trésor qui fût en France. On le blâme d'avoir trop fait l'empressé , mais il se trouvera peu de personnes qui, dans une posture si avantageuse, eussent pu se modérer, et qui ne se fussent laissées transporter à la Joie de regarder cinq cents gentilshommes ( en« tre lesquels il y avoit grand nombre de gens de condition) qui sembloient n'attendre que ses or-^ dres , et voir même le premier prince du sang lui venir faire compliment. Il est indubitable que si le Roi fût mort ce Jour-là , les ministres étoient perdus sans ressource , et que la Reine -, animée par tant de raisons contre eux , ne leur eût pas pardonné. Mais quoique ce pauvre prince ne reçût point de soulagement durant toute la Journée , et que sur le soir,.se voulapt dépouiller de toutes les pensées de son Etat , il ordonnât à la Reine d'aller tenir le conseil (ce qu'elle fit, après s'en être défendue avec beaucoup de lar-

MÉMOIRES DB LK CHATBfi. [lGI3J

mes ) j la nuit lui apporta de l'amendement ; et le lendemalD matin, se trouvant mieux , il se fit faire la barbe, passa Taprès-dînée à faire enfiler des morilles et des champignons, et à ouir chanter Nielle dans sa ruelle , et lui répondre parfois ; et sur le soir , voulant tenir le conseil , il le dit à la Reine ^ et la fit sortir de la chambre : ce qu'elle prit pour un nouvel outrage fait par les deux ministres, à qui ce petit moment de meilleure santé ayant rehaussé le cœur, leurs dépendans commencèrent à dire hautement que si le Roi guérissoit , on pouvoit s'assurer de la ruine des Imporlans (c'est ainsi qu'on nommoit déjà tous ceux qui s'étoient si ouvertement déclarés pour la Reine , et contre eux ). Mais , le Jour suivant , le Roi étant retombé dans sa première langueur , ils perdirent toute espérance qu'on le pût sauver, et redoublèrent dès lors plus que Jamais toutes leurs intrigues du côté de la Reine , auprès de qui ils se trouvèrent aidés de beaucoup de personnes différentes.

Madame la princesse, piquée contre M. de Reaufort de la manière dont il en avoit usé envers madame de Longueville, contre qui il avoit témoigné trop de dépit et d'aigreur, fut une des premières qui parla pour eux ; M. de Liancourt les servit avec Tardeur qu'il a ordinairement pour ses amis , et madame sa femme et madame de Ghavigny n'en perdirent point d'occasion : mais les plus fortes machines qu'ils employèrent furent le père Vincent , Riringhen et Montaigu. Le premier attaqua la Reine par la conscience, et lui prêcha incessamment le pardon des ennemis ; le second , en qualité de son premier valet de chambre , se rendant assidu à des heures où personne ne la voyoit , lui remontra que ces deux messieurs lui étoient utiles, et qu'ayant le secret de toutes les affaires importantes, il lui étoit presque impossible de s'en passer dans les commencemens ; mais le troisième ; dévot de profession, mêlant Dieu et le monde ensemble , et Joignant aux raisons de dévotion la nécessité d'avoir un ministre instruit des choses de l'Etat, y ajouta encore , à mon avis , une autre considération qui la gagna absolument , qui fut de lui représenter que le cardinal avoit en ses mains , plus que personne , les moyens de faire la paix , et qu'étant né si^et du Roi son frère, il laferoit avantageuse pour sa maison ; qu'elle devoit essayer de le maintenir en pouvoir, afin de s'en faire un appui

(1) On a contesté ce fait, et Ton supposait même qu'il avait été inventé par le cardinal de Reti , qui en parle dans les Mémoires. On trouve donc dans ceui de La Châtre un nouveau témoignage en faTeur de la scrupuleo-

contre les factions qui poarroient Battre a France durant sa régence.

Voilà quels furent les principaux ressortf qm ces messieurs firent Jouer; et J'y pois eneora ajouter la princesse de Guémené , puisque es fut une des premières à qui la Reine s'ouvrit, et une de celles qui la confirma le plus à garder le cardinal. Je ne sais si Je dois aussi compter dès-lors M. de Rrienne ; mais , soit devant mk après la mort du Roi , il est certain que œ Ait un des premiers qui changea de parti « aprii nous avoir promis amitié. On s'êtonncta pent» être que toutes ces choses se pussent passer sav que notre cabale se remuât davantage; maisi cela J'ai à répondre qu'en premier lieu, M. il Reauvais , qui sembloit avoir le principal seeHi de la Reine, fut le premier trompé, et que Si Majesté , n'ayant pas été satisfaite des tèfumm qu'il lui fit sur les affaires qu'elle lui propiM d'abord , commença à se dégoûter de lui, et M lui découvrit plus le fond de son ame. QuelqBS* fois à lui , et à tous nous autres , elle témoignii quelque envie de garder le cardinal pour is temps ; mais au même instant qu'on loi disott quelques raisons pour l'en dissuader, elleasMbloit y acquiescer, et n'en parloit plus : si hia que si ses premiers sentimens nous doonoM quelque soupçon, cette condescendance à ci qu'on lui représentoit nous rassorott awaiitO Mais ce qui nous abusa entièrement fii| qi*M môme temps qu'elle inclinoit du côté du earfr nal , elle promettoit à M. de Reaufort les iaiices pour M. de La Vieuville ; faisoit espérer b sceaux , tantôt à M. de Châteauneuf , tantM à M. de Railleul; assuroit M. de Vendôme qse, deux heures après la mort du Roi , elle fenil revenir M. Des Noyers; et méme,sar iaflif envoyoit quérir le père de Gondy (1) et le pié* sident Rarillon, nouvellement revenu de m exil d'Amboise, pour savoir leurs Sfntfiaw» Je crois qu'il peut y avoir eu beaucoup de dlNimulation dans tout ce procédé ; mais aussi U ]r a eu sans doute beaucoup d'incertitude et dlllé» solution. Cependant ce n'étoit pas de ce nvl côté que le cardinal travailloit : il essayolt WfA à se maintenir avec Monsieur, et à s'aasurerde M. le prince ; mais pour ce dernier , qQoIqi*^ aimât mieux que les affaires demeurasaeni «tre les mains de ceux qui les gouvernoient ahutt que de les voir tomber en celles de M. de CUteauneuf , il ne voulut Jamais pourtant leorpi^

se exactitude des faits rapportés par le cardinal de Kctt- Les documents originaux , en très-grand nombre p^ répoque des Mémoires de ce dernier pertonnage» ssai toujours d'arcord avec sa narration.

MÉMOIBES l>E LA CHaTRI. [IG4S]

mettre aatre chose que de foire ce que Monsieur feraiL La Rivière , qui gouvemoit absolument MoDiieur, tint le cardinal en balance Jusqu'à la ib; et si ses intérêts particuliers ne l'eussent cmpêdiéde s'accommoder avec nous, Je crois fDll n'eût Jamais favorisé l'autre parti.

J'ai d^à parlé de son inimitié découverte me H. de Montrésor, et de la noire calomnie qnll avoit inventée contre le comte de Béthune, anite da commandement que ce dernier reçrt da Boi : La Rivière gagna tant sur l'esprit de son maître, que Son Altesse Royale At écrire à H. de Montrésor, en Angleterre, qu'il désinitqnll se raccommodât avec lui. M. de Montiéior,qai ne vouloit pas s'expliquer de si loin, lépmdit seulement que quand il seroit en France Bianritllionneur d'entretenir Monsieur, et sui* irait ses ordres. Cette réponse ambiguë ne disdfapas les frayeurs de La Rivière , qui, voyant tais les amis de ces deux adversaires ne le fiiBt saluer et ne lui parler point, craignoit IK dans la concision de la mort du Roi il ne U arrivât quelque fracas; et quoiqu'en ce tBBVS-là il se fût raccommodé , par l'entremise di maréchal d'Estrées , avec M. de Vendôme , fri parla même favorablement de lui à la Reine ; fNiqa'eD partant d'Angleterre il eût prorois à IL de llontrésor une amitié inviolable , il crut Q^avdr rien fait , s'il ne gagnoit M. de Beau- Art. Htm ce dessein , la veille de la mort du toi, il pria le même maréchal de lui dire que ill loi YQuloit accorder son amitié , et le gariiltir des ressentimens de ses deux ennemis, il lefaiioltrort, en échange, d'empêcher que le eaidinal demeurât dans les affaires , et de faire agir Monsieur comme l'on voudroit.

Jf ftas le premier à qui M. de Beaufort conta cette proposition; et comme il m'en demanda mon sentiment , Je lui dis que les intérêts partieuliers dévoient toujours céder aux généraux , etqoa Je trouvois fort raisonnable qu'il entendit à roffire qu'on lui faisoit , mais qu'il me dispenserait de m'y mêler en aucune manière, étant eoaiin germain et ami intime de M. de Montiter. Il me pria d'en aller parler au comte de léthnne: ce que Je fis à l'heure même avec Hd'Hnmières; mais je le trouvai si préoccupé de les Justes ressentimens , qu'il ne put songer à d'antres considérations; et toute la réponse VKnoQs en pûmes tirer, et qu'il fit ensuite à H. de Beaufort, qui lui en parla, ce fut qu'il loi remettoit ses intérêts , mais qu'il ne pouvoit '^répondre des mouvemens de l'esprit de son w , qui étoit absent. Mais ces paroles furent d'Ici d'une manière qui fit bien connoltre à V* de Beaufort que c*étoit l'offenser mortelle-

ment que de passer outre ; si bien que dès-lors il rompit ce traité : dont Je fus très-fâché, car encore que Je ne me veuille Jamais séparer des intérêts de mes amis , J'avoue qu'en cette rencontre Je ne voyois point d'occasion de balancer, et que Je trouvois foible la raison du comte de Béthune , qui disoit que , sans considérer ce qui le touchoit , c'étoit lieaucoup d'imprudence de se fier à un coquin de naissance et à un fourbe avéré, puisque, s'il nous trompoit, nous étions quittes de nos paroles, et plus en état que Jamais de pousser nos ressentimens; et s'il nous tenoit ce qu'il nous promettoit , il reodoit un service assez considérable pour fhire oublier tout le passé. De dire qu'il se fût servi de ce qu'on lui eût prorois pour faire son parti meilleur de l'autre côté, et que cela nous eût pu nuire, c'est une raillerie , puisque déjà nous étions déclarés, et comme irréconciliables ; que , quoi qu'il en soit , M. de Beaufort n'y voulut plus songer ; et on lui doit donner cette gloire , qu'en cette occasion , et en toute autre , il a toujours préféré l'honorable à l'utile , et n'a Jamais songé à son fait particulier : ce qui parut évidemment dans la distribution que fit le Roi des charges va* cantes ; car, lorsque M. le prince eut celle de grand-maltre , il pouvoit avoir celle de grand écuyer, s'il eût voulu céder; mais quoique la Reine le pressât de la prendre, il lui dit toujours qu'il ne vouloit Jamais de bien que par elle; et il est indubitable qu'en ce temps-là le cardinal eût donné toutes choses pour l'avoir pour ami , et non seulement lui , mais tous ceux de la cabale : ce que Je sais par moi-même , le conmiandeur de Souvré m'étant venu sonder de sa part , et me dire qu'encore qu'on me nommât entre ceux qui lui vouloiènt le plus de mal , notre amitié de Rome l'empêchoit de le croire. A quoi Je répondis seulement quil m'obligeoit beaucoup d*avoir cette créance , et que je ne me mêlois que de faire ma charge et de servir la Reine.

Tel étoit l'état des choses lorsque le Roi mourut; et si dans cet instant on eût fait un affront à quelqu'un des ministres, sans doute que, dans la consternation où ils étoient, tout le reste eût pris la fuite. Mais on crut qu'il falloit laisser agir la Reine ; et M. de Beaufort appuya principalement cette opinion. Sitôt que la Reine fut rentrée dans le vieux château , et qu'on eut rendu l'hommage à notre nouveau monarque > arriva la l>rouillerie de M. le prince et de M. de Beaufort, dans laquelle ce dernier agit un peu trop hautement. Le sm*et fut que la Reine s'étant retirée de sa chambre , en attendant qu'on eût fait sortir l'horrible foule de monde qui y

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