‹ Relation historique et médicale du choléra-morbus de Pologne, comprenant l'apparition de la maladie, sa marche, ses progrès, ses symptômes, son mode de traitement et les moyens préservatifs;Chapitre 15 sur 19 · SA NATURE ET SON TRAITEMENT · texte numérisé non relu

SA NATURE ET SON TRAITEMENT

Je ne désigne sous le nom de CJxoléra-Morbus, que cette période que Ton appelle Algide , que j'appellerai nerveuse, qui se termine par un état de stupeur j dont la dur^ esit très yariàble , peut-être de 3 heures, de lo heures, de ^4 heures; je ne s9Ghe pas que )amat9 on Tait vu durer plus long-temps. Je regarde comme consécutifs , et d'une nature toute différente , souvent comme un effet du traitement , les pjié^ nomènes si yariables, si incpustans , quelquefois nuls qui succèdent à cette période.

S'il est. vrai que cette;. maladie se fesse remarquer par les dérangeini^^ qui surviennent dans les fonctions 4e la, digestion , dé la seépiration , de la circulation et des sécrétions ;

S'il est vrai que l'on trouve constamment à,

Tautppsie des cadavres qui ont 8ttccoii4>é au

choléra :

La vessie dépoiirvue d'uriae ,

La vésicule biliaire remplie de bile ,

Un liquide blanchâtre , floconneux , dans

l'intestin grêle ,

Du sang noir dans les artères.

S'il est encore vrai que les signes caractérisa

tiques dé cette maladie soient :

ç Des déjections intestinales dépourvues de matières colorantes ,

La cessation du pouls ,

Le refroidissement de toutes les parties du corps , d'abord dés extrémités , puis du centre ,

Le défaut d 'hématose ,

La cessation de la sécrétion ur inaire?

S'il est vrai qu'avant de présenter ces symptômes , le malade éprouve une petite diarrhée sans colique;

Uu sentiment Vague d'inquiétude et de faiblesse;

La conviction dkm commencement de maladie , sans presqu'oser eu faire l'aveu ;

Nous devons être -étonnés que les médecins pç soient pas d'un avis unanime sur la nature

et le siège de cette maladie, et que les opinions pour le traitement soient si dissidentes.

Comment, en effets Tanatomiste a-t-il pu voir un cholérique sans se rappeler la grande division indiquée par Bichat : en oignes de la vie organique, et organes de la vie animale?

Je copie textueHement Bichat, et j'appelle toute Fattention des médecins sur ce passade :

« Tous les anatomistes ont considéré ^ns- » qu'ici le système nerveux d'une manière » uniforme, mais pour peu que Ton réflé- » chisse aux formes, à la distribution, à la a texture, aux propriétés et aux usages des s branches diverses qui le composent, il est >> facile de voir qu elles doivent être rappor- 9 técs à deux systèmes généraux ^ essentîelle- » ment distincts Tun de l'autre , et ayant pour » centres principaux , l'un le cerveau et ses dé-

> pendances , l'autre les ganglions. Le premier » appartient spécialement à la vie animale ; il » y est, d'une part, l'agent qui transmet au » cerveau les impressions extérieures desti-

> nées à produire les sensations, de l'autre » part il sert de conducteurs aux volitions de

» cet organe, qui sont exécutées par les mus- % * des auxquels ils se rend. Le second , près-

a que partout distribué aux organes de la di~ > gestion , de la circulation , de la respiration , » des sécrétions^ dépend d'une manière plus 9. particulière de la vie organique, où il joue » un rôle bien plus ôbsciir que celui du pré- » eédent. «

.Cette division professée, généralement reconnue y adoptée par tous les anatomistes depuis Bichat, ne peut être aujourd'hui méconnue*

L'anatomie ne démontre-t-elle pas jusqu'à l'évidence quje certains organes ne reçoivent de nerfs que du cerveau ; d'autres que du système g^glisnaire, autrement dit grand sympathique , et que d'^^utr^s reçoiveut des nerfs de l'un et l'autre système ?

N'est-il pas démontré que les organes qui tirent leurs nerfs du cerveau sont soumis à noire volonté? qu'ainsi nous pouvons contracter les fibres musculaires qui font agir nos doigts 9 nos membres , modifier les mouvemens qui en résultent, et que toutes les sensations perçues par cette classe d'organes, sont rapportées au cerveau ?

Pi'ppHI pî^s démontré que les organes au contraire qui reçoivent leurs nerfs du grand

sympathique , sont indépendants de notre volonl^é , et les sensations perçues par eux ne sont point rapportées au cerveaU ?

Ain^i nous ne pouvons pas faire que notre cœur batte pljus vite ou plus lentement, nous ne pouyons pas fai|*e que notre poumon absorbe une plus grande quantité d'air , que notre estomac s.e débarrasse des alimens contenus dans sa catité, que le foie sécrète une plus grande quantité de bile , le rein une plus grande quantité d'urine ; etc.

Ainsi les sensations perçues par ce& organe ne sont point rapportées au cerveau, notre cœur est rempli de sang , nous n'eju avon^ paa la conscience. L'air introduit dans nos poumons est froid ou chaud , nous n'éa éprouvons au-r cune sensation. Des alimens sont portés dans l'estomac , nous n'en gardons que le souvenir , nous ne pouvons pa^s faire que cet organe les digère plus vite ou plus lentement ; tant qu'ils ont été dans la bouche , nous en avons apprécié la température , la saveur, les qualités acres ou alcooliques ; à peine ont-ils franchi l'arrière^ bouche , que nous ne les sentons plus , Testo^ mac les digère malgré nous , et indépendamment de notre volonté.

le

N'est-il pas encore démontré que les organes qui tirent leurs nerfs dit grand sympathique et du cerveau, sont, jusqu'à un certain point, soumis à notre volonté , et les sensations perçues par eux , sont, dans certaines circonstances , rapportées au cerveau ?

En divisant ainsi les organes en trois classes , nous trouverons :

i"" Des organes qui ne reçoivent des nerfs que du grand sympathique.

2** Des organes qui reçoivent des nerfs et du grand sympathique et du cerveau.

3* Des organes qui ne reçoivent des nerfs que du cerveau,

/La partie moyenne du tube iotcstiiial ,

1 La vésicule biliaire ,

iLefoie, Dans la i'* sériç JLa rate, nous placerons : \ Le Pancréas ,

(Le rein , Le cœur» .

Les vésicule

vésicules pulmonaires.

f L'estomac, iLa vessie,

Dan» la a» série fc"*^?"' , /Le rectum.

"""»?*«•=«'•»"* ^k'œsophag;,

I Le pharynx.

\Lc larynx.

Dans la 5' série) Tous les muscles du tronc cl i{ts nous placerons : \ membres.

Que conclure de ces considérations physio^ logiques?

Que les organes de la première série peuvent être malades sans que nous ea soyons prévcrnus , ou par la douleur, puisque les sensations ne sont pas rapportées au cerveau , ou par les dérangemens qui surviennent dans leurs fonctions , puisque ces fonctions ne srait pas appa^ rentes.

Que les organes de la deuxième série ne peuvent être malades sans que nous en soyons prévenus , soit par le dérangement de fonctions , soit par un sentiment de douleur.

Que les maladies de la troisième sérje né peuvent jamais être méconnues.

Il est à regi^ttcr que les praticiens n'aient pas plus tôt fait l'application de ces données physiologiques aux phénomènes que présente le choléra-morbus ; il est très-probable :

Que tous les praticiens seraient maintenant d'acord sur le siège de cette maladie , sur sa nature e: sur le traitement.

* Que les phénomènes, peu apparais a la vérité , mais constans , qui se font remarquer au début de la maladie , seraient mieux connus cl mieux appréciés.

Que , dans un grand nombre de cas , on en aurait arrêté le développement en n'attendant pas ; pour constater la maladie et y opposer un traitement , que certains organes aient déjà cessé leurs fonctions.

Car tons les médecins de bonne foi conviennent que c'est seulement au début de la maladie que la médecine offre quelque ressource contre cette épidémie.

Pour moi , le choléra n'e^t ni une inflammatbn du tube intestinal , ni une asphyxie du poumon , ni une maladie cérébro spinale.

Je lar^arde comme une maladie analogue à l'épîjepsie. Le grand sympathique est au choléra-morbus ce que le cerveau est à Fépilepsie.

L'épilepsie apporte des dérange^mens dans les fonctions de tous les organes de la vie annimale.

Le choïéra^morbus apporte des dérangeme»d dans les fonctions de tous les (organes de la vie organique.

Puisqu'on ne peut nier que la première ait son siège dans le cerveau, pourquoi refuserait-*on d'admet1;re que le second ait le sien dans le grand sympathique?

Tous les médecins qui possèdent des connaissances positives en auatomie, eu ont eu la

la pensée , mais aucun , je crois , jusqu'à présent , ne Fa démontré anatômtqucmènt , physioli^i^eliient et pàthologiquement.

Je Vàîd tâcher de le faire.

Si Ton tient compte des différentes périodes dé cette maladie , on remarque que le choléramorbus, observé en Asie, en Afrique, en Europe, a partout offert les mêmes symptômes, et que les cadavres ont constamment présenté à Tautopsie les mêmes phénomènes dans les organes.

Si dans les observations publiées jusqu'à ce jour nou^ trouvons quelque ditférence, elle vient de Ce qUe rexamen n'a point été fait à la même période de là maladie. Toutes les autopsies cadavériques fôitès par nos plus habiles médecins au début de l'épidémie n'ont p0êrt aucune altération de tissu , parce que presque tous les malades Succombaient à là période de froid ; maintenant Tépidémie perdant de son intensité , là maladie parcourt ses périodes avec moins de rapidité , la réaction a lieu le plus souvent , beaucoup de malades guérissent , et lautopsie des cadavres cholériques présente constamment des altérations de tissu plus ou moins appréciables.

Comme Font fait remarquer tous les observateurs de tous les siècles , au commencement d'une épidémie les malades succombent avec une promptitude extrême , tandis qu.a la fin il;» guérissent presque tous , ce qui. fait croire aux médecins qu'ils ont trouvé les moyens de guérison.

Je distinguerai , comme on l'a fait jusqu'alors pour cette maladie , trois périodes :

Période d'invasion , période algide , et période de réaction.

Dans la première période , dérangement dans les fonctions des organes de la première série >» c'est-à-dire de ceux qui ne reçoivent des nerfs que du grand sympathique.

Dans la seconde période , dérangemehs dans les fonctions des organes de la seconde et de la troisième série.

Dans la troisième période , réaction ou résurrection des organes, c'est-à-dire que les organes qyi avaient cessé momentanément leurs fonctions les reprennent.

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