APPAAITIOIV DU CHOLERA-MORBUS
SN POLOQKB.
Xa marche du choiera -morbus dans rinde ei dans l'Asie centrale , avait fait conjecturer depuis plusieurs années aux médecins observateurs, que ce fléau attein-* drait l'Europe et ravagerait ses fertiles et populeuses contrées ; 1 époque de son invasion avait même été hautement annoncée»
Persuadés de la vérité de cette opinion, MM. le Gallois , Ëusèbe de Salle , Ajasson de Graqdsagne et moi , nous nous adres--
«âmes dès Taniaêe i83o â l'Académie des sciences, pour obtetiir Tatitorisation d aller étudier la maladie «n Riisâe. Nos démarches continuaient encore , lorsque Théroïque nation Polonaise fit un appel aux méde* cins français pour secourir hs laaladeis qui encombraieul dé toutes parts les hôpitaux.
M. le Gallois et moi nous y répondîmes les premiers , et le i4 mars nous partîmes pour le.pays qui devait offrira l'univers tous le» genres de gloire et d'illustration. A notre arrivée , nous trouvâmes l'état samtatre de Varsovie assez satisfaisant. Douze à treize mille malades étaient, il est vrai, réunis dans les établissemens qu'on avait créés à la hâte, mais aucun indice ti 'avait encore révélé l'existence d'un mal qai devrait plus^ tard décimer les braves que Jamoitt ajvait respectés sur les champs de bataille* •
Ce calme apparent ne. nous iospitatt an-^ oune confiance; la savasite. carte tracée par llL Moreau cle Jonnès était sans cesse sous nos yeux. Âu^i demandions^nous à tous' nos ooiifrères. des renseignemens sur la isanté de Tannée. Les nouvelles étaieiit boDuè*^
cependant l'orage était .ptè» de^ nous, jét malgré les précautions extlraordioaires A^^ Busses , il n'allait poisl tarder à éclater.
Le 10 avril, tesPolonaiilhrrèfent batailleaux Russes dans tes enviit>tt9^ d'Iganie. L^c division du général Rybinski fût pai^ieuHè* vement engagée eoiftre eelle dë^Pablen IL Bientôt le bruit se répamfit que te 6boléra«^ moiJHis était' dans les rangs poKmais. Dan», toi nuit d\Êk i.>aa* i5> dôme soldarl& avaient été pcis toiit*i-eoup de doiileur$ d^ ventre ^ de vomtssemens et de dtSjectîens abondant tes ; six. d'entre^ eux étaient morts , un cor^ don fut établira Praga ,.niais^ sur lès obser-^ vations d'un médeom de la^^ltoy^i) fut pres^ qu'aussitôt supprîiiié;.6omtne à Vapparilion de toutes les< affections é][)kléimquesi; ^nchercha des motifs plausibles au dévelop^ pemenrde cette maladie epsthn n'ostfit points encore appeler du terrible nom dé chaléra-^ mcrbus. Le généralissime ^ dîsareht lèsmé^ decînsy a fait faire une marche forcée à.som armée , et îitinrédiatem^Eit après , il a livré le combat, qtii s'est pi^olongé fort avant damr ia nuit; les soldats échauffés par la longueur
de Factloii'^ ont beaucoup bu d une ean bourbeuse; iU se sont ensuite couebés sur un terrain humide et marécageiix; les nuits étalent à cette époque très-fraîches : ces causes réunies n'expliquent-elles pas bien la mort de ces six hommes , et n'est-il pas au contraire étonnant que plusieurs centaines de soldats ne soient pas tombés ma- Jades? Nous répondîmes que le^ symptômes jet la rapidité de la maladie étaient loin de BOUS ffEiire partager k même opinion. Telle était Ja disposition des esprits, lorsqu'on apprit le i3 9 que quin:&e prisonniers russes légèrement ble$sés avaient tout-à-coup été attaqués de* la. pourriture d'hôpital.
Plusieurs amputés venaient également de succomber aux mêmes accidens ; déjà l'aspect des prisonniers faitsdans la mémorable affaire du 3i mars, m'avait fait annoncer à M. Mageudie que je redoutais le liypbus et Je choléra. Qu'on se représente en effet des milliers d'hommes pâles, hâves,, jaunes, amaigris, dont les traits exprimaient lasout france, affaiblis par de longues marches, par des privations de toute espèce , bivoua.-*
(S) quant depuis cinq mois par 'des froids très^
rigoureux, danis les bois ou sur des terrains presque toujours marécageux, et Ton aura à peine une idée exacte de ce qu'étaient ces malheureuses yictimes de la guerre. Les, nouvelles venues du quartier^général étaient d'une nature très^alarmante : cinquante hommes avaient péri dans la nuit du 1 3, et le nombre dés malades allait toujours en augmentant. Deux commissions envoyées au camp n'avaient pu s'accorder sur la na« ture du mal. ;
Le 14, le gouvernement polonais nous donna l'ordre, à M. le Gallois et à moi ,de partir en poste pour le quartier-général, a6n de lui faire un rapport sur la maladie.
 peine fûmes-nous^ arrivés, que nous nous rendîmes avec les docteurs Raczkowsky et Marcinkowsky, à l'hôpital de Mienia, distant d'une lieue du quartier-général. Là , nous trouvâmes rangés dans les salles du rez-dechaussée, trente-trois malades qu'on y avait amenés la veille , et présentant tous, à un degré plus ou moins marqué, les symptômes suivansrdllatation des pupilles, altéra-*
iioiîpn^osde de la face, qni^dansun grandi vombre de caa^, eiqprimait la plus yhre anxiété ; crampes trà^^oidoupeiises de l'estamae el det membres ;^ vomissemens et défections cootinueUes' , consistant d'abont dansles alimensijai existaient dans les yoies^ digestires , pnis dans des matières sérenses,. blanchâtres, tronUe», quelquefois bilieuses , quelquefois sanguinolentes; froid des ^ extrémités, et lividité de ces parties ; rétractalion du centré lorsque les déjections avaient cessé » matité lorsqu'il était disten* dn par les matières, sensibilité et même douleur de cette région , pouls filiforme ,.
souvent nul^ langue blanchâtre , quelquefois avec coloration jaunâtre , humide , sèche; soif, raison intacte; i un degré avancé, les malades semblaient ploDgés dansun état de stupeur. De ces trente-trois individus, les premiers attaqués comptaôenl trois jours de maladie , les autres deux, quelques-uns^ un jour, plusieurs cinq et six heures.
Après avoir recônno l'existence de ees symptômes chez les divers malades soumis i noire observation^ nous choisîmes
(7) ^eux cadavres de soldats qui étaient morts
la veille.
Le premier que nous ouTrimes était "Celui d un jeune sousrofficier de vingt «ns^ mort la veille à deux heures d'après^ midi, après trois jours de midadie. Le corps avait peu èbangé ; il était seulement très-rigide et bleuâtre. Nous procédâmes dû suite à Touverture de Tabdomen; la tuni-r ^ue superficielle des intestins était géné^ ralement rosée. Deux ligatures ayant été placées aux extrémités du canal intestinal, «on enleva tout le paquet pour l'examiner ^vec soin. Le péritoine ne contenait point de sérosité ; lé sang qui coulait des vaisseaux était noir et liquide ; la rate était petite et molle ; l'estomac ojffrait une co-» loration d'un rouge livide ; il était rempli d'un mucus épais, jaunâtre 9 mais qui se détachait facilement ; la muqueuse était ramollie; les membranes semblaient en général plus épaisses que dans l'état nor« mal. En promenant le doigt sur la membrane muqueuse on éprouvait la sensation d'une matière visqueuse, {«a partie supé*
(8) j^ieure de l'intestin gréle contenait ttne très-grande quantité de mucus épais d'un jaune plus clair , mais s'enlevant avec faci« lité ; cette matière , à mesure qu'on avançait dans l'intestin^ devenait plus blanche^ plus consistante et plus adhérente. Ell« redevenait jaunâtre et blanchâtre dans plusieurs points. La quantité de la matière sécrétée était très-considérable ; il y avait des injections partielles de l'intestin gréle ^ et une tuméfaction des cryptes dans une assez grande étendue ; on remarquait aussi quelques plaques sanguines. Dans plusieurs endroits on distinguait des points comme sablonneux. Le gros intestin était également injecté dans quelques parties, et présentait la tuméfaction des cryptes. On y retrouvait cette matière blanchâtre d'aspect crémeux ; vers la fin de l'intestin elle ressemblait à de la purée. La vessie y beaucoup moins volumineuse que dans 1 état . ordinaire , contractée^ légèrement rougeâtre, renfermait une matière blanchâtre offrant les mêmes caractères que celle des intestins. L'œsophage et les fos-;^
(9) ^es nasales présentaient des traces de cette même matière. Les poumons étaient engoués. La vésicule biliaire médiocrement distendue , était pleine d'une bile noire de consistance ordinaire ; le foie était dans l'état normaL Le sang était liquide dans les cavités du cœur. Les veines abdominales étaient remplies d un sang liquide plus noir que dans l'état . de nature ; au bout d'un temps plus ou moins court il. se prenait en caillots. Le cerveau était sablé de sang. '
Le second individu dont nous fîmes l'ouverture était un militaire d'environ trente ans , fort et vigoureux , également mort la veille. Il n'y avait point d'émacitr tion appréciable. Le sang concrète remplissait toutes les cavités du cœur; quelques concrétions étaient d'apparence fibreuse. Les* poumons étaient engoués^ et avaient formé d'an(Henne& adhérences avec la plèvre; l'estomac était contracté^ rougeâtre dans les plicatures , et présentait quelques ecchymoses , mais en nombre beaucoup moins considérable que dans le
( lo) câ6 précédent ; la mnqueuse^biit ràmoltieir ks intestins frêles dans leur première partîie étaiienÉ recouFerts de cette matière hiBnchàtrie visqueuse éont nous, airàos tléjà fxarLé ; mais 4i inesxure ^'on ourrait J'in^ lesân,ëlle jsrenait une coulesr Ite de yin.
Cette sécrétion était .trè»*abond'anJte:^:Sttr« iùnA Aàn» le gros inieslâQ ; la moqueuse m était. >imprégftée:, mais m hi frailtant «Be fiedèvsenart iilandie;? Cette séctéèvoii était ▼ëritablelneiit jénorme dans l'S iliaque 4u colon. Dans cet endroit l'intestin offi^aii filuneurs étranglemèns^ La vessie «lait conitractée/elle contenait via peu d»rnie; en raclant . ia ;m«qti€iite on trourait la fliatière l>làaicfaâtne déjà diécritei; elle exb«toit au^ dans IVaesopkagé.' Les broneiies ébôent remplies dune sérosité éoumeusei lia ^vésicule biliaire , lé^nemènt distendue, lènfierniaÂt Unebile noire, iie.feie papaissait «ain; l<e ce wéaai • >était tnou «, injecté ; • les vidsseâux et lekxneaBi>i^aMsx»£fvsiiien t les tra^ ^(è^ d'iine forte 'congéstieiu La mt>élle épiniève^ examinée sur d'^utnesèadavres, a été trimrée tantât raiiicilMe^ 4abc&t fmfe^ée^
tè« nnembraoes sont souvent ronges , eflè^ flaide sëreox existe fréquemment en quai»
iité ootdïfe;.
• L'étude des ^mptômes^ celte des^ lé^ •dottSy ne pOQ^aientlaisselr aoeaiï-dôute snr la nature âa maf ; e était bîés , à quelques nuances prè», le eéufiéra^tnaiéi» de t'Inde^ ee\vi qO'On. afait observé e» Russie. Si d'ailleans il: nous était resté b plus légère iaoertitnde, la scène donf^ nous fumes ter moms y^ en sortant: de la ssiHe de dissection , devait porter la convie tiou dan» no» esprits. Quatre- nouveaux malades venaient d arri* ver; tous étaient bien portans la veille , touB S'étaient' réireîilés avec, une iaîUesse •générale, avec des- maox de téte^rdes nausées et d^.- envies de vomir* Bientôt ib avai^t été pris de vomissemens et devacuations alVines. Ils avaient- commencé par refeter. les alimens, ils^àvaient'Cnsnîte vomi des matières blanchâtres et séreuses, troubles, quelquefois mêlées de bile..Lnr$^ que nous vîmes ces malades > ils pousrsaîent des cris lam«n tables, arradiés par iâ violence des crampéb. Leur ph^fsignomia
( la )
décelait une anxiété extrême ; l'estomac et'Ie ventre étaient très-doulooreùx. L'un dé ces individus , domestique d'un officier du régiment de Kalisb ^ mourut peu^dïnstans après son arrivée; un autre du deu« xième régiment de hukns, qui nous avait £aiit en très^bon français l'histoire de sa maladie, était moribond une heure après »
et plusieurs de ceux que nous avions vus le matin à la visite^ étaient mourans à deux heures, lorsque nous quittâmes l'hôpital pour nous: rendre à Varsovie»
: De retour dans cette ville , nous fîmes notre rapport au gouvernement ;' nos con-»
clusioas, résultat de notre conviction, troun vèrent de nombreux contradicteurs; les uns voulaient que ce fut une maladie propre aux soldats ; les autresprétendaientque c'était le choléra-^morbus sporadique. Une nouvelle enquêteiutof donnée dansl'hôpital de Praga, où l'on venait de déposer un grand nombjre de militaires qui faisaient partie des divers régimens qui avaient combattu dans la journée du jo. Dans.la soirée du 16, nous nous rendimesTfiu lazareth de
( »3) Praga, OÙ nous trouvâmes quatre cents map* lades dont la plupart avaient le choléra; Quinze entre autres offraient tous les symptômes que nous avions observés chez les malades de Mienia : leurs figures étaient décomposées, leurs pupilles dilatées, leur pouls très-faible , . nul , leurs extrémités froides, bleuâtres et marbrées; le ventre très-sensible , la langue blanchâtre et sèche , quelquefois humide ; ils avaient eu des crampes très-douloureuses dans l'estomac et les intestins; le dévoiemeni et les vomissemens avaient presque entièrement cessé. Plusieurs de ces soldats étaient morts, et six cadavres se trouvaient encore dans une salle basse. Deux de ces sujets furent ouverts par lun de nous*, sous les yeux de ses confrères. Yoici en peu de mots le résultat de cet examen :
L'estomac et les intestins de l'un d'eux contenaient une quantité notable d'un li-quide séreux et blanchâtre: après l'écoulement de ce liquide, on trouva la muqueuse enduite d'une matière blanche et crémeuse.
L'épaisseur des tuniques intestinales était
âtâsiblemeift augmentée » et elle donnafr MUS les doigSs une sensatioB^l empâtementl- SUes ëta£eiità'iiti€ blancheur remarquable,et. n'txffraâeat ebez ce sujet qu'une légère iojecfion linéaire' occupant la portion la pèns déeliye.de 1 intestin. Le canal «ligestif du second sujet ne renfermait point de sé*rosité , mab il étaiJr presque partout enduit d:'uue matière d'un bfenc mat, opacpie^ ▼isquenser et' adhérente aux membranes»
Celles^» éfaient tanfôlT d'une blancheur^ extilaofdinainery tantôt fortement injectées s chez ces deux sujets ht malière blanche se^ retrouvait encore ^lans la v^isie, mais en quantité bien pTus notable cfaex l'un que chez l'autre; chez tous deux ta rate était" petite , le foie sain , la régule médiocre« ment distendue par une biie .épaisse et foncée; les autres organes s'offraient rien^ de remarquébiew
D-a|Mrès ces farts, et considérant que dans le chc^éira sporadîque de TSurope, les éracuations sont ou bilieuses ou puremenf muqueuseset transparentes, et n'oint jamais i'aspëci. falancfa&tre et <^qu6 de la matière
( i6) trouvée dans les intestins de ces cadavres, nous ii'bésitâmes point à déclarer que la maladie qui régnait à Praga était précisément la même que celle que nous «rioas vue au camp , et à laquelle nous avions ne-** connu les caractères du choléra-morbus indien. Cette opinion fut partagée:par<;eux même qui avaient d*abord douté de la réalité du mal y eti on nejs'occupa plus que des moyens a prendre pour arrêter ou diminuer èea' intensité. Une des premières mesures du gouvernement fut de créer un comité centrai exclusivement composé de méde*«- <3ins dont les attributions embrassaient tout 4»è qui concernait la santé pubiiqiie. ML If âaih>iset moi nous eûmes l'honneur d'en faire partie. C'est d'après les documens qui flous ont été fournis par nos confrères, et fi:«près nos propres observations, que nous «lions essayer de traeer le plus fidèlement possible l'histoire d'une maladie qui est en ce moment l'objet de l'attention de l'Europe et du monde entier. Aucune bonne descrip* tion n'est possible 9 si l'on n'a eu les objets long-temp^ sous les yeux^ et «i on ne les a
il retombe sans force sur sa paillasse, 1 ago nie commeDce ; encorç quelques iùstans, et.tpujt sera fini pour lui. La-maladie a dusé quatre heures^
IF OBSERVlTIOir.
Le a4 ^^^^1 9 ^ ^P^ heures du matin , uvt marcband Juif , nommé Chlabne Wolersz^ tein, âgé de 36 ans, éprouva une défaillance; il à la tète lourde et dbnlouréuse , ..quelques nausées précédent les vomisse^jnens et les évacuations âlvines qui sur?ien- :nent en très-grande abondance et à des intervalles très - rapprochés. La* maison qu'il habite est bâtie en bois et sèche , mais la veille il a mangé du poisson corrompu,.
.et bu de la petite bierre où il y avait de la lie. Transporté à l'hôpital, Chiabne présente les symptômes suivans : il a la physionomie grippée , son pouls est insensible , le •corps est froid, légèrement bleuâtre; cette .coloration est surtout marquée auxpommel- •tes, aux aîles du nez, aux lèvres,^ux oreiltles et aux membres ; il se plaint de crampes .dans les pieds et les mains; sa voix est affai-
Elie et rauque^ il >omit de& matières blao^ ehâtires, ei^ a des seHes eostiouelles de^ couleur aqiieuse; c'est danis ces cipcont^ fances factieuses qiit? Ghiabne est soumis à» fa médicatioa- suivante : saigaée de bras de*^ 8 onces, application 4^ i5 sangsues sur répigastre. On^ couvre le malade de linges chauds; à' l'intérieur on Ini donne toutesles deux heures quatre grains de calooiel combinés aVea un quart de grain d'ôpiutn.
€t quinze grains de suci^, et-pour boisson, une infusion/ très-chaude de menthe. Lesremèdes sont sans effet, les symptômes s'aggravent, le maiàde tombe dans une sorte de terpeur ; à trois heures il expire ;. ses souffrances ont duré huit heures*
lU* OBSERVATION^
Pierre Wagrzynskl, âgé dé 35 ans , soldai au' jrÔ* cégiment d'infanterie de ligne, natif de Lublin , est conduit à l'hôpital le 8 mar,. à qu'aire heures après*midi., don*nant à peine des signes de vie. Les personnes qui l'ont amené ne peuvent fournir aucuns renseignemens sur l'origine de sa%
ûialadie. De prompts secours administrés à temps le rappellent un peu à lui-même ; il se plaint de crampes dans les jambes ; les yeux sont renversés, on n'en aperçoit plus que le blanc; la face offre l'altération particulière aux choléricpies , le corps est livide, les extrémités supérieures et inférieures sont froides, le pouls est insensible, les vomisëepriens et les déjections alvines sont très-fréquens, les matières rejetées sont blanchâtres et glaireuses , le veptre est douloureux, surtout autour du nombril ; à la percussion il donne un son mat.
L'état de Wagrzynski ne peut laisser aucun espoir de succès ; cependant on prescrit dix grains de calomel combinés avec un demî-grain d opiuiîî et dix grains de sucre blanc toutes les heures ; on ordonne en outre une saignée d'une livre , des sînapismes aux jambes et des moxas. A quatre heures on commence l'administration des remèdes; douze heures après il â cessé de vivre. Le sang qui a coulé de la veine est noir et visqueux.
Le lendemain on procède à l'autopsie*
(it)
 louverture du crâne il s écoule BeotH coup de sang noir , épais , semblable à celui qui a été obtenir* par la saignée; les veines du certeau en sont gorgées ; le cet** veau est dans 1 état naturel. La gaine de la moelle épinière est remplie de sang ; dans 1 endroit qui porte lé nom de queue de cheval, il y a une exsudation gélatineuse dont le poids peut être évalué à environ une demi-once , la substance médullaire et les veines du rachis sont gorgées de sang. Le poumon parait ^ain; mais il contient une grande quantité de sang d*une couleur bleue et noire. Le cœur est volumineux ; le ventricule gauche est distendu par un sang noir non épais ; le ventricule droit contient moins de sang, mais il y a des concrétions polypeuses. Après avoir ouvert la cavité abdominale , on examine avec soin l'état du canal digestif; l'intestin grôle est légèrement rouge à l'extérieur; cette couleur est beaucoup plus prononcée à l'intérieur. Le duodénum et le jéjunum sont remplis d'une matière blanchâtre et gélafineusé. Dans J'ileum elle prend une teinte
Yerdâtre'; cette portion de rintestin n'offre point de traces d'inflammation. Le colon descendant et transverse contiennent égaleo»ent de la matière blanchâtre. L'S romaine et le recttim sont rouges, mais l'inflammation y est moins prononcée que dans les autres parties dn tube intestinal.
L'estomac est fortement enflammé, et rempli d'une matière noirâtre. Le foie est plein de sang noir. La vésicule biliaire renferme une bile verte , ^oire , épaisse et collante. La vessie ne contient point d'urine i mais on y trouve une petite quantité de la matière blanchâtre.
IV* OBSEBVATION.
Le S avril , Vincent Oleszek , soldat an 4* régiment de ligne , âgé de ito ans , entre à l'hôpital , pour y être traité d'une fièvre intermittente nerveuse. Au bout de vingt jours il est pris des symptômes du choléra; la salle où il est placé ne renferme point de cholériques , seulement il a pu communiquer avec les pri«-
(«6) tonniers russes , envoyés depuis peu i lïiôpîtalr^ pour servir d'infirmiers, L afleclion s'annonce par une grande faiblesse, un malaise général , une sensation dou*^ lourewse dams le bas-ventre. Bientôt apparaissent lès vomissemens et les déjections alvines, de matières semblables à de Feau trouble ; ils sont d'abord très-fréquens , mais ne durent qu'un peu de temps; des taches livides, marbrées, se montrent sur toutes les parties du corps',, le pouls devient insensible , les traits du visage se dépriment, la langue est blanjehâtre, la voix rauque , les membres sont, agités de mouvemens convulsife.
On pratique aussitôt une saignée aux deux bras , maïs le sang ne coule qu'en l)avant , ainsi qu'il arrive fréqueniment.
Toutes les heures le malade prend une poudre composée de deux grains de calomel et d'un dçmi-grain. d'opium. Sa boisson habituem consiste en une infusion de mélisse un^ peu sucrée ; le malade est mis iiu baiu' et frictionné partout le corps.; malgré ces médicamens le mal fait des pro-
( *4) grès. Le 1*' mailles symptômes sont par»
venus au dernier degré d*intensité.; It corps devient de plus ea plus froid et livide^ les convulsions ont cessé, Ja respiratîom s'embarrasse à chaque inâtani ; le' malade a le hoquet, tombe dans un état comateux^ et périt, sans douleur^
Le lendemain on fait louvertnre da •corps. On trouve les vaisseaux du cerveau gorgés de çang ; il y a un peu de séroâité -épanchée dans Tarachnoïde ; le ventricule droit est rempli de sang; Testomac est çont- 'iracté; la membrane muqueuse est cris^ pée , rugueuse ; le^ intestins sont fortement distendus par des gaz , la matière blanchâ^ tre existe, mais elle est en petite xpianti té. La rate est plus grosse que dans Tétat/nor*mal ; les autres organes ne présentent rieii •^e remarquable.
'ODSBEVATIOX.
Le 2 mai au matin, on conduit à Tfaô*' p'ital ui) soldat âgé d'environ 3o ans; il ^e&t plongé dans un état comateux; seij exr-
(aS) trémitës soàt froides et livides, son visage «st décomposé , le pouls est insensible. On sait qu'il a fait partie d un convoi de blessés, mais on ne peut se procurer aucuns renseignemenssur sa maladie ; quoique son état sort désespéré, le médecin prescrit cependant une potion faite avec trois onces de menthe, trente gouttes de laudanum et une once de sirop simple. 11 ordonne en outre un bain , et pour boisson , une infusion chaude de menthe poiviée; quelques heures après tout le corps du malade se couvre d'une sueur froide et visqueuse, et la mort arrive presqu'aussitôt.
A l'ouverture du cadavre on reconnaît que les veines du cerveau sont distendues par le sang; à la base du crâne il existe un épancfaement d'environ deux onces de sérosité ; les veines du rachis sont également distendues et remplies de sang, les membranes sont injectées , le fluide cérébro-spinal est augmenté; le péritoine a une couleur bleue noire ; les intestins grêles sont enflammés, parsemés de pla-
4}ue5 rouges, dont quelques-unes offrent une teinte livide comme si elles eussent été frappées de gangrène; la muqueuse est amincie, se déchire facilement; les gros intestins sont dans Tétat naturel ; ils con-** tiennent de la matière blanchâtre et aqueuise; la vésicule biliaire renferme une grande quantité de bile.
VP OBSERVATICm.
Albert Poptawski , âgé de 28 ans, pharmacien à l'hôpital Ordynacki, replet, d'une complexion forte , d'un tempérament sanguin , se sent tout-à-coup gravement indisposé vers les cinq heures du matin; le jour précédent il a déjà ressenti quelque malaise ; «ur les dix heures il commence à aller à la garde-robe ; bientôt il a des nausées, des vomissemens, et tous les symptômçs du choléra ne tardent point à se manifester. Albert aime beaucoup la bière et Teau-de-vie. La veille du jour où il est tombé malade, il a <iprouvé un grand chagrin; depuis deux jours il n a point quitté Thô-
( 27} pkdi, et, GOïnme il n'y a aucun cholérique* dans rétablissement^ on ne peut suppose»
qu'il ait pris la- maladie par contact; c'esf du moins lopinion* des médecins dé là maisoQt^
A la visite' il présenté les symptômes suivans : Tonjfssemen»et déjections aqueu-»
ses , crampes^ violentes dans les mains et les luoUets ; extrémités supérieures et inférieu-» Jres livides , froides et marbrées ; visage altéré, bleuâtre; y^eux enfoncés et ternes^ langue chargée, rarsoii intacte ; la séc ré* tipn de l'urine est arrêtée.-
 dix heures on pratique une saignée à Peptewski';,à peine trois onces de sang çnt-elles coulé, que le malade perd con* naissance ; on lui ouvre là veine de l'autre bras , mais on ne peut obtenir que six onces de sang. Le médecin- prescrit toutes les deux heures trois grains- de ealbmel eh un demi-grain d'opium , alternativement avec une saturation; le malade prend pour boisson une infusioa de menthe chaude > bientôt une amélioration très-grande paraît" s^établir ;, le corps se couvre d'une sueun
générale, redevient chaud; le visage reprend sa teinte naturelle et les yeux leur vivacité ; le pouls est accéléré, les crampes ont cessé ; à midi on lui place vingt sangsues sur Tab^ domen , et des sinapismes aux mollets ; on le met ensuite dans un bain , et on le lave avec un mélange fort cbaud^d'esprit, de camphre et de vinaigre de vin. Malgré remploi de ces moyens , Tamélioration ne se soutient pas, le corps se refroidit, les extrémités deviennent livides et marbrées^ le pouls disparait, la figure se décompose^ elle prend l'aspect cholérique-; le soir Poptawski expire dans un état comateux.
Le lendemain Tautopsie a lieu en présence des médecins de rhôpîtal : le corps et les membres présentent une rigidité trèsgrande; on y remarque en plusieurs endroits des taches livides. La pupille est dilatée , la poitrine offre les traces d'une violente pleurésie ; la fausse membrane est très-»
épaisse et rougeâtre ; elle adhère fortement aux parois de la poitrine, et ressemble â un muscle par son épaisseur. Les poumons sont petits y resserres et évidemment diminués
de Toluine. Le ventricule gauche du cœur contient une petite quantité de sang noir ; le diaphragme est rouge, couvert d'une fausse membrane, et remonte dans la cavité dé la poitrine. Où incise l'abdomen , qui pendant la iïe de Poptawski avait donné un son mat , à cause des liquides dont il était rempli;, on trouve le foie augmenté de volume, couleur de cendre est très-fragile^ l'estomac est rouge; il contient une quantité notable de la matière blanchâtre , aqueuse , rejetée pendant la vie ; cette matière se trouve en proportion considérable dans les intestins grêles et les gros intestins; ceux-ci sont rouges, et présentent des traces évidentes d'inflammation. La vessie est petite, revenue sur elle-même; elle ne contient pas d'urine.