VII* OBSERVATION
Le comte B*** , sénateur , ministre , âgé de 4o aûs , d'une stature moyenne , d'une constitution vigoureuse, jouissant d'une bonne santé, éprouve, dans la nuit du 12
)uin , les premières atteintes du mal formidable qui a déjà moissonné tant de Tictimes. Le rang éle?é qu'occupe le patîen|b appelle l'attention publique sur les causes qui ont pu faire naître la maladie. On apprend que le comte B*^* , redoutant peu le choléra^ n'a rien changé à son genre de vie habituel; sa table est abondamment servie de mets d'une digestion souvent difficile. Deux jours avant de tomber malade, il a été se baigner dans la Yistule, à l'issue de son repas; la veille de sa maladie il a pris plusieurs verres d'eau à la glace. Or , tout le monde sait le danger . quç; .l'on court dans le choléra» lorsque la transpiration est arrêtée d'une manière quelconque. C'est sous l'influence de ces causes, que le comte B*** est atteint de la maladie, dans la nuit du 12. Il se plaint d'une grande faiblesse , d'un malaise indéfinissable ; il éprouve des défaillances ; bientôt il a des nausées , des envies de vomir , qui sont presque immédiatement suivies de vomissemens et d'évacuations alvines.
Ces déjections consistent d'abord dans
les alimens pris la i^eille , puis dans de9 matières blanchâtres aqueuses. Les crampes des membres viennent compliquer les antres accidens. La faiblesse augmente de plus en plus, le pouls s'enfonce. Le docteur M***, ain des praticiens les plusdistinguës'de la ville, ordonne les boissons chaudes, le magistère de bismuth, selon la méthode de M. Léo , les sinapismes et les bains. Tout semble annoncer que le traitement aura le plus heureux succès, car , dans la journée du lundi , le pouls se fait de nouveau sentir, la chaleur a reparu; et il y a même de la transpiration; tous les symptômes inquiétans se sont amendés.
C'est dans cet état que ses médecins le laissent; mais à peine sont-ils partis, que tous les accidens reparaissent plus terribles que jamais. Les crampes agitent tous ses membres , un froid glacial s'empare de son corps, rien ne peut le réchauffer; en vain lui prodigue-t-on les secours les mieux entendus, quelques heures après il a cessé de vivre.
L'autopsie a lieu deux jours après, en
(Sa)
présence de plusieurs oiédecms nationaux et étrangers. Le corps présente à un haut degré la rigidité cadavérique ; les extrémistes sont bleuâtres^ les ongles et les lèrres ont la même coloration; la pulpe des doigts est très-froncée ,, les yeux sont enfoncés dans l'orbite , Thabitude extérieure a peu changé. On incise la poitrine et Tabdomen. Les poumons sont sains; ils ne soBt point gorgés de sang. Le cœur, plus volumineux que d'habitude , est très-flasque.
Le ventricule droit, dilaté , contient à peu près trois onces de sang liquide ; l'oreil^ lette droite est également très-flasque.
Toutes les veines sont pleines de sang ; Tes-tomac et les intestins ont un aspect mat, et font éprouver au doigt une sensation d'em« pâtement. A l'extérieur on remarque quel* ques injections légères , à l'intérieur l'estomac est pâle, et contient, ainsi que les intestins , une quantité considérable d'une matière liquide , crémeuse et jaunâtre ; la muqueuse des intestins est généralement pâle; elle est partout enduite de la matière crémeuse , qu'on en détache cependant
(55) aveclaplusgrande facililé. Ijefoie estdanit Vétat Qormd, La vésicule biliaire est rentplie de bile , et renferme deux calçub de la grosseur d'une noisette. La rate est flas^ que et exsapgue. La vessie , un peu con* tracrée , contient cependant environ quatre à cinq onces d'urine. Le cerveau est injecté; l'arachnoïde > dexouleur opaUne, est légèrement injectée. Point de sérosité.
M. le docteur Searie , qui a pratiqué quatorze ans ^ux Indes-Orientales^ assistait à l'autopsie. •
Qiiittons pour quelques instans ce champ de mort, sur lequel nous atirons malheureusement l'occasion de revenir, et portons nos regards sur le théâtre où les médecins luttent pied à.pied , et souvent avec succès f contre la terrible maladie. Déjà les Anglais avarient publié que beaucoup de malades guérissaient , lorsque les secours étaient administrés à temps ; les médecins russes ont a£^nné le même fait. Ce qui s'est passé sous nos yeux en Pologne m'a confirmé dans cette opinion. Mais, dira-ton , les journaux ont annoncé que la mor-
lalité était effrayante à Saiat-Pétersboorg^ à JasSy et à Pesth, et que, dans le plus grand nombre des localités, on voyait lu moitié des malades succomber. Nous re« connaissons la vérité de ces assertions^ mais nous croyons pouvoir leur donner une explication toute naturelle et bien diffé* rente de celle qu'on a voulu faire prévaloir. Partout où le choléra se montre pour la première fois , il frappe indistinctement ceux qui présentent un côté vulnérable; les perionnes faibles , qui auraient contracté une maladie quelconque ; celles qui ont un organe mauvais; les individus qui sont affaiblis par des excès ou des privations , tous périssent victimes de 1 épidémie; aussi la mortalité dans les douze ou quinze premiers jours est-elle réellement considérable , mais dès que cesraings sont tombés, le nombre de morts diminue d'une manière prodigieuse. Ainsi , dans les dix premiers jours de la maladie, à Varsovie , cent vingt personnes périssaient journelnellement , le onzième il n'en mourait plus quç quarante. Il est vrai qu'il y a des
( 55 f Ibealités où la^ destruction semble n^-i^ voit d'autre' terme que celle de tous les habltaus ;. xsAis si l'on fait la topogra4> phie de ces lieux, oa voit que toutes les eau$e$ favovableâ* au développement des épidémies s'y trouveni: réunies : marécages^
maisons^ malpropre&v^i^oQ^^i^i^'^^^^'h^^ bitans, humidité^ misère ,. telles sont les plaies incurablies de la« plupart. de> ces villes: Il est surtout* une cause qiii.muliH plie le choléra daa& beaucoup -d'endroits>.
©'est ce>sentimientjde fl'ay^uc et de crainte^ . que tous les bobs observateurs ont signalé eomme l'aruxiliai-re le. plu^^ actif et le plus redoutable des épidémies. L'Allemagne, par le genre de vie de ses babitaas, la propreté de ^es villes^ parait devoir être moifls e2^r posée qvie tout autre paysr^. aux ravages da choléra; mais la: stuppur profonde, l'es-^ pèce d'aocablement dans lequel l'appror ehe de ce fléîu a. jeté. Ie& Allemandsir doit, inspirer, les pi 114» (sérieuses inquiér tudes sur ses suites^Xà ; ce sont desi four-r eh es que l'on préparc pour enlever le* morts et toucher: les ;malades ;^jci<9 ce. f^nt
(56) d'énormes fosses que Ton creuse pour y précipiter les nctimes du mal ; dans d'an-^ tees endroits 9 c'est une peùf qui tient da délire , et qui fait déjà prendre aux habitans des mesures pour rompfe toutes les communications. Les gourememens, pat les précautions qu'ils ont prises , ont surtout contribué à propager ces terreurs, et 9 nous n'hé«tons point à dire qu'au lieil àe' diminuer Tintenrilé du mal, ils l'ont , au contraire , augmenté. Si Varsovie n'feût pas été palpitante du grand drame qui se jouait à ses portes , le ôholéra y aurait fait beaucoup de mal ; mais les habitant occu-»
pés de la lutté gigantesque que soute-^ nait la Pologne , n'avaient point le ten!ips dé penser à d'autres <$hoses : aussi le cîholéf a n'était-il qu'un sujet de conversatioiî fort secondaire^ Nul douté que si la guerre n'eût fixé l'atiention générale , le choléra n'eât immolé un bien plus grand tiombrè de victimes ^ et il est à craindre que le^ revers n'exercent nie fâcheuse influencé sur les esprits. » . . .
Dans les cAsërratt'éns précédente^ , noui
avons vu la mort iDoissonnei* en petv d'heures , en deux ou trois jours au plus , les victimes de la maladie ; dans celles que nous allons rapporter, nous constaterons les bons effets des médicamens , non pas comme panacées', s^jnsi que l'ont crû qlielques ignorstns, mais comme moyens employés avec discernement , selon la constitution et le tempérament dés individus.
, VIII* OBSEBVATION.
Jean MiçÙalak, soldat du 2* régiment des chasseurs à pied, âgé de ^7 ans, vient a rhdpitalpour y êtt-e traité d'une contasîoii «ra feou ; ^près la guérison , il retourne à l'artoée. Le al^ du mois d'avril on le ramène à l'hôpital , se plaignant d'une violente douleur dans la tète, les oreilles et la* mâchoire inférieure ; deux saignées ne calment point les douleurs ; alors on appli-*que quarante sangsues à la tête , aux tempes , à la mâchoire , et un vésicatoîre derrière le cou ; on lui arrache même la dernière dent molaire , qui était extrêmement
• ( 58 ) noire, et <|uW regardait comme la cause de la maladie. Le 2 mai au soir on prescrit un baiji de pied avec une demi*once de potasse caustique; une heure.après ce bain la cépfaalagie cesse tout^à-'fait ^ mais le ma«
lade se sent très-faible , les forces semblent
Taban donner ; plusieurs fois il est. sur le point de s évanouir ; le lendemain il est pris d'une diarrhée légère. Remarquons que Michalak ne sortait point de la salle , qu'il n'avait point en de rapport avec les malades atteints du choléra, et que,' bien que son séjour à l'artnée eût pu f^ire admettre la contagion, néanmoins, comme les symptôpaes du choléra ne se manifestèrent que sept jour$ aprèsson arrivée à l 'hôpital ,cette supposition paraît sans fondement Le lendemain 3 mai ^ à quatre heures après midi , le corps de Michalak commence à^e refroidir, le visage et les mains prennent une couleur bleuâtre marbrée ; les yeux deviennent languissants^, et s'enfoncent dans l'orbite , le ventre se rér tracte , sans être douloureux; la respiration est difficile et entrecoupée, la peau est sèche et froide comme la glace ; tous les
(59) traits de la figure, considérablement alfër^â^ décèlent un souffrance profonde ; les yeux SQot ouverts et tournés en haut. Malgré cette atteinte portée à l'organisme , les fonctions des sens paraissent n'avoir éprouvé aucune altération^ le malade répond très-bien à toutes les questions qu'on lui adresse.
Dès 'que les symptômes du choléra sont manifestes, on* saigne le malade an bras droit (Ss:}) et on lui fait prendre vingt gouttes de laudanum. Tous les quarts d'heure on lui donne une tasse de menthe poivrée , aussi chaude que possible ; il rejette les trois premières tasses , mais il conserve les sis autres, qu^on lui fait ensuite boire ; on diminue alors la quantité de boisson, et il ne prend plus qu'une tasse toutes les heures, et seulement dix goutbes de laudanum. A peine a-t-il avalé la quatrième tasse, que les tempes, le visage, la poitrine, se couvrent d'une sueur abondante , le malade sent que son corps commence à s'échauffer; le pouls bat plus fort, les. mains et les pieds sont chauds. Vers les dix heures du soir il a de nouveaux vomissemens.
mais ils cessent à minuit. Le 4 iQ^t il vomit encore, après avoir bu de l'eau froide; néanmoins le pouls prend de la force , le corps devient chaud, et le malade transpire; les traits s'épanouissent; les vomissemens ayant reparu plusieurs fois, on prescrit trente gouttes de laudanum en trois fois, dix gouttes toutes les heures. Lé chirur** gien n'ayant point compris l'ordonnasce/ donne à MichalaL, pendant toute le Buit^ dii gouttes par heure , ce qui porte la dose à quatre-vingts gouttes; le malade est pris d'un hoquet violent qui l'empêche de dor*mir, et il ne cesse que lorsqu'il ne fait pins usage d'opium. Le lendemain , Michalak tombe dans un profond assoupissement qui dure toute la journée. A son réveil il sent renaître ses forces^ ses yeux ont repris leur vivacité , et son visage sa sérénité ; le pouls est régulier, mais lalangue est encore char*;' gée; les maux de tête ont entièrement cessé.
Le 6 mai le malade se promène dans les salles, en pleine convalescence; il sort peu de jours après.
L'erreur du chirurgien polonais mérite
d*autaat plus d^étre rappelée , qu'un fait dil même genre, cité par John Mason Good, dans son livre de Tétude de la médecine , publié à Londres en 1826 , a eu des résultats aussi heureux.
Un individu tombe malade du choléra aux Indes-Orientales , le médecin lui prescrit vingt grains de calomel et soixante gouttes de laudanum à prendre pendant la journée;par inadvertence, le médicament est administré en moins d'une demi-heure; tous les accidens se bornent à un sommeil profond. Au bout de deux heures et demie le malade était parfaitement rétabli.
IX* OBSEETATIOir.
Le i5 mai, sur les sept heures du soir, le nommé Dominique Kx>berda , agent de police , est pris ,^ sans cause connue , des symptômes du choléra. La maladie s'annonce à Finstant par des nausées et des envies d'aller à la garde-robe. Les crampes , surtout, sont si violentes, qu'il est hors d'état de retourner chez lui , et qu'il faut l'apporter à l'hôpital, k la visite, il offre
les phénomènes suivans : physionontie ^^ térée , peau -froide , pouls nul ; vomisse»
mens et évacuations alvines de matières aquetises; extrémités froides et livides. A dix heures on lui faK une saignée de 5 xii> on lui donne deux grains de calomel combinés avec un grain d'opium , et on pressent pour boisson l'infusion chaude de menthe ; on lui applique ensuite des sinapis^ mes sur toutes les parties du corps. Le lendemain on observe tine amélioration sensible ; le corps a recouvré «a chaleur , le visage a repris sa couleur et sa gaité , le pouls bat sous le doigt ; mais , comme les vomissemens ne cessent point , le médecin prescritune saturation de 3 ij de carbonate de potasse et de vinaigre de vin ; il ordonne en outre une mixture faite avec 5 îj de menthe poivrée , § j de J:eiuture aqueuse de rhubarbe , 3 j d ether sulfurique , et § j de sirop simple.
Le malade prend toutes les deux heures une cuillerée de cette mixture. Au bout de vingt-quatre heures, les vomissemens *tles déjections alvines s'arrêtent, mais les
erampes agitent encore les membres. Four^ les faire cesser, le médecin prescrit des frictions sur l'estomac. etles membres,. avec l-eau-de-vie-camphrée et :1e vinaigre de vin» Le 1 8 le malade est en. pleine eonvales?
cence^et ilse prépare à sortir deThôpital..
X** OBSBHVATKHf. .
Louise PérikoYOwicz , ârgés de a5 ans , femme d'un musicien du premier régiment de lîgn0, tombe 'malade le ^. avril avant midi. Elle demeure chez.sa.mèi^, dans une maison basse située dans un lieu assez bumide. La malade n'a eu aucun. rapport avec, des individus atteints» da.cboléra ; elle les évite même avec le plus grand soin..
Cette femme, d'un tempérament sanguin , allaite un enfant. Les renseignemens qu'on nous donne sur son: compte, apprennent que Louise aime à boire. A. la visite elle se plaint de crampes dans lea mollets^ d'une sensation de brûlure dani l'estomac;, le pouls est presque nul, le corps-est froid^ le visage est profondément altéré ; les jeux , enfoncés dans, l'orbite , paraissent.
comme couTerts d un nuage ; la laâgue est chaînée. Il n'y a ni Tomissemens ni déjections alyines. Le corps est c^nvert d'one snenr froide et Tisquense , la peau a pris une teinte bleuâUre.
Après avoir examiné la malade on prescrit une saignée d'une li\rre , le calomel à la dose de trois grains combinés avec un quart de grain d'opium , toutes les deux heures, et pour boisson une infusion chaude de menthe poivrée. Dès le même jour on remarque un mieux sensible ; la malade ayant bu de Teau-de-vie le matin , Tamélioration ne fut pas aussi prononcée qu'elle aurait pu Tètre. Le lendemain , Louise se sent beaucoup mieux; le cor^ est réchauffé et baigné de sueur , la physionomie e^l plus gaie , tout annonce une gnérison parfaite ; mais l'habitude invétérée de prendre de l'eau-de-vie , détermine une nouvelle rechute. On la veille avec lé plus grand soin , on ordonne un régime sévère ; la malade se rétablît malgré elle , et quitte l'hôpital le quatrième jour de sa convalescence»
La saignée 9 dans ces différens cas^ ps^
rait avoir concouru pùissammenl au succès de la cure ; observons toutefois qu'elle a été pratiquée chez des individus forts j musculeux, et qui ne paraissaient point avoir souffert. Elle a paru également utile chez quelques personnes faibles, mais dans des circonstances plus rares ; aussi le médecin ne doit-il l'employer qu'avec précaution et discernement.
XI* O^SBBVATIpN»
Le xommé DobroWolskî, fabricant de draps, montait la garde le 20 avril, à sept heures du matin, lorsqu'il se sent pris toutà'-coup d'une grande faiblesse, et tombe sans connaissance devant ses camarades.
Quelques jours auparavant il s'était rendu à Kaltizyn, où^ extrêmement fatigué de la route, il avait bu tine grande quantité de lait froid. A Varsovie , il habite un rez-dechaussée, daos une chambre humide et basse, où on lave le linge. Dobrowolski est relevé , et transporté chez lui. Un médecin est aussitôt appelé ; il trouve le malade les yeux enfoncés , les membres froids,
(46) et se plaigaant d une vive douleur dans la poitrine ; le pouls est presque insensible ; il a des . vomissemens et des évacuations alyines continuelles; les matières rejetées sont semblables à de la crème ; ses membres sont agités de mouvemens couTulsifs; la voix est sombre et altérée.
A onze beures du matin on lui pratique une saignée de 5 xij ; toutes les deux beures il prend trois grains de calomel combinés avec un demi-^grain d opium , et pour boisson une infusion chaude de menthe. On lui frotte les membres avec des flanelles. Douze ventouses scarifiées lui sont appliquées sur le ventre. A, l'aide de ce traitement , tous les symptômes s'amélio* tent; la convalescence commence au bout de trois jours; le rétablissement est an^»
nonce par le changemept des sécrétions > qui deviennent successivement verdâtres et jaunâtres. Les jours suivans, la langue reste chargée ; on donne la racine de rhubarbe dans leau aromatisée. La convalescence marche rapidement ; le septième jour elle est complète.
-XII* OBSBRTATION.-
M. Joseph Bonier, chirurgien , âgé de 56 ans , ayant saigné , le 3o avril, un soldat malade du choléra 9 eut presque aussitôt des nausées et des envies de vomir.
Pendant deux jours il ne discontinua pas de rejeter des matières blanchâtres, et d'aller à la garde-robe. Le 2 mai son corps et ses membres se refroidissent , deviennent livides; le pouls est insensible ; il éprouve de ;grandes douleurs dans l'estomac , et vomit <dès qu'il a avalé quelque chose. Il a une soif inextinguible; sa voix est creuse, rauque ; ses membres sont secoués par des crampes violentes.
Dès le premier vomissement il avait pris de la poudre d'ipécacuanha. Transporté à l'hôpital deux jours après l'apparition du choléra, on lui fait une saignée d'une livre ; on lui frotte lé corps avec des brosses, et on le couvre de plantes aromatiques fort chaudes. On lui administre ensuite trente gouttes de laudanum. Tous les quarts d'heure il prend une tasse de
menthe chaude, et à chaque sixième tasse OQ lui donne vingt gouttes de laudanum.
 Faide de ces médicamens, une amélio* ration très-prompte a lieu dans l'état de M» Bonier. Des sueurs abondantes se déclarent ; le pouls se relève , bat à des intervalles réguliers, et le corps reprend sa température naturelle. Les sécrétions se rétablissent. Un jour après ^ le chirurgiea est en pleine convalescence , et peut se livrer à ses travaux.