XIV' OBSERVATION
L'histoire que nous allons rapporter n'est intéressante qu'en ce qu'elle semblerait prouver que le choléra peut se communiquer. Marie Pacholczyk et Michel Pacholczyk, paysans, la première âgée de 1 7 ans , le second de i3 ans, domiciliés au village
( 5o ) jfl'Opalew, ressentirent les premières al- . teintes de 1 épidémie , la sœur le 1 1 mai, et le frère le lendemain. Quelque temps avant leur maladie, la grand'mèrc avait eu elleinéme le choléra dans la même maison* D après le rapport des personpes qui Fhît»
kitaient^ cette femme était morte faute de secours, après quelques jours de souffrance»
Avant de tomber malade , elle avait été voir ^u camp des cholériques un paient qui lui avait remis quelques effets.
Lorsque le médecin vit ces deux malades, H trouva la sœur dans un état désespéré ; le frère se portait déjà mieux. Ils avaient pris tous les deux des poudres qui leur avaient été données par un chirurgien Tenu; du camp. 11 paraîtrait que ces poudres se composaient de calomel et d opium. Les^^ deux malades ne furent point saignés ; la sœur a succombé, le frère s'est rétabli»
heure ou de deux, souvent même sans in« tervalle ^ le malade a des nausées , des envies de vomir, et vomît II rejette d'abord les alimens <{u'il avait pris, puis des matières séreuses, blanchâtres, troubles, quelquefois bilieuses , et qui ont la plus grande ressemblance avec les déjections alvines. Ces évacuations sont promptement arrêtées par l'art ou par la nature affaiblie ; elles cessent en général, avec les spasmes, long-temps avai^t la mort. Les spasmes n'apparaissent point aune époque déterminée; cependant on les observe fréquemment trois ou quatre heures après le début de la maladie. Ils affectent le plus ordinairement les muscles des orteils , des pieds , des mollets^ et s'étendentaux membres supérieurs et au tronc.
Pendant ces mouvemens convulsifs, le malade est dans un état d'agitation extrême , sa physionomie exprime la plus vive anxiété , il pousse des cris lamentables et déchirans, jette avec violence ses membres à droite et à gauche, bondit sur sbn lit, se crispe, et porte la main vers son estomac et son ventre, <|ui sont eux*mêmesle siège de
(54) forles douleurs. Les spasmes se maniiesletit ordinairement pendant un accès de vooiissement;leurduréeestdunemtnuteoudeux, quelquefois moins; les intervalles sont tle plusieurs minutes.
De tous les sym):)tômes du choléra, il *n en est point de plus invariable, de plus essentiel que la chute subite du pouls; queU quefois cependant on observe un mouvement fébrile ; peu de temps avant l'apparition de la maladie, il devient accéléré et petit; à l'approche du vojnîssement et du «pasme, il arrive fréquemment qu'on cesse de le sentir dans les extrémités; avec les progrès du mal , îl devient de plus en plus misérable, s'enfonce, et finit par disparaître à tel point qu'on ne peut souvent le sentît* aux artères carotides; on a vu quelques malades vivre assez long-temps dans cet état. L'altération de la face n'est pas moins remarquable : ce signe est même si caractéristique , qu'il suffit d'avoir observé deux ou trois malades. pour reconnaître tous les autres. Comme dans les affections des voies dîgeslives, et surtout comme dans ladiar-
rbée et la dyssenterie, il se fait une fontef rapide de. la graisse et du tissu cellulaire, les muscles se collant sur les parties osseuses 9 les traits se dépriment , des rides se dessinent , les yeux s'enfoncent dans Torbite, sexcavent^ ne laissent souvent voir que le blanc; ils perdent leur éclat y deviennent flasques y ternes; la conjonctive s'injecte 9 la pupille est souvent dilatée; on aperçoit àu-'dessous de l'œil un cercle bleuâtre ou livide. Cette coloration s observe également aux oreiller , aux pommettes , aux ailes du nez , aux lèvres , aux membres supérieurs et inférieurs , et sou-^ vent même au tronc ; elle se montre sous la forme de lignes bleuâtres qui imitent certaines marbrures; cette teinte livide bleuà^ tre existe dans le plus grand nombre de cas. Un phénomène non moins constant, est la sensation de froid; si vous touchez les extrémités du patient, vous les trouvez comme glacées , la langue elle-même est sensiblement froide, Tair expiré présente quelquefois les mêmes conditions. Cette sensation, qui frappe de suite lesassistans^
( 56 ) est presque toujours méconnue par le ma* lade, qui se plaint, au contraire, d'une chaleur extrême, et cherche à se débarrasser de ses couvertures. Dès le début, la peau est au-dessous de la température ordinaire , et lorsque le froid est prononcé, elle se montre insensible à l'action des agens chimiques»
La langue est blanchâtre , sache , humide , chargée^ Le malade ressent une forte chale^ir à l'épigastre; quelquefois cette sensation est comparable à une brûlure; la soif est extrême ; il demande continuelle-^ ment à boire , et désire surtout Jes boissons froides. L'excrétion de l'urine est nulle; celles de la bile et de la salive sont souvent supprimées; le ventre est rétracté et collé contre la colonne vertébrale, surtoutdans la dernière période de la maladie; mais ^ dans un grand nombre de cas , il présente un^ phénomène particulier que M. le Gallois et moi nous avons les premiers noté , je veux parler de la matité du son. Ce symptôme annonce qu'il y a dans les intestins une grande quantité de matières; cette dififé-^ rence est surtout remarquable lorsqu'on
( 5?) l>ercut6 l'abdomen d'ua individu atteint d'une fièvre typhoïde : chez celui-ci, la sonoréité est remarquable j che? le choléri- ^^e9 au contraire., la matité est complète 9 nous avons fréquemment constaté ce symp-»
tome sur un grand nombre de malades » en présence de nos confrères, Lavoixsi^bit un changemeipit lûngulier ;. elle devient faible , creuse , ^ peipe peut-on l'entendre*; la respiration est gênée, 4iffî<^î'!?9 entrecoupée de hoquets il quelquefois mêm^ ily a menace de su^ocfttipn ; les mains spnt ridées , ré-^ tréçies > e^ ressemblent à celles d'une blan? chisseûpe aprè^ un jour d^ travai^ Au. milieu de ces grande désordres , la rai$qa se conserve intacte ^. le patient répond juste aux questions qu'on lui adresse , et ce n[est que ver^ la fin de. la maladie, qu'il parait plongé dans Une espèce de coma^. La sur-^ dite a.été observé^ dans quelques cas ; dans le$ 4^rnie]fs momens le corps se couvre SQuyent d'pne sueur froide et visqueuse; cette sueur est quelquefois liquide et abondante, d'autres fois épaisse «t gluante.
..Pai;fni,çette piultitude de syinptômes, il
y teh à qoi ïnërîtèTït uhé ^Élhîrttîoh p'âfl*H* cWlîère^ et qîie Ton petit ^{If^^fèi* târâtté^ f'îslîqtlès; ce sotit les éVdCUatîoùs alVinè^^ leÈ totttîss'eriiéns , les Crardpcs, Taltéi^atiôtt tte la fate, là faîbléâ^è du ptrùîiâ /là Mvî-^ dîlé, ïè fVoîd tl W !rt/pj)fèssîtib^â[e Turiiie.
Cortim^ daiUS îés îàutt^è ttiâlàclfes, lè choléra t>t^ésréfat'e ime gratfdte VàH^të dîé sytnptôtâfeÈ ; âînsî t)ti obéfem ^jifèlfittéfoli l^S étâcûaiJcms âlvitt^és sâti« tei Vcrtàissé-* itiem ,- lès • dé fëctlbfaé kmn'és tfi*â<itl^t ; mai« pïas hirenrertïV fës sjpaSiMt?î; ti'Séîifetent jjàis tottfôurS, Hs se ùiériti^ent dfe ptéféreiice ch^4 les kdîvtdtfà qtii'ô"ùttlii é>|*^^ Vèrfrè mtiscolaîr'é iiï\P,^ûàkk\iMûie ïà plil^ il^gefetifeé il*' * iffà^rqdfent gëttërâîèteterht J î)a(il^ treilicotti) V^é èrafe, l^s é^lVéé ^dàt'îfeë prémidts symptôiilés 4^î'aiiAoïiéèri'tWcft6U' ]M. A Vât^ovîe,1a liiMàdië dëhtiiait ftl^4 îïuefnitaetit pit* titte dîârfh^fe )Wrf ^^^ftV^; saiis douleur «dans l'ë téWfti.lal^ilWiiîtë iS^ . fiqutdé est qtrel^èfôîà bbtisidéWtrtf'/AiyîS îliiyat'îeti-detbtfât'attt: ' > n; s )./ ;
Un ftiît (nii^î^tiî, et qtill îrii{)'6Hé dfeiôter, cV^iqùfe tes sytti^]()td'itoes tâififeift ïfèu»
%près I» Iw^jt^ille 4'p!Sfecplepka , 1 epidéiniç ,. Mfm i^'iîdmqpai* plus q^r^n pelit aoml^rp^ 4^ persp9^4 , pi# tOï^ÏT^iÇftpp ^p grai>^ intensité ; les malactes ressentaient 4^.
?v^Rt ïsyèfpp il ft'y 9Wit çnjiçufl^ éy^iôi^tiepj
as se plaignaient 4 un fFoid extrèi^ , 4f^r
WPWF wqi^pus^^ çpH«jt[ai*i?j?,; et «xpir j(^i0at> ^11 t^ 0u qu9lr^ bçijrflfi^ '<!î^tJ(B- JWavqn^ ^sji. 4V bwl^ iRt^rêt, pWPP^ qw>lte 1^ 09Qip<yQJiîç p(?Ui^9l tpl^rW^^ 1^^^ 4p^ NWt^Ppieiit ^ ffUj a k4u^ pw4*bJ:
^uelilfe^^|np&,. ai ^i?€pi^i à,uûe.?w*rp f^^/}¥,ei> 4'êt^ in^fi^l^ » siAoa clta^giée.
<)a ^ rpwajwï^ que Viny^^MW ^^
9^ à çe^l» ^W 4« BkopabiBej^es.^^Cfsepfions.
1**»»q?fllfi« ?t WÔW^5 tel?sq^on pe 4ifir ttipgW Pl*«» l^-fi b^tjBpeR^ 4j^ ccew:, le^ ^a4^^ 4l?eRf qAJ-iJs ^ ,SjBn|l|Bnt imieuiû.
(6») h^Udçieuv, qui vient de parcourir Thistoipe deç sj^mptûaies du cbolér^ 4^ Pologqte, d xjbi jètre frappé comipe nous ^ \euf <9pp9r^Mtç risssemblance av/çc le cholé^A j^iporadique de l'Europe; mais le grand ^n^bre (l^^dividus frappés , la rapidité da b mf^A^ie ^ I/e mp4e de propagatioa 9 éuh\i^x/t^ des différence ^,ptf*e ces de^x jgi|Fectîops. Peut-être ne sont^ell^s dues .^Aji'4 liot^psité pUis^rande du m^ ( il ;a ea «st f>^s woios coAstaqt qu'elles ^^^isteni;, , <et qu'^çjjlef aJttirejit de fkmUd TatteAtioa jdu iQé46ciq qui a pu obsejcver le choléra indieii ejt }e cbolér^ de l'Europe. Cepie^** 4]an|b po^â croyop3 que ces diffiérieupe;»
nç son^ p^ Aussi tranchées qu elles Iç p^i* raiflis^tf 9 çt dès-lors op coAçpii^ toutes i^ iudic^cms qu'pp p/ei|t tirier de )ce rappraçb^o^nt , pomr la cure de la jpala- 4^; joo^ ^n p^i-leroos à l'iu^iç)? du |xai-<
»t Iii m' II K J 11 . f-t J T l. ru I ■ ! I A— <l^— — n ^.ii r J n »tf
LJÉâlb^S CAbÀVÉHtOlJÊâ.
DiiiL rêt<tde <lés «ifittfltônleÀ Mhni âë fêter qdétqtie jdar sur ia nature dû raill.*
ï^resque toutes tes pétsoiintie^ ^tfë notiè ^sfoùs Viieé AiiAtiiéÉ pé!c lé èbMétà , bat ^teciisé ntk dètithiretit de gêiSte , die n^dâiéë , ^h* sèiiftîbilflié eia^étëé , tiiië sorte de ttembténMstit /dé U ^H>1^^ ; dè^ ^tilèhletis d^éilMsVdej^ ifétii^, âts êbhf^hiéné ^l dei difàinkùc^i. Ne sdtit^è "^âfs là htétt éridettitt^eiit les ihcficies tion ë^iVôqtrèB d'tuûéiltérationdatisiesfohbtibkifedti syi*l*teè nef vèfet ? À cte» piieitttets sjhbptSiWèii titlt iKiitéîSdè d'aùtt^es désordres , tlmimicàttt te tf oobte des 'fonctlotrô dîgdstîvés j iînsii ,les màliides ont era des natrsé^è/ deé eûvié^ d^ vomir, des vomisseiM«ns d^ âislières troubbes , bhtichdtres , lùcùloresy &t des défections àlrirres phis où moins seinbla^** Mes, autre phénomène nùn moins re-
toàarquable. De là, deux premiers faits : lé dérangeaient de l'innervation et laltératiou des fonctions des muqueuses intestinales.
Demandons maiQtepaht à Tanatomie pa-* tnologiqùe lés renseignemens qu'elle peut; hous fournir, mais ayons^soin de faire ob-^ server qu'elle n'est réellement utile qu'au-^ tant qu'elle s'appuie sur. les. ^^uaptqmes^ Içs causes et le traitement.
Avant, de; (aire le récit des lésions aoîa-^ tomiques . qui se sont présentées à notre observation, nous ferons deux remarques importantes : la prenûère , c'jeat que lea altérations sqnt souveat nujiles > ou peu. ap^. ^réciables dans le choléra foudroyant ^ et qu'elles n'offrent de résultats sensibles que lorsque : la jmaladie a duré quelque temps; la deuxième^ c'est que les pjrpT»
duit3 morbides ne sont pas identiques daps toutes les épidémies de choléra^ et qu'à Varsovie même ils ont , dans quelques casj^ présenté de^ différ^ences. Au reste, dans celte ville ^ l'épidémie a paru revêtir les mêmes q^aractères, que celles qui ont été décrites par les. docteurs Gbristie et Seai^lç*
(65) Les signes qui nous ont d'abord frappé sont la lividité de Textérieur du corps et sa rigidité; ils s'obsenrent dans le plus grand nombre de cas. Voici , au reste , comme je m'exprimais sur leslésions des premiers ca** davres ouverts par M. le Gallois et moi, dans une lettre écrite au docteur Jules Guérin 9 rédacteur en- chef de la Gazette médicale , et lue le ^.mai à l'Académie des Sciences : « La tunique superficielle des intes- « tins avait une couleur rosée ; le sang qui « s'écoulait des vaisseaux était générale* « ment liquide, abondant, noirâtre; la « rate, était petite et molle , le foie dans « l'état ordinaire ; la vésksule était remplie « d'une bile noirâtre. L'estomac pirésen- « tait des. taches d'un rouge livide et des « injections linéaires de même couleur ; il «était rpmpU d'un mucus épais, d'un « blanc jaunâtre , visqueux ; la membrane « villeuse se détachait facilement. La por- « lion supérieure de l'intestin grêle conte- « nàit une très-grande quantité de mucus > épais^ semblable à celui de l'estomac ; à « mesure qu'on avançait^ dans l'intestin $
« ce mucus devenait plus blaoc et plus % consistant ; quelquefois- il prenait une «teinte jaunâtre. La quantité de la ma- « tière sécrétëe était très-considérable, c II y atait une infection. partielle delm- «te.^tin grêle , une tuméfaction des cryp»
« les (i) dan5 une assez grande étendue^ « et quelques plaques d'un' rouge plus ou « moins foncé ; sous le doigt , les intestins ^ faisaient éprouver une sensation d'empâ*- « tement ; çà et là on distinguait quelques K petits corps sablonneux. On retrouvait «dans le gros intestin la matière blancbà- ■« tre, épaisse et visqueuse , qui, par placées, avait ;Uii:;aspect purulent. Vers la ti fin de l'intestin , cette matière ressemn blait à de la purée. La ^vessie , contrac- « tée, légèrement injectée, offrait égale- « menï ce- mucus blanchâtre, quW re-
(0 M. Dnpiiytreii a 4e premier appelé lattention clei ipédecins svr les .altérations de Tappareil sécréteur. On sait avec quel zèle ce grand praticien s^occupe , depuis plasieuTS années , de tout c« qui est relatif aux maladies épidémiqaçs.
€ tit)uv«it aussi dans les fosses nasales- cTI^ edans Tœsophage; ^poumons étaient ••engoués, le cerveau, injecté , et> d'une « consistance plus molle que dans rétat c* normal ; le sang était partout liquide dans «'les cavités splanclMiiques.^»
Telles furent lesi premières lésions aper«çues par BOUS; un plus gpand nombre dou« Tertures- nous permit^ de constatée quel^ ques différences.- G'esi ainsi que , dans beaucoup de cas,. outre la matière crémeuse, blanobâtre , épaisse , nous trouva-* mes un fluide séneiix*, tcouble , aqueux ^ incolore, iaodore, au« milieu auquel na-?
geaient a&sex fréqueu^meut des £k>cons al-t bumineux. Ces« deux matières a'existaient pas toujours ; elles manquaient dans plurr sieurs des observations que nous .avon$ rapportées^ o» ne ae ppésentaient qu'en très-petite proportion. Le i3,j.uin M* Sé<dillot fit l'autopsie d'un individu mort du choléva. L'e&tomac et lesintestins offraient les traces d'une violente inflammation..
L'estomac contenaitbeaucoupde sang que, d'après les. lésions observées dan&^le tuba
(68) digestif, notre confrère n'a point hésité à regarder comme un résultat de la phlogôse.
Les veines abdominales étaient remplies d'un sang liquide , mais huileux. La vessie était fortement contractée et sans vestige d'urine. Il n'a point trouvé , du moins d'une manière apréciable , la matière blanchâtre qu'on rencontre si habituellement dans le canal digestif, ce qui tenait probablement à la violence de l'inflammation^
Dans la plupart des autopsies on remarque que les viscères, les tuniques et le système veineux abdominal sont remplis de sang. Les membranes muqueuses , le foie, les reins, les veines mésentériques^
la veine-porte, le coeur, les poumons, le cerveau et la moelle épinière, sont les principaux sièges de cette congestion. Ce retrait considérable du sang à l'intérieur , ainsi que l'énoime quantité de matières rejetées ou contenues dans les intestins ^ que l'analyse a démontrées avoir à peu près les* mêmes élémens que le sang , nous pa^ raissent très-bien expliquer le froid de la surface et la cessation de la vie extérieure^
La matière blanchâtre , crémeuse ^ opâr-* que , visqueuse, dont nous avons constaté ]a présence dans le tube digestif, se retrouve aussi dans l'œsophage, dans les fosses nasales et dans la vessie. Dans plusieurs cas elle existe dans les divisions bronchiques. Chez les individus dont la mort a été rapide , ou qui n'ont pas eu de vomissemens et d'évacuations alviiies , cette matière manque fréquemmenh
La membrane muqueuse , qui ofire ordins^irement des traces d'injection et de phlogose, est souvent aussi blanchâtre.
Dans plusieurs observations nous avons remarqué des plaques noirâtres d'apparence gangreneuse. Sans vouloir faire jouer ici à l'inflammation le premier rôle, on ne saurait se dissimuler que fort souvent elle ne vienne compliquer les accidens. La sécheresse de la langue, la soif 'extrême dont sont tourmentés les malades, les violentes douleurs d'épigastre, calmées par des applications locales de sangsues et parles bains; l'utilité de la saignée , lorsqu'il y a des signes de réaction, ne sont-ils pas de fortes
présomptions en faveur de celte opînîon ? L'épidémie de choléra-morbus décrite par Sydenham^.et qui présente une si grande ressemblance avec celle que nous avons observée en Pologne, n'était-elle pas avantageusement combattue par les moyens àdoucissans?
' Les altérations patbolodqpesde la moelle cpinière 'sont assez identiques : tantôt il existe une quantité notable de sérosité dans le canal médullaire ^ tantôt on y trouve un épancbement sanguin ou une exsudation gélatiniforme ; plus ordinairement les veines du rachis, les membres et la substance de la moelle sont fortement injectés<
Le foie a été trouvé volumineux cbe»
plusieurs individus adonnés à l'ivrognerie; mais dans un grand nombre de cas il paraissait peu ou point différer de l'état normal. La vésicdle biliaire contenait souvent une bile verte , noire , épaisse ; dans cette épidémie, comme dans celle dé l'Hindoufrtan, cette sécrétion n'avait point lieu, ou dà moins ne s'observait que rarement. La turgescence du foie dans l'Inde et la grande
(7» ) «quaptîté de bile contenue dans la vésicule^
s'expliquent trè$*bien par Tinfluence de la cbaleur qui exerce une action particulière sur l'appareil biliaire, comme Tatteste I-his^ toire de la plupart des européens qui vont aux Indes. L'absence de la bile ne tiendraitr ellepas à un spasme des conduits, ou, mieux encore, au mode de perversion des sécrétions des muqueuses; ces fluides morbiûques renferment dViprès les analyses du docteur Christie, les élémens diï sang, moins la fibrine; ils doivent donc enlever, à la circulation d'utiles matériaux qui eussent sans doute servi à alimenter le foie elles reins ,^ qui, dans le choléi^ , semblent bien évidemment ne plus remplir leurs .
fonctions.
Le mode d'altération de la vessie est presqu'invariable ;ce viscère est contracté, plissé, caché sous l'arcade pubienne , et ne renferme point d'urine , tandis qu'on y observe la matière blanchâtre visqueuse , particulière aux intestins. L'histoire du sénateur B***, que lious avons rapportée phis haut, prouve que la vessie peut cependant
(7») contenir de Turine ; l*absence de ce fluide
a également lieu dans les reins.
Le cœur, dans un grand nombre de cas, ne noua a point offert de changemens appréciables ; quelquefois il était mou et flaS"* que; les ventricules contenaient un sang noir , liquide ; nous y avons aussi remarqué des concrétions polypeuses.Le cerveau est presque toujours gorgé de sang; les ventricules renferment quelquefois de la sérosité ; on la retrouve aussi , dans plusieurs cas, à la base djd cerveau.
Le sang, chez les cholériques , subit des changemens remarquables ; il devient noirâtre , épais, visqueux f et forme souvent une masse compacte ; il se sépare fort diffi^ cilement en sérum et en caillot. Lorsque là maladie a duré quelque temps, on ne trouve plus de sérosité dans le sang , tandis qu'au début il en contient une certaine quantité. La proportion de sérosité parait évidemment diminuer avec les progrès du mal. Lorsque nous visitâmes l'hôpital de Mienia , il y avait plusieurs malades qu'on venait de saigner ^ nous remarquâmes ^ue^
(75) chez le plus g)rand nombre ^^le sang bavait ^ coulait difficilement , s'arrêtait même , dé sortequ'on était souvent obligé de faire une seconde saignée on de les metti^b dans un bafn i le sang avait une couleur noire , était visqueux, huileux, et en se refroidissant, il ne présentait point de coagulùm. DâiiS les cadavres que nous ouvrîmes , nous remarquâmes également que daùs les veinés ab-« domiûaleis , où il se trouvait en abondance, il était visqueux ^ épais , noirâtre , et qu'en le mettant dans un vase , il se prenait en gelée. Cette densité et cette viscosité dii sang né sont cependant pas des phénomè^ nés coustans : Chez plusieurs malades noua l'avons trouvé liquide; mais offrant la couleur brune. On a fait à Varsovie des aualyseï^ du sang , de la bile , de l'urine et des matières vomies ; elles n'ont rien présenté de ^ien remarquable : l'urine contenait seulement moins d'eau et d'urée, et le sangbeaucoup moins de sérosité. Le docteur Christie avait reconnu précédemment que la matière des vomissemens renfermait les élémensdu sang , moins la fibrine. Le docteur Orton ^
■( 74") dans son essai sur les maladies épideipiqu^ de rinde, a écvitque le sang coagulait idiffi» cilement , quelquefois même qu'il ne coagulait point du tout. A Bombay et à Ceylan on a observé que le sang veineux et le sang artériel avaient les mêmes caractères pbyisiqueSy et qu'il n'existait auctip indice dç matière fibrtneuse dans celui qu'on clbie^ liait dans la saignée ; il avait mêmet si peu de cohésion , que lorsqu 't^ne émission san^ guine était jugée nécessaire, ou n'ouvrait les vaisseaux qu'avec la plus grande précaution, à cause de la driBculté qu'on éprouvait à arrêter le cours du sang. Plusieurs praticiens ont encore fait la remarque que le sang des cholériques, qui est babî-^ tuellement brun, d'une couleur noQ na-* turelle et plus on moins conçist^nt, redervenait plus clair et moiqs épais à m^s^re qu'on en tirait une certaine quantité-; à Taide de ce moyen, la circulatioq se rér tablissait^ et ne tardait point ^ se f^gulari-ser; ces résultats sont loin d'avoir été toujours observés , malgré l'heureuse terminaison de la maladie ; ou a encore constaté <|U6,
dans les cas d'eMîtation , lé sang présenfliiti beaucoup moioff d'altération que lorsque lai prostration, s'^St montrée dèb le début.
Avant de terminer ce quiest relatif aux .
lésions anatomiques'^ nous dirons quelques mots dé édies qui ont été dé&rites par Jei$ docteurs Gbristié:, Searle , An4neslejr, Màsmi Good, Bùrrel , Whyte^ @rton et autres ttiédeoina distingués^ dé la ^ eompagnié des Indes. > C'est dans la mein^ •-brnncr muqueuse, gastro-entérique , dit:
« le premier de ces honorables praticiens, '»què se rencontrent in?ariablement les* «traces dii^ mal.- On y: a toujours trouvé «"^plusieurs endrc^s eoiiterls^ d'une sub- « stàncè bfànchâtre\ opa(|ue et ?isqueuse, » qui /était adbéret^te dans les intestins. . f Cette sUbstaiiiée^ peinplissailr une longue ^ étendue de l^ur eatité ; dans restomac et «r dans quelques p0iMsdes intestins on re- ^ marquais une séi?osité fort abondante, soit
• troublé, soit^ Hranspai'ente ; parfois elle r était mèléer intimement à la matière vis-
• queuse déjà mentionnée , d'autres fois,
• éelie^eic-flottaitpar flocons dans. le liqui-^
(76) < de. » Un autre médecin ^ le docteur Sichnurrer, a signalé le sentiment indéfinissable d'empâtement des tuniques intestiii^ales^ que nous avons noté chez la plupart des. sujets que nous ayons ouverts. « Les intestins^ dit-il , n'ont pas leur éclat accou-r tumé , ils sont très-flasques et extensibles; le tissu sous-muqueux est le siège des cotki gestions sanguines , la muqueuse est ridée et pâteuse. »M. Searle, dans son excellent ouvrage sur le choléra, affirme qu'on trouve les organes intérieurs gorgés de sang; de grandes portions d'intestins sont quelquer fois assea contractées pour qu'on n'y puisse introduire le doigt ; l'estomac et les autres parties du digestif sont très-fréquemment enflammés, surtout quand 1^ maladie a duré quelques jours , tandis que les. traces, de phlogose sont beaucoup moips seosir blés quand les accidens opt été rapides^ Le foie, le cœur et les poumons ont aussi ^ dans plusieurs circonstances , offert des signes d'inflammation. Qn lit dans l'our yrage de Mason Good s que l'estomac et les.
iatestias des individus mprts 2^^ JBengale.j^
( 77 ) contenaient une grande quantité de substance gélatineuse ; il existait à la surface des organes une •■ congestion légère ; le foie était considérablement augmenté de volume, par Tabondimce de sang qui gorgeait les yaisseaux ; la vésicule du fiel était remplie d'une bile noire , épaisse ou liquide ; la vessie était vide et enfoncée sous l0 pubis; les reins semblaient diminués de volume. A Bombay, les cadavres présentaient plus de vestiges d'extravasati^n ei de congestion que ceux du Bengale. Tous les organes tboraciques et abdopiinaux offraient, de petites ruptures de vaisseaux^ ou une turgescence de sang noir; l'estoinac et lé foie étaient principalement affectés. A Cèylan, les lésions anatomiques ont présenté quelques différences ; le cerveau était surtout l'organe congestionné , taqdis que le foie paraissait dans l'état normal. Le docteur Davy a remarqué que , dans quelques cas , les muscles étaient d'une extrême flaccidité, cpmparable à celle des iainimaux tués par l'électricité ou çipris dp (atjgue.
Xexàmen rapide que nous Tenons de faire des J)rocès-verbaux d'autopsies consignés danfc plusieurs ouvrages anglais , a suffi pournous convaincre que si quelques épidémies se i*essemblaient par leurs pro-^ duHs, d autres , au contraire, présentaient des différences qu'il était intéressant dé constater; elles nous donnent en effet Texplication naturelle de la Vârriété des symptômes, et de l'inefficacité d'igéns thérapeutiques dont les bons effets 6ht été reconnus à d'autres époques. Celte <5onsî-i dération importante, sur laquéhé nous n'avons cesfié d'insister , particulièreraentdans^ une lettre écrite de Varsovie le â5 juiiï dernier, à M. Esquirot , et insérée dans le numéro de Juillet des Annales d'hygiène, sera plus lard l'objet de nouvelles ré-' • flexions.
NoUsftvoBS dit, aucomcneiicèmeût de cet chapîttie^q^ie l'étude des symptôitie^ nous portait à croire que le sysfème tierveuic était te premier frappé dans cette grave n^aladie , qu'il réagissait à son tour sur les muqueuses, et principaleoient sur lel»
niiiqueused iatestinales, au moyen de }'ap« {>areU gaogUonnaire, .Dans un grand noqn* )>re de cas ce mode d'action du système DerYeux sur le tube, digestif a donné lieu à des inflammations plus ou moins vives.
Il ne s'agit point ieide se feire le champion ^'une doctrine^ mais seulement de recon<4> naître un fait* L'histoire des lésions anato^ miques que nous venons d'avoir sous les yeux., donne encore plus de; poâds é nette «opinion. Si nous récapitulons les altérations les plus importantes et les plus constantes "que nous ont présentées les nombreuses au« topsies que nous avons été à même défaire^ nous remarquerons d'abord que te cer-* ireau était presque toujours gorgé de sang , ^'U y avait quelquefois de la séro^té dans les ventvîcules ^ à la base du cerveau* La 'moelle épinière et ses membranes étaient souvent injectées]; la gaine médullaire con-* tenait de ^a sérosité, du sang ou une exsu« dation gélatinîforoïe. La muqueuste intes* linale était blanchâtre, pâte ; mais souvent aussi elle était injectée, ofirait des plaques {llus ou moins rouges y quelquefois d'appa*
(8o) rente gangréoense ; elle éimi, dans qoef^ qoes cas, amincie, el se déchirait avec une extrftme ÙÊcXté. Ses cryptes mnqtieinK étaient dérdoj^pés. Enfin , le cansd intes^ tinal contenait une quantité pins cm moina considéndble d'one matière on concrète 0«l liquide , éfidemment due à une perrersioa du mode de sécrétion des muqueuses. Yoilà donc des altérations morbides qui confirment notre manière de Toir, en même temp»
qu'elles prouvent égàietneni que le principe qui agit sur l'économie animale atteint d'a^ bord le système néireux , et réagit ensuite sur les muqueuses > et en particulier sur le canal alimentaire.
Mais de quelle nature est ce principe ?
Ici les opinions sont nombreuses et divers ses; nous n'entreprendrons point de les discuter , parce que nous n'en admettons qu'une seule, celle qui attribue la maladie à un empoisonnement miasmatique. Gomment, sans cette hypothèse, en effet, se rendre compte de ces morts rapides, instan-»
tanées, que tous les médecins ont observées dans l'épidémie de Varsovie ? il est peu de,
{8i ) praticiens q[ui n'aient vu périr des cholériques en deux , trois et quatre heures. Les rapports du bureau médical de Madras contiennent des observations de morts encore plus promptes ; c'est ainsi , par exemple, qu'à Hoobly et dans plusieurs autres lieux , on a recueilli des histoires d'indivi-* dus atteints par la maladie lorsqu'ils marchaient; frappés comme d'un coup de foudre, ils vomissaient un peu, se plaignaient de vertiges, de surdité , de cécité , et expiraient en quelques minutes. M* Gordon a publié plusieurs faits de ce genre. Notre opinion sur l'empoisonnement miasmatique acquiert encore plus de vraisemblance, si nous examinons l'action des miasmes sur Téconomie animale. Chez tous les individus sur lesquels elle s^exerce« il se manifeste une tendance à la prostration des forces; c'est aussi ce que l'on observe chez les personnes atteintes par le choléra. Mais avant de passer outre , il y a ici une distinction' importante à faire, parce qu'elle explique pourquoi , dans des circonstances en apparence semblables , l'infection a heu pour
nii individo, el a a pas lien pouf les anfares» Lorsque ies miasmes soot dégagés y ils tiennent baigner les corps enyironnans; par suite de leiur impiession , une on pin* siears fonctions sont mises en jeu, proba* biement i'a^areil polmonaire et le système cutané ; le résultat est résorption. Or^ ce phésiomène physiologique devant s*ef-* fectner par une fonction , il est par consé* quent subordonné à l'état de cette fcmetion»
et sans doute aussi à la nature des mia»* mes. Cette explication montre encore ^ comme Ta très-bien dit M. Nacquart , pourquoi les circonstances propres i l'in* dividu, étant elles*mêmes suscept3>ies de varier 9 tel individu peut être préservé de rinfeetioQ dans un temps , et la contracter dans un autre ^ et vice versa. EUe fait ausrî foir pourquoi un bomme peut s'inoculer impunément, à une époque, le sang d'un eboléiique , tandis qu'H ne tenterait pas sans danger la même expérience a une au<* tce époque. L'action dies gas méphytiques est une nouvelle preuve en.faveur de TopittîoA que nous avons émise. Ces gas.
produits de la décomposition des matières aaimo-végétales , détruisent l'irritabilité du cœur. Ghe2^ eeux qui ont succombé à leur influence 9 le swg est fluide et noir ; il y a annihilation de la contractilité musculaire.
II est donc très-présumable que le principe du choléra^ après avoir été absorbé par les poumons et la peau ^ agit en arrêtant les fa&ctions des nerù ; transporté dans le système circulalolre ^ il y produit \es différeM effets que nous avons £ait eoBAaître^ dans rbistoice des symptômes 1 en parlant du mode propagatoire de la maladie^ aous reviendrons sih: l'origine et la nature de ce principe^ Ajoutons seulem^ent queTélectri* cité doit jouét ua i?6le dm$ le choléra..