‹ Relation historique et médicale du choléra-morbus de Pologne, comprenant l'apparition de la maladie, sa marche, ses progrès, ses symptômes, son mode de traitement et les moyens préservatifs;Chapitre 8 sur 19 · DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC

DU CHOliE^-BIOBRUa»

Au premier coup d'oeil , le diagnostic dw choléra-morbus paraît peu difficile à établir. Comment se méprendre sur une ma-ladie qui débute par un appareil de symptômes aussi effrayans? Si le choléra, e»

effet, se montrait toujours avec Tallératîott de la figure, Tinsensibilifé du pouls, le froid de la surface , la lividité des extrémistes, la suppression de l'urine, l'absence de la bile , les vomissemens et les déjections blanchâtres ou troubles , il y aurait vraisemblablement peu de doute sur ses caractères , on pourrait tout au plus le confondre avec le choléra-morbus sporadique, comme nous l'avons vu faire plusieurs fois. Mais le -choléra ne traîne pas toujours après lui ce cortège redoutable de

(85) symptômes; souvent il ne s'annonce que par une simple diarrhée, et cependant l'expérience a appris aux médecins anglais^ que ce seul signe suffisait, dans les épidémies du choléra , pour reconnaîtl-e Texisn tence de la maladie. Quelquefois les vomissemens et les évacuations n'existent point ; dans d'autres circonstances, les vomissemens , les évacuations alvines et les spasmes manquent , et l'on n'observe que des vertiges , des tintemens d'oreille et des défaillances. Il suffit d'avoir bien étudié la maladie pour être en garde contre ces erreurs , qui d'ailleurs , dans les épidémies , ne sauraient être de longue durée. Les S]^it3ptômes qui résulleiit de Témpoisonnemènt pourraient faire croire à la réalité du choléra; mais, en interrogeant le malade et les assistans, on sait de suite à quoi s'en tenir; l'examen des matières vomies achèvera d'aHleurs de lever tous les doutes. La fièvre intermittente pernicieuse cholérique se rapproche beaucoup du choléra.

Le premier, et quelquefois le second accès , n'offrent qu'une intensité médiocre.

(86) Tout à coup 9 dans un nouvel accès , sur* viennent à la fois des Tomissemens et des déjections fréquentes de matières altérées, de maurais aspect , extrêmement abondantes l mélangées de divers liquides , mais o£Erant toujours une certaine quantité de bile érugineuse.  ces vomissemens et & ces déjections se joignent le hoquet, la raucité de la voix , renfoncement des yeux dans les orbites, f anxiété épigastrique , de petites sueurs vers le front, la faiblesse da pouls, le refroidissement et la li?idi€é des. pieds et des mains, quelquefois l'impossibilité de faire le moindre mouvement^ même pour vomir ou pour aller à la garderobe. Mais ici le cboléra-morbus n*esl pas Taffection primitive; il n'est qu^un des.

symptômes de l'accès ; il suit la fièvre comme l'ombre suit le corps, et disparaît dans Tinte^mission. La fièvre cholérique ai^ feete |4us constamment encore que plusieurs autres variétés , le type tierde ; elle n'attaque point un grand nombre d'indi« vidus à la fois , ou elle se trouve bornée & cert^ônes localités. C est probablement Ta^

(87) I9^gieqai àelùble exister entre cette ûhtê

et le choléra-morbus de l'Inde , qui a porté plusieurs médecins anglais , et notanunent i/L le docteur Searle > à établir une com* paraison entre le choléra et les fièvres in*' ' termitteotes pernicieuses. Ce rapproche»

ment est intéressant, en ce qu'il peut faire employer le sulfate de quinine dans le trai^ tementdu cboléf a. Nous ferons laremarque que, dans les fièrres intermïltentes^ ia sen-^ ^tion de froid est Ibrt différente de celle qu'on ëproure dans le choléra, quoiqu'il y ait dans les deux cas une injection bleuâtre. Les individus malades du choléra n'ont pas ia coBSeiiçnce de ce froid ; ils se plai«» gnent d'uae extrême chaleur , cherchent à «e débarrasser de leurs couvertures , «et demandent sans cesse à boire des liquides froids. Les personnes en proie aux fièvres intermittentes, sentent, au contraire , par<^ faitemeot la période de froid , et cheix^hent par tous les moyens possibles â se réchauffer. Enfin, le choléra-moibus sporadique se distingue du choléra épidémique , en ce qu'il est borné à l'individu qui en est at-

(88) teint , tandis que celui-ci attaque des milliers d'hommes; en outre, dans le choléra de nos contrées, les éràcuations sont bilieuses ou purement muqueuses ettrans* parentes , et n ont point Faspect blanchâtre et opaque de la matière trouvée dans les intestins des individus qui ont succombé au choléra indien.

Dans les épidémies du choléra , comme dans toutes les autres , les médecins ont remarqué que les maladies revêtaient souvent les caractères de la constitution régnante. Ce fait a surtout été observé a Varsovie ; beaucoup de personnes qui assuraient avoir eu le choléra n'en avaient présenté que quelques symptômes. M. le Gallois et moi , pendant le typhus dont nous faillîmes devenir victimes, nous eûmes un froid extrême qui persista douze heures ; le pouls était très-petit, nous étions baignés par une sueur froide ; les gardes qui nous soignaient ne furent rassurés que sur lobservation que nous leur fîmes, que notre maladie durait depuis quinze jours. J'ai eu la certitude que plusieurs personnes >

(89) qu W avait fait mourir du choléra , avaient succombé à d'autres affections. Plusieurs médecins sont tombés dans cette erreur, qui ne peut être celle d'hommes instruits.

Dans une maladie où la mort est si prompte , où le nombre des victimes est si considérable, on prévoit d'avance combien lf3 pronostic doit être grave. A l'appa-^ rition du mal, il faut s'attendre à de grands désordres ; attaquant de préférence les individus soumis à l'influepce des causes débilitantes, ses ravages sont affreux; mais peu à, peu sa malignité s'affaiblit, le nombre des malades diminue chaque jour, l'espérance rejif^aît , on annonce même que la maladie est terminée. Vaine confiance l Le monstre , véritable Protée , va se montrer, sous ijine forme nouvelle , déjouer toutes Içs .combinaisons, renvei;ser tous les mqyeins de défense , .et semer encore lepouvante et la mort. Telle a du moins été la marche du choléra à Varsovie; trois fois nous le crûmes terrassé , et trois fois il, fife réveilla pjus furieux et. plus* hideux. Nqus .avonft.;dit;qiîe., dans les premiers

( 90 ) jours, la mortalité était sourekit effrayante ; faisons biea comprendre notre pensée»

de peur qu'on ne hii donne une autre interprétation , comme on l'a fait ailleun^^ Lorsque la maladie parait pour la première fois dans une ville , eUe attaque çà et ià des individus isolés , et semJ^ d'abord sévir avec peu d'intensité; maitf lorsqu'elle a reconnu les localités, choisi ses victimes /on voit toul^à-^coup augmenter prodigieusement }e nombre des maladest^ Cette ép<^que est plus ou moins-courte, elle peut être limitée à deux ou trois fours, tpàé^ quefois durer beaucoup plus ten^-temps* Toutes choses égales d'ailleurs , -on doit redouter des suites désastreuses , lorsque le iîholéra se manife^e dans une vîlteoù les eéuses de misère , de malpropreté et d'insalubrité sofit réunies, et où la population est nombreuse et agglomérée dans des ha-bitatiofis étroites, malpropres, humides et mal -aérées. Les ravages de l'épidémie , ptM- Uiés dans les journaux, en frappant les esprits Je terreur, contribuent également à luidonnér beaucoup de gravité; Personne

C 9' ) ji^st plus partisan de la liberté de la presse que je ne le suis, mais si les journalistes pouvaient CQùnaitre la terreur générale qu ont causée lesbulletins officiels du choléra, ils ehercheraient sans doute à dimi- Biier cet effrei> en n'entretenant plus leurs lecteurs de ses progrès. On a observé, rel^tiveinent àridiénationmentalë, que tous les éVénetnens polRîques amenaient dans /les maisons de santé et dlins tes hôpitaux un grand nombre cfe fbus; la même remarque a été iàile dans le choléra : tout ce qui ^git eur rknagiaation^ multiplie le nombre des TÎctimes^

Si, de ces consfdératlons générales, nous passons- aux faitSr tndividuols , des observa- ^ns d*nn ordre meins élevé, mais plus assentieilemenfpva tiques, vont nous guider dans notre jugement sur l'issue de la maladie^ Ix>psq%i'un< médecin est appelé près d'un individu atteint du choléra, s'il re- Marque que b figure est peu altérée, la peau tehaudey fe pouls régulier ,. les vomisaemens^et tes évacuations alvines peu fali* f^iSyles ^asmes légers , il jugera queTat

(9«) fection est peu grave ; son pronostic sert encore plus certain , si le patient est dans une position sociale qui lui permette d'exécuter fidèlement ce qu'on lui prescrit , et si des soins assidus peuvent lui être prodigaës. Si, au contraire, la figure est profondéaient altérée , le froid général , le pouls hiseiisîble , la langue froide comme la glaee , le corps couvert d une sueur coUiquative et visqueuse, la peau froncée à la pamne des mains et à la plante des pieds , les extrémités livides « le pronostic est très-fâcbeqx* Dans quelques cas qui pourraient en imposer à un praticien peu exercé , les vomi*semens , les évacuatioas alvines et les spas» mes cessent en même temps , mais la fair blesse du pouls, le froid, k couleur livide , et l'expression de laface, décèlent le dangeiv QueUe que soit la gravité des symptômes^ lorsque la maladie doit avoir une terminaison heureuse, la peau se réchauffe, la transpiration se rétablit, les crampes diminuent , les vomissemens deviennent verdfttres, cessent; les selles reprennent leur couleur jaunâtre, exhalent une odeuiîfé:-

(95) tîde ; Turine commence à couler , la figtivc est plus animée et plus gaie, le pouls se relève, et les forces augmentent dé jour en Jour.

Les Anglais, et en particulier M. Orton , ont observé, dans plusieurs épidémies, que les individus qui avaient des spasmes et des vomissemens d'une extrême violence, et dont la position paraissait désespérée , étaient ceux que Ton guérissait avec le plus de succès, tandis que, dans d'autres épidémies , les mêmes individus succombaient presque constamment. Cette remarque a également é^é faite à Varsovie.

On a encore observé que plus la matière des évacuations différait de Tétat normal , plus le danger était grand; l'absence de là bile dans ces évacuations est généralement regardée comme un mauvais signe. On considère comme un symptôme fâcheux l'odeur nauséabonde qui se dégage du corps des malades quelque temps avant de mourir. La plupart des vieillards, les individus épuisés par de longues maladies, affaiblis par des souffrances et des privations, péris-

(94) sent i^ictimes du choléra ; les enfans et les femmes y paraissent moins sujets, mais cette proposition, vraie pour les enfans, o'est pas aussi positive pour les femmes ; J'ai sous les yeux deux états dressés par M. Janikowski, médecin de Thospice de bienfaisance à Varsovie , qui offrent des résultats opposés ; le premier^ qui comprend la liste des malades entrés dans rfaôpital depuis le ao avril jusqu'au 6 mai^ présente un total de quarante-six individus ,. donc dix-huit hommes et vingt-huit femmes* Sur ce nombre, treize hommes et treize femmes sont portés à la colonne des guéris, cinq hommes et quinze femmes à eelle des morts ; à la colonne des observations, on lit tg[ue les malades attaqués du choléra dani^ rhospice, étaient d'un âge très - avancé ^ excepté deux sœurs grises qui soignaient le»

malades , et six garçons de six à seize ani ; ces huit individus ont parfaitement gnérU Le second état comprend les personnes^ tombées malades en ville ; elles forment nn total de onze, dont trois hommes et haït femmes; sur ce nombre, trois hommes et

(95) six femmes ont été guéris , et deux fem« mes sont mortes. ML le doctetir Koehler , praticien distingué ^ ma également assuré que dtas les deux hôpitaux qu'il dUrigeait, la proportion des deux sexes était à peu près la même. Suivant lui , Terreur qui fait regarder le chiffre des hommes comme su« périeur à celui des femmes , provient de ce que Ton porte en ligne de compte les mi«litaires , tandis qu'on ne devrait faire le calcul que pour les personnes du civil.

Le choléra se termine fréquemment par la mort; les inflammations de l'estomac, des intestins, du foie et du cerveau, hâtent cette funeste catastrophe. Plus fréquem* ment encore, il se termine par la guérjlson, surtout quand des soins bien entendus ont été administrés dès le début de la maladie.

Lorsque cette heureuse issue aJieu, on note, dans un grand nombre de cas, une crise favorable , qui est presqu'invariablement marquée par le sommeil ou par un mieux inaccoutumé. Aux Indes-Orientales on a consigné des histoires d'épidémies où le choléra marchait de concert avec les

(96) fièvres typhoïdes. Cette complication a été fréquemoient obserrée dans les cas par^culiers ;i plusieurs de nous ont pu la constater dans les hôpitaui de Yarsorie. On eUe une épidémie qui se termina par des fièvres bilieuses malignes rémittentes. Dans quelques cas, nous avons vu les fièvres inter-* mittentes succéder au choléra; Tanasar^ que et l'infiltration des jambes ont été sou«. vent notées vers la fin de la maladie. Ces phénomènes morbides accompagnent quek quefois la convalescence ; cette terminaison a surtout été observéedans l'hôpital du dpc-^ leur Wolf , chirurgien très -distingué. A, l'hôpital du camp , à Varsovie , on a signalé plusieurs faits de gangrène des extrémités.^ M. le docteur Kulesza, médecin de cet h6* pital, a également fait la remarque qu'oa grand nombre de convalescens avaient un œdème des jambes ; dans quelques cas rares il a aussi observé la gangrène des pieds. I^e 3 juin il est mort , dans les salles de service du docteur Koehler, deux individus malades depuis cinq jours; pendant les, cinq dernières heures de leur vie , ils ont pré-

t97) sente des symptômes d'hydrophoble , et ^surtout pne horreur prononcée pour l'eau.

Ce symptôme a été noté par Kennedie, qui assure que dans le V)rai choira on Toh^rve quelquefois.

La durée de laconvalescence varie suivant rintensité des symptômes. Les personnes légèrement atteintes guérissent, dans l-es-^ pace de vingt-quatre heures ; chez d'autres la ^uérison a lieu en deux, trois et quatre jours. Elle se prolonge quelquefois jusqu- ait dixième jour; dans d'autres ca^ .eli« estent core beaucoup plus tardive ; dans les hôpitaux, elle est souvent fort longue. Ce résultat s'explique facilement par le manque 4e soins, et par les infiiueiiices délétères auxquelles sont trop ordiniairement soumis Içs malades des hôpitaux. On sent qu'il est impossible d'établir des règles* fixes à cet «gard. En général, on doit dire que la convalescence exige les plus grandes précautions; car on a reconnu que, dans cette période , des écarts de régime produisaient de nouveau la maladie.

Les rechutes ne sont pas trcs-commu-

•^es » ccpcndattt eHe^ otrt lien quelquefois; presque j|tou)ûar8 elles paraissent dues à des imprudences. Un homttie d'environ 5o ans tombe tnarlârde du choléra ; guéri par les soins du docteur Enoch, il fait un repas copient , le^ symptômes de ta maladie se montrent pour la seconde fois; un régime sévère cahna tous les accidens , et le retour â la liante fut parfait. \}n médecin anglais;^ qui a long-temps pratiqué dans les tndes^ Orientales, â été iAteint à trois reprisés différentes du choléra. Ce phénomène se rémai*queigafemént dans le cttdféra-niorbns sporadiquè. tJn aidé-de-camp dé M. le maréchal Oùdinot, duc dé ^eggiô/m'a Tdconté qu'il en avait été pris dé'Uï foî# àprèà atôîr bu', étant Irès-échàuffé , jlek ÎMJJSSbns froide^: ! *

CAUSES OGGASIOIlELLfiS

raàpi8Pa»AiiTK9.

L'ÀTiTNTiON dH goui^raeinens et des médéipio^ a.4uc n^tur^ltem^eet $e porter sur les çaiï^es qTOp9rai»ent ftiv-orib^r h déve- Ibpp? menV da jcbofôra*. t'hUtoir^ d<^ épî*^ cdéroies M^QS 9^veaâi que cest presque toifjoiira^ à la- irégligeoce et à 1 oubli des lois 4e rbygièi&e» qpe ces joiffections O0t du lieur ibtensité ejb leur vMejDOe^ Bien.conr TwiçM d0 i^U^ !ipéWt«, l'ai recueilli tous 1^ rgias^igaeqieai» que^'ai pu me procurer sqtr It mamère de vivre dm Poloaais; j aï ?isîW Ifîurs demeurer r ^étudié leurs mœurs, feurs haJ^Uud^s ^. pris- m âme en coasidéra'âou U forme de Içiir gocrveruemeut; et»

4^ ceytr emimei»., il est réstiUé pour moi la coiMMctifQQ qufi les progrès du ' mal tenaient F^f>q.W towiours k l» pmution et; à t abus

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des choses de la vie. Nul dotite donc qu en éclairant le peuple par de sages conseils ^ en prenant les mesures propres à améliorer son sort, et en faisant des hôpitaux ce qu'ils doivent être , des asiles où les malheureux soient bien soignés et trouvent ce qui leur est nécessaire , on ne diminue considérablement les ravages du mal. En-trons dans quelques détails à cet égard.

Lorsque la maladie parut pour la première fois dans les raftgs de l'armée potonaise , elle sévit surtout parmi les soldat»

fatigués par des marches pénibles, des bî*vouacs prolongés^ presque toujours mal nourris, exposés aux intempéries des saisons , et ne tenant aucun compte des précautions hygiéniques; on remarqua qxi'elle attaqua de préférence les régîmens qui campaient entre deux montagnes , sur une prairie bourbeuse, et'dont les hommes se nourrissaient«de viandes de porc salé, 6* buvaient des eaux malsaines. Les journées qui précédèrent l'apparition du mal avaient été assez chaudes, le thermomètre *vaît marqué ^Q** et ao*; les liuit», au contraire^

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étaient fraîches et humides. Après le com^ bat du 10 avril, qui fut long et acharné , les Polonais, échauffés par une marche forcée et par la durée de Faction , se jetèrent avidement sur cette eau bourbeuse, en burent jusqu'à ce qu'ils fussent rassasiés, et , dans la nuit du 1 2 au 1 3 , plusieurs d'entre eux étaient déjà morts. Quand le choléra se manifesta àMbdlin, lessoldats étaient logés dans des lieux voisins de cloaques , et on leur avait distribué la viande pour quatre jours, à une époque où les chaleurs étaient très-grandes.

Le genre de vie des soldats polonais doit les prédisposer aux maladies épidémiques.

Du pain bis, souvent mal cuit^ delà viande salée , beaucoup de charcuterie, un usage immodéré d'eau-de-vie de grain , du linge sale , des excès, une extrême indifférence pour leur santé , de la malpropreté , des campémens dans des lieux humides et marécageujt: voilà^ certes , plus qu'il n'en faut pour rendre compte de l'invasion du choléra.

Le passage continuel des troupes , l'éva-

tuation intempestive des cholériques 4cr Praga , ne tardèrent point à infecter Varsovie, Bieqtôt quelques malades furent ame-^ nés dans les hôpitaux. Le;s premiers que nous reçûmes appartenaient généralement à la basse classe; leurs conditions étaient misérables et leurs besoins extrêmes;, ib habitaient des rues étroites, malsaines, el principalement situées sur les b^rds de la Yistulç. Il est impossible , à moins dele$ avoir visitées , de se faire vne idée de leurs demeures : bâties la plupart^^ bois , très-^ petites, remplies d'immondices , quelquefois même construites sur des cloaques exhalant une odeur infecte , encore huiwdes* des inondations du fleuve , telles étaiient la* plupart des /habitations dans lesquelles»

nous pénétrions. Ajoutei à toutes ces causses de mort , l'encombrement des habi-^ t^ns, mal vêtus, mal ngurris, hors d'ét»t de se soigner , et Ton concevra très-bien pourquoi, dans nos visite^, nous trouvionsr^ ces. misérables demeures remplies de morts et de mourans. Nous n'oublierons jamai»

que la vcilJiÇ de notre maladie , nous fume»

( io3) charges par le comité central d'exatnlaer une de ces maisons désignées Comme un foyer dinfeçtioo. A peine avions-tious miâ le pied dans son enceinte^ que nous fûmes frappés de l'odeur fétide qui s^en exhalait.

Quatre cadrâtes de cholériques gisaient dans cet affreux séjour; nous donnâttles Tordre de les e^eter sUr-lè-champ , et now fîmes fermer la maison. Les habitations des juiFs surpassent encore celles deà 4Cihrétiens en malpropreté. Ce sont presque toujours de petites maisons eh bois , étroites, obscures , salés, qu'on ne balaye jamais , et dont les chambre^ , très-basses , couvertes de plusieurs pouces d'ôrdurés , n'ont souvent d'autre ouverture <jfne celle dé ta porte. C'est dans de semblables lieu:it que sont entassés sept , huit , dix , douze îndividns, et souvebt même plus ; à peine outils là plac^ de ise remuer. Ces malheureux île se lavent point , portent un bonnet gras qxiHlsne quittent jamais , se peignent trèsrarement, et Seulement pour faire leurs tresses de côté ; ils n*ônt point de linge blanc ,. et se nourrissent fort mal; souvent même ils

s^imposent des réductions dans leurs alU mens, pour payer les impôts. C*est ce qui est arrivé à Lowicz et à Kolo, où lamaladie^ surtout dans cette dernière ville ^ a été trèsmeurtrière parmi les juifs. Les cérémonies de leur religion contribuent également à multiplier pour eux les causes d'insalubrité; nous ne citerons qu'un seul fait entre beau* coup d'autres : lorsqu'une personne meurt dans une famille juive, les parens sont obligés de rester six hei^res par jour la partie postérieure du corps nue su( |a terre.

Cette cérémonie dure une semaine; peudant tout cet espace de temps ils ne pçu« vent sortir de la chambre . et sont astreints à un jeûne très-rigoureux. Les demeiïfes des paysans polonais l'ejoiportent de beavt* coup en malpropreté sur les habitation^ des villes. Il faut avoir vu cet amas informe de cabaneis, auxquelles on donne le nom de village, pour se figurer la misère prpr fonde de ceux qui les habitent. Ouvert^ à tous les vents , exposées aux injures du teoGips, horribles de puanteur, elles font reculer le voyageur le plus déterminé.

t »«fi )

Malheur à tùi> si la nécessite l'oblige 6!j pénétrer; il est à 1 instant dévoré par. des znyriades d*insectes. Heureux éncote si la faim ne le contraint pas à recourir à ^es ilotes.

On voit déjà, par ce que nous tenons d exposer, que la misère est une des princi"* pales causes occasioneltes du cholérar-mor- ' bus ; continuons et examinons l'influence des habitations dans cette cruelle maladie ; mais, pour s'en faire une idée exacte, il faut connaitfe leur disposition et leur arrange?* ment; c'est dans ce but que nous allons dire quelques mots de la topographie de Varsovie^

Cette Tillie est bâti^ dahs une belle plaine, sur un terrain de première formation , qui s'est successivement recouvert de sable et de terre végétale. Sa population est d'envirep quatre^ingt mille individus^ y compris vingt-pinq à trente mille juifs ; elle est séparée dit faubourg de Pragaparla Yistule, qui, pendant l'hiver et les hautes eaux, est très*large, et se rétrécit considérablement pendant l'été, en laissant à découvert de

i^astes étendues de sable, et deis endroits bourbeux et pleins d'imnioudices , surtout sur les bords de la Yistule. L'élévation de Varsovie au-dessus 4e Praga est remarquable : quand on la regarde de la rive droite elle parait dominer toutes les campagnes»

Cette ville n*a qu'une boi^ne source; les ^aux qu'on puise dans les autres endroits ont en général un goùtfade; sont lourdes , d'une digestion difficile y souvent inéme oïl estK>bligé de se servir de celle des puits.

Les étrangers ne peuvent la boire crueT ils sont forcés de ta mélanger pour la fendre potable. V^rsSovîe est beaucoup- {^lusloiigué que large, et irrégulièrement construite ; sa circonférence est d'enviroB ïroîs liewèis. "Elle é^t divisée en ville ancienne et ville kièttvelle; les quartiers récemment bâtîs, tièh que ceux du Notfveay-Monde^ de la baxrqufè et des enviroQS'du pa}aisd^iS3^it^;-âbat lài^ ges, bien aérés / eomposés (}<? inaîseâs fort propret, et bajbités par des' iodividÛ6^ t^ul jouissent tous plus^bh n(M)ibs <Vtiûê ceftatni? aisa^ftce*/ Dans la vieille vitte on eômpfé aussi plusièiàrs^bbaux quartiers^ , ce'sont Ie$

environs du pallié Krasinsky, la rue du Miel, la place du Palais, la rue de l'Arsenal , etc.; mais à côté de ces belles^constructioas se trouvent une multitude de rues étroites, tortueuses, sales et dégoûtantes. Nous insistons sur cette division , parce qu'il est 4© notoriété publique qu'on n'a observé qu'un très-petit nombre de cas de choléra dans les nouveaux quartiers, surtout dans celui d,u Nouveau*Monde, et en général dans les rues larges 5 bien ventilées et composées de maisons grandes et spacieuses, tandis que c'est sur le liltoral deU Vistule, dans les rues basses, étroites et humides, dans les lieux malpropres , que la maladie a fait le plus de victimes. Les maisons^et principalem,ent celles de la classe pauvre, sont des réceptacles d'immondices ; ces ordures sont amoncelées dans les cours et les greniers, et fort souvent on ne les enlève qu'au bout de deux ou trois, mois; de chaque coté des jFues coule un petit ruisseau en forme d'égout, recouvert en bois. Ces espèces de cloaques répandept presque toujours une ^eur plus ou moia& fétide $ cette odeur est

( »o8 ) «urtoutseasible le matin «f le soir; elle était souvent si désagréable , que j'étais obligé de marcher *au milieu de la rue. Raremeni; ces égouts sont-ils nettoyés; du moins, pendant tout le temps que f ai habité Yar-^ sovie , ne Tont-ils presque jamais été? Uo^ pération du curage exigç. d'ailleurs cer-^.

taînes précautions. L'administration d^ua hôpital de la yille , ayant fait nettoyer un, égout qui existait dans rétablissement , il se dégagea une très - grande quantité de miasmes infects. Presqu'aussitôt plusieurs^ individus de la maison furent atteints du choléra. On remarqua qne cette terrible maladie enleva presque tous ceux qui étaient; faibles et épuisés par de longues suppura*-, tions. Si tes immondices des maisons y res-.

tent si long-temps par> la négligence des.

propriétaires, celles des rues sont loin d'être réguixèremeni enlevées; elles ont même fréquemment servi à combler les barricades, qui, dans un grand nombre d'endroits, în«* commodaient beaucoup les habitans, par les émanations qui s'en exhalaient ; les proî-, çès-yerbauxde notre commission sont plçîniîk

( «09 ) de réelamations qui ùous étaient Journene-*

ment adressées pour remédier à ce grave inconvénient.

La situation de Varsovie , sur un plateau élevé , l'expose à des changemens brusques de température, auxquels contribuent puissamment les immenses forêts dont elle est environnée , surtout du côté de Praga. A chaque instant il s'élève de grands vents qui sifflent avec violence , et rasent le pays sans qu'aucun obstacle les arrête. Ces variations atmosphériques , qui se succèdent souvent dans la même journée avec une extrême rapidité, obligent les habitans à se vêtir chaudement. Presque tous. portent leurs manteaux avec eux^et lorsqu'ils aperçoivent un étranger légèrement couvert, ils l'avertissent des dangers qui le menacent ; si l'on marche un peu trop vite , si l'on fait une longue course , on est bientôt en transpiration; tout-à-coup souffle un vent froid pénétrant qui vous glace. Aussi observe-t-on dans les hôpitaux et dans la ▼îUe, les pneumonies, les pleurésies et les f atarrJbes. Quelques mois avant notre ar-

rivée, il y avait eu uoe espèce d'épidémie de grippe ;.peadant notre séjour nous avona eu loccasion de voir la fièvre neryeusei^ Elle attaquait principalement les médecin»

et les personnes de la classe aisée; plusieurs, docteurs envoyés par le comité polonais en ont été atteints : M. le Gallois et moi nou& en avons été dangereusement malades i MM. Collet, Hugon, Michauden sont morts^ La constitution médicale n'est pas la même toutes les années, mais ici il ne doit ètrch question que de ce que j*ai observé; j'ai noté avec soin , jour par jour, l'état météo-^ rologique pendant les mois de mai et de juin ; vqici quelques-uns des résultats qote^ je n'ai point voulu trop multiplier ^ poiK* i>e« pas fatiguer l'attention. Pendant plusieurs; jours du mois de mai, le temps a été su-perbe et chaud; ces belles journées ont été^ brusquement remplacées par des orages^ de la neige et de la grèle ; le thermomètre^ qui était à 1 6, 1 7 , 1 8 degrés , n'a plus marqué que 3 degrés au-dessus de zéro. Le 28»

le jzg et le 3o mai , le temps a été extrêmement variable ; le 28 il y a eu un fort orage^

(lit )

la chaleur était étouffante ; le 29, au coti^ traire, le froid était très-intense; le matin il n'y avait pas plus de 7 degrés aq-déssus de zéro, à midi le thermomètre s'est $Ievé de plusieurs degrés^ Le i**^ juin il est tombé de 1 eau, le temps a été alternativement ch^ud, lourd et froid ; le thermoinè* t^ a beaucoup varié ; ces mêmes influences atmosphériques oQt été observées pebdant les jours suivans. Le 7 , le temps à étécou-*vert ; le matin il y avait 7 degrés ; à midi il'est tombé une pluie abondante., et le thermomètre s'est élevé à i3 degrés. A trois heures, la chaleur était étouffante , l'iaprèsisnidi le temps était très-'froid; mêmes change«»en6;mêmeétatmétéorologi que jusqu'au i5. Le temps a été fort beau pendant plusieurs joàrs ; le 16 il y avait à midi 26 degrés de chaleur. Nous ne pousserons pas plus loin cet examen ; ce que je viens de rapporter suQitpour donner une idée de la variabiliié et de l'inconstance de la saîsoril Ê^S'bkisqùes ehangeménsde température m'ont conduit à faire une remarque curieuse : chaque variation atmosphérique

(ut) limenait dans les hôpitaux un plus grand nombre de cholériques , mais si l'état de Tatmosph^e restait quelques jours stationnaire, la maladie ne faisait plus de progrès» Les grandes chaleurs, Tair chaud et humide^ les orages, les passages rapides du <;haud au froid , augmentaient beaucoup la pro^ portion des malades; elle restait ensuite la même jusqu'à ce qu'il y eût un nouveau changement.

Déjà nous avons constata que la n^isère ^ ja malpropreté, les habitations basses et étroites , les rues sales, obscures et voisines des eaux ^ les changenpiens instantanés de température, étaient de puissans auxiliakes du choléra-morbus ; étudions maintenant l'action de la. nourriture , des vêtemens^ des habitudes , des hôpitaux et des causés morales.

La nourriture des habitans aisés estforté^ substantielle,, et surtout excitante^ Leur table est couverte de mets particuliers, inconnus dans nos pays, dans lesquels il entre beaucoup de viande de^porc ; ils font sur^ tout ysage. de salade de concombres. Les

Viiissôntthailds et capiteux î les plûls tisitéd ;B<!>nt ceux de Honigrie, de Champagne et du Rhin. Les l*epas sont èopieux et fré-> quens. L'alimentation du peuple consiste en un pain bis et idurd , en eali^ie-Yie de igrain *, en viandes et harengs salés -, en fromage du pays , et en une pâte dont la digestion est très-di£Sciie. Sa boisson se compose d'une petite bière d'assez bon ^ût^ mais^ouvent pleine de iie^ Beaucoup de paysans, et même d'artisans, ne boivent que de Teau. Mais ici il faut encore établir une distinction ^ntre les chrétiens et les JTiifs. Si les alimens des premiers sont lourds, indigestes, au moins ils peuvent assouvir leur faim , tandis que les juifs n'hésitent point à retranchei^ quelque chose de leur nourriture pour subvenir à des dépenses imprévues ou acquitter des impôts. Ainsi , ces malheureux , qu'on pourrait appeler la matière première des épidémies j aux prises avec l'infortune , trouvent encore les moyens de raffiner sur elle. Telles sont les causes pour lesquelles la mortalité a été si considérable chez eux«

Xn Galiicie, où lempmbre des victîmefs a ^^té très-grand, on afait la même remarque.

Dans ùfl pays où lies variations de température 5O0tfr^quçnteS;>rapides, inétantaaëes^ où le froid est très-rigou-reux, le^pauTre cherche comme le riche à se pr^serrer des intempëries des saisons. i\ ne tire "points «^omme lui, ses fourrures de lafiuissie o« de TAmérique , il les demande aux trou^ peaux qui l'enYironnent. Une peau de rao^ ton , Toild son manteau ; mais cette |ieau ^ il la conserve des années , et jamais il nt la lave. Lui-même il croupit dans la mal- .propreté. Travailler et boke , voilà lesdeuit ^gr«iids actes* de sa vie. Pourquoi rendraîtîl son sort pltis heureux? û'est-il pas Tèscfavedeson seigneur? possède-t-îl un ponce de la terre qu'il cultive? ne faut-îipas qu'il laisse à son maître tout le fruit 4e se^ travaux? Si, par un privilège rare, il peut abandonner Je sot qui 1-a vu naître , quels avantages obtiendra-t-41 de porter ailleurs son indigence ? ne peut-it pas tomber dans des mains plus împîtoyableife? L'hal»itant des villes est encore plus à platn-

( ttS) «&e que Tbomme des obàihps; ear ce dtv^ nieti il fabt au méfias que son taiitre le nourrisse ^ Uadis q«è Taulre , 'abandonné à lui^^mêmé ^ ae sait sottrent oà ref^oser sa tété. Gelte misère. des classes paufresdbfi'* né rexplioàtioa de leur inalprbpref é ^ qui est qirel<|tiiefois si ^ande , io[U elle se déèèle par 1m cf^urs les plus nailséaboiideSi

£a privaliân dés ckosernéa^ssimrei à la tîè et k rigueur d«s saison^ y ont produit le le désir des liqueurs fortes. De là ce goût pour reaoH-de'-iHe ^ si généralement répandu daàs le Nt)rd ; de 1$ aussi l'ivrognerie. D^uu côlé , alimentafibn mauraise ^ têtemens malpropres ;^ de l'autre, Jjoissons irritantes : earté», voilà de âoùv^lliss causes non jnoins pf(^i<es à favoriser' le développement du efaolé^a*^ Ën^^Hussir, comme en Polbgofe , les dangers qui résultent dé Tâbus des liqueurs fortes- ont frappé tous les médeôins •bservaH&urs. Lé frôlteUr de Thôtel où^ nous demeurions, ivrogne d'habitude , rentre le soil: très-échauffé; il demande plusieurs Verrefc d'eau , qu'il avale ' coup sur eoupy et va se coucher. Le lendemain ou:

( ii6) le troirra mort« A I ouverture , nous recoin nûmes les lésions précédemment indiquées.

Trois bouchers sont dans un cabaret, ilss^ livrent à tous les excès , boivent jusqu'à ce qu'ils soient ivres ; on les rapporte chea^ eux privés de raison. Quelques heures s'é-.

coulent , bientôt tous les symptômes du choléra fondent sur cçs imprudens; ilfi^ marchent avec, une extrême violence » et j^ dans l'espace de quatre heures, tous l«s trois expirent.

Les écarts de régime , la nourriture trop, succulente ,^ les indigestions , les crudités , les marches longues et pénibles, un refroi^ dissement subit , lorsque le corps esl^ échauffé , contribuent également au déve^ loppement du choléra-morbus. Un officier, çntre un soir dans un café , il y prend successivement neuf glaces ; à minuit il res-^ sent les premiers symptômes du choléra ; le lendemain matin il était gravement ma^ lade.

Les individus qui se livrent à la débau-. che , en général tous ceux qui font des ex-^ çès ; les personnes épuisées par ^des mala-î^

(t»7) dîes, de longues suppurations, faii^tei^^ cacochymes , et les yieilli^rds^ succombent en peu de temps.

Le choléra ne s'est guère montré qne> chez les adultes ; on Ta cependant observé chez des enfans de trois ans et chez des vieil-' lards de quatre-vingts ans. Les cholériques avancés en âge étaient en grattde partie juifs. Les sexes n'ont point paru Tunplus que l'autre prédisposer à la maladie. Tous les médecins du comité central m'ont affirmé qu'ils n'avaient point remarqué que le choléra fît plus de victimes en ville parmi les hommes que parmi les femmes. L'état qui nous a étédonné par le docteur Janikowsky^ médecin de l'hospice de bienfaisance , semblerait même prouver que la proportion des femmes est quelquefois plus considé-ràble que celle des hommes.

Le séjour des hôpitaux exerce une assez grande influence sur le développement du choléra-moii>us. Nous avons rapporté plusieurs faits qui le démontrent. L'encombrement des malades , la rareté des médif ^ens^ le manque de soins , deyaient né-r

( m8 ) ceMairômeBt produire ce résultat. Lorsque noui^ visilâffîesJ'bôpital du camp, nous le trouvâmes dénué de tout; peint de litg^ poifit de médieamens, point d'infit'niiers ^ à peine de la paille ; aussi la mortalité futelle effrayante. Mais en France^ où d'iitiportante» àméfiorations ont été apportées au régiole des hôpitaux ^ où des administrateui's éclairés ^ des médecins^ instrnit^ sotit plâbés à la tète de ces éfeâblissemens , hovd erojo^» qu'ils seront ^ au contraire > d'un g#and ^cours pour les màlheuretix*

Jtisqu'ipî tious avons étudié TiofliieBCé des oaruàés physiques dccasionelles sur 1er dételop^s&ent dil cboléra-môrbùs ^ di" sons quelques mots des causes morales** Tous les praticiens ont signalé 1 action dea^ passions oppressives sur les populations#- La peur, qui grossit tout, est sans eon^redil^ celle dont la puissance est la plus redouta^ blei elle jrfonge les esprits dans un morne* abattements et les prédispose à contracter la maladie, régnante. C'est la peur qui a fait périr dan6 plusieurs villes de TËurope des^ personéft^s de distinction. Tel individu

( 119 ) qui brave impunément la mort , lorsqu^il l'envisage sous les formes connues , en esé^ au contraire, frappé 4'épouTani6 quand elle a quelques chose d'insolite. Le péril q«'oh attend effi^aie beaucoup plps que le fMl présent, parce que Timagination inquiète e:(agère et dénature les choses. Les médecins qui ont traité de la peste ^ de ]a fièvre jaune et des typhus , ont regardé la peur et les craintes auxquelles Tesprit humain ne ssiqrait se soustraire , comme lès principaux propagateurs des épidémies. ^Plusieurs inême prétendent que ces aBections de VAme suffisent pour en occasioner lé développement. Nous ferions une longue liste des autorités qui ont reconnu que s*il était possible de soustraire les babitàhs d^tine ville ou dune contrée aux influences morales qu'ils reçoivent continuellement des progrès d'une épidémie , de la perte de leurs amis, de leurs parens , et des dangers qui les menacent , la mortalité serait infiniment moindre. Varsovie et l'armée démontrent de la manière la jplus positive qu'une grande exaltation mo-

V2\e neutralise les ravages des ëpideinlei^ Malgré les contacts multipliés des Polonailt aivec les Russes > malgré les rapports con-^ tinuels de la Ville avec le camp , la mortan lité 9 comme 1 ont remarqué tous les iné-^ decinS; a été peu considérable parmi les Polonais ; tandis que l'armée ennemie, qui n'était pas soutenue par les mèmeiS^ motifs, a fait des pertes énormes. A Ja^sy , à Bu^ charest, oùl*éffroî était général , les victimes tombaient par milliers > et ces popur leuses cités ont été converties eh de vasteô solitudesk On se rappelle encore le tableaii déchirant des malheurs de Tiflis> tracé pa|r M. Gamba. La peur avait rompu tous les liens moraux, le mari abandonnait sa femf* me , le père ses enfans ; ori eut dit des sauvages qui ne s'étaient jamais connus»

L'exemple de Varsovie peut fournir une' indication précieuse. Dans le cas où le cho^ léra-morbus viendrait à se manifester eM France, il ne s'agirait donc que dedétoiu?ner l'attention publique^ et l'on a mille moyens de le faire.

Si Ton a suivi avec soin les faits contejauA

( >M ) ^ns cechapitre^ouadu se convaincre qtlô, Routes les causes débilitantes physiques et morales favorisaient le . développement du cbpléra.-morbus9 et que ces causes, agissant principalement sur, la classe malheureuse , devaient . faire parmi elle un très - grand DLçmbre d^,victime$. C'est,.en effet, ce que 140US avons observé à Varsovie^ et si -quelques exceptions^ ont servi de prétexte poui; affirmer le contrairie , un bomme -qui a vu, qi^i 4taH sui:^le théâtre de l'épidémie avant s^ême quelle parût, qui Ta observée le premier, doit. être cru lorsqu'il avance un.

fait, de préférence, à ceux qui n'ant jamais^ quitté leur cabinet > surtout lorsque cet bpmme a. abandonné sa femme^^on enfgnt,, 5041 ..établissement , .pour, secourir d'héroï^j ipxes infortunes, et être utile â son pays. On, nous cite sans. cesse l'exemple de Saint-P.étersbourg; mais sait-on comment vivent les 0éigneuf ë rùsi^es ? A-t-on été admis dans leur iiAithite? Eli'bién ! j'ai appris de la touche mém^d'stmbisrssàdèurs', que le genre dé vie dïBS Rtissèsl'léè pir^dispose singulièrement aux maladies êpSdémiqoes; d'ailleurs , n'at*

'( lf« )

Vdhs-nous pas signHlé plùsieui^ causés qui agissent spécialement sur les gens éclaires, jusqu'à la bataille d'Ostrotenka , latoorta-- Kté n'avait eu lieu que dans là classe pailvre» Après ce combat glorieux poat la Pologne^ mais funeste dans ses résultats , la maladie titteignit les hautes classes, parmi lesquelles elle fit plusieurs victimes. TéWnînons t^ t^hapitre par une remarque iiif^ortanle ; fersque les foyers d'injfecfion sont trèsmuHJpliés , les^ miasmes se répandent de ioutes parts; ceux qui avaient .d'àbqttl échappé à leur action > contfhueHèment ijK)umisà leur contact, finîssentpar en éprdtlter les effets , et après -avoir long-tempi ré* sisté, ils succombent à leur taur atii at-^ teintes du mal. XH&ténsité , dans ce càs^^ dépend presque toujours d'une réùûioik plus ou moins nombreuse de causés locales.

p. S. La topographie de Yiemi^e ^ 4onl notre an^i le docteur Sichel vient de do9^ ner yn extrait dans la Lancette fy^ui^aisi^f, d4M:ine le pl^ graind poids à nptre opwoQ^ (^^Vleiirdw fi^oct. ^83^,) . , 1

MODE DE PROPAGAtlON

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