DOUZIÈME OBSERVATION
Dcuitànt îïegté : ftat , r vauoôc , taf l)es rougeotr^e , r rampeô , ctr mort quotre jours oprro l’cntrér o l’i^ôtd-IDiru..
Hoursac, âgé de vingt-six ans, portant un vice de conformation qui consistait dans l’absence des dernières phalanges des quatre derniers doigts de chaque main, atteint de vomissemens et de diarrhée depuis quelques jours , entre à l’Hôtel-Dieu ,
salle Sainte-Martine, n° 6, le 26 avril au soîr^ et nous le voyons le 27 au matin.
Symptômes ; Coloration violette de la face ; bouche béante ; yeux ternes et hagards ; décubitiis constant sur le côté droit ; refroidissement des extrémités ; pouls à peine sensible 5 suppression d’urines ; vomissement fréquent d’une matière jaunâtre, liquide et peu abondante; selles rares et parfois sanguinolentes, semblables a de la lavure de chair. • — Eau de Sellz a la glace , fomen-^ tâtions chaudes sur les exti'émités inférieures; lavement laudanisé ; vésicatoires a la partie interne des cuisses.
28 avril : cyanose très prononcée aux extrémités; taches rougeâtres dans quelques points et notamment à la partie antérieure du tronc, variables en étendue et ayant l’aspect du morbus maculosus de Werlof^ n’en différant que par la teinte plus foncée quelles ont et par leur facilité à disparaître sous la moindre pression, et à se reproduire dès quelles cessent d’ètre comprimées; langue sans enduit à sa base, contractée et froide à sa pointe; persistance des vomissemens avec oppression et angoisses inexprimables ; suppression constante des urines. — • Eau de Seltz; application de linges chauds sur le tronc ; sinapisme a la région antérieure de la poitrine.
29 avril : l’état du malade s’aggrave; le refroi-
dissemeiU gagne les parties élevées des membres; la cyanose s’étend aux coudes et aux genoux ; les taches de quelques points de la surface du corps augmentent de largeur, elles disparaissent plus lentement à la pression; respiration froide; pouls nul aux radiales , à peine perceptible au voisinage du tronc; langue toujours froide, rouge, sèche; yeux caves, rougeâtres et injectés. — Memes prescriptions.
Le 3o, à 'huit heures du matin : symptômes comme le jour précédent; prostration plus grande; surface de la poitrine où le sinapisme a été appliqué devenue jaunâtre et comme ecchymosée; les taches , qui étaient de couleur framboisée ou hortensia^ sont à présent violettes et ne s’effacent nullement à la pression.
Le soir : intensité plus marquée des symptômes; agonie; mort dans la nuit; les facultés sensoriales n’ont pas cessé d’étre libres.
NtCROPSIE.
Habitude extérieure : cyanose des extrémités, comme pendant la vie ; disparition totale des taches violettes, si apparentes aux derniers instans, ainsi que nous l’avons dit.
Tête : cerveau fortement injecté , substance médullaire sablée.
Thorax : adhérences nombreuses entre les plèvres costale et pulmonaire; dans les poumons, au lobe moyen, des tubercules dont quelques-uns commençant à se ramollir; poumons peu crépitans, gorgés de sang; emphysème; cœur contenant du sang noir et poisseux ; artères pleines d’un sang veineux; veines dans un état de flaccidité.
Abdomen: estomac vide; muqueuse gastrique injectée et sèche; pylore contracté; invaginations nombreuses et récentes des intestins , qui sont phlogosés; muqueuse intestinale parsemée de taches et de granulations miliaires; éruption toutà-fait distincte, par sa forme et l’absence d’un crypte muqueux au centre de chaque bouton, des glandes et des plaques que Brunner et Peyer ont décrites et qui se rencontrent dans la doth inentérite et la plupart des phlegmasies aiguës de la muqueuse intestinale; foie volumineux; vésicule du fiel distendue outre mesure , contenant une bile noire qui n’est ni concrète ni sirupeuse; vessie rétractée et vide.
= On se persuade aisément que, dans ce cas, l’état du sujet se prêtait à une réaction qui, pour n’avoir pas été convenablement secondée, ne s’est pas opérée. En effet, n’a-t-elle pas été enrayée par de^ stimulans dont le moindre inconvénient était
d’accroître la concentration? Des bains généraux; plus ou moins chauds , etc. , ne l’auraient-ils pas mieux favorisée que des sinapismes sur la poitrine, puisqu’il y avait des traces de plilegmasie sur les parois de cette cavité?
^roteumc réaction»
Le degré qui précède ne pouvant être de longue durée, l’extinction des propriétés vitales est prochaine, si la nature médicatrice ou l’art ne fait pas diminuer les symptômes de concentration au point que les fonctions interverties se rapprochent de leur état normal. Ce changement, remarquable dans la marche du choléra, c’est le passage de la deuxième période, ou algide, à la période de réaction. Or, à aucune époque, les jours du cholérique ne sont plus compromis que dans cette transition : c’est que celle-ci, loin de s’effectuer toujours d’une manière graduelle et modérée , a lieu le plus souvent par des mouvemens ou trop faibles pour pouvoir la compléter, ou assez violens et désordonnés pour produire de graves complications.
On conçoit d’après cela combien est difficile la
tache du praticien qui se charge de provoquer une réaction dont l’issue soit favorable. Etudiée dans ses divers modes de développement, la troisième période présente des différences qu’il convient de distinguer.
Quand elle est régulière et modérée, la circulation se ranime progressivement, le pouls se relève, et conséquemment la peau reprend peu à peu sa chaleur et sa couleur naturelles. Les vomissemens et la diarrhée s’amoindrissent ou cessent tout -à-fait; les crampes ne se font bientôt plus sentir; les sécrétions s’exécutent; la soif est moindre; la langue devient chaude et légèrement rouge sur les bords; la respiration est plus facile; le visage n’est bientôt plus cholérique; les traits annoncent une sorte de satisfaction intérieure; le timbre de la voix redevient naturel; le malade goûte la douceur du sommeil dont il était privé.
La réaction est-elle insuffisante , les fonctions organiques ne se raniment qu’avec lenteur et d’une manière irrégulière; l’état algide et la cyanose restent à peu près les memes , parce que le pouls , petit et précipité, a peine à se relever; la langue et l’haleine demeurent froides; la peau est humide, visqueuse et fraîche; le visage, toujours cadavéreux, présente quelque chose de plus , exprimant le trouble qui naît de l’impulsion redonnée à l’organisme ; les yeux sont humides et ternes ; il y a une
plus grande perte de forces , parfois du délire ; et alors que les sécrétions et les excrétions sont toutà‘fait suspendues, il en résulte un calme dont on ne saurait se réjouir, puisqu’il est le prélude de la mort.
Si la réaction est surabondante, qu’elle s’annonce avec véhémence, le torrent circulatoire, qui était calme et pour ainsi dire stagnant, devient impétueux; le pouls acquiert de la plénitude, de la dureté et beaucoup de fréquence; la fièvre s’allume, la face est vultueuse, les traits s’animent, les yeux s’injectent et sont larmoyans,la peau se réchauffe; il y a turgescence sanguine au cerveau, aux poumons, etc. ; et quelque puissans que soient les moyens thérapeutiques employés, en général les malades succombent promptement aux phlegmasies , aux congestions qui proviennent de ce désordre.
On a vu aussi la période de réaction , qui ne dure que quelques heures et rarement plus de deux jours, être précédée, mais plus ordinairement compliquée, des caractères particuliers au typhus, et tels que : débilité générale; prostration; état de stupeur; coma; délire; anxiété épigastrique; fuliginosité des dents et des gencives; langue sèche, dure et de couleur cuivrée; peau sèche et brûlante au toucher; yeux chassieux; conjonctives injectées; état pulvérulent des na-
rines; mouveniens convulsifs des nienibres; soubresauts des tendons, etc.
Les premiers cholériques que nous vîmes à l’Hotel-Dieu, dans la troisième période, étaient dans une agitation si grande et qui contrastait tant avec l’état de calme apparent d’autres cholériques placés à côté d’eux, qu’ils fixèrent vivement notre attention. Nous regrettions de ne pouvoir connaître toutes les circonstances qui avaient précédé leur maladie, comme il nous fut pénible de ne pouvoir ensuite nous livrer à toutes les investigations anatomiques nécessaires.
Du moins avons-nous saisi avec empressement les symptômes de deux de ces cholériques , et nous n’avons pu résister à l’idée de les retracer ici , bien que ces deux faits ne doivent paraître complets que jusqu’à un certain point.
TREIZXÈmi: OBSERVATION.
drotôirmc bcgrc : ctot ûlgibf, rj^anosc, rfûction inromjjlhc; mort.
Un homme âgé d’environ trente-deux ans, entré à l’Hôtel-Dieu le 24 avril, occupait le n® 28 de la salle Saint-Antoine. Il eut des vomissemens, des selles liquides , copieuses et fréquentes, suppressions d’urine, crampes, etc. ; il éprouva les symptô-
mes caractéristiques de la période algide. Nous le vîmes pour la première fois le 26, et voici ce que nous eûmes oceasion de noter : décubitus latéral ; stupeur; affaissement ; traits de la face décomposes ; couleur d’un blanc mat et cadavéreux de la peau qui la recouvre, ainsi que des tégumens de la partie antérieure du tronc ; front ridé; regard hébété; globe oculaire enfoncé dans l’orbite; teinte livide des paupières ; sillon profond et transversal au bord adhérent de l’inférieure; ventre dur; muscles abdominaux rétractés; ombilic très enfoncé; membres inférieurs dans la demi-flexion; raideur, prédominance permanente dans la contraction des fléchisseurs ; orteils raides et alternativement placés dans la flexion et l’extension; refroidissement extrême de la surface extérieure du corps, et notamment des extrémités abdominales; couleur d’un rouge violacé sur quelques points; langue mollasse, pâle et froide surtout vers la pointe, aucun enduit ne la recouvre; elle est humectée, tremblotante, dure et rétractée vers la base; sens libre; absence du pouls aux radiales, il est peu distinct sur le trajet des carotides , et même très obscur sur la région du cœur; aucun gonflement n’existe sur le trajet des grosses veines, mais injection manifeste du système capillaire; engorgement, sans distension considérable, des veines des troisième et quatrième ordres; elles
cèdent facilement par la pression, et le sang y revient avec lenteur.
Sous l’influence de moyens capables de réveiller les propriétés de la vie, ou peut-être à l’époque décidée par la nature, la réaction se montre quelques inslans, mais elle n’est pas assez soutenue pour rétablir l’équilibre. Le pouls se relève, la peau reprend de sa température normale, la langue se réchauffe et rougit, l’énergie semble renaître; mais tout d’un coup prostration plus considérable que jamais, absence du pouls, respiration presque nulle, etc.; mort dans l’aprèsmidi du 26.