‹ Relation médicale de la commissíon envoyée à Paris par l'Intendance Sanitaire et par la Chambre de Commerce de Marseille pour observer le choléra-morbusChapitre 3 sur 7 · SIXIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

SIXIÈME OBSERVATION

ÎPrcmtfif bfgrc : rcpljalalgie, rramptg, oomisecmcus , îiirtrrl)éf , l)ornptlatiou , sueur; ijucrtsun.

Maurice , âgé de quarante ans , infirmier de l’Hôtel -Dieu , mange du fromage et boit de la bière à son repas du matin le 27 avril, et deux heures après il rend ces substances par des vomissemens réitérés et plusieurs déjections diarrhéiques. Ce malade avait eu, dix jours auparavant, étant de service comme infirmier, deux hémorragies nasales et des crampes aux mollets, crampes qu’on avait calmées au moyen de frictions avec un liniment opiacé.

Placé au n*^ 5o de la salle Sainte -Martine, il nous présenteles symptômes suivans : céphalalgie; douleurs à l’épigastre; crampes aux orteils ; horripilation pendant une heure, suivie d’une sueur générale abondante. — Limonade pour boisson; application de sangsues vers les régions mastoïdiennes et au creux de V estomac.

Le 28, peu d’amendement. — Saignée du bras de deux à trois palettes.

Le soir, amélioration notable.

Le 29, le ventre n’a pas cessé d’ètre douloureux pendant la nuit, mais le malade fait une selle de

matièie épaisse, et les souffrances abdominales cessent; il n’y a plus ni crampes, ni vomissemens; sueurs abondantes; frissons. — Tisane de lin gommeuse.

Le soir, encore des frissons; sueurs.

Le 3o, disparition totale des symptômes cholériques. Il est survenu à l’endroit des piqûres des sangsues une tumeur inflammatoire. — Cataplasme émollien t sur cette partie ; soupe de riz.

Maurice, quoique faible, voit ensuite son état s’améliorer de jour en jour et se trouve bientôt rétabli.

= Ce nouveau fait confirme combien sont efficaces, dans le traitement du choléra, les secours administrés d’une manière prompte. En effet, celui qui fait le sujet de cette observation a pu, comme infirmier, recevoir bientôt des soins assidus, ainsi que plusieurs autres infirmiers dont nous avons parlé précédemment.

septième: observation.

Premier ïiegré : ernmpee, oomiaecmene, frteeotts, ctr.; jiucrieon.

Mignot, âgé de 27 ans, boulanger, souffrait de coliques depuis trois jours, avait vomi beaucoup de bile, lorsque le 27 avril il fut transporté à

l’Hôlel-Dieu et occupa le n® 4^ la salle Sainte- Martine. Il nous offrit alors les symptômes suivans : ëpigastralgie ; douleurs de tête ; nausées ; " frissons; crampes aux mollets; extrémités ayant perdu de leur chaleur naturelle; pouls plein, dur; respiration précipitée. — Tisane de lin gommeuse ; application de sangsues à V épigastre et de linges chauds aux extrémités.

Le soir, moins de souffrance. — Nowelle application de sangsues au creux de V estomac.

Le 28, diminution des symptômes.

Les 29 et 3o, le malade peut prendre de légers alimens; il est en convalescence.

HITXTlèxa£ OBSERVATXOïr.

Premier bejjré : jjrobrômeô, erompeg, womigeemen^ , biarrl)ée, ete.;

ÿuérieon,

Boyer, âgé de 22 ans, menuisier, entré à l’IIôtel- Dieu le 27 avril, avait depuis trois jours présenté (|uelques-uns des signes avant-coureurs du choléra. A peine mis dans son lit, au n® 49 la salle Sainte-Martine, nous consultâmes son pouls qui était plein et fréquent, et nous observâmes les symptômes suivans : nausées; vomissemens; diarrhée; ventre contracté, tendu, douloureux; crampes légères aux pieds; difficulté de remuer les

membres inférieurs; quelques taches rouges à la face plantaire des pieds; engourdissement et comme sentiment de formication aux mains; frissons. — ■ Sangsues au creux de V estomac ; bains tièdes généraux ; tisane adoucissante.

Le 28, état plus satisfaisant. — Les bains sont continués.

Le 29, mieux sensible; plus de crampes ni de diarrhée, plus de gène dans les membres. — Memes prescriptions .

Le 3o, légers alimens; convalescence.

ou he fonr^ntratiou»

C’est bien dans cette période que le choléra épidémique se montre tel qu’il est, c’est-à-dire avec ses caractères si horribles et si lugubres. Non seulement alors il y a augmentation de la plupart des symptômes du premier degré, mais il se manifeste de nouveaux signes pathognomoniques. Le fades est éminemment cholérique, c’est un tableau vivant qui exprime la mort; l’œil, enfoncé dans l’orbite et comme atrophié, est entouré d’un

cercle livide et à moitié couvert de la paupière supérieure; il représente ou une bien grande agitation de l’ame, ou une sorte d’anéantissement. La sclérotique, qui se laisse apercevoir, est souvent sillonnée de zones ecchymosées; la pupille ne se dilate ni ne se contracte; les paupières ont une teinte livide très foncée quand le reste du visage est violet ; les larmes ne sont plus sécrétées , mais les cils des paupières sont imprégnés d’une matière sèche et grisâtre; les joues sont décharnées, la bouche à demi ouverte, les lèvres collées sur les dents; les parties saillantes, le nez, les pommettes, les oreilles, etc., sont d’un froid glacial; la langue l’est aussi, et ce froid, qui est d’abord sensible aux pieds, aux genoux et aux mains, tend à envahir tout le corps ; partout où il s’est étendu , on observe une espèce de cyanose ou teinte violacée de la peau, qui a perdu sa force contractile et souvent sa sensibilité. H y a anxiété épigastrique; la respiration s’exécute difficilement; l’haleine est froide. Les pulsations du cœur sont ordinairement ralenties et d’une faiblesse extrême vers le déclin de l’existence physiologique ; aussi le pouls devient-il d’autant plus petit qu’on l’explore aux vaisseaux d’un moindre calibre ; aux artères radiales, il est filiforme, à peine perceptible. En général, les organes sécréteurs n’exercent qù’imparfaitement ou nullement leurs fonctions.

Dans CGt état cIg concentration, la diarrliee, les vomissemens , les crampes ont continué d’avoir lieu d’une manière plus ou moins intense; elles finissent par diminuer et disparaître tout-a-fait; le cholérique est alors comme anéanti, et pourtant il répond avec lucidité, mais avec indifférence, aux questions qu’on lui fait : sa voix est si faible tju il peut à peine articuler les mots ; ce qui provient sans doute du peu d’air qu’il inspire , et c’est aussi pourquoi, lorsque les crampes ne le tourmentent plus , il est quelquefois fatigué par le hoquet.

Il est rare que cette période, qui d’ordinaire ne dure que de deux à vingt-quatre heures, se prolonge au delà de deux jours. L’équilibre ne saurait se rétablir que d’une manière graduelle; car si les symptômes cessent tout d’un coup, le bien-être momentané dont le malade se félicite n’est rien moins que le coup de la mort.

17EÜV1ÈZI1& OBSERVATION.

Botdeme îregrc toute oon intensité, pro^rcrlnc0 néglifliéo;

mort en î>eur jours.

Essonier (Jean-Michel), âgé de 33 ans, marchand , demeurant rue des Cartes , n® 2 , 12® arrondissement , se nourrissant assez bien , éprouve

pendant cinq jours les signes précurseurs du choiera, puis les symptômes appartenant au premier degre. Il se souvient d’avoir mangé des épinards avant son atteinte cholérique.

Entré, le 6 mai, à une heure, à l’hôpital de la Pitié, il était dans l’état suivant : fades cholérique; yeux cernés, caves, abattus, demi-fermés par les paupières supérieures qui semblent lourdes et pesantes; dilatation pupillaire normale; nez froid , pommettes de meme ; teinte générale du visage violacée; langue sèche, plate, rouge à ses bords, jaunâtre à sa surface; épigastre douloureux; ventre rétracté; selles assez abondantes; vomissemens moins forts et moins répétés qu’au début; pouls radial insensible; battemens du cœur légers, faibles et lents; respiration difficile, accélérée ; le malade est obligé de soulever avec effort les parois de la poitrine dans les mouvemens d’inspiration; voix presque éteinte; crampes moins fortes qu’au début et seulement dans les membres inférieurs; froid glacial; mains, ongles violacés; pulpe des doigts rétractée comme sur les cadavres. • — Limonade pour boisson ; houles chaudes aux extrémités ; quart de laidement amidoné ; cataplasme émollient sur V épigastre.

7 mai au matin : tous les symptômes sont devenus plus graves; extrémités glacées; yeux aux trois quarts fermés; la bouche entr’ouverte; lèvres

décolorées; respiration haletante, pénible. — Vésicatoire à V épigastre; sinapismes appliqués trois fois aux membres inférieurs ; trois lavemens avec huit gouttes de laudanum de Sydenham; potion composée de iv onces d'infusion de mélisse et de i once de sirop diacode.

Le malade a succombé à une heure et demie.

WÉCROPSIE.

Habitude extérieure : taches cyanosées à diverses parties de la peau, notamment aux extrémités inférieures; doigts des pieds et des mains contractés et éloignés les uns des autres.

Tête: peu de sang dans les sinus.; artères, surtout la méningée moyenne, plus gorgées de sang que les veines qui n’en contenaient qu’une petite quantité d’une couleur moins foncée; substance blanche sablée; piliers de la voûte ramollis; substance grise plus pâle que d’ordinaire, injectée; substance grise du cervelet plus injectée que dans le cerveau ; aucun fluide entre les couches de cet organe; nerfs un peu rouges près de leur origine.

Rachis : léger épanchement de sérosité dans la cavité de la dure-mère; quelques plaques semicartilagineuses à la partie postérieure de l’arachnoïde ; membranes et substance grise plus injectées qu’habituellement; le trisplanchnique dans

l’état normal; les nerfs sciatiques extrêmement rouges; glandes cervicales supérieures légèrement injectées à leur surface; thyroïde vide de sang.

Thorax : adhérences nombreuses des plèvres costale et pulmonaire; ecchymoses par exhalation dans le tissu parenchymateux, principalement à la partie antérieure; sang veineux extravasé dans les poumons; sérosité albumineuse dans le péricarde, et semblable à la bave des asphyxiés; adhérences récentes entre le péricarde et le cœur; plaques sur celui-ci; ecchymoses au dessous de la membrane interne; sang écumeux dans le ventricule gauche; membrane de l’aorte épaisse et facile à déchirer; sang veineux, noir dans les artères.

Abdomen : injection vasculaire de la muqueuse gastrique; légères ecchymoses; follicules dans le duodénum; nombreuses granulations de la valvule ileo-cœcale au duodénum; éruption miliaire disséminée à la surface muqueuse du jéjunum, confluente et disposée par plaques dans la partie moyenne del’ileum; les pustules plus rapprochées sont transparentes dans quelques points et ressemblent au millet de la peau ; elles sont arrondies à leur surface libre et ne présentent pas, comme les granulations de la valvule ileo-cœcale, des orifices béans à leur centre ; liquide gris verdâtre dans l’estomac, jaunâtre dans le jéjunum, jaune grisâtre dans la première partie de l’ileum, et de

couleur amidonée, rouge et framboisée, dans la seconde partie de cet intestin et dans le colon; foie volumineux ramolli, vésicule biliaire distendue par une grande quantité de bile; rate dans l’état normal, peu gorgée de sang; vessie rétractée et vide.

DIXZÈBIE OBSERVATION.

BfUïinn^ be0rc, ctat olgibf , fj)anoôc; mort l)uit !)cuvc0 npvca l’rntrce o Hjôpttal l)eurfs aprb l’tnonsion.

M. , ouvrier compositeur de l’imprimerie royale, âgé d’environ cinquante ans, entré le 27 avril à riiôpital Saint-Louis , placé à la salle Saint-Lau- rent, n® 28, service de M. Biett, nous présenta les symptômes suivans : couleur violacée de la peau dans la presque totalité de son étendue; yeux enfoncés dans les orbites; traits de la face tirés en dedans; crampes violentes aux membres inférieurs; froid glacial aux mains, aux pieds, à la langue, aux ailes du nez; vomissemens abondans et selles fréquentes de matière semblable à de la pâte d’amande délayée dans l’eau ; pouls à peine sensible; ralentissement des pulsations de la radiale. — Eau de maiwe émulsionnée à la glace ; deux ventouses sur la région ileo-cœcale ; vingt

sangsues à T anus, et cataplasme émollient laïukinisé sur le ventre.

Aphonie; mort huit heures après.

N]ÉCROPSIE.

Tcte : épanchement considérable de sérosité dans les ventricules; infiltration séreuse dans l’intervalle des circonvolutions; injection très maicjuée des méningés; substance corticale coloiee en bleu clair; la médullaire d’un blanc sale et offrant un exsudation sanguine sablée, beaucoup plus marquée dans la protubérance annulaire et ses prolongemens que dans les parties du cerveau i*approchées des hemispheres; artere basilaiie très distendue par un sang noirâtre; origine des nerfs optiques d’une couleur rosee.

Hachis : un peu de sérosité.

Thorax : cœur très volumineux ; caillots fibrineux dans le ventricule droit, sans liquide dans le gauche; poumons sains, mais adherens a leurs bords postérieurs; follicules muqueux très développés dans la partie inférieure de l’œsophage; sécheresse extrême de la plèvre.

Abdomen : vésicule du fiel distendue par une

bile noirâtre poisseuse; muqueuse gastrique d’une

couleur rosée, ainsi que la plus grande partie de

celle qui tapisse les intestins grêles; ces derniers sont remplis d’un liquide albumineux pareil à celui qui avait été rendu dans l’acte du vomissement; développement des glandes de Peyer à la partie inférieure de ces intestins.

OHZZÈnaE OBSERVÂTZON.

Heurthnc begu ; ûlgiîic, cponoet, soif inuitôc, Uf.;

mort en îrcuir joitro.

Bienvenu (Jean-Jacques), âgé de quarante-huit ans, adonné aux boissons spiritueuses, entre à l’hôpital Cochin, ayant eu une indigestion.

Symptômes ,* dévoiement très abondant; puis, deux heures après , vomissement ; crampes fréquentes et fort douloureuses aux extrémités inférieures ; yeux caves , cernés ; regard fixe , abattu ; état algide bien prononcé; extrémités rétractées et colorées, ainsi que la face, d’une teinte foncée; langue froide; respiration courte et fraîche; pouls presque nul ; abdomen insensible.

Le soir : crampes très violentes; soif ardente; deux vomissemens ; le malade dit avoir uriné ; sa voix est éteinte. — Frictions anodines ; tilleul chaud pour boisson; quart de laidement amdacé.

Deuxième jour : la moindre pression à l’épigastre détermine des crampes ; même état que la

veille ; seulement le malade a poussé plusieurs selles lie de vin. — • Ipécacuanha, trente grains en trois doses ; tilleul chaud.

Six heures du soir : deux vomissemens ; extrémités froides; trois selles liquides, sanguinolentes; urines; crampes légères aux doigts des pieds; épigastralgie. — Infusion de tilleul; quart de lacement amilacé et laudanisé.

Troisième jour : trois selles liquides sanguinolentes; urines; respiration difficile; memes symptômes d’ailleurs que précédemment. — Douze sangsues à F anus. Mort à midi.

KÉCROPSIE.

Habitude extérieure : taches cyaniques sur la peau des bras; système musculaire arrondi, saillant, dans un état de contraction.

Tête : substance cérébrale sablée de sang noir qui suinte parla pression; sérosité dans les ventricules et dans l’épaisseur des plexus choroïdes ; dureté assez considérable du bulbe de la moelle ; léger épanchement sanguin dans le cervelet.

Thorax : poumons sains; cœur comme hypertrophié; sang épais, gélatineux, noir dans les vaisseaux artériels.

Abdomen : estomac non injecté; contraction du petit cul-de-sac; jéjunum rouge, rougeur qui con-

tinue et devient très intense à la terminaison de l’intestin grêle, où les plaques de Peyer sont très développées ; colon injecté dans toute son étendue, contenant à l’os iliaque une matière lie de vin; rougeur considérable du tissu sous-mu’^ queux; en passant le scalpel à la surface on fait suinter le sang, et la rougeur disparaît ; vessie contractée, de la grosseur d’une petite pomme, ses parois épaisses.

=3Cette observation, ainsi que beaucoup. d’autres, prouve que l’absence des urines n’est pas un symptôme assez constant pour être considéré comme l’un des plus caractéristiques du choléra. Néanmoins il a été question ici d’un cas assez grave, puisqu’il a été au dessus des ressources de l’art.

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