QUINZIEME OBSERVATION
îEvoiôtème begcc : ftat olijibc, rjjunosc, récutton mobrrcc; guérison.
Paris, Etienne, âge de cinquante-sept ans, cultivateur, vivant bien, présente les symptômes suivans, après son entrée â l’hôpital Cocliin.
Premier jour : dévoiement; peu d’urines; yeux larmoyans; face colorée; nez froid; extrémités froides, violettes; sentiment de brisement des membres ; pouls filiforme, lent; peau sèche; respiration peu gênée et froide; voix peu altérée; ventre douloureux â la pression. — Eaa de goTUme ; six grains de sulfate de quinine; application de douze sangsues a V épigastre.
Les deux jours suivans, â peu piès même état.
Le quatrième jour, â sept heures du matin, pouls relevé; douce réaclion sans sueur; vomissement chaque fois que le malade prend une cuillerée de potion avec la quinine; point de selles ni d’urines; céphalalgie. — Douze sangsues à l’ anus ; émulsion; un quart de lacement laudanisé ; six grains de quinine.
Sept heures du soir : plus de vomissement; selle provoquée par le lavement; mines; céphalalgie légère. — Emulsion; quart de lacement;
six grains de quinine ; douze sangsues derrière les oreilles.
Cinquième jour au matin: urines abondantes; une selle liquide; pouls petit, lent; extrémités froides; langue un peu sèche. — Emulsion; quart de lavement; six grains de quinine; cataplasme sinapisé aux cuisses.
Le soir, langue humide; pouls lent; le malade a uriné cinq fois. Mêmes prescriptions, à l’exception du sinapisme.
Sixième jour : pouls naturel ; état général satisfaisant; abdomen rétracté non douloureux.
Septième jour : Urines abondantes. — Emulsion; lavement; bouillon coupé.
Dixième jour : guérison.
SEIZXBnZE OBSERVATION.
(Liotsicmc bcgrf : rcaction oioUnte, dat typtjoïibic; mort.
Au n° 28 de la salle Saint-Victor de l’hôpital Saint-Louis, nous ^^îmes, le 27 avril, un jeune homme pléthorique qui, depuis deux jours, atteint du choléra, avait eu des vomissemens fréquens, des selles nombreuses et abondantes, pouls presque nul, couleur violacée de la peau, etc.
I.orsque nous l’examinâmes nous eûmes à noter: assoupissement carotique profond; priva-
tion des facultés sensoriales; injection de la conjonctive; contorsion et renversement en haut du globe de l’œil; large tache cyanique sur les parties latérales du cou, aux mains et aux pieds; suppression d’urine; contraction des membres dans le sens de la flexion ; raideur et saillie considérable des muscles et des tendons; respiration suspirieuse; état de torpeur.
Au début, on avait prescrit de l’eau deSeltz, du sous-nitrate de bismuth selon la méthode de Léo, pour arrêter les vomissemens; plus tard, à l’apparition de la cyanose, on avait fait prendre de la pondre de charbon ; enfin , lorsque la prostration fut plus grande, on crut devoir appliquer des sangsues aux régions mastoïdiennes, et des ventouses scarifiées sur la suture sagittale. Les derniers symptômes d’assoupissement annonçant une lésion profonde du cerveau, on eut recours à l’application du marteau brûlant, suivant la méthode de Mayor, à la région occipitale. Cette médecine énergique n’a pu empêcher la mort du malade, survenue dans la journée du 27.
NÉCROPSIE.
Habitude extérieure : couleur violacée de plusieurs parties du corps, et notamment des membres inférieurs.
Tétc : injecüon sanguine de la pie-mère; développement des glandes de Paccliioni sur la portion d’arachnoïde qui tapisse les hémisphères dans le voisinage de la faux; infiltration séreuse dans les circonvolutions; protubérance annulaire bien engorgée ; toile choroïdienne et plexus choroïdes très injectés; blanc mat dans quelques points de la pulpe cérébrale; substance grisâtre des couches optiques et des corps striés plus foncée que dans l’état naturel.
Thorax : rien de remarquable, si ce n’est de nombreuses adhérences entre les plèvres costale et pulmonaire; cette membrane était loin d’étre sèche, comme on l’a observé dans d’autres cas.
Abdomen: membrane muqueuse de l’estomac peu rouge, offrant cependant des villosités prononcées dans le grand cul-de-sac; intestins grêles plutôt injectés que devenus le siège d’une inflammation; cependant la muqueuse était ramollie et cédait à la moindre traction. Cet intestin, vers sa partie inférieure, offrait une infiltration plus considérable dans la tunique séreuse qu’à la surface interne. On apercevait çà et là une légère éruption miliaire. La vésicule du fiel était très distendue par une bile poisseuse, noirâtre; la vessie, rétractée, ne contenait point d’urine.
= Nous ne ferons pas ici du diagnostic un arlicle spécial. Nous avons déjà fait remarquer qu’il fallait voir des cholériques pour se former une idée juste de leur état maladif. Néanmoins un coup d’œil attentif jeté sur le tableau que nous avons tracé de la symptomatologie du choléra suffit pour qu’on ne puisse confondre cette maladie avec aucune autre, pas même avec le choléra sporadique qui est bien différent.
Nous ne retracerons pas les signes pathognomoniques propres à chaque période; nous dirons seulement qu’ils ne sont pas tellement nombreux ni si imperceptibles qu’on ne puisse se les représenter et les reconnaître aisément.
Jpronoôtir*
La connaissance des signes qui permettent de prévoir l’issue d’une maladie est assez importante, a été assez recommandée par le père de la médecine pour qu’elle ne fût pas négligée tant que nous avons eu des occasions d’observer le choléra. Or, nous avons noté des symptômes qui font établir un pronostic heureux et un pronostic plus souvent malheureux.
Dans le premier cas, nous devons ranger, i® la diminulion et ramendement progressif des symptômes qui constituent chaque degré; 2® la cessation de bonne heure du vomissement, pourvu que Fanxiété ne soit pas extrême, que Fagitation se dissipe, que les crampes n’arrachent pas des cris au malade, qu’il n’y ait pas de hoquet; 3® la teinte verdâtre des déjections alvines; 4° Fétat normal du pouls, d’où résulte la disparition de Fétat algide, des teintes violacées, etc.; 5® le jeune âge, au dessus de quatre à cinq ans jusqu’à Fâge viril , etc.
En général, les femmes jeunes ou d’un âge moyen ont compté parm.i elles plus de guérisons que les hommes.
Les signes sont fâcheux lorsqu’ils s’annoncent avec violence ou qu’ils augmentent d’intensité , lorsque le froid et la cyanose foncée existent simultanément; que le malade laisse la tête et les membres obéir aux lois seules de la pesanteur; que la tête est fortement rétractée en arrière et que le cou fait saillie en avant; qu’il y a inégalité de dilatation dans les deux pupilles; lorsque la réaction est incomplète, ou qu’étant surabondante elle ne peut être modérée; qu’il reste une douleur fixe sur un organe essentiel à la vie; qu’il y a complication de Fétat typhode; que la maladie se déclare pendant la gestation; qu’elle attaque les nouveaunés, des individus faibles, tels que les vieillards.
ceux valétudinaires ou atteints déjà de quelque autre maladie. Enfin, une chose remarquable, c’est que le refroidissement qui fait descendre la température du corps à 1 8 degrés est mortel chez les cholériques.
nature et eié^e îru €l)oUra»
Jusqu’à présent les opinions sur la nature et le siège du choléra n’ont été fondées que sur des conjectures tirées de l’altération vitale des organes plus particulièrement affectés; ce qui, sans doute, tient moins au défaut de notions sur les lésions anatomiques, qu’à la négligence du plus grand nombre des médecins à établir un parallèle entre cette nouvelle épidémie et celles, déjà connues, qui fixent leur siège sur la peau ou les membranes muqueuses, dont la forme et le caractère varient suivant la nature et l’espèce d’éruption qui se développe.
Assurément ceux-là ont été fondés qui, considérant la nature et la gravité des symptômes, la marche rapide et prompte du choléra, l’ont fait consister dans une lésion profonde des systèmes nerveux cérébro-spinal et ganglionaire; mais cette idée, au moyen de laquelle qn explique presque
Ions les pliéiioiiiènes attachés aux épidémies, nous empéclierait-elle de rechercher les rapports qui peuvent exister entre le choléra asiatique et certaines maladies qui régnent parmi nous, maladies dont l’invasion en Europe fut annoncée par des symptômes nerveux tout aussi graves, et par une phlegmasie ou une éruption caractéristique à la surface de la peau ou des membranes muqueuses?
L’histoire de l’art nous apprend que les épidémies avaient déjà pour siège l’une de ces deux surfaces , alors que la majeure partie des maladies dites essentielles paraissait ne consister que dans la lésion du principe vital. Aujourd’hui que les affections sine materiâ ont disparu des cadres nosologiques, il doit paraître étrange qu’on cherche à faire revivre cette erreur de nos pères, en attribuant le choléra à un principe délétère auquel on refuse la propriété contagieuse, bien qu’il soit, ce semble , venu des bords du Gange aux rives de la Seine.
Néanmoins, si l’on eût tenu compte de toutes les remarques capables de faire assigner au choléra épidémique un siège spécial et bien déterminé, nous n’aurions pas vu les médecins de la capitale et meme les commissaires de l’académie de médecine garder le silence sur l’éruption que M. Serres, de l’institut, a le premier signalée sur le corps des cholériques J cette éruption méritait d’autant plus
d’étre mentionnée que jusqu’à ce jour elle est le seul résultat cadavérique qui permette d’établir de l’analogie entre le choléra et d’autres épidémies avec lesquelles il a d’ailleurs assez de ressemblance.
Les boutons qui constituent ce nouvel exantbéme, développés sur toute la muqueuse du tube digestif, notamment sur l’intestin grêle, varient selon les sujets, quant à leurnombre, leur forme, leur volume et relativement à l’époque de leur apparition, comme à l’épaisseur du tissu qu’ils comprennent.
En général disséminés également à la surface libre de l’intestin , ils n’en occupent quelquefois qu’une étendue circonscrite, et, dans ce cas, ils sont disposés par plaques ovalaires à peu près semblables à celles décrites par Peyer, mais qui toujours diffèrent de ces dernières par l’inégalité, la grosseur des pustules ; celles-ci sont rarement assez nombreuses pour être confluentes et cobérerentre elles, comme dans le développement accidentel des glandes de Brunner et des follicules agminés, avec lesquels on ne saurait les confondre, vu l’absence d’un orifice béant à leur centre et la forme arrondie qu’elles présentent à leur surface libre. Nous tenons du professeur Bouillaud que cette éruption se rencontre chez les cholériques dans la proportion de six sur sept. Les pustules sont peu apparentes et très rares chez ceux qui suc-
combent en peu de temps, sans avoir éprouvé les signes précurseurs, et chez ceux qui ont été dans un état d’apyrexie , dès le début du choléra, avec cyanose et refroidissement; elles sont très larges, saillantes et à base large sur les individus morts dans la période de réaction ou dans un état typliode.
Notre étonnement fut grand en voyant les observateurs porter beaucoup d’attention , dans les ampliitbeàtres , sur cette éruption, tandis que ceux qui écrivaient sur le choléra de Paris ne daignaient pas en parler, et tandis que dans les nécropsies les plus petites taches, les infiltrations superficielles dues à la stase du sang dans les points déclives après la mort, étaient décrites et signalées avec un soin particulier.
Cet oubli ne serait-il pas dû au peu d’importance que le médecin de l’hospice de la Pitié aurait lui-méme attachée à sa découverte, en la comparant à la gale et en la désignant par le nom de psorenterie? N’y a-t-il pas eu des découvertes qui ont été long-temps ignorées, faute de leur avoir donné une dénomination propre à en faire apprécier toute futilité?
On s’est donc peu occupé de la psorenterie^ et les médecins, ne voyant en elle qu’une éruption comparée à la gale, ne font considérée que comme un épbipliénomène du choléra, bien qu’ils la rencontrassent souvent.
Nous en fûmes nous-mêmes si frappes à l’examen des premiers cadavres que nous ouvrîmes à riiôpital Saint-Louis, que nous ne cessâmes d’en étudier les variétés dans les autres amphithéâtres, et notamment à celui de la Pitié. Un examen attentif fait sur un grand nombre de cadavres et sur des portions d’intestin exposées à une macération prolongée , nous ont bientôt convaincus que cette éruption avait la plus frappante analogie avec le millet de la peau, et que ce serait donner une idée plus exacte de sa forme et de sa nature que de la considérer comme une miliaire intestinale.
Le caractère des boutons ainsi déterminé, il se présenta à notre esprit une foule de considérations qui, en rendant incontestable leur ressemblance avec ceux de la miliaire cutanée, nous conduisirent à faire des rapprochemens remarquables entre les principaux symptômes des deux éruptions. Or, voici sur quels motifs nous avons cru pouvoir appuyer cette idée fondamentale.
La peau et les membranes muqueuses sont considérées comme deux vastes enveloppes qui communiquent entre elles par les nombreux vaisseaux qui viennent s’ouvrir à leur surface respective , à l’aide des orifices exhalans cutanés d’une part et les bouches absorbantes des cryptes muqueux d’autre part. Nous pouvons, par cette union anastomotique, mieux expliquer les rapports qui lient en
maladie comme en santé les fonctions des deux surfaces libres du corps. De ce simple aperçu découle nécessairement une grande vérité de physiologie pathologique que la nature de ce travail ne nous permet pas de développer, mais qui se trouve tout entière dans ce corollaire : Toute maladie qui peut se transmettre à de grandes distances , chez un grand nombre d'indicidus y fixe plus spécialement son siège sur la peau et les membranes muqueuses , en empruntant, delà forme épidémique cqu elle affecte, son nom et son caractère, quelle que soit la surface sur lacquelle elle se développe.
Une fois ce principe reconnu , il est facile de démontrer la ressemblance qui existe entre le choléra asiatique et la miliaire cutanée,^ en rapprochant les symptômes et les lésions cadavériques de ces deux maladies.
Dans le choléra épidémique, on trouve le plus souvent une éruption miliaire sur la surface muqueuse des intestins, et dès le début de la maladie, le corps est affaibli par des évacuations excessives auxquelles sont attribués avec raison La plupart des symptômes graves et des accidens qui rendent cette épidémie si souvent funeste.
Dans la miliaire cutanée épidémique qui a régné en Angleterre en i486, et qui de là s’étendit à toute l’Europe, les sueurs coulaient en si grande abondance que la majeure partie des malades péris-
saieiit le premier jour, et que raremeut la vie se ^ prolongeait au delà du septième. Cette maladie fut si meurtrière que des auteurs contemporains etplus tard Mead la décrivirent sous le nom de peste, bien qu’elle ne fût accompagnée ni de bubons ni de charbons.
La miliaire épidémique s’est reproduite a diverses époques en Europe, et elle a offert constamment ce point de ressemblance avec le choléra, que 1 apparition des boutons était toujours précédée par une sueur excessive qui jetait les malades dans une prostration telle qu’ils succombaient en peu d’heures, meme avant que la miliaire se manifestât.
Nous avons vu, dans le choléra épidémique de Paris, la membrane muqueuse ne présenter qu’un très petit nombre déboutons chez les malades qui avaient succombé en peu de temps aux vomissemens et aux évacuations alvines de matière blanchâtre séreuse amidonée, tandis que chez ceux dont les évacuations avaient pu être arretées ou diminuées , on observait une éruption miliaire intestinale étendue sur la plus grande surface de la muqueuse.
Ainsi donc, dans le choléra et la miliaire épidémique, il y a ces deux caractères tranchés : évacuations excessives des produits sécrétoires propres a chacune des surfaces muqueuse et
cutanee; 2® boutons miliaires, analogues dans les deux cas, sur la peau et la muqueuse gastrointestinale.
Si, pour rendre cette analogie plus frappante, nous comparons les symptômes propres aux deux miliaires, nous voyons, dans celle de la surface extérieure, des caractères et des résultats dont la différence ne réside que dans la structure anatomique et les fonctions de la peau par rapport à " la muqueuse. Ainsi, parlant de l’épidémie de miliaire cutanée qui régna en Languedoc en 1782, Fouquet, médecin de Montpellier, dit qu’elle enleva en moins de trois mois plus de trente mille individus.
MM. Bally et François , en rendant compte de la suette miliaire qu’ils ont observée dans le département de Seine-et-Oise , s’expriment ainsi : « Le « mal débute la nuit; aussitôt la sueur coule avec « profusion; le malade se sent anéanti j ^ y a douce leurs vives à la tète et aux membres, quelquefois ((délire; convulsions; anxiété; agitation vague; f( refroidissement complet des extrémités; crampes (( douloureuses; sueur visqueuse; apparition d’un (( exanthème miliaire ou pétéchial ; lenteur du (( pouls; le plus souvent apyrexie; terminaison (( prompte par la mort ou par le retour à la santé: (( dans le premier cas, décomposition prompte du (( cadavre; dans le second, convalescence longue;
« j>aleur excessive du visage; niuljilité nerveuse « très grande qui subsiste long-temps. »
Ces memes observateurs ajoutent, dans un autre j)assage, que « la maladie reparaissait quelquefois « avec férocité, attaquant un grand nombre de suce jets , avec une marche plus rapide des symptômes cc plus intenses, et foudroyant quelquefois en peu Cf d’heures ses victimes. »
Dans le choléra, n’y a-l-il j)as, outre des évacuations excessives, la série des symptômes précités.^ Et s ils deviennent encoie plus intenses, n’est-ce pas a cause de la suprématie qu’exei cent, en maladie comme en santé, les membranes muqueuses sur la peau?
Bornons là notre comparaison : si le temps nous le permettait, nous essaierions de démontrer que la îiiiliciirc mtcstifidlc est une affection propi'e
au choléra de Paris; que c’est surtout par cet exantbeme que cette maladie différé de toutes celles qui ont leur siège sur la muqueuse digestive, et notamment de la dotbiuentérie de M. Bretonneau de Tours, avec laquelle om pourrait la confondre si l’éruption de celle-ci était autre chose que le développement morbide et accidentel des glandes de Brunner, tandis que la miliaire
intestinale est une éruption sui geiieris , dans laquelle le développement des pustules est aussi inhérent à cette nouvelle épidémie que les bon-
tons de la iniliaire cutanée, de la variole, de la scarlatine, que les taches de lï rougeole appaitiennent en propre à ces phlegmasies cutanées,
comme phénomènes inséparables des fievres eiup-
tives qui les caractérisent. Ainsi donc, ne serait-ce pas s’écarter de la vérité et de l’observation, que de considérer la miliaire intestinale comme une
éruption symptômatiquesuscitée surla muqueuse digestive par l’irritation vive qu’on remarque dans le choléra? S’il en était ainsi, n’aurait-on
pas observé la miliaire dans les cas de gastroentérite, qui, depuis plus de vingt ans, portent les médecins à examiner avec une attention si minutieuse les lésions pathologiques des voies digestivesPOr, jusqu’à ce jour, personne n’a signalé une éruption semblable sur la muqueuse intestinale.
On objectera peut-être c|u on ne rencontre pas toujours cette éruption; cela est vrai , mais ces cas sont rares et se rapprochent de ceux d’affections pestilentielles , dans lesquelles les malades succombent aux accidens qui résultent de la lésion profonde du système nerveux, avant que les pétéchies, les parotides, les bubons , les charbons aient pu se manifester à la surface du corps.
Dans la miliaire cutanée, les malades, épuisés
par des sueurs excessives, meurent avant que l’éruption ait pu se faire sur la peau ; tout comme •il est des cholériques qui périssent par des éva-
ciiations abondaiiles, avant (jiie la miliaire intestinale ait paru.
S’il était permis de donner ici plus d’extension à nos idées, nous trouverions peut-être dans l’étude des autres épidémies et même des maladies pestilentielles, des analogies cpii viendraient appuyer nos assertions tendant à prouver l’identité de la miliaire et du choléra épidémique; mais il faudrait pour cela discuter tout ce que présentent encore d’obscur le mode de transmission, la nature épidémique ou contagieuse, les symptômes, le traitement et les lésions pathologiques des parties qui deviennent le ^iége de ces cruelles maladies. Cet examen comparatif serait soutenu par les auteurs qui, tels que Sydenham, Lepecq de la Clôture, Stoll, Sarcone, ont écrit sur les épidémies; on verrait que, selon eux, la gravité des symptômes et les accidens qui signalent l’invasion de celles-ci tiennent moins à la lésion des organes qu’à l’inlluence d’un principe inconnu qui paraît sous lorme d’un exanthème, auquel on attache d’abord peu d’importance, mais qui pourtant est ensuite le seul point auquel se rallient les phénomènes extraordinaires des épidémies.
Lanécropsiedes cholériques vient appuyer cette idée : elle ne nous offre guère de lésions organiques assez graves pour donner une explication suffisante des symptômes extraordinaires qui ont
sigfjalé le choiera. C’esl en fixaiiL l^atteiUion des observateurs sur la miliaire intestinale qui l’accompagne, qu’on se rend raison de ces phénomènes insolites.
Il est effectivement une foule de maladies aiguës (pii ne sont graves que par la présence de la miliaire, bien qu’elle ne soit alors qu’une complication symptomatique ou secondaire. Les praticiens n’ont-ils pas reconnu combien deviennent promptement mortels le rhumatisme aigu, l’artritis, le tétanos, les péritonites et les métrites puerpérales, quand il survient dans le cours de ces phlegmasies une éruption miliaire symptômati- (pie? Ce qui prouve l’influence maligne de cette éruption, c’est que la mort arrive brusquement, tandis qu’un état d’amélioration depuis quelques jours semblait faire présager une guérison pro- (haine.
INous ne devons pas taire une raison tout en faveur de l’analogie et de la coïncidence qui existe entre la miliaire cutanée et le choléra de Paris : la miliaire cutanée ne vient -elle pas de se déclarer dans plusieurs départemens, ainsi que dans la (xq)itale, sous la meme influence épidémique qui V a favorisé le développement du choléra ?
Bien ([ue, par l’exposé que nous venons de faire de l’existence de la miliaire intestinale , nous n’ayons soulevé qu’une partie du voile qui nous
cache encore ce qu’il y a de plils important à connaître sur la nature, le siège et la cause prochaine du choiera, nous croyons neanmoins nous être plus rapprochés de la vérité que la plupart des auteurs qui se sont occupés de la nature de cette maladie. ]N’est-ce pas, d’ailleurs, se rapprocher de l’opinion qui compte aujourd’hui le plus de par"* tisans, que de faire consister l’épidémie de Paris dans une miliaire intestinale^ puisque le plus grand nombre des médecins semblent se ranger du côté de M. Broussais, qui considère la maladie comme une gastro-entérite active ? idée plus exacte que celle qui ne la fait consister que dans une phlegmasie passive spasmodique du tube digestif; idée plus propre à expliquer les phénomènes morbides et les lésions cadavériques, et a faire saisir les indications thérapeutiques, que la théorie des ^médecins anglais dans l’Inde, qui ne voient dans le choléra qu’une lésion profonde du système nerveux.
Enfin, le point d’anatomie d’après lequel nous assignons à la maladie un siège et une nature plus analogues à ce que présentent la plupart des maladies épidémiques qui régnent en Europe, telles que la variole, la rougeole, la scarlatine, la miliaire cutanée, se trouve encore appuyé, en quel" que sorte et jusqu’à un certain point, par MM. Hehmann, Delpech et Scipion Pinel , qui placent
le siège du choiera dans le nerf trisplanchnique.
il y a encore tant de recherches à faire pour dissiper l’obscurité qui environne les phénomènes vitaux extraordinaires dans le choléra, que nous croyons prématuré d’exposer les diverses hypoth èses émises pour expliquer l’influence que les forces électro-magnétiques , que les modifications variées de la température et de l’air, et que meme l’action exercée sur les peuples par l’état politique et moral de l’Europe, pourraient avoir eue dans le développement et le mode de propagation de cette maladie parmi nous.
Le zèle infatigable et le courage intrépide que les médecins français ont déployés dans cette circonstance pour arriver à la solution de ces grands -problèmes, nous font espérer que bientôt nous posséderons des notions plus positives sur ces points importans, et que l’épidémie dont il s’agit, mieux étudiée dans son origine, sa marche et son tiaitement, ne sera plus cette affection extraordinaire qui, dès son apparition dans la capitale, avait déconcerté les puissances intellectuelles de notre académie de médecine.
2lnatomic |Jtttl)olaigiquf»
Le tableau effrayant que nous transmit d’Angleterre M. Magendie, sur les effets terribles du choiera chez l’homme, ne s’est que trop présente à nous pendant la cruelle épidémie de Paris. On ne trouvait pas de mot plus propre à rendre l’impression accablante produite par l’aspect d’un cholérique, que de dire, avec ce grand physiologiste, qu’il était cachwérisé. k]0\x\ou^ même que certaines parties du corps offraient davantage les attributs de la destruction pendant la vie que quelques heures après la mort. L’infiltration sanguine des parties les plus déclives soumises à l’empire des lois physiques, caractérisée par cet état appelé cyanose et produite par la stase d’un sang coagulé dans les points les plus éloignés du centre circulatoire, était l’effet si remarquable qai donnait a l’expression de M. Magendie plus de justesse et d’exactitude; venait ensuite le refroidissement glacial de l’enveloppe tégumentaire, de la langue, des oreilles, des ailes du nez, des mains et des pieds, s’étendant successivement à la peau qui protège les organes du centre d’où émanent la chaleur et la vie ; puis les rides longitudinales de la peau qui conservait plus long-temps que sur le cadavre lea
plis formés par le médecin observateur ; la dépression du globe de l’œil, si profondément caché au fond de l’orbite, qu’on aurait dit que cette cavité était vide; les paupières immobiles, recouvrant des yeux fixes et sans expression autre que celle de la douleur; enfin, les lèvres pantelantes et le front ridé annonçaient que le cholérique appartenait moins à la vie qu’à la mort, âussi croyons -nous trouver grâce auprès de nos lecteurs en retraçant, dans cet article, quelques-uns des signes que nous avons notés dans les derniers temps du cours de la maladie.
On a remarqué que les incisions pratiquées sur
la peau des cholériques étaient plus difficiles que
sur les autres malades. En général, privée de sa
vitalité, la peau ne cédait pas facilement à la lame
tranchante du bistouri; il ne s’en écoulait point
de sang; le fond de la solution de continuité était
sec, ou, s’il était humecté, on ne voyait que quel- • «
ques gouttes d’une sérosité rougeâtre; la peau restait violette, d’un rouge foncé chez les sujets qui avaient succombé au choléra bleu. Rarement le tissu lamineux était infiltré, mais les couches celluleuses interstitielles présentaient un grand nombre de taches ecchymosées , parfois noirâtres , particularité qui a été observée par l’un de nous dans le typhus qui a régné à Vienne en Autriche , campagne de i8oq; nous l’avons vue aussi dans le