‹ Relation médicale de la commissíon envoyée à Paris par l'Intendance Sanitaire et par la Chambre de Commerce de Marseille pour observer le choléra-morbusChapitre 7 sur 7 · gî · texte numérisé non relu

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lypluis petëcliial qui se déclara à l’Hôlel-Dieii de Marseille, en 1816, chez plusieurs prisonniers.

Le tissu celluleux avait une couleur rougeâtre ? plus foncée dans les membres cyanosés; les muscles, raides, conservaient leur teinte normale; les ligamens, les cartilages, les synoviales, les aponévroses, les tendons avaient un aspect blanchâtre moins resplendissant après la mort.

Ap rès la miliaire que nous avons décrite, nous avons à signaler , comme altérations pathologiques les plus fréquentes du tube alimentaire, les taclies ecchymosées, l’infiltration sanguine des tissus cellulaires sous-muqueux et sous-séreux. Souvent, en notre présence, il s’est élevé dans les amphithéâtres des discussions animées sur la natine de ces taches, assez étendues pour faire croire qu’elles étaient le résultat de la rupture des vaisseaux ou le produit de l’exhalation , comme dans des hémorragies passives. Nous avons reconnu qu’en général elles provenaient de la stase du sang, de l’injection sanguine des vaisseaux mésaraiques; la distension excessive des veines mésentériques inférieures les rendait très remar([uables sur la muqueuse du gros intestin.

Souvent nous avons noté le développement morbide des glandes de Brunner au voisinage du cæcum; on les distinguait aisément de la miliaire de l’intestin grêle par la présence d’un orifice ou

cryple muqueux qui se trouve à leur centre. Dans les points occupés par la miliaire, le réseau capillaire de la membrane muqueuse était plus ou moins apparent, selon le plus ou moins de durée de la maladie. Celle-ci avait-elle été prolongée, le nombre des boutons était plus considérable , et leur agglomération dans quelques points était annoncée par l’arborescence vasculaire des replis péritonéaux qui constituent le mésentère.

Nous avons rencontré quelquefois des altérations superficielles , très rarement des escbarres gangréneuses, si fréquentes sur la muqueuse digestive dans les gastro-entérites.

Les ganglions lymphatiques de l’abdomen étaient rarement enflammés; les ganglions nerveux du trisplancbnique ont été trouvés quelquefois dans un léger état de rougeur et d’engorgement insolites.

Chez les individus morts en peu de jours , les intestins contenaient une grande quantité de matière cholérique et la muqueuse était blanchâtre, n’offrant guère les taches ecchymosées ni la miliaire, que nous avons souvent recherchée avec soin, mais qui n’a été bien constatée que chez les sujets qui avaient succombé après les deux dernières périodes.

A riiôpital de la Pitié, nous avons constaté l’existence de la miliaire sur la tunique interne de

rœsopliage et du pharynx, mais elle y était rare, discrète; tandis que dans le reste du tube digestif les pustules étaient plus rapprochées et disposées par plaques assez larges.

Le foie, la rate, le pancréas, les reins, la vésicule du fiel, la vessie étaient rarement altérés dans leur texture organique; la vessie, ordinairement très petite, ne contenait pas d’urine.

La plèvre ainsi que toutes les séreuses étaient remarquables par leur sécheresse; il était rare que l’on trouvât de la sérosité dans le péricarde. Les poumons, affaissés sans avoir subi d’altération, étaient chez quelques sujets engorgés par beaucoup de sang noir. Les ventricules du cœur, contractés , avaient refoulé dans les veines caves le sang des oreillettes, notamment chez les sujets dont les muscles conservaient une grande rigidité , et qui, durant la maladie, avaient été tourmentés par des crampes atroces, et sur des cadavres dont la peau avait encore la couleur cyanique bien prononcée.

Les vaisseaux dans leur paroi n’avaient éprouvé aucune altération sensible; pourtant le tube artériel paraissait quelquefois rétréci , et la tunique interne se déchirait facilement dans les grosses artères, qui, comme les petites, étaient remplies d’un sang noir.

Le cerveau et la moelle épinière ont rarement

présente des traces de lésion appréciable. A l’iiôpitai Saint-Loiiis , nous avons eu de fréquentes occasions de voir que la protubérance annulaire avait une couleur foncée, et que la substance médullaire était violacée au lieu d’étre blanchâtre, ce qui s’observait aussi à la presque totalité de la base du cerveau, excepté au cervelet. La substance des hémisphères, celle surtout des lobes antérieurs, n’a rien offert de notable; la moelle épinière était intacte.

La rétraction de l’œil au fond de l’orbite tenait moins, selon nous, au raccourcissement de ses muscles, à la fonte du tissu cellulaire, qu’à la diminution des humeurs de cet organe, dont le glohe était en effet réduit dans son volume.

M. le baron Larrey nous a montré, à l’hotel des Invalides, des os de cholériques qui avaient une couleur très rouge, meme dans leur substance compacte; le cartilage articulaire de la tète du fémur, qui perd si difficilement son aspect resplendissant et blanchâtre, offrait une teinte amarantlie très prononcée.

L’un des garçons d’amphithéâtre de l’hospice de la Pitié conservait des dents dont la couleur rougeâtre était sensible meme à travers l’émail.

Le sang des cholériques varie selon le degré de la maladie et les vaisseaux qui le contiennent; il sort des veines avec peine durant la vie. L’artère

radiale n’a offert, étant ouverte, qu’une petite quantité de sang noir qui coulait en nappe et qui, en se coagulant, prenait un aspect goudronneux; d’autres fois, il ressemblait à la gelée tremblotante de groseille, et il contenait toujours très peu de sérosité : son goût nous a paru fade conq^arativement à celui qui sort du nez dans l’état de santé.

M. Rayer assure que le sang des cholériques se putréfie lentement; qu’il résiste plus long-temps à l’action de l’air, parce qu’il est, dit-il, moins oxigénable. M. Rochoux pense que les liumeurs en général, mais surtout le sang, subissent, dans le début de la maladie, une altération sensible. Cet estimable physiologiste nous a dit que le sang des cadavres est plus noir si la mort est jirompte, tandis que la maladie s’étant prolongée, ce fluide a eu le temps d’acquérir ses qualités normales; il en est de même de la bile, de l’urine, dont la quantité diminue lorsqu’il y a eu d’abondantes évacuations de matières cholériques par les vomissemens et par les selles. Les fonctions du foie s’exercent mieux que celles des reins, puisque la vésicule du fiel est presque toujours remplie d’une grande quantité de bile noirâtre, poisseuse, tandis que la vessie, très souvent dans un état de vacuité, est réduite à un fort petit volume.

^ Nous bornons là les détails sur les altérations que présentent les cadavres des cholériques et

que nous avons pu constater dans les nombreuses autopsies qui ont été faites en notre présence, ou que nous avons nous -memes pratiquées dans divers hôpitaux de la capitale.

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D’après ce que nous avons exposé sur la marche et les progrès du choléra, ainsi que sur sa terminaison si souvent funeste, on s’aperçoit combien il est difficile de rétablir le désordre qui s’est introduit dans l’organisme. En vain a-t-on cherché un spécifique , dès l’apparition de ce fléau en Europe. Le désir de faire cette découverte a sans doute donné naissance à la diversité des méthodes curatives qui ont jeté tant de vague et de confusion au début de l’épidémie, à l’époque où l’incertitude et le désordre régnaient dans les hôpitaux et les ambulances encombrés de cholériques.

Les moyens employés en Pologne, à Londres et dans les nombreux hôpitaux de Paris, ont produit des effets capables de nous fixer sur l’indi-

calion, qui^ ou le sait, se lire, d’après un ancien principe fondamental, du mode d’action des mèdicamens : à jiwantibus et Jœdentihus suniîtar indicatio.

Considérant le choiera comme une espèce de toxication exercée sur les organes, on a réuni les symptômes qui donnent à celte opinion hasardée un certain degré de probabilité. C’est effectivement par des vomissemens, des déjections, des crampes, un ralentissement delà circulation, un affaiblissement de la chaleur et de la voix que l’effet toxique se signale d’abord; la réaction se manifeste ensuite, et pendant cet effort delà nature qui lutte contre un principe délétère, surviennent des congestions, le typhus, la gastro-entérite et les éruptions sur la muqueuse des intestins.

Voici comment nous avons vu combattre à Paris ces symptômes du choléra. Dans les cas les plus fréquens oii il commençait par la diarrhée on employait à l’Hôtel-Dieu, à l’hôpital Saint- Louis, etc., les sangsues à l’anus; l’eau de riz édulcorée avec le sirop de coing ou le sirop de gomme, aromatisée avec l’eau de fleur d’oranger; les lavemens avec les décoctions de plantes mucilagineuses , auxquelles , selon les circonstances , on ajoutait du cachou , du rathania ou de l’extrait de quinquina avec quelques gouttes de laudanum.

2° On apaisail les crampes au moyen de frictions, avec le liniment hongrois, sur les extrémités ou le long de la colonne vertébrale, par l’emploi de frictions sèches, de bains généraux tièdes, de cataplasmes anodins; on utilisait encore, dans la même intention, le sous-nitrate de bismuth et le calomélas uni à l’opium.

M. Biett avait exclusivement recours dans ces cas à ces derniers remèdes; mais le succès n’a pas toujours répondu à son attente.

3® Les vomissemens étaient traités par des boissons aromatiques tièdes , de menthe, de camomille, de tilleul, de mélisse.

Nous avons été témoins à l’hôpital Saint-Louis des bons effets obtenus des pilules composées, chacune, d’un grain d’extrait de belladone et de deux grains de sous-nitrate de bismuth; on en donnait une toutes les demhheures. On a également prescrit, dans la vue de faire cesser les vomissemens, la strychnine, à la dose d’un quart à un demi-grain dans trois onces d’eau distillée, prises par cuillerée d’une heure à l’autre; on appliquait quelquefois des ventouses sur l’épigastre; un vésicatoire ou un large sinapisme sur l’abdomen; on donnait en meme temps l’eau gommeuse froide, la limonade à la glace, et même l’eau vineuse.

4® L’état algide a été combattu par l’usage de

cliemises et de couvertures de laine, doublées en dedans de taffetas ciré, appliquées immédiatement sur la peau ; par des boîtes métalliques pleines d eau chaude, placées vers les parties centrales du corps et aux extrémités; par des pédiluves, des manuluves et des fumigations à l’aide de l’appareil ingénieux du docteur Danvers.

M. le baron Larrey opposait à ce symptôme des frictions avec la glace, comme dans les cas de congélation.

5*^ Les symptômes devenaient-ils plus intenses, le pouls et la chaleur s’évanouissaient-ils, on administrait à l’intérieur des excitans diffusibles; on appliquait sur le bas-ventre et à la région du dos des sinapismes, et sur l’épigastre un marteau chauffé à l’eau bouillante.

6® On a remédié aux congestions locales par des sangsues sur les points affectés, et c’est bien alors que la saignée générale et les bains ont été réellement utiles.

7® L’opium n’a pas répondu à l’attente de la majorité des praticiens; on a généralement retiré de meilleurs effets du laudanum en lavement.

8° Le charbon pulvérisé n’a pas soutenu la réputation qu’on lui avait faite. Son action anti-septique a été loin d’étre constatée chez les cholériques; il a pourtant exercé quelque influence sur les évacuations alvines qui, souvent apres son

usage, oui repris leur teinte verdùtre; signe qui a été noté comme très favorable.

9° L’hydro-cbloratedesoude, d’après la méthode de Searle, a été en général plus utile que le sulfate de soude et l’acétate de plomb.

lo® Le chlore en vapeur a été employé avec l’appareil deCottereau, moins comme anti-septique que pour réveiller Faction des organes respiratoires et empêcher la stase du sang dans le parenchyme pulmonaire; on Fa aussi administré à l’intérieur pour obtenir le meme résultat.

11° Ajoutons que tout récemment le docteur Lhuillier, médecin à Orléans, a communiqué des observations remarquables sur l’emploi du protoxide d’azote dans le traitement du choléra. Sous l’influence immédiate de ce gaz, que ce médecin a le premier mis en usage en le faisant respirer aux cholériques à la dose de quatre à cinq litres, le pouls se relève, les yeux deviennent vifs, la chaleur reparaît, une douce moiteur chaude se répand sur tout le corps, et bientôt une amélioration sensible se prononce dans tous les symptômes.

On voit qu’en général les médecins, surpris de ne trouver chez les premiers malades atteints du choléra que des symptômes et des accidens qui annonçaient une issue promptement funeste, ont moins cherché à modifier par une méthode de

Irailement analytique raltération si profonde portée à Tensemble des propriétés vitales, qu’à trouver un spécifique capable de neutraliser d’emblée l’atteinte toxique que le principe de vie avait

reçue.

Cetle erreur, partagée d’abord par les médecins les plus remarquables de la capitale, a été abandonnée à mesure que la maladie, moins grave, a pu être mieux étudiée. On n’avait, en effet, dans les premiers jours d’avril, qu’a méditer sur la mort prochaine des malades, qui périssaient quelques heures après leur admission dans les hôpitaux ; et cela devait être, puisque déjà le principe de vie était presque éteint; qu’il y avait suspension des principales fonctions, et que la circulation se trouvant réduite à l’espace occupé par le cœur et les gros vaisseaux qui en partent, la chaleur animale était circonscrite dans le même espace.

Certes, il ne pouvait y avoir matière à l’obscrNation là où les symptômes manquaient par l’abolition de la plupart des usages dévolus aux organes; mais à mesure que l’altération est devenue moins profonde, on a vu les praticiens mieux préciser les indications thérapeutiques, et le choléra se plier plus facilement aux méthodes de traitement déduites de la lésion successive des divers systèmes d’organes. F. es prescriptions empiriques ont été abandonnées et heureusement remplacées

par des moyens rationnels, dont l’application ne s’adressait plus à un principe unique délétère , aussi inconnu dans son essence que dans son mode d’action.

On s’estbientôtaperçuqueles remèdes excitans, employés avec profusion ou d’une maniéré intempestive, n’avaient pas peu concouru au développement des symptômes graves du choiera , et c est sans doute ce qui a fait penser au docteur Castel que le meilleur des remèdes était de n’en faire aucun, c’est-à-dire que la méthode expectante pouvait être plus efficace 5 méthode en faveur de laquelle M. Velpeau nous a cité un fait remarquable : une femme d’un certain âge, atteinte du choléra avec les symptômes de la deuxième période et dans un état désespérant, fut, pour ainsi dire, abandonnée, tant on la croyait vouée à une mort inévitable; mais quelle ne fut pas la surprise de son médecin en voyant une réaction modérée et graduelle s’opérer par les seuls efforts de la nature, et une guérison solide en être le résultat!

Si de pareils faits étaient bien nombreux, n’applaudirions-nous pas aux médecins du nord qui ont appliqué l’homéopatliie au traitement du choléra, méthode qui, selon nous, équivaut à la médecine expectante?

A.yant considéré la membrane muqueuse digestive comme le point principal sur lequel l’influence

epidënik|ue portait ses effets pour en faire îé siège spècial de l’éruption miliaire observée sur le plus grand nombre des cholériques, nous avons été, dès les premiers jours, portés à croire que la méthode de traitement la plus rationnelle serait celle qui avait été tracée, dans les. grandes épidémies de Londres, par Sydenham; de Gœttingue, par Rœderer et Wagler; de Naples et de Hobgrie, par Sarcones et par Sloll. Attachant moins d’importance à la lésion isolée et passagère d’un organe, ces médecins observateurs cherchaient à démêler dans le trouble des fonctions qui signale l’invasion des maladies épidémiques, le caractère, la forme de celles-ci, et la surface sur laquelle la nature concentrait tous ses efforts, pour la disposer au développement de tel ou tel exanthème qui accompagne et constitue le plus grand nombre des épidémies

Si la nature, disions-nous, a choisi la muqueuse intestinale pour en faire le siège de celte nouvelle maladie, comment n’étrepas effrayé de la foule de moyens incendiaires dirigés sur cette membrane pour combattre la lésion sympathique d’une partie éloignée dont l’asthénie, le refroidissement, par exemple, ne sont dus qu’à la surexcitation du système digestif? Une médication si bizarre devait non seulement concentrer encore plus les propriétés vitales sur le tube alimentaire, mais encore

troubler dans ses efforts la nature, qui tend évidemment à faire de cette surface sensible le siège du choléra.

Avant Sydenham, les médecins suivaient une méthode tout aussi dangereuse dans le traitement de la petite vérole: les malades étaient étouffés sous le poids d’énormes couvertures; des boissons chaudes aromatiques, le vin, les substances les plus stimulantes leur étaient prodiguées pour pousser à la peau le principe spécifique de l’épidémie. Eh bien, la majeure partie des malades succombaient, comme dans le choléra, avant que l’éruption eût paru sur la peau , ou meme ils périssaient des suites de petites véroles confluentes devenues gangréneuses, tant était grande la quantité des boutons suscités par ce traitement incendiaire.

Il reste assez démontré que c’est l’appréciation juste du siège de la maladie qui dicte la thérapeutique de la presque totalité des épidémies.

Doit-on ne tenir compte que des symptômes généraux qui leur sont propres? Non, sans doute, et c’est pourtant à quoi nous sommes encore réduits quant au choléra. Les phénomènes morbides ont été étudiés et parfaitement décrits, mais on ne s’est que peu ou point occupé de son siège. Nous-mêmes nous osons à peine signaler les recherches que nous avons tentées sur ce point es-

senliel, pendant notre court séjourdansla capitale. Ces recherches, telles qu’elles sont, jetteront peutêtre quelque jour sur la nature de la maladie et concourront au perfectionnement des méthodes curatives qui lui sont applicables. Espérons que ce perfectionnement se fera moins attendre que le traitement de la petite vérole , que Sydenham fut le premier à indiquer, plus de neuf cents ans après l’introduction de cette maladie en Europe.

Pour atteindre ce but, il faut, nous le répétons, que les praticiens s’attachent à découvrir le siégé et la forme du choléra ; et s’ils parviennent a éclaircir ces deux points encore obscurs et de manière à les envisager comme nous l’avons fait, il y aura plus de facilité à indiquer les moyens propres à favoriser les efforts conservateurs de la nature dans le développement àeV éruption miliaire qu’elle suscite sur la muqueuse intestinale.

Les détails dans lesquels nous venons d’entrer

* Nous aurions pu passer en revue toutes les méthodes de traitement préconisées par les médecins de la capitale, mais outre que cela nous aurait hiit outrepasser les bornes de notre rapport, nous préférons renvoyer le lecteur à l’utile et intéressant ouvrage intitulé : du Choléra-morhus de Paris ^ ou Guide des Praticiens dans la connaissance et le traitement de cette maladie, etc. ; ouvrage que notre estimable compatriote, M. le docteur Fabre, rédacteur de la Lancette Française, a fait paraître en avril de cette année.

et auxquels il nous eut ete possible de donner plus d etendue, nous font reconnaître la nécessité d esquisser le traitement qui nous a paru le plus

convenable et le mieux adapté à la marche de la maladie.

Le traitement se divise en préservatif et en curatiL

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®raitcment }3rapl)glttctique ou Ipmn'oatif»

I uisqu il est bien reconnu qu’on peut prévenir ou diminuer la violence du choléra chez les individus qui ne présentent encore que les prodromes ou signes précurseurs, on ne saurait trop insister sur 1 eloignement des causes qui pourraient concourir a l’invasion de la maladie.

Les moyens prophylactiques ou préservatifs à employer dépendent principalement, selon nous, du concours de tous les citoyens, dans la vue de seconder les mesures administratives qui sont prises dans l’intérêt général de la société.

II est tout aussi important que chacun se tienne en garde contre l’influence épidémique, à laquelle personne ne paraît écl)apper lorsque la maladie s’est déclarée.

Cette influence, que presque tou le la

pop U-

lation de Paris a éprouvée et à lacpielle nousmêmes nous n’avons pas échappé, se fait ressentir d’abord, ainsi que nous l’avons déjà dit, par un malaise général, des vertiges, des nausées, des coliques avec diarrhée ou ténesme ; en un mot , par le trouble général des fonctions digestives. On a quelquefois des lassitudes dans les membres et une sorte d’anéantissement dans les forces musculaires.

C’est alors, nous ne saurions trop le recommander, qu’on doit réclamer l’assistance des gens de l’art : nombre d’individus n’ont été soustraits aux fureurs du choléra que pour avoir tenu compte de ces phénomènes précurseî-irs.

On puisera dans la classe des moyens hygiéniques généraux la règle de conduite à tenir en pareil cas. Dans un état qui n’est plus la santé et qui n’est pas encore la maladie, les individus ont pu vaquer à leurs occupations habituelles, et en ne pas s’exposant aux intempéries de l’atmosphère, en suivant un régime sévère quant aux choix des alimens, et en évitant les excès de tout genre, se soustraire ainsi aux accidens funestes du choiera.

Biçn que les individus porteurs de plaies eu suppuration n’aient pas été exempts du choléra, malgré l’opinion des médecins français envoyés en Pologne, peut-être conviendrait-il de chercher à produire des boutons sur la région épigastrique

par des frictions avec la pommade d’Aulenrieth, dans la vue d établir un point de suppuration révLilsil le plus près possible du lieu qui semble être le siège spécial de la maladie.

©railemrnt Curatif.

Rien ne prouve davantage Timpossibilité de trouver un spécifique pour toutes les phases du choléra, que la diversité des symptômes de chacune d’elles. On a vu qu’il y avait tantôt affaiblissement ou abolition presque totale des propriétés de la vie, tantôt une énergie vitale, pour ainsi dire, surabondante. Ces états diamétralement opposés imposent, sans contredit, des indications différentes. Examinons, par conséquent, le traitement curatif dans les trois périodes établies.

Craitcment îtr la |Prrmih*r fJniaîtc.

Dans ce degré, tout fait espérer que les secours de l’art promptement administrés pourront être

coiiionnés de succès. C’esl principalement dès que les premiers symptômes se déclarent, qu’il est de la dernière importance de faire un bon emploi des moyens curatifs , puisqu’il n’est pas difficile alors de prévenir ou de diminuer l’intensité de la maladie.

On n’a pas oublié que l’invasion a lieu quelquefois d’une manière brusque, c’est-à-dire, sans prodromes appareils; mais que le plus ordinairement elle est annoncée par une série de signes que nous avons indiqués. On conçoit que la thérapeutique varie suivant ces deux modes d’apparition.

En général, la saignée, réitérée meme plusieurs fols dans cette période, est bien supportée par les cholériques, surtout s’ils sont jeunes et d’un tempérament sanguin.

Pratiquée dès le début, elle a souvent fait avorter la maladie. On en seconde les effets en prescrivant des boissons adoucissantes et mucilagineuses , froides et même à la glace, de préférence aux infusions aromatiques chaudes, aux potions excitantes, qu’on a tant vantées dans le principe, et qui sont surtout contre-indiquées quand la soif est extrême et que les vomissemens sont opiniâtres.

On applique des sangsues à la région épigastrique ou sur le trajet du colon lorsque l’inflammation paraît se localiser d’une manière plus précise sur l’appareil digestif; ce qui est annoncé

d'ordinaire par de vives douleurs et par une forte tension à l’abdomen, notamment au creux de l’estomac. Après la chute des sangsues , on couvre la partie de cataplasmes chauds arrosés avec du laudanum, la teinture de belladone ou de safran.

Si la saignée générale n’est pas praticable, à cause de la petitesse du pouls et de la dépression des forces, si pourtant le malade éprouve des vertiges, une sensation douloureuse à l’hypogastre avec ténesme, on ne doit pas hésiter à faire une ou deux applications de sangsues à l’anus. Ce moyen a souvent produit sous nos yeux les meilleurs effets. Seulement nous a-t-il paru que chez les jeunes sujets, chez les individus affaiblis par l’âge ou d’une constitution débile, il ne fallait rien faire pour provoquer l’écoulement du sang, parce qu’il pouvait en résulter une faiblesse extrême qui devait être soigneusement évitée.

Parmi les médicamens préconisés tour à tour, ripécacLianba à dose vomitive a été généralement reconnu comme l’un des plus efficaces dans la première période avec embarras gastrique.

S’il y a diarrhée ou vomissemens, il modifie d’une manière remarquable la matière blanchâtre amidonée fournie en grande abondance par la muqueuse intestinale, et qui dès lors prend une teinte jaunâtre bilieuse.

Le tartrate de potasse antimonié , utilisé à la

même époque et dans la meme vue, a été moins efficace et a produit même quelquefois des effets nuisibles.

Le vomitif est particulièrement indiqué alors que les symptômes d’irritation étant peu manifestes, l’organisme paraît lutter contre l’action d’un principe délétère introduit dans l’économie. On n’ignore pas tous les avantages qui résultent de la secousse imprimée par ce moyen perturbateur dans les cas de fièvres exanthématiques, où l’éruption se fait attendre. C’est ainsi que dans la varioloïde qui a régné à Marseille en 1 828, les accidens funestes qui précédaient l’éruption disparaissaient aussitôt que par le vomitif et le bain tiède on était parvenu à fixer sur la peau , par l’apparition des boutons, le principe morbifique encore errant dans l’économie et menaçant de s’établir sur des organes plus importa ns.

Les mêmes vues thérapeutiques ont guidé plus d’un praticien dans l’appréciation de l’utilité du vomitif contre les maladies épidémiques caractérisées par une éruption sur la peau ou les membranes muqueuses; ainsi la rougeole, la miliaire, etc., qui, dans leurs prodrômes et pendant leur période d’incubation , présentent tant d’analogie avec le choléra, ne sont ramenées à l’état simple d’une phlegmasie cutanée bénigne qu’après que par des moyens excentriques on a déterminé

à la surface de la peau le développement de l’exanlliéaie qui les caractérise.

La diarrhée et les symptômes nerveux qui peuvent accompagner le choléra asiatique cèdent souvent aux boissons légèrement opiacées, ainsi qu’aux lavemens anodins. La diarrhée persistant malgré ce moyen , et étant précédée ou accompagnée de coliques, il faut appliquer sur le basventre des sangsues ou des ventouses scarifiées. S’il y a céphalalgie, vertiges, difficulté de respirer, la saignée générale devient indispensable, pourvu toutefois qu’elle soit faite avec assez de modération pour ne pas trop débiliter.

On a souvent à se louer, dans des cas de vomissemens et de crampes, de l’emploi des bains tièdes généraux et des fomentations o^u cataplasmes émolliens et narcotiques sur le bas-ventre.

On a eu aussi recours à un vésicatoire sur l’épigastre, ou à des frictions avec la pommade d’Autenrieth.

traitement îre fa Deuri'eme Ipértaîre.

Ici;, la marche et la régularité des fonctions de la vie sont entravées par la concentration des

forces à ritUérieur. L’innervation est troublée. la

respiration gênée, la circulation ralentie, et les extrémités du corps sont d’un froid glacial. C’est alors que l’indication la plus pressante consiste à ranimer 1 action du système nerveux et à provoquer les fonctions générales de la peau , en agissant du centre à la circonférence.

Deux méthodes de traitement tout-à-fait oppo¬

sées ont été suivies avec une égale confiance pour obtenir ce résultat: dans l’une, se trouvent les remèdes excitans les plus énergiques, tels que des infusions aromatiques chaudes de mélisse, de thé, de camomille, le punch, le café, les vins généreux, le sulfate de quinine, l’éther, l’ammoniaque, le sous-acétate de plomb, etc., pris à l’intérieur, et auxquels on ajoutait comme remèdes externes les bains chauds, les fumigations, les frictions excitantes sur l’épine dorsale, le vésicatoire rachidien, les ventouses scarifiées, les sinapismes promenés sur diverses parties du corps, les briques et sachets chauds, la cautérisation de la colonne vertébrale à l’aide d’une bande de flanelle trempée dans un mélange d’essence de térébenthine et d’ammoniaque , appliquée le long de l’épine dorsale et sur laquelle on promène un fer chaud repasser, afin de produire une rubéfaction plus ou moins forte de la peau , etc. , etc.

Dans l’autre méthode sont rangés les réfrigé-

ISO

rans, larit à rintérieur qu’à l’extérieur, comme les boissons fraîches ou à la glace prises en petites doses, les émissions sanguines locales, les îavemens rafraîcliissans , etc.

De ces deux méthodes de traitement si différentes l’une de l’autre, la seconde nous a paru préférable, nous dirons même plus rationnelle; et si , dans quelques cas de choléra grave avec concentration bien manifeste des forces vitales à l’intérieur, il y a urgence d’utiliser les excitans pour rappeler la vie au dehors en réveillant les fonctions de la peau, ce n’est jamais aux stimulans intérieurs qu’il faut avoir recours, mais seulement aux révulsifs cutanés.

M. le docteur Olinet, à qui nous sommes heureux d’exprimer ici notre reconnaissance pour les bontés qu’il nous a témoignées, soit en nous faisant visiter plusieurs des cholériques qu’il soignait en ville , soit en nous faisant connaître l’organisation de l’ambulance du faubourg Saint- Martin, n° 6i , est peut-être l’un des médecins qui a le plus souvent appliqué avec succès le cautère actuel. Voici comment il s’exprime dans quelques considérations sur le clioiéra-morbus qu’il nous a communiquées avant qu’elles fussent livrées au public : « Recouvrir le rachis d’une bandelette mouillée d’eau , et dessus promener légèrement et plusieurs fois de suite, de chaque côté de la

colonne vertëbrale, un cautère rougi à blanc. A la hauteur des vertebres lombaires produire deux légères excoriations, les faire egalement, mais moins fortes, a la hauteur de la première vertèbre dorsale. »

Sraitemntt la ^roieimc JJérioîrc»

Lorsque la période précédente, espèce de période nerveuse, a été avantageusement combattue par les moyens appropriés, et qu’on est parvenu à ranimer l’organisme, la réaction s’établit, et avec elle se manifestent des phénomènes inflammatoires. A cette époque, de nouveaux dangers menacent le malade; on ne saurait alors trop s’attacher à prévenir les congestions sanguines , dont la gravité est d’autant plus grande que les forces sont plus épuisées.

Si le cerveau, la poitrine ou les viscères abdominaux sont atteints par la turgescence, il faut se hâter de conjurer l’orage avant que les symptômes du typhus, de la pneumonie, de la gastro-entérite se déclarent.

Si la réaction est graduelle et modérée, si Ton voit la langue devenir rouge, la peau se colorer, l’espèce d’asphyxie disparaître, les vomissemens et les selles cesser, le pouls passe insensiblement à l’état normal , les forces se rétablissent , et il n’est pas rare qu’alors les symptômes de la gastroentérite s’évanouissent par le traitement adoucissant cpii convient à cette pblegmasie.

Si îa réaction est trop forte et menace sérieusement l’un des principaux organes de la vie, les saignées générales et plus souvent locales trouvent leur application.

La glace sur la tète en meme temps qu’on enveloppe les pieds et les jambes avec des cataplasmes émolliens , ou qu’on y fait des fomentations analogues, a souvent produit de très bons effets. Ce meme moyen est principalement indiqué quand il y a délire ou des convulsions, et on le seconde par l’application des sangsues derrière les oreilles, dans la vue de dégorger le cerveau , et par l’usage du camphre en lavement, etc.

Lorsque la force du pouls, la rougeur et la chaleur de la peau annoncent une grande énergie vitale, on utilise les affusions ou lotions d’eau froide et meme à la glace. Avouons, pourtant, que ces sortes de lotions ont paru à quelques praticiens produire des effets plus nuisibles qu’utiles.

Une hémorragie nasale qui surviendrait pendant

celle période sérail Irop salulaire pour qu’on se gardât bien de la tarir, à moins qu’elle ne fût si abondante qu’elle compromît les jours du malade.

La prédominance des symptômes nerveux et la prostration excessive sont des indices que la maladie passe à l’état typhoïde, état qui n’est pas autre chose qu’un effet de la réaction, mais l’un des plus graves. Il est bien difficile alors de s’opposer à une terminaison presque toujours funeste; on parvient néanmoins à en diminuer la gravité par des révulsifs appliqués loin du siège de l’organe affecté, tels que des yésicatoires aux cuisses et aux jambes.

On remarque, après l’effet excitant qu’on obtient par ces moyens, une amélioration plus ou moins notable dans les symptômes cérébraux.

Quant aux autres indications à remplir, le méd-ecin les juge d’après l’état des forces vitales, en prenant pour guide leur exaltation, leur diminution, etc.

Toutes les autres affections phlegmasiques qui succèdent à la réaction et qui sont étrangères au choléra, doivent être traitées suivant les méthodes connues , fondées sur l’observation et l’experience.

Cantîakôana»

N’ayant encore rien dit de la convalescence , nous allons , avant de parler de son traitement , faire part de quelques remarques dont elle nous a fourni le sujet.

Si les efforts de la nature et de l’art médical triomphent des accidens attachés au choléra, il reste encore un devoir difficile à remplir pour arriver au terme des dangers dans le cours de la convalescence. Rarement les fonctions se rétablissent franchement; l’épigastralgie persiste, une faiblesse permanente tient long-temps les conva- ' lescens cholériques dans un état d’incertitude et de malaise. Ils sont en proie au désir immodéré des alimens, tandis que chez eux l’appareil digestif est loin d’étre susceptible de bien élaborer les alimens, pour peu qu’ils soient réfractaires à son action.

Combien donc les écarts de régime, meme les plus légers, ne doivent-ils pas être évités! A cet égard, l’attention du médecin et la prudence du malade ne se ralentiront jamais. Pendant que nous étions à Paris, on nous apprit que trois ouvriers atteints gravement du choléra guérirent, et que leur médecin, satisfait de ce résultat, donna

à chacun d’eux une pièce de cenl sous, afin qu’à leur sortie de l’hôpital ils ne fussent pas sans ressources. Mais ces malheureux entrent chez un marchand de vin, boivent jusqu’à satiété, tombent d’ivresse et meurent sans qu’on ait le temps de les transporter dans un hospice.

M. Biett, dans un moment de juste indignation

suscitée par le retour dans ses salles d’un malade qu’il avait déjà guéri et qui ne reparaissait que par suite d’écarts de régime, s’écria un jour à la visite du matin : « Que ne s'appliquait-on a établir des « maisons de convalescence ; ces établisseniens au-

<( raient du moins été utiles. »

Ainsi donc, les récidives, les rechutes sont à redouter, et on peut dire qu’elles sont fréquentes et meurtrières.

A la vérité, la durée de la convalescence est plus longue que celle du choléra , maladie qui , alors meme qu’elle a une issue favorable , est quelquefois suivie d’affections secondaires. C’est ainsi que nous avons vu à l’hôpital Saint- Louis un vieillard qui, pendant la convalescence, eut un phlegmon gangréneux, évidemment consécutif au choléra? et qui, ayant envahi toute la jambe droite, détruisit le tissu cutané environnant , le tissu cellulaire intermusculaire , et produisit une suppuration colliquative mortelle.

A l’Hôtel-Dieu , une femme qui se trouvait au

39 de l’une des salles dont M. Magendie avait le service, nous offrit la particularité suivante : à niesuie cju elle entrait en convalescence à la suite du cliolera^ 1 extrémité des doigts de la main gauche offrait une teinte d’un beau noir d’ivoire; mais la gangrène, tout-à-fait bornée à l’extrémité des phalanges des doigts du milieu et du pouce, dura pendant quelque temps sans gagner en étendue et finit par disparaître.

On voit, par ces deux exemples (qu’il nous eût été facile d’accompagner de beaucoup d’autres), qu’indépendamment des maladies que les excès en tout genre peuvent occasioner pendant la convalescence , celle-ci est souvent traversée par des accidens qui la rendent pénible; aussi réclamet-elle les plus grandes précautions. Ce ne sont pas des remèdes qui sont nécessaires lorqu’elle commence : des alimens de facile digestion , un exercice modéré, des soins de propreté, la tranquillité d’esprit suffisent pour assurer la guérison.

Les bains tièdes conviennent dans la convalescence, lorsque la maladie s’est terminée par une gastro-entérite chronique ou toute autre lésion analogue. Le médecin doit agir selon la lésion des organes souffrans et le tempérament du malade.

illoÿcnô

Nous n’entrerons pas ici dans tous les détails relatifs aux mesures de préservation que l’autorité administrative avait conciles bien avant l’invasion du choléra de Paris ; tout le mofâde connaît les commissions sanitaires qu’elle organisa , elles répondent assez aux personnes qui , pour la détracter, l’ont taxée d’imprévoyance et d’incurie. Il est vrai que, malgré ces bonnes intentions, la capitale n’était pas encore pourvue de moyens propres à anéantir le fléau quand il a paru ; mais ce qui n’avait pas encore été fait, parce que l’on était loin de prévoir l’arrivée si soudaine de l’ennemi , a été exécuté dès les premiers jours de celte terrible invasion ; et l’on a compris qu’on ne saurait trop se précaulionner de bonne heure contre les maladies populaires dont on redoute les ravages.

Cette expérience doit tourner au profit de Marseille, qui a envoyé plusieurs de ses médecins au foyer de l’épidémie, non seulement pour en faire une étude pratique dans l’intérét général , mais encore pour indiquer les mesures de salubrité les plus efficaces; signaler par conséquent les devoirs que l'administration et les gens de l’art ont à remplir, ainsi que les règles à observer par les babi-

lans pour se mettre en garde contre le choléra. Aussi croirions-nous n’avoir atteint qu’imparfaitement le but de notre mission, si nous n’exposions pas dans ce rapport quelques considérations à cet égard.

En faisant attention que nous ignorons encore la manière dont le choléra épidémique éclate et se propage, il ne nous est, ce semble, pas donné de préciser les moyens de le prévenir. Néanmoins, si l’on n’a pas oublié ce que nous avons soutenu en parlant de ses causes, on s’apercevra que son développement tient à un concours de circonstances dont la principale meme serait, pour ainsi dire, inerte, si elle n’était mise en jeu par d’autrea causes *.

* Au moment où l’on imprime ce rapport , nous pouvons citer un fait dont les détails , recueillis en présence de MM., les membres de l’intendance sanitaire de Marseille, sont bien, propres à fixer l’attention des gens de l’art et semblent confirmer ce que nous avons dit dans ce travail sur l’analogie qui existe entre le choléra de l’Inde et les exanthèmes épidémiques. Ce fait peut encore appuyer l’opinion des médecins qui pensent , avec quelque raison , que les épidémies , les contagions exigent pour se propager une aptitude , une disposition organique particulière de la part des individus qui sont soumis à leur influence.

Le brick V Emile , commandé par le capitaine Brodeau , est parti du Havre, le 23 mai, avec douze hommes d’équipage et cent cinquante-six colons qui se rendaient à Alger. Le €'holéra , qui depuis quelque temps régnait au Havre, se dé-

Or, ces causes se trouvent dans ce qui se rattache à la topographie des lieux. Sans vouloir les examiner ici dans les moindre détails, nous

clare à bord de ce brick dès le lendemain : la femme Tliyerri est atteinte de crampes, de vomissemens, de déjections abondantes , de cyanose et de refroidissement dans les membres. Ces symptômes cessent bientôt par les soins empressés du capitaine ; mais la malade traîne une existence languissante jusqu’au 21 juin, époque à laquelle elle meurt. Le 25 mai, son mari avait déjà été pris du choléra et n’existait plus vingtquatre heures après; il en avait été de meme d’une fille appartenant à cette famille : elle présenta les sym[)tômes observés chez sa mère et succomba dans la journée du 27 mai.

Quelques jours s’écoulent et trois individus de la famille Weber sont victimes du choléra, vingt-quatre heures après en avoir éprouvé les symptômes, tels que vomissemens, diarrhée , refroidissement , crampes , couleur bleue très foncée de la surface extérieure du corps.

Enfin, un septième individu a été ensuite le seul, parmi les autres colons , qui soit mort comme les précédons.

Dès les premiers jours de juin le choléra n’existait plus à bord de V Emile ^ mais une trentaine de passagers et le capitaine lui-même ont eu des coliques , du dévoiement , un sentiment de malaise qui ont cédé à la diète et à des lavemens laudanisés.

Ainsi donc, cent cinquante-neuf personnes, pour ainsi dire entassées sur un petit bâtiment , ont évidemment échappé au choléra, bien que la plupart d’entre elles eussent été en rapport immédiat avec les cholériques, soit pour leur donner des soins, soit en se trouvant assez rapprochées, dans un espace 'très étroit, pendant la nuit, pour ne pas cesser d’être en contact avec eux.

Ce qui s’est passé à bord du brick V Emile ne pouvait man-

allons rapidement les passer en revue , en commençant par l’influence de l’air sur notre économie.

L’air, qui est la cause première de la vie, qui la soutient quand il est pur, devient la source de diverses maladies lorsqu’il est vicié.

Dans tous les lieux où un grand nombre de personnes sont réunies, ce fluide ne peut manquer d’exciter la sollicitude de l’intendance sanitaire : quatre de ses membres , 3IM. Wulfrand Puget , Vert de Lenadier , Martel et Fraissinet se sont rendus, le i5 juillet, à l’hôpital de l’île Ratonneau où avaient été débarqués les passagers de ce navire, pour constater les faits que nous venons de rapporter et en tirer d’utiles inductions dans l’intérêt de la santé publique et du commerce.

Ces administrateurs éclairés ont été comme nous surpris de ^ voir que le choléra eût borné ses attaques à un petit nombre d’individus , au milieu de tant de personnes agglomérées et d’une foule de circonstances favorables à l’action et à la propagation des miasmes.

Ce fait remarquable tend évidemment à démontrer que le mode de propagation du choléra , bien différent de celui de la peste, du typhus, etc., se rapproche en quelque sorte de celui des maladies purement épidémiques, telles que la miliaire, la rougeole, la scarlatine, dont le développement n’a lieu que chez les individus qui possèdent l’aptitude ou se trouvent sous l’influence des prédispositions nécessaires. Cette prédilection fâcheuse semble encore mieux établie, en considérant que sur sept personnes qui ont péri du choléra, six appartenaient à deux familles seulement , tandis que les autres passagers et les hommes de l’équipage du brick V Emile ont résisté à l’inlluencc cholérique.

quer d’élre plus ou moins corrompu. Sous ce rapport, l’intërieur des maisons, les marches, les fabriques, etc., réclament une grande surveillance. Il faut que la population soit, quant au nombre, proportionnée à l’étendue des habitations.

Marseille, où l’esprit de charité attire, les pauvres de tous les pays, a dans ses anciens quartiers des maisons très étroites renfermant entassés , pour ainsi dire, les uns sur les autres, des individus plongés dans une affreuse misère et qui vivent au milieu de la plus dégoûtante malpropreté : c’est ordinairement là que les germes épidémiques viennent éclore.

Conseiller la propreté dans les appartemens et sur les personnes , empêcher leur agglomération dans les chambres où elles doivent coucher, limiter les locataires dan^s chaque maison , ne saurait être trop recommandé. En temps d’épidémie, surtout, il convient de favoriser la dispersion des habitans, soit au moyen d’habitations provisoires qui seraient occupées par les familles malheureuses, soit en ne pas retenant les individus qui voudraient sortir de la ville, soit enfin en engageant les personnes qui ont des maisons de campagne à s’y retirer.

On parviendrait ainsi à distribuer la population exubérante sur une plus grande étendue de terrain , et on diminuerait cette masse de miasmes

qui, pendant le règne d’une épidémie, deviennent pour riiomme en société un véritable poison.

M. le docteur Piorry, attaché à l’hospice de la Salpêtrière, pense que le meilleur moyen de se préserver du choléra consiste à respirer un air pur, souvent renouvelé, à établir une sorte de ventilation dans les salles des hôpitaux, etc.

Ce médecin, dont la modestie égale le mérite, nous a fait remarquer que non seulement la maladie avait fait en ville plus de ravages dans les maisons habitées par beaucoup d’individus, mais encore que dans les salles de la Salpêtrière où étaient des femmes âgées atteintes de phlegmasies de poitrine, et où le conseil donné par M. Piorry n’avait pas été mis en pratique, le choléra s’était déclaré ou était devenu plus grave. Des salles qui étaient évidemment dans une situation saine, soit par leur étendue comme par la disposition des lits, mais où l’on n’avait pu vaincre la répugnance des malades à tenir les croisées ouvertes, ont fourni un assez grand nombre de cholériques; tandis que d’autres salles bien moins favorablement disposées, mais dans lesquelles les conseils du médecin ont été exactement suivis, n’ont présenté aucun sujet qui ait contracté l’épidémie.

Il ne suffit pas de signaler comme causes d’insalubrité le défaut d’espace et d’air, l’excès de population ; il faut encore porter l’attention sur la

construction vicieuse de certaines maisons, sur la disposition des conduits en plomb, des égouts,' des puits , des cuisines , des caves ; s’occuper de rétablissement des lieux d’aisance dits fosses mobiles inodores; procéder à l’élargissement, au ^ pavage, au nétoiement de quelques rues, à la construction de nouvelles fontaines , à la suppression des égouts devenus infects, des dépôts d’immondices, à la formation de pissoirs aux angles des rues, et à l’organisation de cantonniers balayeurs pour chaque quartier.

Nous bornons là nos remarques sur le nétoiement et l’assainissement de Marseille; on trou-

vera , sans doute , de plus amples détails à cet égard dans le mémoire de M. Mortreuil, ingénieur des ponts-et-chaussées, qui vient de remporter le prix sur la question proposée par le conseil municipal, pour éclairer M. le maire de Marseille, sur ce point important d’hygiène publique.

Espérons que l’auteur du mémoire couronné n’aura pas seulement indiqué les moyens de rendre plus saines les rues et les maisons , mais qu’ii aura conseillé les mesures les plus efficaces pour entretenir la propreté du port et des nombreux navires qui y sont mouillés.

Des mesures sages sont indiquées sur ce sujet essentiel, par M. le docteur Segaud, dans un mémoire qui est sous presse et qui a été envoyé au

concours ouvert par notre conseil municipal. Ce travail devant bientôt paraître, nous nous abstenons d’en donner l’analyse, mais nous pensons que l’autorité pourra y puiser des moyens utiles, et que par conséquent l’auteur n’aura pas perdu ses peines.

Quant aux règles concernant le régime, on indiquera aux classes indigentes et ouvrières celles qu’elles auront à suivre dans leur nourriture quotidienne. Que la population apprenne de tous ceux ( du clergé, par exemple,) qui exercent une salutaire influence sur elle, que la conservation de la santé prescrit de ne point s’écarter des bornes de la tempérance.

Il serait à peu près superflu, en temps d’épidémie, de conseiller aux personnes riches de fuir les bals , les spectacles , de se priver du café , des liqueurs, du vin de champagne, etc.; les heureux de la terre ont déjà assez de propension à se créer des scrupules sous ce rapport. Plusieurs habitans du faubourg Saint-Germain et de la Chausséed’Antin n’ont été frappés du choléra que pour avoir apporté une réforme trop rigoureuse à leur régime habituel.

Mais c’est spécialement aux gens de la classe pauvre qu’on doit recommander d’éviter les excès des boissons fortes; ce qu’on leur fera bien comprendre par des détails mis à leur portée. On ne

Jes fera changer de régime <|ue pour leur en prescrire un plus substanliel.

On n’interdira pas aux riclies les alimcns cpii, en temps ordinaire, eoneourent à les maintenir dans 1 état de santé; ainsi on ne défendra pas, eomme on l’a fait à Paris avec trop de rigueur, les légumes, les fruits, les crudités et meme les viandes de haut goût aux personnes qui peuvent se les proeurer de bonne qualité et qui en usent sobrement. Autant ees subsîanees ai imen (aires, comme les choses qui entrent dans l’assaisonnement , sont susceptibles de nuire lorsqu’on en fait la base unique de la nourriture journalière, autant elles contribuent au maintien de la santé quand on sait les employer convenablement.

Dans les diverses invasions du choléra, les dcbilitans ayant été nuisibles, on ne substil liera pas à un régime tonique qui s’accommoderait à notre constitution , l’usage des alimens qui affaiblissent. Ainsi les malheureux ne modifieront leur régime, comme nous l’avons dit, que pour le rendre plus substantiel et plus restaurant; c’est ici surtout que la voix du pasteur doit se faire entendre pour annoncer aux riches, aux puissans de la terre, combien il importe à l’accomplissement de leurs devoirs et a 1 interet de leur propre conservation de concourir par leur charité à l’adoucissement du sort des classes inférieures. Que l’on sache

(|iîe rinégalilë des conditions est l’une des causes majeures des maladies ëpidëmiques.

Aux approches du choléra, on ne saurait mettre trop de soin pour fournir, par des souscriptions volontaires et journalières ouvertes dans les lieux publics, les moyens de soulager les infortunés.

Pour éviter la contagion morale, la plus redoutable de toutes les contagions , on s’attachera à relever et à ranimer le courage , ce mobile si propre à maintenir et à rétablir la santé. On aura atteint une partie de ce but, si l’on est parvenu à persuader au peuple que la majorité des médecins ne croit pas a la contagion du choléra; que dans bien des pays où des mesures restrictives avaient été prises pour séquestrer les individus, la maladie n’avait pas moins fait de progrès , et qu’elle avait même attaqué dans leurs appartemens les personnes craintives qui s’y étaient renfermées ; que des quarantaines volontaires ou imposées dans des lieux peu spacieux avaient favorisé la propagation du choléra, au lieu d’en arrêter la marche.

En attendant qu’on soit définitivement fixé sur la contagion ou la non-contagion de cette maladie, on aura, par ces assertions tranchées, non seulement rassuré les personnes timorées, mais encore excité le dévouement de ceux qui se décideraient difficilement à soigner les individus atteints d’une maladie réputée contagieuse. Il importe d’autant

plus que l’aulorilé adaiinistralive prenne quelque chose suï’ elle à cet égard , que la population de Marseille n’est déjà que trop portée à admettre, sans examen , la contagion , espèce de croyance qui se lie a ses préjugés et que le voisinage des pays où régné la peste vient eiicore cimenter ; cette croyance est a la vér ité fortifiée par les avantages de notre lazaret et les vues si sages de l’intendance sanitaire.

Les fumigations désinfectantes pouvant faire naître 1 ideede l’existence d’un eerme contagieux, ne seront tout au plus conseillées que comme moyen de propreté. On pouiTait de cette manière j)urifier, sans exciter aucune alarme, les objets et les lieux infects, envelopper les cadavres dans des draps imbibés d’eau chlorurée, soumettre à l’immersion et au lavage dans ce liquide les hardes, les couvertures, les matelas des gens pauvres et malpropres.

Lue chose contre laquelle on doit particulièrement prémunirle peuple, c’est l’emploi des moyens empiriques à l’aide desquels le charlatanisme exploite et sa bourse et sa crédulité; il faut l’avertir aussi du dangereux usage de certains préservatifs qu’à tort ou à raison des gens de l’art ont pu considérer comme utiles; il convient du moins de

n’y recourir que d’après F de plus absurde, en effet

avis d’un médecin. Rien , que de vouloir qu’on

s’abreuve, eu élat de saute, d’iufusious chaudes aromatiques, telles que celles de menthe, de camomille, de tilleul. L’action souvent excitante de ces boissons et la diminution des alimens ou la suppression de ceux adoptés depuis long-temps ont concouru à la production du choléra et d’autres maladies.

On a cru qu’il convenait de se maintenir dans un état de transpiration continuelle ; notre opinion est que l’on se tienne dans un équilibre à peu prés constant de température chaude et fraîche. Sans doute, il faut éviter le froid, faire usage pour cela d’une ceinture qui tienne chaude la paroi de l’abdomen; mais qu’on se garde de se trop couvrir, comme certaines personnes effrayées qui deviennent ainsi plus susceptibles d’éprouver les variations de la température.

11 serait utile que des locaux , convertis en maisons de santé, fussent préparés long-temps avant l’invasion de l’épidémie; qu’on y réunît toutes les ressources nécessaires aux cholériques, et qu’ils fussent assez multipliés pour rendre plus prompt et plus facile le transport des malades, et en recevoir un nombre moins considérable sur le meme point. Ces deux conditions offrent le double avantage d’empécher les funestes effets de l’encombrement et de soustraire les cholériques et les habitans de chaque quartier au spectacle

affligeaiU de Ja grande quantité de gens qui succombent dans les premiers temps de l’épidémie, et dont le transport aux cimetières peut jeter la terreur dans les esprits.

Ces établissemens seraient, pendant la nuit, désignés par un réverbère à verre rouge, et dans le jour par un écriteau portant en grosses lettres ces mots : Maison de santé de tel quartier. Par cette dénomination, on détournerait les pauvres du préjugé qui leur fait regarder les hôpitaux comme des asiles empestés et comme portant atteinte à la considération de ceux qui viennent y chercher un refuge et un soulagement à leurs maux; le public ' serait averti par 1 autorité municipale que les malades pourraient être, dans ces maisons de santé, soignés par leurs parens, lorsque ceux-ci réclameraient l’autorisation de remplir ce pieux, devoir. Peut-être alors le peuple quitterait-il sans regret son domicile, et parviendrait-on plus sûrement que par des affiches à le prémunir contre de dangereuses suggestions de la part des gens qui clier- " cheraient à expliquer la marche trop souvent funeste de la maladie par l’empoisonnement des boissons et des comestibles.

Des maisons bien aérées, avec cours et jardins, situées dans les rues les moins étroites , seraient choisies et louées pai' l’administration chargée de diriger les secours ; le rez de chaussée serait affecté

à la pharmacie, à la cuisine, au bureau de surveillance du service, au cabinet des médecins et des élèves. C’est dans ce cabinet que les consultations gratuites seraient données aux malades légèrement atteints et aux convalescens. La visite des cholériques aurait lieu deux fois par jour, et plus souvent si leur état morbide l’exigeait, par un seul médecin logé dans le quartier, assisté d’au moins trois élèves qui, de concert avec un autre médecin, seraient chargés du service de la garde, et porleraient, en l’absence du médecin titulaire et permanent de la maison de santé, des secours aux cholériques entrans ou à ceux qui se trouveraient dans un état plus grave. C’est là le moyen de parer aux inconvéniens qui résultent des visites faites alternativement par plusieurs médecins dans la journée. On conçoit aisément, le danger que court le malade soumis à des méthodes curatives qui varient chaque jour, selon les praticiens appelés à le traiter; les dépenses énormes que nécessite en pareil cas l’usage d’une foule de remèdes variés, plus ou moins chers.

Bien préférables à de grands hôpitaux temporaires, les maisons de santé, multipliées dans les divers quartiers de la ville, offriraient des secours plus efficaces, puisqu’ils y seraient plus promptement donnés. Les cholériques y entreraient avec d’autant moins de répugnance qu’ils auraient la

satisfaction d’y être soignes par leurs païens et leurs amis, et que la plupart d’entre eux y recevraient les soins éclaires du médecin de leur quartier à qui déjà ils auraient pu accorder leur confiance dans d’autres maladies.

Dans l’hypothèse que les cholériques auraient une répugnance invincible à se faire transporter dans ces maisons de santé, l’administration ne perdrait pas de vue les immenses avantages que présentent les dispensaires. C’est particulièrement , a dit l’un de nous *, alors que les esprits ont été agités par la crainte de voir le, choléra-morbus venir exercer ses ravages au milieu de la population marseillaise, qu’on a compris toute l’importance des secours administrés aux pauvres malades dans leur domicile. On a pensé, avec raison, qu’il serait plus facile de les guérir étant isolés les uns des autres, que s’ils étaient entassés dans les hôpitaux, où malheureusement ne tardent pas à se réunir les «divers élémens capables de porter le fléau à son dernier degré d’intensité. D’ailleurs, les malades ont cessé d’exister au moral dès que forcés de se séparer de leurs proches , ils se trouvent privés de leurs soins empressés , de leurs tendres consolations. Dire que les dispensaires

* Voyez le Compte-rendu de la Société de Bienfaisance de 'Marseille y pour Van i8^i, pag. 19, par P.-M. Roux.

sont encore utiles sous le point de vue économique, c’est avancer un fait généralement incontestable. On sait en effet qu’en se chargeant des malades que les hôpitaux (et nous ajouterons les maisons de santé) devraient recevoir, ils diminuent les dépensons de ceux-ci, lesquelles sont beaucoup plus considérables que celles qui sont faites par les dispensaires eux-rnémes.

Se hâter d’introduire dans les dispensaires les améliorations dont ils sont susceptibles, les doter de fonds qui permettent d’étendre davantage leurs bienfaits, sont de toutes nos vues les plus saines que nous ayons â proposer. Nous pensons que dès aujourd’hui il faudrait visiter les domiciles d’une classe de malheureux tout déguenillés, couchant sur la paille et couverts par des lambeaux de couvertures infects; changer leurs vêtemens et brûler ceux qu’on leur retirerait; leur recommander la plus grande propreté, et exercer meme une surveillance active â cet égard. Ce serait déjà faire beaucoup de bien sous le double rapport physique et moral.

Nous sommes encore d’avis que l’autorité administrative éclaire les esprits sur les dangers qui menacent la ville. Une sécurité trop grande aurait pour inconvénient de foire négliger les moyens d’assainissement qui ont été prescrits. D’ailleurs? en annonçant l’invasion probable du choléra

parmi nous, on préparerait les Marseillais , qui par conséquent seraient moins effrayés si la maladie se manifestait avec violence, et on n’aurait pas à gémir sur les scènes désastreuses qui ont affligé l’humanité au sein de la capitale.

Puisque nous sommes à parler de ce qu’il importe de faire dans l’intérêt général, nous croyons devoir ajouter qu’il est urgent de se rendre h la proposition de l’estimable docteur Chervin, ayant pour but de rechercher tous les faits en faveur ou contre la contagion du choléra. Ces recherches, faites par des hommes indépendans et professant une opinion différente, seraient d’autant plus concluantes et faciles, selon nous, qu’ils auraient pu, les uns, expérimenter dans des localités où aucun moyen de préservation n’aurait été adopté; les autres, observer la maladie dans des lieux soumis à une quarantaine rigoureuse. Ce genre d’expérimentation si propre à faire résoudre la question ne serait pas onéreux pour les états et les populations, vu qu’il ne serait que temporaire et n’embrasserait que peu d’individus. Il n’amènerait donc pas dans le commerce ces entraves que l’état politique, moral et industriel de l’Europe ne permet pas d’établir au milieu de circonscriptions territoriales trop étendues.

Ici, Messieurs, se termine notre rapport. Fondé

sur des faits avérés, sur des observations recueillies aux lits des malades et dans les amphithéâtres, il aura sans doute à vos yeux le mérite de la vérité, but unique et constant de nos travaux.

Nous sommes , avec un profond respect j,

Messieurs ,

Vos très humbles et très obéissans serviteurs,

Marseille. !• b juillet

®abU îïeô illati'em.

Avant-propos .

Considérations historiques .

Origine du Choléra .

Causes du Choléra . .

Mode de Propagation du Choléra .

-Description générale, Marche, Durée, Terminaison

DU Choléra .

Première Période. — Invasion .

Ohsen>ation. — Attaque soudaine de Clioléra au premier degré , avec horripilation générale et

crampes atroces; guérison promjite .

Observation. — Récidive ; premier degré avec crampes violentes ; guéiison en deux jours. . . . 'V"*‘ Observation. — Choléra au premier degi é; vomissemens, selles sanguinolentes, crampes, éruption

particulière, délire; guérison .

V"" Observation. — Choléra au premier degré, avec accès intermittens et symptômes hystériques précédés de prodromes; guérison en cinq jours. . .

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