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' Marins
Infanterie de marine
1 Chasseurs à pied
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j Infanterie espagnole
| Infirmiers
Coolies
, Totaux
f Choléra
1 Diarrhée
iDyssenterie
'Fièvres paludéennes
\ Blessés.
[Vénériens
^ Totaux
Ce tableau permet d’apprécier dans son ensemble quelle a été l’influence épidémique dans chaque corps par rapport aux autres affections. Voici maintenant quel en a été le mode d’invasion et la marche, d’après le compte rendu du service de l’ambulance.
Le début de l’épidémie fut marqué, le 6 avril, par l’entrée à l’ambulance d’un fusilier marin atteint du choléra algide, vrai type de choléra asiatique. Le 7, deux nouveaux cas de même intensité sont fournis encore par les compagnies de marins. Le 11, trois cas se déclarent : 1 dans l’artillerie, 1 dans le génie et un dans l’infanterie de marine à la suite d’une étape très-fatigante.
Du 12 au 14 devant ou dans Mytho, 13 cholériques, dont 6 ont succombé, sont encore fournis par les compagnies de marins.
Le 13 et le 16 : sur 17 entrées 7 appartiennent à la marine, 5 aux chasseurs à pied, 3 à l’infanterie de marine, 1 à l’artillerie et 3 coolies employés aux frictions dans le service de l’ambulance ; cette série fournit 8 décès.
Du 17 au 20 on enregistre 20 cas : 10 des chasseurs à pied (3 décès), 3 des marins (2 décès), 3 de l’infanterie de marine, et 2 des coolies (1 décès).
Du 21 au 28, le chiffre des entrées diminue. Les chasseurs, une partie de l’infanterie de marine, de l’artillerie et des fusiliers marins sont repartis pour Saigon. Sur 12 entrants dans cette période, 9 sont de l’infanterie de marine et 3 des marins.
En résumé, sur 86 cholériques, 42 appartiennent aux marins de débarquement (16 décès), 15 aux chasseurs à pied (8 décès), 18 à l’infanterie de marine (3 décès), 3 à l’artillerie et 2 au génie (1 décès) et 6 à la section des coolies (3 décès).
Il suffit de rapprocher de ces chiffres les particularités
qui se rattachent aux influences auxquelles étaient soumises les troupes , et l’on reconnaîtra combien elles étaient favorables à la génération du principe cholérigène, et, par les rapides et désastreuses manifestations de l’infection miasmatique, on jugera toute l’efficacité de ces causes d’affaiblissement organique et de dépression vitale pour aggraver la forme et la marche de la maladie.
Ici je transcrirai textuellement la note qui m’a été remise par M. Champenois.
« Du 5 au 13 avril, ce ne sont que marches, contremarches, reconnaissances et travaux des plus pénibles pour ouvrir un passage aux canonniers, à travers un inextricable lacis d’aréquiers, d’abatis d’arbres, de jonques coulées, avec leur chargement accru des sédiments du canal. Les deux dernières estacades n’ont pas coûté moins de trois jours d’efforts, sans trêve de nuit, et durant chaque corvée les hommes étaient dans l’eau ou dans la vase sous un çoleil ardent, ou dans une brume dangereuse. A terre, il fallait défiler sur un rang par des sentiers étroits, sur la crête des talus, qui encaissent de vastes rizières, devenues des marécages impraticables aux buffles eux-mêmes. Le matin, la rosée était abondante, le brouillard parfois épais; puis, avec le soleil, une chaleur humide, énervante, pesait sur les hommes, et la soif leur faisait puiser, au premier fossé venu, une eau malsaine, à la saveur de vase et de marécage. Chaque nuit, le tonnerre, leséclairsou la pluie troublaient plus ou moins le sommeil. Beaucoup d’hommes étaient mouillés et tous n’avaient que la tente-abri pour se couvrir.
« Le régime s’est composé de biscuit, de viandes salées, d’une ration journalière de vin et d’eau-de-vie. La fuite des populations a permis au soldat d’y joindre le porc frais, le canard et autres volailles.
« L’expérience des dangers de l’eau non préparée et les conseils lui ont bientôt appris à faire un usage presque exclusif de l’eau de coco pour boisson. Des milliers de ces fruits ont jonché le terrain de chaque camp, aussi les diarrhées ont elles été peu graves et peu rebelles. Mais beaucoup d’hommes ont accusé la présence de vers dans leurs déjections, et chez les malades, des lombrics se sont souvent montrés dans les matières des vomissements. »
A partir du 14, la colonne expéditionnaire prit possession de la citadelle de Mytho, évacuée la veille par l’ennemi à l’approche des forces de la marine. C’était le commencement de la saison des pluies. Aussi, pendant le court séjour qu’y firent les troupes, du 14 au 22, le temps, sans variations, resta-t-il constamment pluvieux et humide. Quand les orages éclataient, la pluie tombait à flots, sans interruption, pendant plusieurs heures, sans que le ciel se nettoyât jamais complètement. Autour des bâtiments et en dehors des sentiers étroits et embriqués, qui les reliaient les uns aux autres, ce n’était que flaques d’eau qui, par leur voisinage continu, augmentaient encore l’humidité de l’atmosphère. Le lendemain ressemblait à la veille, la température restait lourde, chaude, presque suffocante ; puis, à de certains moments, on était brusquement saisi par des rafales de la
brise de mer à laquelle succédait, sans transition aucune,
une extrême chaleur. Ces changements si subits de température ont incontestablement contribué au développement de la maladie , car on remarque qu’ils ont précisément coincidé avec le plus grand nombre d’entrées à l’ambulance.
Dès le principe de l’installation, les malades avaient été placés dans une sorte de grand hangar, sans distinction de genre de maladie ; mais le nombre des cholériques augmentant chaque jour, ma première préoccupation fut de faire isoler d’eux les autres malades, soit en évacuant ces derniers à bord des bâtiments mouillés en rivière, soit en les disposant dans une case tout à fait indépendante. Les cholériques furent disséminés et éloignés les uns des autres de manière à diminuer, autant que possible, les conditions du méphitisme de l’air; de grands feux de bois sec furent constamment entretenus jour et nuit aux ouvertures des cases, pour chasser l’humidité et renouveler l’air, et avec les ressources delà marine qui furent mises à notre disposition par ordre de l’Amiral, en couvertures de laine, provisions de bouche et rafraîchissements, le service de notre ambulance put fonctionner dans des conditions assez satisfaisantes pour une première occupation, qui n’était que tout à fait temporaire.
Pendant toute la durée de l’influence épidémique, la maladie a revêtu tous les caractères du choléra asiatique grave : amaigrissement général très-rapide, peau froide, recouverte d’une sueur visqueuse, cyanosée et comme collée sur les parties osseuses, surtout au visage, dont les traits étaient
crispés ; les yeux, fermés et enfoncés dans les orbites, étaient cernés d’un cercle bleuâtre. L’anxiété était générale et les malades en proie à une vive agitation ; ils avaient des crampes dans tous les membres, assez douloureuses parfois pour leur laisser échapper des cris ; leur voix était éteinte ou cassée, le pouls petit, filiforme ; les vomissements étaient fréquents, il y avait suppression des urines, et des selles de matières très-bilieuses, blanc jaunâtre, plus rarement riziformes. Il est à noter aussi que, chez plusieurs malades, M. Champenois a constaté un engorgement considérable du foie, qui faisait une saillie de plusieurs travers de doigt sous les fausses côtes, avec douleur à la pression pendant les inspirations forcées et les mouvements. Le teint était alors ictérique, la conjonctive aussi, les vomissements de matières visqueuses, filantes, brunâtres ont été caractérisques par leur couleur noire, surtout chez l’un d’eux, qui a fini par succomber avec un ictère des plus intenses. L’autopsie eût sans doute complété ce tableau de la manière la plus intéressante, en révélant toutes les altérations anatomo-pathologiques de ce cas particulier qui avait offert plus d’une analogie symptomatique avec la fièvre jaune ; mais outre le manque d’un local propre à ce genre d’opération, le dévouement et l’état de santé de notre collaborateur, plus précieux alors pour les malades que pour la science, l’ont empêché de la pratiquer.
L’invasion de la maladie n’a point été précédée de diarrhée, dans la majorité des cas; très-fréquemment, au contraire, elle a été brusque, et beaucoup d’hommes étaient
comme sidérés par le mal sans indisposition antérieure* D’autres, sans la moindre diarrhée, accusaient d’abord tous les symptômes de l’embarras gastrique, une sorte d’indigestion, et étaient tout à coup pris d’une attaque violente de tous les symptômes du choléra le mieux confirmé.
La mort a eu lieu dans plus du tiers des cas (31 décès sur 86 malades) ; elle arrivait souvent avant toute réaction, et quand celle-ci s’était faite elle n’était point franche, régu-^ lière ; on avait à se mettre en garde contre les complications du côté des viscères (congestion cérébrale ou pulmonaire), pour éviter une terminaison funeste. Des applications de sinapismes aux membres, des ventouses scarifiées aux lombes et à la base de la poitrine ont souvent produit un grand soulagement.
Pendant la période algide ou de dépression, les moyens de traitement mis en usage ont été, de préférence, les révulsifs et les excitants ; frictions sèches continues et massage, sinapismes et lavements opiacés et vineux ; infusions de thé alcoolisées, vin de cannelle chaud, potion soit avec l’éther et l’alcoolé d’opium, soit avec l’acétate d’ammoniaque ; sulfate de quinine à hautes doses (là 3 grammes), pris en solution ou en poudre dans un cornet de papier desoie huilé. Mais l’emploi de ce dernier médicament a été sans résultat avantageux bien marqué ; dans les cas où la réaction ne s’opérait pas par les autres stimulants, il restait lui-même sans effet. Comme point de comparaison entre l’attaque cholérique et l’accès pernicieux algide, il s’est présenté plusieurs cas de fièvre algide où le sulfate de quinine s’est montré
aussi héroïque, sans dépasser la dose de 2 grammes, que son action avait été douteuse dans la période algide du choléra, et cependant deux de ces cas étaient de la forme comateuse la plus grave.
Une fois, au contraire, la réaction obtenue et dans le cours de la convalescence, de faibles quantités de sulfate de quinine matin et soir, comme les autres préparations de quinquina ou le vin additionné d’alcoolé quinique, nous ont paru maintenir la fièvre de réaction dans des limites plus franches et plus régulières, en soutenant la force vitale et en lui imprimant une marche plus sûre vers la convalescence.L’on ne devait pas, d’ailleurs, perdre de vue que même lorsque le choléra était à son déclin, l’inflammation palustre continuait à dominer la constitution médicale, et que les composés de quinquina étaient rationnellement indiqués.
Dans la dernière période de l’épidémie, l’administration discrète de la poudre d’ioécacuanha ou d’une faible dose de calomel, soit pour évacuer la matière toxique, soit pour changer la nature des évacuations et substituer celles de la bile et des mucosités intestinales à celle du sérum qui appauvrit si vite l’économie, ont pu enrayer de fâcheuses prédispositions à contracter la maladie, et, dans tous les cas, ils constituaient d’excellents moyens pour combattre le mal à sa première manifestation et arrêter l’évolution successive de la maladie.
Enfin, outre certaines dispositions d’hygiène locale, comme l’emploi des désinfectants pour annihiler toute tendance au méphitisme et à la formation d’un foyer épidémi-
RELATION MÉDiCO-CHiRtJRGICALE
que, l’isolement et la dissémination des malades et l’entretien d’une facile aération autour d’eux, diverses autres mesures propres à éloigner la moindre recrudescence chez les convalescents, et à diminuer le nombre des accidents parmi les troupes, reçurent une prompte application.
Dans toutes les circonstances, mais ici plus qu’ailleurs encore, je me plais à le reconnaître publiquement, il a suffi de faire entendre les conseils de l’hygiène auprès de l’autorité pour qu’ils soient immédiatement écoutés.
C’est ainsi que, d’une part, sur l’ordre qui en fut donné par l’Amiral commandant en chef, un service d’évacuation fut assuré au moyen des canonnières de l’escadre, et que l’on put diriger successivement sur Saigon tous les malades atteints d’affections autres que le choléra, quand ils avaient reçu à leur entrée à l’ambulance les premiers soins indispensables, ainsi que les cholériques convalescents chez lesquels une réaction franche et modérée ne faisait plus craindre de nouveaux accidents. D’autre part, la prophylaxie n’était point négligée et le généra^ commandant les troupes avait fait mettre à l’ordre toutes les précautions que j’avais indiquées comme étant de nature à atténuer les causes de l’infection miasmatique. Leur rigoureuse observance était recommandée à la vigilance des officiers et des médecins.
Les hommes devaient constamment porter la ceinture de flanelle et le pantalon de drap, éviter toute cause de refroidissement en ne conservant aucun vêtement mouillé sur le corps, entretenir des feux aux approches des ouvertures des hangars qui leur servaient de chambrées ; les fruits furent
exclus du régime, ainsi que les salaisons, avantageusement remplacées dans la ration par des légumes conservés (pommes de terre ou légumes pressés, et mélange de julienne), et par de la viande fraîche. Chaque homme reçut une ration journalière de vin, et elle fut doublée pour ceux qui furent employés aux premiers travaux de l’occupation. La plus légère indisposition était immédiatement signalée au médecin. De plus, à titre de préparation tonique, sinon de moyen pophylactique, il fut fait chaque matin une distribution de vin de quinquina à tous les rationnaires de la place, comme cela avait lieu pour les troupes de la marine à bord des bâtiments et pour les troupes de la province de Saigon.
On voit, par l’ensemble de toutes ces dispositions, que les efforts de tous étaient dirigés en vue de faire face au fléau qui était venu fondre sur les troupes, et de l’arrêter dans le J développement de ses ravages.
L’avenir ne tarda pas à justifier la sagesse des mesures adoptées, et vers la fin du mois d’avril, comme en mai, on ne compta plus que quelques cas isolés de choléra. L’influence régnante avait disparu, et, pour le pays, l’état sanitaire était redevenu normal. On put alors se livrer avec plus de confiance aux travaux de l’occupation.
A cette époque le fonctionnement de l’ambulance passa entre les mains des médecins de la marine, et les officiers de santé de l’armée se retirèrent avec la conscience d’avoir | noblement rempli leur tâche, dans les circonstances difficiles qu’ils venaient de traverser.
Je termine ici la relation des faits principaux observés