‹ Relation médico-chirurgicale de l'expédition de Cochinchine en 1861-1862Chapitre 11 sur 13 · DE L EXPÉDITION DE C0CH1NCHINE EN · texte numérisé non relu

DE L EXPÉDITION DE C0CH1NCHINE EN

camphré. L’iodurede potassium à hautes doses (1 à 3 grammes), le vin de quinquina et le sous-carbonate de fer furent donnés à l’intérieur. La suppuration était abondante et fétide. En quelques jours les escarres se détachèrent et l’ulcère changea visiblement d’aspect. Des bourgeons de bonne nature se développèrent et dès lors la cicatrisation s’opéra.

Malgré de fréquents accès de fièvre qui ont entravé le traitement, la guérison s’est complétée assez rapidement, et le malade est sorti de l’hôpital au commencement du mois de mai pour reprendre son service.

V. Affections de la 'peau et du tissu cellulaire. — Avant de terminer le chapitre des affections externes, je signalerai encore la fréquence des affections cutanées, du lichen tropicus (bourbouilles) , du psoriasis, de l’ecthyma, et de celles du tissu cellulaire sous-cutané, des furoncles, des anthrax ; comme aussi la tendance, chez certains sujets, de Finflammation phlegmoneuse à se généraliser sous l’influence delà température tropicale de Saïgon. Je rapporterai, entre autres , trois cas assez remarquables de diathèse purulente qui ont été observés à l'hôpital de Choquan.

Gadiolet, canonnier au 14e d’artillerie, entré le 20 mars (service de M. Armand), atteint de douleurs profondes contusives dans les membres inférieurs. La jambe droite et la cuisse gauche deviennent bientôt le siège d’abcès multiples et fournissent une suppuration abondante qui affaiblit considérablement le blessé. Traitement : application de sangsues au début, émollients et opiacés, pommade mercurielle en frictions, larges incisions, régime tonique, quinquina et iodure de potassium ; guérison confirmée à la fin du mois de mai.

Jammey, chasseur au 2e bataillon, entré le 26 avril (service de M. Armand), pour deux larges phlegmons, l’un profond à la cuisse droite, et l’autre à l’épaule gauche, s’étendant sous l’omoplate et vers le bras. Il accuse en même temps une diarrhée aiguë très-intense.

Traitement : moyens énergiques appropriés au début, ouverture d’un vaste abcès le 12 mai, suppuration diffuse à la cuisse et symptômes de résorption purulente, mort le 23 mai.

Lamouret, chasseur au 2e bataillon, entré le 3 mai (service de M. Dufour), atteint d’un phlegmon très-dur occupant la face postérieure du bras gauche, d’une induration phlegmoneuse sur la fesse gauche et d’un engorgement très-profond du tiers inférieur de la cuisse droite. Le phlegmon du bras est sous-aponévrotique, et une incision pour la sortie du pus en favorise bientôt la résolution. Mais l’engorgement de la cuisse, qui rend impossibles les mouvements du genou, est très-profond, sans chaleur ni rougeur sensibles à la peau ; il n’y a pas encore de suppuration appréciable. Traitement : émollients et opiacés, pommade mereuriellebelladonée. Le membre s’engorge davantage, la jambe est toute œdématiée et la fluctuation devient sensible en certains points de la cuisse ; on pratique plusieurs ponctions avec le bistouri, qui donnent issue à une abondante suppuration. L’état général du blessé est gravement altéré. Néanmoins, grâce aux toniques et à un régime substantiel, la guérison s’est progressivement effectuée, et le malade a pu sortir en juin pour être rapatrié.

S 3. — Maladies internes.

Les maladies qui ont été les plus communes, pendant la campagne , sont les fièvres paludéennes, la diarrhée et la dyssenterie, les embarras gastriques simples ou fébriles, l’anémie et la cachexie paludéennes et enfin le choléra.

I. Fièvres 'paludéennes . — Endémiques en Cochin chine, les fièvres d’accès sont aussi celles qui ont dominé la pathologie interne dans le corps expéditionnaire. L’influence du climat et la nature extrêmement marécageuse du sol en donnent facilement l’explication étiologique.

C’est pendantda saison des pluies qu’elles ont été les plus nombreuses et qu’elles ont atteint leur plus grande gravité. Par ordre de fréquence, en se reportant au tableau n° 2, on voit, en effet, que ce sont les mois d’avril, de mai et de juin qui sont les premiers de la saison pluvieuse; viennent ensuite mars, octobre et décembre, qui en marquent les limites de croissance et de décroissance.

C’est aussi dans ces derniers mois qu’apparaissaient les états morbides notés sur le tableau sous la dénomination d’embarras gastriques simples ou fébriles.

Le type quotidien a été le plus communément observé ; il est aussi celui qui a offert les plus fréquentes récidives. Après vient la fièvre intermittente tierce.

La fièvre rémittente s’est montrée plus rarement et toujours accompagnée de symptômes gastriques ou bilieux (rapports de M. Hattute sur l’expédition du Phu-yen-môt, en avril, et de M. Dezon pour le mois de juin).

On a aussi noté quelques cas de fièvre typhoïde au début de la campagne, en mars (service de M. Dufour).

Le traitement a surtout consisté dans l’emploi des diverses préparations de quinquina, et l’état anémique dans lequel se trouvaient la plupart des malades à leur entrée a engagé à prescrire, dans tous les cas, une alimentation substantielle et abondante.

Quant au mode d’emploi du sulfate de quinine, il a été le suivant, d’après les formules d’une méthode que nous avions vue, avec plusieurs des médecins de l’ambulance, MM, Lespiau, Dufour et Dezon, appliquer, avec les meil-

leurs résultats., par un habile praticien aujourd’hui regretté, M. le médecin principal Riboulet, pendant l’endémo-épidémie qui a régné dans la subdivision de Bone, de 1850 à 1854.

Dans la crainte de la perniciosité, tout entrant atteint de fièvre intermittente recevait 0gr- ,8 de sulfate de quinine à la contre-visite. Le lendemain, il prenait le matin un vomitif (ipéca, 1 gramme), s’il y avait de l’embarras gastro-intestinal, ou un purgatif (sulfate de magnésie, 30 grammes), s’il existait de la congestion vers le cerveau.

M. Dufour s’est également bien trouvé, dans ce cas, de diminuer la dose du sel quinique. M. Lespiau employait avec succès, comme purgatif, le calomel de préférence aux sels alcalins, en raison de la fréquence des vers intestinaux comme complication de la fièvre intermittente.

Le soir du deuxième jour, le sulfate de quinine était encore donné à la dose de 8 décigrammes. Le troisième jour, cette même quantité était répétée le matin et le soir. Le quatrième jour, le matin seulement, et remplacée le soir par un vin de quinquina. Enfin le sous - carbonate de fer en poudre (1 gramme dans la première cuillerée de bouillon, le matin) et le vin de quinquina étaient administrés jusqu’à la sortie. M. Armand faisait un emploi avantageux de l’extrait de quinquina en potion, aussitôt après la cessation de l’usage du sulfate de quinine.

Les malades étaient conservés à l’hôpital au moins quinze jours après le dernier accès, de façon à éloigner plus sûrement les récidives.

Dans la fièvre à forme rémittente, le sulfate de quinine

était administré à 8 décigrammes le matin et le soir, pendant les deux premiers jours, et cette médication diminuait ou faisait cesser la fièvre. Le troisième jour, vomitif ou purgatif le matin et 8 décigrammes de sulfate de quinine, le soir. Le quatrième jour, 8 décigrammes et même dose le soir. Le vin de quinquina et le sous-carbonate de fer contribuaient ensuite à assurer la convalescence.

Formes pernicieuses, — Les fièvres pernicieuses ont été relativement rares, mais elles sévissaient avec toute leur gravité, surtout chez des hommes déjà anémiques, ou qui étaient antérieurement atteints de diarrhée ou de dyssenterie. C’est la forme algide ou cholériforme qui s’est manifestée le plus fréquemment. Il n’y a eu que des cas isolés appartenant aux formes dyssentérique , comateuse et délirante.

La fièvre algide se déclarait quelquefois de la façon la plus brusque chez des hommes qui n’avaient encore éprouvé qu’un ou deux accès de fièvre antérieure. Les symptômes prédominants, qui la caractérisaient alors , étaient le refroidissement général avec sueur visqueuse de tout le corps, la pâleur de la face, les yeux caves et les lèvres cyanosées, le pouls lent et filiforme, la voix éteinte, l’anxiété épigastrique et une prostration générale. Dans quelques cas, l’algidité s’accompagnait de crampes dans les doigts ou dans tous les membres et de vomissements de matières bilieuses.

Chez les malades déjà atteints de diarrhée ou de dvssen-

terie, les déjections alvines étaient plus fréquentes et plus abondantes.

Cet ensemble de symptômes pernicieux avait une durée variable de quatre à douze heures, selon la rapidité de la médication employée et l’énergie de son action. Certains accès se sont rapidement terminés par la mort et ont pu être confondus avec le choléra (1). Mais, en général, les symptômes s’amendaient, la chaleur reparaissait et était suivie d’une sueur abondante.

Si l’accès se renouvelait dans la journée ou le lendemain, c’était habituellement avec moins d’intensité, et la guérison s’effectuait ensuite sous l’influence continuée du traitement fébrifuge.

Pendant l’accès, le sulfate de quinine était pris à la dose de 1 à 2 grammes, associé à quelques gouttes de laudanum et d’éther, pour favoriser la tolérance de l’estomac. Dans des cas rares, on a été obligé de l’administrer par le rectum. Il importait surtout de persister dans l’emploi de nouvelles doses après l’accès et de soumettre ensuite les malades à un traitement tonique (vin ou extrait de quinquina, préparations ferrugineuses).

Cette pratique, sanctionnée par l’expérience, était suivie aussi bien par les médecins de l’armée que par ceux de la marine, et l’on doit lui attribuer plus d’un succès, dans certains cas d’une extrême gravité.

(1) La forme pernicieuse cholérique a été décrite par M. Libermann, qui en a rapporté plusieurs observations. Voir Recueil des mémoires de médecine 9 etc.; 3e série, t. vu, p. 108.

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Les formes comateuse et délirante sont, après les fièvres algides et cholériformes, celles qui ont été les plus communes.

Plusieurs médecins des corps, M. Masnou du 2e bataillon de chasseurs à pied et M. Hattute, alors qu’il était détaché auprès des batteries d’artillerie à la pagode des mares, m’ont signalé que, lorsqu’ils étaient témoins du début des accès, ils avaient remarqué la tendance de plusieurs accès de fièvre récidivée à manifester la forme cérébrale (agitation, incohérence des réponses, subdélire, rêves bruyants).

La forme délirante a été aussi particulièrement observée chez des officiers. J’ai été moi-même atteint de plusieurs accès de cette variété de fièvre.

A part l’influence climatérique, une observation attentive des faits m’a permis de croire que cette particularité dans beaucoup de cas se rattachait surtout aux effets du sulfate de quinine, qui avait été administré pour des accès antérieurs. Il était notable , en effet , que les accès délirants ne se déclaraient que chez des hommes déjà anémiques et, pour ainsi dire, déjà saturés de sulfate de quinine. Je fus ainsi amené à recommander, dans les corps, qu’on en fît un moins grand usage chez les convalescents et à le remplacer par le vin de quinquina , dont une distribution fut régulièrement faite, chaque matin, à tous les hommes de l’armée, par les soins de l’administration.

A l’hôpital, M. Dufour avait également reconnu et me l’avait déjà relaté antérieurement, le fâcheux effet d’une trop forte dose de sulfate de quinine sur l’innervation cé-

rébrale, surtout dans les cas de récidive, et il avait été conduit à associer de préférence , dans ses prescriptions , le vin ou l’extrait de quinquina, avec des doses modérées de sulfate de quinine (0g,Æ à 0g,6) ; il insistait davantage alors sur une forte alimentation, quand l’état du tube digestif le permettait.

Voici, entre autres, le fait d’une manifestation délirante chez un homme qui avait eu de fréquents accès de fièvre antérieurs, et qui s’est déclarée subitement avec assez de gravité pour le porter au suicide et causer sa mort.

Jacquemot, 2e maître aux compagnies de fusiliers marins, entre le 10 avril à l’hôpital militaire de Choquan (service de M. Dufour), pour une diarrhée dyssentériforme précédée de plusieurs accès de lièvres avec une tendance à l’algidité.

Le sulfate de quinine, prescrit à plusieurs reprises , n’a apporté aucune modification dans l’état du malade. Par crainte d’aggravation dans les symptômes, une portion de 12 décigrammes de sulfate de quinine et laudanum 10 gouttes est donnée le jour même de l’entrée; le lendemain, le sel fébrifuge est répété à la dose de 6 décigrammes le matin et le soir ; le troisième jour, un vin de quinquina et une potion avec 4 grammes d’extrait de ratanhia et 10 gouttes de laudanum.

Cette médication continuée les jours suivants avait apporté une amélioration sensible, malgré une faiblesse générale persistante, lorsque le 21, le malade est tout à coup pris d’une grande agitation avec incohérence dans les idées, face rouge, yeux égarés, et, sous l’influence de cet état délirant, il profite d’un instant pour échapper à l’observation des infirmiers de la salle et s’élancer vers la berge de l’Arroyo, et il se précipite dans l’eau, d’où il a été retire promptement avant tout accident d’asphyxie. Mais tous les autres symptômes n’en furent que plus aggravés et le traitement révulsif et qui nique resté inefficace, la mort eut lieu le lendemain.

La forme comateuse a été plus rare que la délirante , mais elle a été aussi plus grave. Elle n'a offert aucune particularité qui n’ait été observée en Algérie et en Europe. Je me bornerai donc à transcrire ici l’observation d’un cas de guérison, qui m’a été adressée par M. Lespiau.

Gress, soldat de 2e classe au 2e bataillon de chasseurs à pied , esl porté le 11 juin, à neuf heures du matin, au n° 42 de la salle. Il présente tous les signes du carus : la peau est froide, le pouls ne bat que cinquante pulsations à la minute, la face est congestionnée, la pupille est dilatée. Le billet d’urgence a été perdu par les porteurs et je n’ai aucun renseignement. Cependant, les circonstances climatologiques dans lesquelles nous nous trouvons me portent à attribuer le carus à un accès de fièvre pernicieuse à forme comateuse.

J’administre immédiatement 1 gramme de sulfate de quinine, avec addition de 20 gouttes d’éther. Le carus persiste ; à onze heures du matin, 5 décigrammes de sulfate de quinine éthéré. Aucune amélioration à une heure du soir; 5 décigrammes de sulfate de quinine éthéré et deux larges vésicatoires, un à la partie interne de chaque cuisse ; aucune amélioration à huit heures du soir; sulfate de quinine à 8 décigrammes éthéré.

Le carus persiste le 12 juin ; cependant, la peau présente de la moiteur : deux larges vésicatoires, un à chaque mollet, 1 gramme de sulfate de quinine éthéré à sept heures du matin ; 8 décigrammes éthérés à midi et 8 décigrammes éthérés à cinq heures du soir.

Une amélioration se fait sentir le 13 juin à la visite du matin; la peau est chaude, le pouls bat soixante- six pulsations par minute, pulsations larges, développées. La pupille se contracte : Gress montre de la sensibilité lorsqu’on lui pince la peau ; il me fixe lorsque je prononce son nom à haute voix. Un gramme de sulfate de quinine éthéré à sept heures du matin, 8 décigrammes de sulfate de quinine étbérés à trois heures et cinq heures du soir.

Gress, qui a recouvré l’usage de ses sens le 14 au matin, me dit qu’il

avàiteu des accès de fièvres rémittentes pendant quatre jours consécutifs avant son entrée à l’hôpital. Il n’a pas eu de selles depuis cinq jours; calomel lg,50 à sept heures du matin; 8 décigrammes de sulfate de quinine à midi et autant à cinq heures du soir.

I L’amélioration se soutient le 15, jour où je prescris du bouillon et où ^administre par précaution deux potions à 8 décigrammes de sulfate de quinine chacune. Gress entre en convalescence le 16 : je lui donne tous des jours du vin de quinquina et 1 gramme de sous-carbonate de fer.

Gress a pris 11 grammes 2 décigrammes de sulfate de quinine en cinq jours, dose considérable que la perniciosité peut seule justifier.

La forme lipothymique a été très-rare. C’est à cette fièvre que j’ai cru devoir rapporter la mort du brave commandant du génie Allizé.

II était rentré de Mytho atteint de diarrhée et offrant tous les symptômes d’une profonde débilitation causée par les fatigues de l’expédition. Le jour même de son arrivée, il fut pris d’un accès de fièvre avec grande prostration, une légère algidité et une tendance aux lipothymies. Son visage était d’une grande pâleur, ses yeux fermés ne s’ouvraient qu’avec lenteur et seulement sur les images d’une famille éloignée, à laquelle il semblait dire un dernier adieu; immobile, sans proférer aucune plainte, il n’accusait de douleur épigastrique que lorsqu’il était pris de nausées. La réaction $pt provoquée au moyen des boissons théiformes chaudes alcoolisées avec du rhum et de plusieurs doses de sulfate de quinine (15 décigrammes en deux fois dans les 24 heures) ; mais elle ne s’opéra qu’incomplétement, et le lendemain un nouvel accès survenu dans la matinée a été funeste.

Forme dyssentérique ou hémorrhagique. — Il ne m’a été signalé que quelques cas de cette variété chez des hommes profondément anémiques, qui avaient déjà eu plusieurs récidives de fièvre intermittente et dont la convalescense restait enrayée par la complication d’une diarrhée rebelle. J’ai

relaté précédemment que c’est, à des accidents de cette nature, développés brusquement, que le blessé Thomas (coup de feu à la malléole interne) a succombé le jour même où son évacuation sur France avait été décidée par le général commandant les troupes. Chez ce convalescent, l'accès pernicieux a débuté par tous les symptômes d’un accès algide et s’est terminé par des selles hémorrhagiques abondantes, qui ont augmenté la faiblesse et causé la mort d’une façon presque foudroyante, malgré l’emploi du sulfate de quinine à haute dose et des lavements avec le perchlorure de fer.

IL Anémie et cachexie fébriles. — Ces deux états, le premier surtout (lacachexie a été plus rarement notée), étaient très-communs dans les divers corps de troupes de l'armée, excepté dansle bataillon du 401e régiment de ligne, qui avait séjourné pendant l’hiver dans le nord de la Chine, et dont les hommes étaient généralement arrivés en Cochinchine avec tous les attributs de la plus parfaite santé. Conséquences d’une impaludation lente et prolongée, ils se manifestaient particulièrement aussi chez quelques officiers et chez les militaires employés à des services spéciaux ; ainsi, nos ordonnances, la plupart des infirmiers. Chez tous on pouvait compter plusieurs accès de fièvre antérieurs.

Les caractères principaux étaient une grande pâleur des téguments, une faiblesse générale, de l’anorexie, une perversion du goût ou des susceptibilités gastriques (dyspepsies), de l’œdème aux pieds et quelquefois aux jambes.

Dans un tel état d’appauvrissement du sang, les moyens

ordinaires de traitement étaient généralement sans effet, et

les convalescents ne pouvant dès lors attendre leur rétablissement que d’un changement de milieu, on était amené à en faire l’évacuation soit sur l’établissement de la marine à Macao, soit sur France.

•Toutefois, l’application souvent réitérée d’un pareil système ne pouvait que faire subir des pertes sensibles à l’effectif du corps expéditionnaire. Il fallait pouvoir y apporter de sages restrictions, et c’est autant pour atténuer les effets des influences débilitantes du climat, que comme prophylactique, que j’ai réclamé à l'autorité militaire et obtenu de l’administration, la distribution journalière d’une ration de vin de quinquina à tous les hommes dans chaque corps de troupes. Dans la marine on donnait du vin quininé, qui n’était pris généralement qu’avec une grande répugnance à cause de son amertume, tandis que dans l’armée, tous, officiers et soldats, recherchaient avec empressement la préparation hygiénique qui leur était distribuée, et les rapports de tous les médecins des corps de troupes sont unanimes pour déclarer que l'adoption de cette mesure a produit les meilleurs résultats.

III. Diarrhée. — Les diarrhées sont, après les fièvres paludéennes et avec la dyssenterie, les affections les plus communes en Cochinchine. Comme ces dernières, elles y sont endémiques et doivent être considérées comme une variété des manifestations de l’infection miasmatique.

La plupart, en effet, des hommes du corps expéditionnaire en ont éprouvé les atteintes. Tantôt simple et précédant le plus souvent, le cortège des symptômes appartenant à une

affection plus grave, tantôt se développant dans le cours de cette dernière, ou pendant la convalescence des nombreux fébricitants, la diarrhée a fourni le dixième des entrées à l’hôpital.

Quelquefois avec coliques, elle se caractérisait surtout par des selles abondantes et d’une couleur blanchâtre ou verdâtre. Rarement elle était accompagnée de nausées ou de vomissements.

Dans le courant des mois de mai et de juin, les médecins des corps m’ont signalé la présence assez fréquente & helminthes dans les déjections. On a noté particulièrement le ténia et les ascarides lombricoïdes. M. Sifflet seul m’a cité plusieurs cas dans lesquels il pensait avoir constaté le distome hétérophiye , signalé déjà en Egypte dans l’intestin grêle de l’homme. Ce -ver était plat et long de quelques centimètres. Chez un homme, son existence s’est manifestée avec de la fièvre et tous les symptômes d’une monomanie suicide.

Tout en tenant compte de l’action du climat et de l’état de profonde débilitation dont la constitution était promptement atteinte après quelques mois de séjour en Cochinchine, il est permis d’admettre que le développement de cette helminthiase était favorisé par l’ingestion des fruits savoureux tels que ananas, mangues, mangoustans, bananes, etc., dont certains hommes faisaient un usage immodéré. Nous avions, du reste, déjà observé une véritable diathèse vermineuse en Chine l’année précédente et à l’époque de la saison des fruits.

RELATION MÉDiCO-CIURUROlCALE

Quoi qu’il en soit de cette explication étiologique, les anthelminthiques, l’écorce fraîche de racine de grenadier particulièrement, que l’on pouvait se procurer très-facilement sur les lieux, onttoujours été employés avec efficacité.

Selon la nature de la diarrhée, le traitement a consisté dans le régime, les astringents, le ratanhia et le sous-nitrate de bismuth, l’ipéca et le calomel (dans les cas de complication vermineuse), et, enfin, le quinquina et les préparations ferrugineuses.

A propos des moyens thérapeutiques mis en usage contre la diarrhée, j’ajouterai que l’on a aussi retiré de bons avantages de l’emploi de l’extrait du brou de mangoustan (gar* cinictmangostana, delà famille des guttifères) . U’après les indications qui m’avaient été fournies par un phartnacien portugais, M. Silva, à notre passage à Hong-Kong, j’avais été encouragé à faire l’essai de cette préparation.

L’extrait de mangoustan a toutes les propriétés physiques et chimiques des produits végétaux astringents. Il me paraît avoir, dans le traitement delà diarrhée, la même action que l’extrait de ratanhia. Il est moins efficace dans la dyssenterie.

Qu’il me soit permis de remercier ici M. Lespiau pour le zèle et l’observation attentive qu’il a apportés en cette circonstance, en se livrant aux expériences que je lui avais indiquées. Je me fais un devoir de reproduire textuellement le rapport qu’il m/en a adressé :

Ie Manière dont le médicament a été employé . — L’extrait avait été préparé à la pharmacie de l’hôpital militaire de Cho-

DE LA CAMPAGNE DE COCHINCHINE EN 1861-62^ 7f

quan (1), et deux préparations pharmaceutiques étaient à ma disposition: un extrait mou et un extrait solide, L'extrait mou avait une couleur brune comparable à celle du chocolat ; il adhérait à la baguette de verre avec laquelle on le remuait et il présentait beaucoup d'élasticité. L’extrait sec était brun et cassant. Ces deux extraits ont été dissous dans de l’eau, de manière que la solution contenait en poids un dixième d’extrait. Ce procédé, employé dan^ les hôpitaux pour les médicaments qui peuvent être administrés à un.dé? cigramme près sans inconvénients pour la santé, facilite les manipulations pharmaceutiques. En effet, une mesure contenant dix grammes de la solution et par conséquent un gramme de la substance en solution, permet de remplacer dans l’officine le dosage au poids par le dosage au volume. Cette manipulation pharmaceutique m’a permis de comparer l’aspect de la solution d'extrait sec de brou de mangoustan avec l’aspect des solutions d’extrait de cachou et de ratanhia obtenues dans les mêmes conditions.

La solution de l'extrait de brou de mangoustan a une couleur qui ressemble à celle du chocolat, tandis que la solution d'extrait de cachou est plus foncée et que la couleur de la solution d’extrait de ratanhia est d’un rouge brun. La solution au dixième d’extrait de brou de mangoustan a une saveur moins âpre que les deux autres solutions et elle laisse après son ingestion la sensation que produisent les liquides astringents.

(1) Par M. Strohl, pharmacien aide-major.

RELATION ilÉDIOHCHlRURGlCALE

J ai employé pendant mes expériences l’extrait de brou de mangoustan à l’exclusion de tout autre médicament. Cet extrait a été incorporé dans des potions et dans des tisanes édulcorées qui en ont rendu l’ingestion agréable.

2° Effets obtenus suivant les doses employées. — L’extrait mou, employé à une dose moindre que 16 grammes dans les vingt-quatre heures, et l’extrait sec, employé à une dose moindre que 9 grammes, n’ont produit aucun effet.

Huit observations indiquent les bons résultats obtenus en augmentant ces doses ; ces observations présentent les résultats suivants :

A. Trois diarrhées aiguës ont cédé sous l’influence l’une de 16 grammes, les deux autres de 30 grammes d’extrait mou par jour, administrés pendant 4 et 5 jours. Une diarrhée chronique a cédé à l’emploi de 50 grammes d’extrait mou par jour, administré pendant six jours.

B. Trois diarrhées aiguës ont été guéries au moyen de 9 à 15 grammes d’extrait sec par jour, administrés pendant 5 ou 6 jours. Une diarrhée chronique a cédé à l’emploi de 20 grammes d’extrait sec par jour employés pendant 8 jours.

C. Des coliques existaient chez deux diarrhéiques traités l’un par l’extrait mou, l’autre par l’extraft sec ; elles ont disparu après la première journée de médication.

Les bons effets que j’obtenais au moyen de l’extrait de brou de mangoustan dans la diarrhée, m’enhardirent à essayer cette drogue dans la dyssenterie ; mais l’effet a été négatif chez les deux malades soumis à l’expérience. J’ai re-

couru, après sept jours de traitement infructueux par l’extrait de brou de mangoustan, à la poudre d’ipécacuanha à doses réfractées, poudre qui m’a donné des résultats satisfaisants du jour au lendemain,

3° Conclusions . — L'extrait aqueux de brou de mangoustan doit être rangé dans la catégorie des médicaments astringents. Cet extrait possède à l’état sec une propriété deux fois plus astringente qu’à l’état mou.

La propriété astringente de l’extrait de brou de mangoustan est moins forte que celle des extraits de ratanhia et de cachou. La dose la moins élevée de l’extrait sec doit être de 9 grammes et la dose ordinaire de 12 grammes, incorporés dans des tisanes édulcorées et dans des potions gommeuses. Le mangoustan, indigène dans les pays équatoriaux, réunit par conséquent dans ces contrées la propriété astringente et tonique du brou à l’agréable saveur du fruit.

L’extrait de brou de mangoustan ne réussit pas dans la dyssenterie.

IV. Dyssenterie, — Moins fréquente que la diarrhée, la dyssenterie n’en est pas moins très-commune en Cochinchine; elle a motivé un chiffre égal d’entrées à l’hôpital. Mais il faut bien noter que beaucoup de diarrhéiques ont été traités à leurs corps, et que l’envoi à l’hôpital n’avait lieu que dans les cas de diarrhée opiniâtre ou trop intense pour céder aux moyens les plus simples dont disposent les infirmeries régimentaires.

La dyssenterie n’a pas toujours été précédée de la diar-

rhée, qui en marque habituellement le début. Quelquefois elle s’est manifestée subitement chez des hommes déjà débilités par une maladie anterieure, ou chez des malades en traitement pour une affection externe, des vénériens entre autres. Et dans ce cas sa gravité s’est montrée en rapport avec l’acuité et la marche insidieuse des symptômes.

La forme la plus meurtrière a été la dyssenterie hémorrhagique. Elle offrait également plus de gravité quand elle se compliquait de quelques-uns des symptômes de la fièvre algide ou cholériforme.

Tous les médecins ont observé qu’en général les malades n’accusaient point ou peu de ténesme, surtout dans l’état chronique, qui était le plus ordinaire.

Le traitement qui a le mieux réussi dans les cas aigus est celui par l’ipéca., administré en potion dite à la brésilienne (4 grammes pour 250 grammes d’eau) et continué à doses fractionnées par cuillerée d’heure en heure pendant trois ou quatre jours. Puis on passait aux autres moyens, le sousnitrate de bismuth, le ratanhia, les pilules de Segond, etc. Les cataplasmes émollients laudanisés sur l’abdomen, et les lavements amylacés opiacés étaient employés avec avantage pour calmer les douleurs et l’anxiété locale dans la période aiguë.

Le régime observé était doux et modéré, il consistait en bouillons, en potages au riz et en boissons albumineuses ou décoctions de riz gommeuses.

Comme pour la diarrhée, quand ces moyens étaient insuffisants et que la dyssenterie se montrait opiniâtre et re-

belle à tout traitement, la seule ressource qu'il restait à employer était le changement de climat ; les malades alors étaient évacués sur Macao ou rapatriés.

La terminaison a été funeste proportionnellement dans un grand nombre de cas, 39 décès sur 250 malades ou 1 sur 6,5. La mort avait lieu généralement dans l’état de marasme le plus complet.

Dans plusieurs cas on a signalé des complications du côté du foie (congestion ou engorgement) .

Y. Colique sèche ou végétale. ■ — Tandis que cette affection a été assez fréquemment observée chez les marins, particulièrement à bord des bâtiments en rade, elle ne s’est montrée que fort rarement parmi les troupes à terre. Six cas seulement m’ont été signalés par les médecins de l’ambu» lance, trois en mars et trois en avril, et encore ils n’ont paru offrir que les symptômes de la forme légère ou de la première période de l’affection : douleur vive dans l’abdomen, avec constipation opiniâtre persistante. Deux des malades ont éprouvé en même temps des vomissements de matières bilieuses ou saburrales. Mais chez tous le mal a promptement cédé (en moins de 48 heures) à la médication mise en usage, calmants (opium et belladone) et révulsifs au début, purgatifs (huiles de ricin et de croton tiglium) ensuite.

Il me serait donc difficile de tirer quelques conséquences de ces faits isolés et incomplets. Je me bornerai seulement, en les rapprochant des cas plus nombreux et plus graves . qui existaient alors aux ambulances de la marine, à faire remarquer que cette affection s’est manifestée surtout à l’épo-

RELATION MÉDiCO-CHIRl'RGICALE

que la plus orageuse de Tannée, pendant laquelle les propriétés de l’atmosphère (chaleur, humidité et tension électrique) ont atteint leur maximum d’intensité et éprouvé les plus grandes perturbations.

Or, si Ton fait également la remarque que les hommes (militaires et coolies chinois) qui en ont ressenti les atteintes se trouvaient, pendant l’expédition, dans des conditions toutes favorables d’impressionnabilité à ces influences météorologiques, en raison des fatigues et des travaux pénibles plus nombreux, et de l’anéantissement plus grand des forces nerveuses qui en est la conséquence , il ne sera pas nécessaire de faire intervenir un élément étranger, inconnu dans son essence, pour expliquer le développement de cette névrose.

L’influence climatologique me paraît suffire pour en déterminer la brusque apparition à la suite d’un simple refroidissement ; et, si le système nerveux abdominal en est le siège de préférence, rien n’empêche d 'admettre que c’est en raison de la suractivité fonctionnelle des viscères de l’abdomen sous des latitudes tropicales.

Mais je m’arrête à ces simples hypothèses et je répète qu’il aurait fallu un plus grand nombre de faits, et mieux caractérisés, pour étudier plus complètement cette question de l’étiologie de la colique sèche, qui est encore aujourd’hui l’objet de vives controverses dans le corps de santé de la marine.

VI. Choléra. — Epidémies locales de Saigon et de Mytho. — Après l’élément palustre, l’influence morbide qui do-

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mine la constitution médicale en Cochinchine est Je principe cholérigène.

Les considérations qui précèdent ont permis déjà de faire remarquer quelle imprime un certain degré de gravité à toutes les manifestations endémiques, diarrhée (cholérine), fièvre paludéenne (fièvre pernicieuse cholériforme), dyssenterie (variété cholériforme); mais, en dehors de ces complications, il est bien constaté qu’on y rencontre en toutes saisons des cas isolés de choléra confirmé, qui, par la combinaison de diverses circonstances, tendent à devenir plus nombreux, à se généraliser avec une mortalité des plus désastreuses.

C’est donc avec raison que l’on considère le choléra comme endémique en Cochinchine aussi bien que dans l’Inde. Cela étant admis, il devient plus facile, sans faire intervenir des causes d’importation et de propagation , d’expliquer à quelles influences particulières il faut attribuer les poussées épidémiques locales qui y éclatent fréquemment, comme on a eu à le remarquer pendant la campagne de 1861.

Le principe cholérigène peut rester longtemps encore inconnu dans son essence, mais il est acquis à l’observation qu’il est surtout favorisé dans son développement par cer- ! taines conditions topographiques et météorologiques qui sont propres à la basse Cochinchine et qu’il est puissamment aidé dans son action par toutes les causes anti-hygiéniques.

Ainsi c’est à la fin de la saison sèche, la plus chaude, à l;époque de transition de cette saison à l’hivernage, par une • température constamment lourde et orageuse, en février,

mars et avril, que l’influence cholérique a été le plus intense et que se sont déclarées les constitutions épidémiques de cette nature qui ont régné à Saigon et à Mytho. Or, c’est dans cette saison que le dessèchement des terres basses et marécageuses , et que la décomposition des détritus organiques qui en recouvrent la surface, atteignent leur complet développement. Voilà donc une des conditions les plus favorables à la génération des miasmes. Que l’on remarque ensuite que cette époque a été celle des opérations militaires, pour lesquelles les troupes ont eu à supporter le plus de fatigues, de travaux pénibles et de marches multipliées ; que ces travaux ont été souvent exécutés par des journées d’une température lourde, suffocante, à laquelle succédaient des changements brusques, quand des orages avaient éclaté au loin ; que des écarts d’hygiène, sous le rapport des abris et du régime, étaient inévitables dans les conditions exceptionnelles ou expéditionnaient les troupes, et il devient facile de comprendre par quel concours d’influences débilitantes la maladie, qui avait déjà manifesté son incubation par de nombreuses cholérines et par quelques cas isolés de choléra sur les navires en rivière, a pu prendre brusquement des proportions épidémiques.

Epidémie de Saigon. — Dans la province de Saigon, le fléau épidémique n’a sévi que sur la marine et particulièrement sur son ambulance de Cboquan. Ainsi, tandis que l’on comptait, du 9 février au 13 mars, 15 cas de choléra confirmé sur les bâtiments en rade et 55 cas à l’ambulance maritime, les ambulances de l’armée à Kio-ha, à Phu-yen-

mot et à Choqtian, n’ont enregistré que 7 cas en février et 17 en mars; et ces cas isolés, témoignages incontestables de l’ influence régnante, manquaient de ce caractère de généralité qui est le propre des épidémies et qui a été observé à l’ambulance de la marine.

Si les troupes de la guerre et notre établissement de Choquan, placé dans les mêmes conditions que celui de la marine, ont joui relativement d’une sorte d’immunité, c’est d’une part parce que le chiffre de nos malades et blessés (1 A5) était moins considérable à la même époque et qu’ils étaient plus spacieusement installés que ceux de l’ambulance maritime ou l’encombrement avait été- tout à coup produit par une grande agglomération de malades, 150, et de blessés, 120, à la suite des combats de Kio-ha ; que d’ailleurs, dans toutes les conditions de la vie en campagne, nos soldats nous ont paru plus familiarisés avec l'application des lois de l’hygiène que les marins qui, à terre, se trouvaient déplacés du milieu de leurs habitudes, et en rivière étaient en outre spécialement employés aux plus rudes travaux, tels que la destruction des estacades. On verra plus loin, à l’occasion de l’expédition de Mythe, que c’est sur eux aussi qu’ont agi avec le plus d’intensité les causes débilitantes.

Dans les cas sporadiques observés et traités dans nos ambulances de la province de Saigon, l’invasion a été quelquefois brusque, mais généralement elle a été précédée de la diarrhée prémonitoire. Les selles changeaient alors de nature, devenaient blanchâtres, s’accompagnaient de nausées, de vomissements et du cortège plus ou moins complet des

symptômes qui caractérisent le choléra, depuis la forme la plus légère (cholérine) jusqu’à la manifestation aiguë la plus grave (choléra algide).

La mort a été la terminaison, dans plus du tiers des cas : elle a eu lieu plus fréquemment dans la période d’algidité avant toute réaction, et l’on a remarqué que celle-ci s’opérait en général difficilement et d’une manière incomplète, dans les cas bien confirmés. C’est alors que le sulfate de quinine à doses modérées, 5 décigrammes le matin et le soir, quand il était supporté, a pu rendre d’incontestables services, en régularisant l’action nerveuse, et en lui fournissant une excitation suffisante pour surmonter le mal. Dans la période algide, au contraire, le sel quinique a toujours été employé sans succès, même quand il n’était pas rejeté par les vomissements et les déjections. Les médecins ont trouvé en lui un guide sûr pour le diagnostic, dans cette contrée où les fièvres pernicieuses algides sont fréquentes, toutes les fois qu’ils manquaient de renseignements sur l’état antérieur des malades.

La thérapeutique a surtout consisté dans l’emploi des excitants généraux et des révulsifs, infusions chaudes de thé alcoolisées, potions éthérées et opiacées dans lesquelles on faisait entrer l’acétate d’ammoniaque ou simplement quelques gouttes d’ammoniaque (M. Hattute affirme avoir obtenu plus rapidement la diaphorèse avec cet alcali qu’avec le sel) ; sinapismes, lavements amylacés opiacés et vineux, frictions sèches longtemps continuées et emmaillottement dans des couvertures de laine.

de la campagne DE C0CH1NCHINE EN 1861-62. 81

Epidémie de Mylho. — Pendant le cours de l’expédition qui a eu pour résultat la prise de possession et l’occupation de cette ville, 1* ambulance des troupes, qui fonctionnait par des médecins militaires, a enregistré 86 cas de choléra asiatique du 6 au 27 avril, et l’ambulance de la marine installée à bord du Rhin, mouillé dans le Vaïco, en a compté 63 y compris 8 évacués de notre ambulance.

Les troupes qui formaient la colonne expéditionnaire, composées d’abord de deux compagnies de marins et d’un détachement de 30 soldats d’infanterie espagnole pour les premières opérations qui ont commencé le 27 mars, se renforcèrent, le 5 avril, de quatre compagnies d’infanterie de marine, deux compagnies de chasseurs à pied, deux compagnies de fusiliers marins , une batterie d’artillerie et une fraction de compagnie du génie, le tout constituant un effectif de 700 hommes environ. Avec un chirurgien de 2e classe de la marine, MM. Champenois et Guérin assurèrent le service de santé pendant la première période jusqu’au 14* A cette époque, d’après la nouvelle qu’un commencement d’épidémie avait éclaté parmi les troupes, je reçus l’ordre de rejoindre la colonne expéditionnaire, afin de venir en aide à nos dévoués collaborateurs, qui, malgré de rudes épreuves, n’en ont pas moins continué à remplir leur tâche avec un zèle et un dévouement au-dessus de tout éloge jusqu’au 28 avril, jour où l’ambulance fut remise aux médecins de la marine, alors que toute influence épidémique avait disparu. J’avais emmené avec moi un médecin aide-major,

M. Azaïs, et deux infirmiers et emporté une certaine quan

tité de médicaments, les plus indispensables, dont les cantines d’ambulance commençaient à être dépourvues par suite du plus grand nombre de malades qui y étaient alors en traitement.

Tableau par corps et par genre de maladies du mouvement des malades traités à V ambulance de la colonne expéditionnaire de Mytho, du 5 au 27 avril.

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