I/APPRÉCIATIOJ DU SERVICE MÉDICAL DIS HOPITAUX TURCS D'ÉVACUATMM
(CONSTANTINOPLE , GALLIPOLI, NiGABA IT VARNA).
Après avoir fait l'historiqne des faits médicaux et chirurgicaux qui se sont passés sur le théâtre de la guerre, le sol de la Crimée , je ressens l'impérieux besoin d'ajouter à mon œuvre cet appendice, destiné à rendre hommage et justice aux importants travaux des officiers de santé, qui ont été spécialement chargés des soins à donner aux malades et blessés, évacués de Crimée sur les hôpitaux de Constantinople et des autres villes turques; ces travaux peuvent être présentés sous trois de leurs aspects principaux : les hôpitaux en eux-mêmes; le personnel médical qui y a été employé ; les résultats obtenus par le service médical.
1° De nombreux hôpitaux ont dû successivement être créés à Constantinople et dans la Turquie, afin d'y abriter les tristes produits de notre grande guerre, à savoir :
Les hôpitaux de Péra 1500 à 2000 lits.
— de Dolma Batché 600 lits.
— d'Aoud-Pacha 1200 lits.
— de Gulhané 1Û00 lits.
— de Ramich Tiflick 1200 lits.
— du terrain de manœuvres. 600 lits.
— de TÉcole préparatoire . . 600 lits.
— de l'École militaire H 00 lits (réduits à 500
par l'incendie).
— de Maltepé AOO lits.
Les hôpitaux de Maslak. 500 lits.
— de Candijié 250 lits.
— de l'ambassade russe • . . 200 lits.
— de Varna 500 lits.
— de Nagara. 500 lits.
— de Gallipoli 500 lits.
Beaucoup de ces établissements, médiocrement salubres en général , quant à leurs locaux , ont été fréquemment encombrés par suite des nécessités de la guerre, et malgré les précautions prises d'hygiène préventive et bien entendue, ils ont exercé une influence pernicieuse sur la santé de leurs trop nombreux habitants, en favorisant l'explosion de la pourriture d'hôpital et des maladies infectieuses. L'hôpital de Ramich - Tiflick a fourni un exemple d'exagération de cette situation fâcheuse, en raison de son insalubrité notoire; la mortalité, à l'époque des fortes secousses épidémiques, y a fait de nombreuses victimes et parmi les malades et parmi les médecins. Néanmoins il appert de nombreux rapports médicaux et autres, que les conditions d'une bonne et favorable hospitalisation ont été réalisées à toute époque de la campagne, dans nos hôpitaux d'évacuation, sous le rapport du matériel, sous celui de la gestion administrative et des détails du service des malades; même, lors de la plus grande intensité du typhus, nous voyons le général Espinasse constater, par un rapport officiellement demandé par l'Empereur, que les hôpitaux de Constantinople rivalisent, sous tous les points de vue, avec les hôpitaux de France. Ces considérations donneront une idée de l'étendue des besoins et des difficultés à surmonter, pour les satisfaire par un solide service médical.
appendice: a la relation. 483
2° Le personnel médical a presque toujours atteint un effectif de deux cents officiers de santé, employés aux hôpitaux de Turquie pendant la guerre ; et ce personnel était bien souvent insuffisant, et obligé de se multiplier; chaque médecin traitant était ordinairement chargé de la visite de 100 à 200 malades ou blessés; besogne écrasante^ la longue et fréquemment périlleuse. M. l'inspecteur Lévy a dirigé en chef le service médical de ce personnel, en même temps que celui de Crimée, jusqu'au mois d'avril 1855; MM Scoutetten d'abord, Morgues ensuite, et Thomas, plus tard, se sont succédés dans la direction des hôpitaux d'évacuation , après le départ de M. Lévy. Ce fut sur ce grand théâtre de pratique médicochirurgicale que fut envoyée, à tour de rôle, l'élite de nôtre médecine militaire : MM. Lustreman, Mounier, Champouillon, Chenu, Tholozan, Legouest, vinrent du Val-de-Grâce, réunir leur talent et leurs généreux efforts à ceux de leurs anciens camarades de l'enseignement, MM. Cazalas , Barby , Valette, et à ceux de nombreux praticiens distingués formés à l'école de guerre d'Algérie, MM. Salleron, Cambay, Maupin, Artigues, Garreau, Volage, Catteloup, Pastureau, Marmy, Durand, Tellier, etc. On conçoit quelle immense garantie scientifique a été fournie à l'armée d'Orient par cette pléiade d'officiers de santé éminents qui , aidés énergiquement par un personnel éprouvé de majors et d'aides-majors, n'ont pas cessé de donner des preuves de mérite, de zèle et de dévouement, en prodiguant aux malades les bienfaits de leur vaste expérience. Pendant l'accomplissement de cette tâche gigantesque, les épreuves les plus
affligeantes ne leur ont pas manqué ; car ils ont eu à traverser non-seulement les nombreux périls de l'encombrement, excessif parfois, résultat de nos évacuations fréquentes et lourdes de Crimée, mais encore ceux qui sont nés du passage continuel et du séjour prolongé, à Constantinoplc, des troupes envoyées de France et d'Algérie ; or, ces troupes étaient presque toujours imprégnées du principe cholérique : témoin l'invasion intense de choléra du camp de Maslak, à la fin de l'hiver de 1854 à 1855, pendant laquelle le corps de santé a fait encore quelques pertes regrettables,
3° On jugera des résultats de la situation médicale des hôpitaux turcs à tout moment de la campagne, par le tableau suivant de la répartition des malades qui, par ses chiffres bien mieux que par nos paroles, feront connaître les terribles obstacles , desquels l'ardeur incroyable et l'activité puissante des médecins des hôpitaux d'évacuation ont su triompher. Nous laisserons aux chefs médicaux, qui ont eu la mission de diriger le service de Constanlinople, le soin de compléter, par des observations plus détaillées, les particularités intéressantes de ce service, que j'ai eu sous ma direction pendant quelque temps au début de la guerre; je suis heureux que cette circonstance m'autorise à payer par un éloge public , mérité par la belle conduite des médecins des hôpitaux d'évacuation , une partie de la dette qui a été contractée à leur égard, pour les magnifiques services rendus par ce personnel.