IV. — Examen des organes extraits du cadavre de la
veuve de Panw.
Les organes sont contenus dans deux grands bocaux à blàt*ge ouverture, parfaitement bouchés et scellés.
L'un de ces bocaux renferme l'estomac et les intestins; U'âutre renferme les auti'es organes de la veuve de Pauw.
A l'ouverture oti constate un état remarquable de consèrv^ation de ces divers organes. En particulier le vase qui ren- ;ferme l'estomac et les intestins, ne présente presque aucune rôdeur et nul vestige de putréfaction. Celui qui renferme les autres organes présente un commencement d'altération mainifeste; des gaz méphitiques se dégagent et tuméfient les p^tganes, qui ont peine à rester contenus dans le bocal.
Nous nous empressons, en conséquence, de vider dans une llarge capsule de porcelaine, fort propre, le contenu du scellé 11* 2, et après plusieurs incisions, pratiquiM's en divers sens,
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dans la masse tuniéfiôc de ces organes, pour donner issue aux gaz, nous arrosons cette pulpe avec de l'alcool à 90 degrés très- pur, dnris lo but d'arrêter la (ermentalion déjà commencée et de s'oppofcr à toute altération ultérieure.
Nous avons procédé immédiatement aux recherches toxicologiques véritables. A cet effet^ nous avons divisé en deux parties à peu près égales, les divers organes du bocal n° 2. L'une de ces portions est mise en réserve pour les éventualités imprévues, et l'autre immédiatement mise en expérience.
Cette portion des organes, destinée à l'analyse et coupée en petits morceaux menus, à l'aide d'un scalpel neuf, est introduite dans une cornue, avec 200 grammes d'acide sulfurique pur et concentré. Celte cornue, munie d'une allonge et d'un ballon récipient convenablement refroidi, est chauffée au bain de sable, jusqu'à cessation absolue de tout dégagement de vapeurs. Il reste alors dans la cornue un charbon sec et friable, et l'on trouve dans lerécipient environ 800 grammes d'un liquide fort acide et d'une odeur vive d'acide sulfureux. L'examen du charbon est pratiqué de la manière suivante : extrait de la cornue à l'aide d'une baguette de verre, il est soigneusement réduit en poudre et introduit dans un ballon neuf avec 50 grammes d'acide azotique pur et concentré. Après une digestion prolongée au bain-marie, on ajoute 250 centigrammes d'eau distillée et l'on jette sur un filtre de papier Berzelius. Le filtre est lavé de nouveau à l'eau distillée, jusqu'à épuisement de toute matière soluble. On obtient de la sorte 600 grammes d'un liquide fort acide que l'on met à évaporer au bain-marie, presque jusqu'à siccité. Dans cet état, cette solution présente les caractères suivants :
Additionnée d'acide sultbydriquejusqu'à odeur persistante, elle ne donne naissance, même au bout de quarante heures, qu'à un léger dépôt de soufre, blanc jaunâtre, complètement insoluble dans l'eau et dans l'ammoniaque. Cette liqueur précipite abondamment par la potasse et
l'ammoniaque liquide. Ce précipité présente tous les caractères du phosphate calcaire mélangé d'un peu de magnésie et de fer. La présence de ce dernier métal s'accuse du reste trèsfacilement par le sulfhydrate d'ammoniaque, le prussiate jaune, l'infusion de noix de galle, le sulfo-cyanure de potassium, etc.
Introduite dans l'appareil de Marsh, cette liqueur ne donne lieu à aucun dépôt, ni dans le tube, ni sur les soucoupes.
Les recherches les plus multipliées auxquelles nous avons soumis ce liquide, ainsi que le résidu charbonneux lui-même, n'ont en résumé indiqué la présence d'aucun élément minéral toxique.
Nous en dirons autant du liquide distillé, provenant du traitement des organes par l'acide sulfurique. Ce liquide ne renferme aucun principe toxique, car il ne donne aucune réaction aux réactifs variés que l'on a fait agir sur lui.
11 résulte de ce premier examen des organes, qu'ils ne renferment aucun élément minéral toxique.
L'étal d'altération où ces organes se trouvent, ne permet guère d'espérer qu'une recherche chimique, en vue de découvrir un agent toxique végétal, puisse être couronnée de succès. Nous avons en conséquence réservé pour cette recherche délicate le contenu de l'autre scellé, c'est-à-dire l'estomac et les intestins, organes qui, ordinairement envahis les premiers par les agents toxiques administrés, en conservent aussi plus longtemps le dépôt et les traces.
L'estomac est examiné avec le plus grand soin.
Au moment où nous l'avons extrait du bocal qui le renferme, nous avons été frappés de son peu d'altération et de la couleur naturelle qu'il présente, tant à la partie interne qu'à sa partie externe. Le papier de tournesol mis en contact avec lui ne dénote aucune réaction alcaline appréciable, signe manifeste d'une conservation qui ne laisse pas d'être surprenante, après plus de quinze jours d'inhumation. Cette sorte
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de résistance à la décomposition s'observe fort souvent (et bien des traités de toxicologie le démontrent) lorsque les organes ont été mis en contact avec des substances antiseptiques et presque toujours vénéneuses, qui retardent la décomposition et quelquefois l'empêchent totalement.
Pareille observation a pu être faite sur toute la longueur du tube intestinal qui, malgré sa tendance si connue à la putréfaction, ne présente pour ainsi dire aucune trace d'altération ou de gonflement, et offre tous les caractères d'un organe sain et extrait d'un cadavre de la veille.
Quoi qu'il en soit des inductions que l'on peut tirer de cette immunité spéciale, nous avons divisé l'estomac en morceaUx aussi menus que possible, à l'aide de ciseaux fort propres, et nous avons introduit les débris dans de l'alcool à 95 degrés. Nous en avons fait autant de la moitié des intestins, et nous avons réuni dans le même ballon les morceaux coupés de ces deux organes. Après une digestion de vingt-quatre heures, dans un lieu chauffé à 30 degrés, et des agitations fréquentes, le contenu du ballon est jeté sur un filtre et la bouillie des organes arrosée à diverses reprises, jusqu'à épuisement, par des afiPusions successives d'alcool. On a réuni de k sorte environ 650 grammes d'un liquide alcoolique jaunâtre, qui a été mis immédiatement à évaporer au bain-raarie, jusqu'à réduction à l'étal d'extrait mou.
Cet extrait est versé, encore chaud, dans une petite capsule de verre^ que nous nous empressons de recouvrir d'un papier parchemin, collé sur les bords et que nous étiquetons : « A. ^ — Extrait provenant du traitement alcoolique de l'esto- » mac et de la moitié des intestins de la veuve de Pauw. »
Le résidu insoluble du traitement alcoolique, resté sur le filtre, est traité par 250 grammes d'eau distillée bouillante, laissé en digestion au bain-marie pendant vingt-quatre heures^ puis jeté de nouveau sur un fdtre, où il est lavé avec 250 grammes d'eau distilléie tièd'C. Les liquides filtrés sont
soumis à une évaporation ménagée et amenés jusqu'en consistance d'extrait mou. Cet extrait est introduit à son tour dans une petite capsule de verre, où il est recouvert de papier parchemin, collé sur les bords et étiqueté : « B. — Extrait » provenant du traitement par l'eau distillée chaude, de l'es- » tomac et de la moitié des intestins de la veuve de Pauw. »
Le résidu insoluble de ces deux traitements successifs, est finalement introduit avec 200 grammes d'acide sulfiirique, pur et concentré, dans une cornue de verre, munie de son allonge et d'un récipient, également de verre. Le feu est dirigé de telle sorte, qu'après trois heures de chauffe, il ne reste plus dans la cornue qu'un charbon sec et friable, et que le récipient renferme environ 520 grammes d'bn liquide légèrement coloré, à odeur d'acide sulfureux, et surnagé par quelques gouttes de matière goudronneuse empyreumatique. Ce liquide, distillé et mis à évaporer dans une capsule de platine, ne laisse aucun résidu métallique. Traité par les réactifs ordinaires des substances minérales, tels qu'acide sulfhydrique, prussiate jaune de potasse, etc., il n'a fourni" aucun dépôt métallique, même après vingt-quatre heures de digestion. Diverses opérations successives nous ont démontré qu'il ne renferme qu'un peu d'acide sulfureux, de l'acidesulfuriqiie pi-ôveriant du réactif lui-même employé pour la carbonisation, et un peu de matière goudronneuse, commune à tolite décoraposion des matières animales en pareilles circonstances.
Le résidu charbonneux de la cornue est pulvérisé finement et mis en digestion pendant quatre heures, avec de l'acide azotique pur et concentré. Au bout de ce temps, on ajoute 250 grammes d'eau distillée chaude, et l'on procède à la Ifiltration sur un papier Rerzelius. F^e liquide qui s'écoule fd'abord, réuni aux eaux de lavage, est évaporé an bain-marie, ijusqu'à disparition presque complète de toute vapeur acide. lÉtendu ensuite d'un peu d'eau distillée et filtré de nouveau.
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ce liquide laisse un petit résidu insoluble, compose exclusivement de phosphate de cliaux et de magnésie, et présente lui-même les réactions suivantes :
Traité par Tacide sulthydrique , jusqu'à persistance de l'odeur de cet acide, ce liquide n'a donné lieu qu'à un léger dépôt de soufre.
Traité par le sulfhydrate d'ammoniaque ou le sulfure de sodium, il donne un précipité abondant de couleur grise noirâtre, et qu'un examen attentif nous a montré formé d'un mélange de sulfure de fer et phosphate de chaux.
Le prussiate jaune donne naissance à un abondant précipité de bleu de Prusse, d'une couleur très-pure.
L'ammoniaque et la potasse donnent naissance à un volumineux précipité renfermant du phosphate de chaux, de fer et de la magnésie. Nous y avons même trouvé quelques traces d'alumine.
L'iodure de potassium ne donne lieu à aucun précipité, mais seulement à une légère coloration, due à la présence de l'acide azotique.
Ce liquide introduit dans un appareil de Marsh ne fournit aucune tache ni anneau, malgré un fonctionnement régulier de trois quarts d'heure.
De ces faits il résulte que les intestins et l'estomac ne renferment d'autre substance spécialement métallique que le fer, normalement et abondamment répandu dans tous ces organes.