‹ Relation médico-légale de l'affaire Couty de la PommeraisChapitre 7 sur 12 · V. — Examen da parquet de la chambre où a snccombë · texte numérisé non relu

V. — Examen da parquet de la chambre où a snccombë

la veuve de Pauw.

Ce scellé, renfermé dans une toile grossière, est soigneusement cacheté, etles cachets reconnus d'une parfaite intégrité. Une étiquette signée de M. le juge d'instruction de Conet, porte l'indication suivante : « Scelle n° 3. Affaire Couty de

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» la Pommerais, procès- verbal du 12 décembre 1863. — » 23 feuilles depaniuet et petits morceaux, le tout prove- » nant de l'enlèvement de 11 planches du parquet de la » chambre à c(»ucher de madame veuve de Pauw. »

Un autre scellé se rapporte trop intimement à celui-ci pour pouvoir en être séparé. Il consiste en un petit paquet étiqueté de la manière suivante : « Affaire Gouly delà Pom- » nierais, scellé n° 1, procès-verbal du 12 décembre 1863. — » Concrétions grattées par l'expert à la surface du parquetet » à l'endroit même où les vomissements sont tombés. » M. le juge d'instruction de Gonet a signé.

Nous avons procédé à l'examen de ces deux scellés de la manière suivante : Les feuilles du parquet ont été divisées en deux parties égales, dont l'une est immédiatement mise de côté et étiqueté : « planches non examinées par les experts. » L'autre portion, composée de 12 feuilles, est immédiatemeut soumise à un grattage méthodique^ mais peu profond. La surface de chacune de ces planches est raclée avec une lame de fer fort propre ; les portions de matière détachée sont reçues sur une feuille de papier blanc et immédiatement introduites dans un ballon contenant un demi-litre d'alcool à 95 degrés très- pur.

C'est principalement dans l'intervalle qui sépare deux feuillets du parquet que s'accurnulent ordinairement les impuretés et souillures de toute sorte qui viennent à tomber. Ces concrétions, dont plusieurs sont encore humides, sont soigneusement et profondément détachées des deux côtés de chacune de ces planches, et réunies dans le ballon au produit du grattage superficiel, lequel est beaucoup moins abondant. Nous devons faire observer que la surface du parquet portant des traces non équivoques de cire, nous avons évité, dans la crainte d'introduire dans nos solutions trop de matières étrangères, de gratter très-profondément cette surface.

Cette opération du grattage terminée et toutes les raclures

30 A. TAHDIBU lîT Z, UOUSSIN.

introduites dans le ballon, les 12 planches ont été rattachées par des cordes et étiquetées : « planches expertisées par les » experts Tardieuet Roussi n. ■»

Ce second paquet, réuni au premier, est de nouveau introduit dans la toile grossière qui les recouvrait à l'origine et le tout est soigneusement attaché.

Le contenu du scellé n° 1 est égale(nent versé dans le ballon, renfermant l'alcool à 95 degrés.

La bouillie grisâtre qui résulte du mélange de ces matières grattées et de l'alcool à 95 degrés, est laissée en macération pendant vingt-quatre heures, à une température de 25 degrés environ, et agitée fréquemment pour favoriser la solution de tout ce qui serait soluble. Au bout de ce temps, le contenu entier du ballon estjeté sur un filtre de papier Berzelius. Lorsque l'écoulement est arrêté, on arrose le résidu insoluble d'une nouvelle dose d'alcool, et l'on continue de la sorte l'épuisement de la matière, tant que le liquide présente une saveur et une couleur manifestes. On réunit tous ces liquides alcooliques qui présentent une teinte assez foncée, d'une nuance ambrée, et l'on procède à leur évaporation au bainmarie,en s'entourant de toutes les précautions ordinaires pour qu'aucune matière étrangère ne puisse envahir la capsule de porcelaine qui les renferme. Lorsque le liquide est aux trois quarts évaporé, on l'introduit dans une capsule plus petite, où l'évaporation se termine sous le plus petit volume. L'extrait' qui en résulte est assez abondant; il pèse 16^', 50, et présente les caractères suivants : couleur brune, odeur spéciale légèrement rance et huileuse, saveur très-amère. Il ne laisse aucun résidu métallique après son incinération. Il précipite trèsabondamment par l'acide tannique, se colore en ronge pourpre par l'acide sulfurique et en vert par l'acide chlorhydrique.

Un essai de purification par la dialyse n'a donné aucun bon résultat.

Cet extrait est déposé dans une petite capsule de verre

EMPOISONNEMENT PAU LA DIGITALINE. 3i

recouverte d'un papier parchemin collé sur les bords et éliquelé : « Extrait 0 provenant du traitement alcoolique des » matières grattées à la surface et dans les interstices du plan- » cher de la veuve de Pauw (partie souillée par les voraisse- » ments). »

Le résidu insoluble dans l'alcool renferfiie, outre quei(jues substances terreuses et organiques diverses, telles que débris de bois, fibres de coton et de papier, etc., une certaine quantité de mastic analogue à celui dont les vitriers font usage. Ce mastic est plus particulièrement accumulé au fond des fissures qu'il a été destiné à remplir.

Disons tout de suite quelques mots d'un autre scellé recueilli dans la chambre occupée par la veuve de Pauw et qui est désigné sous le nom de scellé n° 2. Il consiste en un petit paquet de papier étiqueté : « Scellé 2. Affaire Couty » de la Pommerais. Procès-verbal du 12 décembre 1863. » — Lambeau de linge trouvé par M. le juge d'instruction, » présence de M. le substitut et de l'expert, sur l'appui •) de la feuêtre, mais dans l'intérieur de la chambre à cou- ■ » cher de madame veuve de Pauw. »

Ce scellé consiste en un lambeau de toile grossière de ;30 centimètres de long sur 20 centimètres de large. Ce tissu (est déchiré en plusieurs eiidroits et recouvert de quelques [Haches, les unes noires, les autres vertes, les dernières jauiTiâjtres. L'examen le plus attentif n'a pas permis d'y constater La plus légère trace d'une substance toxique minérale ou végétale.

I Dans le but de contrôler les résultats fournis par les expéliriences précédentes, il était Tiécessaire de soumettre à un liraitement analogue les matières qui se trouveraient dans la MKH'tion du parquet non atteinte par les vornissements. C'est hians ce but que le scellé suivant nous a été remis. Ce scellé loonsiste en un petit paquet de papier blanc portant l'étiquette kivante : « Procès-verbal du 29 décembre 1863. — Matières

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» grattées à la surface du parquet occupé par madame de » Pauw et dans la partie occupée par le lit, c'est-à-dire à » l'abri des vomissements. »

Ces matières consistent en produits terreux et quelques copeaux de bois ; mises immédiatement à digérer dans l'alcool à 95 degrés, elles ont, après un repos de vingt-quatre heures et une filtration régulière, fourni un liquide jaune ambré, mais d'une intensité bien moindre que le précédent. Évaporé en consistance d'extrait mou, il a laissé une masse assez colorée, d'un aspect huileux fort analogue à l'extrait 0, mais ne présentant presque aucune amertume. Cet extrait ne laisse aucun résidu métallique après son incinération. 11 ne précipite pas par l'acide tannique et se colore faiblement par les acides sulfurique et chlorhydrique. Les teintes communiquées par ces deax acides n'ont, du reste, aucune analogie avec celles qui se développent lorsqu'on agit sur l'extrait 0.

Cet extrait est mis dans une petite capsule de verre et étiqueté : « Extrait P provenant du traitement alcoolique » des matières grattées à la surface du parquet de la veuve » de Pauw, dans la partie occupée par le lit et tout à fait à » l'abri des vomissements. »

Cet extrait sera examiné plus lard avec le précédent.

Le résidu insoluble dans l'alcool à 95 degrés renferme, comme dans le cas précédent, outre des substances terreuses et des débris organiques de toutes sortes, tels que bois, coton, papier, etc., une notable (juantité de mastic semblable à celui que nous avons déjà signalé.

L'inculpé affirme que le logement de madame veuve de Pauw a servi antérieurement de laboratoire et de cabinet de travail à un photographe de profession. M. le juge d'instruction nous a immédiatement transmis ce détail, en nous priant d'en tenir compte dans nos expériences et d'en discuter la valeur dans notre rapport.

Nous ferons observer tout d'abord que le parquet de la

chambre à coucher ne présente presque aucune tache noirâtre profonde et telle qu'en forment le nitrate d'argent et les sels d'or employés dans la photographie. L'examen le plus superficiel porte à croire qu'il a été peu ou point pratiqué d'opérations photographiques dans le logement.

Les substances chimiques employées généralement par les photographes sont les suivantes (nous donnons à dessein une longue liste) : azotate d'argent, chlorure d'or , cyanure de potassium, acides gallique et pyrogallique, hyposulfite de soude, sublimé corrosif, sulfate de fer, acide acétique, iodure et bromure de potassium, iodure et bromure de cadmium, collodion.

Or, parmi ces produits, les acides gallique, pyrogallique, acétique, le sulfate de fer, l'hyposulfite de soude, le collodion, les iodures et bromures de potassium et de cadmium ne sont pas vénéneux à dose assez notable.

L'azotate d'argent et le chlorure d'or tombant sur un parquet de bois sont très-rapidement décomposés et ramenés à un état insoluble et inoffensif.

Le cyanure de potassium, poison fort énergique, se décorapose rapidement en solution, même dans un flacon bien bouché, et, à plus forte raison, lorsqu'il tombe sur un parquet de bois. Dans ce dernier cas, il est hors de doute qu'après quelques jours il n'en reste plus trace, et qu'il se trouve transformé complètement en carbonate de potasse, agent fort inofîensif.

Le sublimé corrosif se décompose plus difficilement et résisterait davantage à l'altération, encore bien que cette dernière ne dût pas tarder à s'accomplir sous l'influence de la matière organique, qui ramènerait le sel à l'état de protochlorure de mercure insoluble. Les experts se sont assurés avec le plus grand soin de l'absence absolue du mercure dans les matières grattées sur le parquet, et ils peuvent affirmer qu'il n'existe pas trace, dans le plancher, de ce métal toxique.

3ft A. TARDIKU ET Z. ttODSSlN.

La solution alcoolique qui a fourni l'extrait 0, ne contient pas trace d'un seul composé minéral et, par conséquent, ne peut donner le plus léger indice d'un sel mercuriei.

Il ressort donc de ces observations et de ces expériences que le logement de la veuve de Pauw, eût-il précédemment été occupé par un photographe, ce qui paraît douteux, aucune des matières employées par ces industriels ne se retrouve dans l'extrait 0. Nous affirmons ce fait de la manière la plus certaine.

VI. — Ëxposë des expériences physiologiques pratiquées sur des animaux ù l'aide des extraits obtenus ainsi qu'il a été dit précédemment.

L'analyse chimique, qui fournit des résultats certains dans les recherclres des poisons minéraux et des substances vénéneuses, végétales, cristallisables et bien définies, ne permet pas toujours d'isoler le principe actif de certains poisons extraits des végétaux, dont l'énergie est cepen;lant irès-redoutable.

Les expériences sur les animaux vivants peuvent seules alors révéler leurs terribles effets, et nous n'avons pas manqué d'y recourir dans le cas particulier qui nous était soumis. Nous avons donc institué une série d'expériences destinées à nous faire connaître si quelques-unes des substances vénéneuses de la nature de celles dont nous venons de parler, n'était pas contenue dans les produits que nous avions obtenus dans le cours des analyses dont nous avons précédemment rendu compte et qui provenaient, il ne faut pas l'oublier, soit de la matière des vomissements de la dame de Pauw, soit des organes extraits de son cadavre (1).

(1) Quelques mots suffiront pour expliquer : ^° la méthode que nous avons employée pour l'extraction du poison; 2° l'importance cousidcrablc que nous avons dû attribuer aux phénomènes physiologiques.

L'absence bien constatée de tout poison minéral dans les organes de

Quatre extraits ont dù ainsi être essayés sur les animaux :

1° L'extrait 0 provenant du traitement alcoolique des matières grattées à la surface et dnns les interstices du plancher de la veuve de Pauw (partie souillée par les vomissements);

2" L'extrait P provenant du traitement alcoolique des matières grattées à la surface du parquet de la veuve de Pauw dans la partie occupée par le lit et tout à lait à l'abri des vomissements ;

3° L'extrait A provenant du traitement alcoolique de l'estomac et de la moitié des intestins de la veuve de Pauw;

madame de Pauw, la nature et la violence caractéristique des symptômes qui out accompagné sa mort, ainsi que la consommation aussi extraordiuaire que peu justifiée d'une quantité énorme de digitaline, éveillèrent naturellement nos premiers soupçons. Sans nous astreindre à rechercher exclusivement cette substance, nous avons dû adopter un mode d'exlracliou et de concentration tel, qu'il pût nous mettre sûrement à l'abri de touJe déperdition ou altération de ce produit, si altérable de luimême. C'est donc avec intention et après de sérieuses réflexions, que nous avons exclu tout réactif chimique de cette recherche délicate, et que nous n'avons fait usage que d'un dissolvant unique, l'alcool pur à 9o degrés. Les solutions alcooliques, filtrées au papier Berzelius, ont été évaporées à la lempéialure douce d'un baio-marie, en consistance d'extrait mou, représentant ainsi, sous un très-petit volume, toute la substance toxique qui pouvait se trouver dans les matières suspectes, organes de madame de l'auw, ou vomissements recueillis sur le parquet de la chambre.

Ces extraits divers obtenus, il s'agissait avant tout de constater s'ils renfermaient un produit toxique. Or, les premiers essais pratiqués sur les animaux nous rendirent témoins de symptômes si frappants et d'une analogie si saisissante, tant avec ceux offerts par madame de Pauvy au moment de sa mort qu'avec ceux que la science a recueillis sur les empoisonnements par la digitale, que nous n'hésitâmes pas à entrer dans cette voie et à demander à la physiologie les lumières que la chimie seule ne pouvait nous fournir.

C'est ainsi que nous avons été amenés logiquement et scientifiquement à instituer nos expériences sur les animaux vivants. Pourquoi n'avons-nous pas cherché à isoler la digitaline elle-même et t à représenter ainsi le corps du délit?

Cette idée du corps du délit, en chimie légale, est naturelle et prati- ^que, lorsqu'il s'agit de corps tels que l'arsenic, le cuivre, le mercure, par

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L'extrait B provenant du traitement par l'eau distillée chaude de l'estomac et de la moitié des intestins de la veuve de Pauw.

Première expérience. ~ L'extrait 0 est d'abord rais en expérience de la manière suivante :

A une heure cinq minutes, un chien vigoureux, de taille moyenne et jouissant de la meilleure santé, est couché sur une table et maintenu par des aides pendant qu'on lui pratique, à la partie interne des cuisses, deux petites incisions

exemple. Ces substances sont des plus faciles à isoler, à l'état métallique; etTétat élémeutaire sous lequel ou arrive sans peine à les représenter, est aussi caractéristique que possible. Mais cette représentation du corps du délit n'est praticable que dans de très-rares circonstances. Qui pensera, dans un empoisonnement par le phosphore, à extraire des organes putréfiés les quelques atomes de cette substance qui peuvent y rester encore? Nous citerions vingt exemples semblables où la représentation des poisons eux-mêmes, tant minéraux que végétaux, est absolument impraticable. La digitaline est de ce nombre.

Substance toxique à la dose de quelques centigrammes, elle ne présente aucune propriété chimique spéciale qui permette sûrement de la reconnaître et de la caractériser. Soluble dans l'eau, dans l'alcool, dans l'éther, etc., incristallisablc, non volatile, dépourvue d'odeur, variable de couleur suivant sa pureté, d'une composition élémentaire très-douteuse, d'une purification aussi difficile qu'incertaine, inapte à entrer dans des combinaisons ou à produire des dédoublements caractérisés, ce produit semble créé pour déjouer les ressources de la science et prêter aux crirai-: nels une arme des plus redoutables. Lors même qu'il nous eût été possible d'isoler, dans un état satisfaisant de pureté, quelques centigrammes de cette substance, extraite des organes ou des vomissements, en face d'un résidu amorphe, colore, saus odeur ni réaction authentiques, nous n'aurions recueilli de cette extraction aucune lumière spéciale. Force eût été, pour nous éclairer, d'administrer ce produit à des animaux vivants.

Eu effet, si la digitaline n'offre que des réactions chimiques obscures, ses réactions physiologiques sont très-caractéristiques ; elle est l'un des principaux poisons du cœur, qu'elle affecte d'une manière spéciale et tue. Son véritable réactif n'est pas tel ou tel produit chimique, c'est le cœur d'un animal vivant.

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d'une longueur de 3 centimètres environ. Cinq grammes de l'extrait 0, exactement pesés, sont introduits dans ces incisions, que l'on s'empresse de réunir par quelques points de suture. Avant cette opération, les battements du cœur étaient de 110 par minute. Le chien, abandonné à lui-même, continue à se promener dans la pièce sans manifester de douleur ou d'appréhension. Au bout de trois quarts d'heure environ, il se couche et se met à lécher ses petites plaies. Vers trois heures et demie surviennent trois crises de vomissements ; l'animal rend successivement des matières glaireuses ainsi qu'un peu de bile, puis se recouche; son attitude est anxieuse et fort abattue. Le cœur n'indique plus que [)U pulsations ; ces dernières sont fort irrégulières et intermittentes; les battements, précipités et tumultueux pendant quelques secondes, cessent brusquement et s'accélèrent de nouveau quelques instants après. La respiration est plus précipitée qu'avant l'opération et légèrement intermittente. A quatre heures et demie, les battements du cœur tombent à 76 ; l'animal vomit de nouveau. A huit heures du soir, il est couché et considérablement abattu ; il se tient difficilement sur ses pattes; le moindre mouvement qu'on lui fait subir, lui paraît pénible et provoque un vomissement ou une tentative de vomissement. Le cœur indique 68 pulsations et présente les mêmes irrégularités précipitées et les mêmes intermittences que précédemment. Ces dernières sont plus énergiques et plus accentuées qu'à quatre heures et demie. A huit heures du matin, l'aninimal est presque froid; il paraît avoir conservé toute son intelligence, car il s'agite légèrement à notre voix et nous regarde encore. Les battements du cœur sont peu énergiques et leur nombre et tombé h 40 par minute. Leur irrégularité -et leur intermittence précipitée sont vraiment remarquables. A l'approche de la main, on constate sans peine, après un t temps de repos de quelques secondes, d'abord six ou sept Ibattemenls précipités, puis un moment d'arrêt absolu j les

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battements reprennent ensuite plus ou moins violents, mais toujours précipités et disparaissent subitement pour reprendre ensuite. La respiration est haute, précipitée et intermittente.

Ces symptômes se continuent jusqu'à onze heures, où l'animal expire presque sans agonie et paraissant avoir conservé son intelligence jusqu'à la fin. A aucun moment il n'a présenté d'état comateux véritable.

L'autopsie^, pratiquée quelques heures après la mort, révèle les faits suivants : Les poumons, l'estomac et le foie présentent l'état le plus normal. Le cerveau et le cervelet n'accusent aucune trace de congestion. Le cœur seul présente des phénomènes spéciaux : les deux ventricules sont contractés de la manière la plus évidente, tandis que les oreillettes sont dilatées. Toutes les cavités du cœur sont remplies d'un sang noir, épais et coagulé en partie. Cet organe présente une déformation et une espèce de turgescence fort visible. A la pointe du cœur, mais surtout sur les parois avoisinant celle pointe, on remarque, après l'enlèvement du péricarde, quelques saillies d'un rouge plus vif.

Nul doute, après les divers symptômes observés sur les chiens et le résultat de l'autopsie, que l'extrait 0, administré à cet animal par injection sous-dermique, n'ait provoqué la mort par une action spéciale sur le cœur.

Deuxième expérience. — A une heure vingt minutes de reevée, nous pesons avec soin 2 grammes d'extrait 0, que nous dissolvons et délayons dans quelques centimètres cubes d'eau. Cette solution est administrée, à l'aide d'un entonnoir, à un lapin de taille moyenne et bien portant, qui l'avale sans peine et la conserve jusqu'à la fin de l'expérience. Les symptômes observés sont les suivants : Dimiimtion considérable, intermittence, irrégularité et précipitation des batte-

menls du cœur. La respiration a paru pénible et légèrement intermittente quelques instants avant la mort. A trois heures un quart, on a constaté 41 pulsations du cœur par minute. A quatre heures cinq minutes, c'est-.'i-dire deux heures trois quarts après l'injection de l'extrait, l'animal succombe.

L'autopsie, pratiquée le lendemain, révèle des résultats complètement identiques aveeles précédents. Le cerveau, les poumons, le foie, l'estomac sont dans l'état normal. Le cœur seul présente une déformation sensible ; les oreillettes sont dilatées comme dans le cas précédent ; les ventricules sont non-seulement contractés, mais tranchent de la manière la plus manifeste, par leur couleur noirâtre, sur le reste de cet organe. L'espace interventriculaire présente notamment une dépression remarquable. La pointe du cœur est d'un rouge presque vif et les parois présentent plusieurs saillies anormales teintées de petites plaques rouges.

Nous n'hésitons pas à affirmer que le lapin a, comme lo chien, succombé par suite de l'ingestion d'un poison spécial renfermé dans l'extrait 0, poison qui a porté plus particulièrement son action sur le cœur.

Iroisième expérience. — 'Vers une heure trente-cinq minutes de relevée, on a pesé U grammes d'extrait P (provenant de la partie du parquet occupée par le lit et non atteinte par les vomissements] qu'on a délayés dans quelques centimètres

: cubes d'eau, avant de les administrer à l'aide d'un entonnoir à un lapin de taille moyenne, complètement semblable aupré-

( cèdent. L'animal a tout avalé et n'a rien rendu par les vomissements. Deux jours après, il jouit de la meilleure santé : pendant tout ce temps, il n'a cessé de courir et de trotter dans la pièce où se faisait l'expérience. Aucun symptôme d'intoxication n'a pu être observé.

Quatrième expérience, — A trois heures de relevée, on a'pr^-

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tiqué une incision à la partie interne et supérieure de la cuisse droite d'un cliien adulte, vigoureux et de taille moyenne. Cinq grammes d'un mélange des deux extraits A et B (extraits provenant de l'estomac et des intestins de la veuve de Pauvv) ont été déposés dans l'intérieur de la plaie dont on a réuni les bords par quelques points de suture. A ce moment le cœur indique 102 pulsations. Vers quatre heures et demie du soir, l'animal est fort abattu, anxieux. Il se couche et respire par intermittence et bruyamment. Le cœur indique 86 pulsations. Il est facile de constater leur irrégularité et leur intermittence, bien qu'un peu plus faibles qu'avec le chien précédent. L'animal a eu deux vomissements. A huit heures du soir, le cœur indique 55 pulsations manifestement irrégulières et intermittentes; la respiration est haute et paraît pénible. L'animal change souvent de position et pousse quelquefois de petits cris étouffés. Il parait avoir conservé toute son intelligence.

Le lendemain, à huit heures et demie, les battements du cœur se sont relevés et atteignent 70 pulsations par minute. L'état général est meilleur; la respiration paraît normale et l'état d'anxiété et d'abattement semble avoir diminué ; l'animal se lève et se promène. A deux heures, les battements du cœur sont à 90 et n'offrent plus qu'une irrégularité éloignée ; l'intermittence persiste encore. La respiration est bonne et l'animal prend un peu de nourriture. L'état va en s'améliorant de plus en plus. Au moment où nous écrivons ces lignes, six jours après l'expérience, l'animal est hors de tout danger et ses petites plaies commencent à se cicatriser.

11 résulte de cette observation que le chien qui en fait l'objet a subi une intoxication véritable à la suite de l'injection sous-dermique des extraits A et B. Cet animal a présenté un cortège de symptômes de tous points analogues à ceux que nous avons observés dans les deux premières expériences. S'il a échappe à la mort, c'est que la substance toxique se

EMPOISONNEMENT PAU LA DIGITALINE. ki

trouvait dans les extraits en quantité trop minime et que l'animal a pu réagir plus énergiquement (1).

Cinquième expérience. — Quatre grammes des extraits précédents, administrés à un lapin avec les mêmes précautions que dans la deuxième expérience, ont déterminé la mort en

(1) Les extraits A et B, et surtout l'extrait 0, sont toxiques. C'est le résultat immédiatement saillant de ces expériences.

Auraient-ils pu donner la mort aux animaux par suite de la présence de matières animales putrides qu'ils auraient renfermées, et empruntées soit aux organes de la veuve de Pauw, soit aux vomissements répandus sur le parquet? Est-on fondé à comparer leur action éminemment toxique avec celle des chairs putrides et des viandes altérées? Serait-il possible, en un mot, d'établir une certaine analogie entre la piqûre d'une mouche ou d'un scalpel d'amphithéâtre, ou encore entre l'ingestion d'un boudin altéré et les phénomènes observés dans les expériences ci-dessus?

La réponse est facile. Tout vient de la confusion que l'esprit pourrait faire entre un virus , un ferment véritable et un poison. Le propre du virus, du ferment, est d'agir à doses inQniment petites sur des masses infiniment grandes de matière; le poison, au contraire, ne produit d'action toxique sur l'économie qu'à dose fixe et régulière. Le premier est un être organisé, qui agit de proche en proche et propage lentement et successivement autour de lui une décomposition spéciale dont l'effet immédiat est de se multiplier lui-même à l'infini. Le second n'a rien d'organisé et ne se multiplie pas dans son action toxique sur l'organisme. Les agents antiseptiques, tels que l'alcool, détruisent les premiers et les rendent inactifs ; les seconds ne sont en rien modifiés par leur contact avec cette , substance et restent toxiques.

Aucun corps organisé ni ferment putride ne se dissolvant dans l'alcool ià 95 degrés, nous n'hésitons pas à dire que les extraits alcooliques A, B et 0 ne pouvaient renfermer aucun virus ou ferment putride capable de , donner la mort par infection locale. L'expérience directe confirme entièi rement ces observations : la viande la plus putride ne cède à l'eau ou à 1 l'alcool aucun principe soluble capable de déterminer une intoxication ^quelconque, qu'on administre l'extrait de ces solutions intérieurement ou ipar voie endcrmique.

Théoriquement comme expérimentalement, cette présence de ferments oou de matières toxiques sulubles existant dans une solution alcoolique de Tviandcs putrides, n'a pas le moindre fondement et ne représente qu'une (fantaisie de l'imagination.

En fait, et dans le cas qui nous occupe, cette objection, en supposant

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quelques minutes, probablement par le fait d'une syncope et avec une rapidité qui doit taire supposer qu'une complication accidentelle à pu hâter ici l'action du poison.

Sixième expérience. — Les résultats des précédentes e^cpériences tendant à démontrer que la substance toxique dont

qu'elle fût sérieuse, u'aurail encore aucune valeur. En effet, les extraits A et B provicnncnL do l'estomac et de la moitié des intestins delà veuve (jlc Pauw. Or, au moment où nous les avons traités par l'alcool à 95 degrés, c'est-à-dire après douze jours d'inhumation (fin de novembre 1863), ils présentaient un état de conservation tel que nous l'avons fait spécialement remarquer dans notre rapport par les phrases suivantes :

« Au moment où nous avons extrait l'estomac du bocal qui le ren- » forme, nous avons été frappés de son peu d'altération et de la couleur » ualurcUc qu'il présente, tant à la partie iuterne qu'à sa partie externe... » Pareille observation a pu être faite sur toute la longueur du tube iutes- » .tinal qui, malgré sa tendance si connue à la putréfaction, ne présente » pour ainsi dire aucune trace d'altération ou de gonflement, et offre » tous les caractères d'un organe sain oL extrait d'un cadavre de la )) veille. »

U n'y a là ni matière putride, ni même commencement ou indice d'altération quelconque.

Les vomissements recueillis sur le parquet de la chambre à coucher de la veuve de Pauw ne renfermaient que des substances glaireuses desséchées, par suite de leur large surface d'évaporation, et ne contenaient aucun débris de viande ou autre substance altérable (le dernier repas de la veuve de Pauw ayant été exclusivement composé d'une soupe à l'oseille et d'un chou-fleur). Le parquet, bien moins encore que les organes de la victime, pourrait donc être suspect de renfermer des ferments putridescapables de se dissoudre dans l'alcool à 95 degrés et de donner la mort '.!! Et cependant, l'extrait 0, provenant de ce parquet, administré à la dose de 5 grammes, a suffi pour donner la mort à plusieurs animaux, tandis que l'extrait P, obtenu dans des conditions identiques avec la portion du parquet non atteinte par les vomissements, n'a produit aucun effet sur les animaux auxquels on l'a administré. L'extrait A B, provenant de l'estomac et des intestins, administré de môme à la dose de 5 grammes, a produit un empoisonnement véritable, mais qui ne s'est pas terminé par la mort; de telle sorte que l'extrait provenant des organes eux-mêmes, et le |ilus riche en matières organiques, a en réalité produit moins d'effet que l'extrait du parquet, qui n'en contenait presque aucunes.

nous observions les effets, exerçait son action d'une manière toute spéciale sur le cœur, nous avons voulu comparer ses effets avec ceux de la digitaline, qui influence si directement l'action de cet organe et dont, pour plus d'un motif, il était permis de supposer que la dame de Pauw avait pu faire usage.

A cet effet donc, trois grenouilles ont été simultanément soumises aux essais comparatifs qui vont être indiqués.

Le cœur ayant été mis à nu, on constatait chez toutes trois une égalité presque absolue dans le nombre des battements cardiaques. A la première, rien de plus n'a été fait; le cœur a été simplement maintenu humide.

La deuxième a reçu, sous la peau du ventre, six gouttes d'une solution de 1 centigramme de digitaline pure pour 5 grammes (100 gouttes) d'eau.

A la troisième, on a étendu sous la peau du ventre environ 50 centigrammes d'extrait 0, celui qui provient des matières vomies sur le parquet.

Voici maintenant les variations observées dans le nombre » et le rhythme des battements du cœur de ces trois animaux.

Grenouille no 1. Grenouille n* 2. Grenouille n° 3.

Après 6 min. 42 battements. 20 battements. 26 battements.

10 — 40 — 1 6 irréguliers. 24 irréguliers.

28 — 38 — 0 battements. 4 2 très-irrégul,

31 — 36 — G — 0 battements.

Chez les deux dernières grenouilles, lorsque le cœur a cessé de battre, le ventricule était contracté et l'oreillette gonflée. iLes fibres musculaires de cet organe, examinées au microscope, n'ont d'ailleurs présenté aucune altération appréciable ides éléments analomiques.

- Septième expérience. — Nous avons répété l'expérience féomparative précédente avec des résultats identiques et dans ides conditions exactement semblables.

A. TAUDIEU ET Z. ROUSSIN.

A plusieurs reprises, en outre, nous avons étendu sous la peau de grenouilles dont le cœur était à nu une petite quantité de l'extrait 0, et toujours nous avons noté un ralentissement considérable avec irrégularité des battements. Et celle-ci était telle, que, malgré l'amplitude des battements ralentis du cœur, celui-ci, vers la fiu de l'expérience, ne parvenait jamais à se vider complètement de sang.

Nous insistons sur ces détails parce qu'ils offrent une saisissante analogie avec les observations que possède la science sur les phénomènes caractéristiques de l'empoisonnement par la digitaline, et notamment avec les déformations du cœur signalées par MM. Vulpian et Pelikan (1).

(I) On consultera avec fruit les expériences de Traube (Archives de la Charité, Berlin, 1850), celles de M. Vulpian, De Vaclion de la digitaline sur les batraciens [Mémoires de la Société de biologie, 2' série, t. II, 183S, p. 67), et les Recherches physiologiques sur l'action des différents poisons du cœwr, par MM. Dybkousky et E. Pelikan (ibid., S" série, t. III, 1861, p. 97). Nous rappellerons que M. le professeur Claude Bernard, appelé à l'audience de la cour d'assises, est venu confirmer, avec toute l'autorité de sa parole, les principaux effets de la digitaline sur l'organe central de la circulation, tels que nous les avions nousmêmes constatés dans les expériences médico-légales qui précèdent : d'une part, la mort par cessation des battements du cœur ; et de l'autre, la rigidité cadavérique rapide et persistante des ventricules, rigidité tellement rapide, qu'elle se montre chez les chiens presque immédiatement après la dernière diastole ventriculaire, et que même, suivant Pelikan, chez la grenouille, le ventricule du cœur s'arrête toujours en état de forte contraction. MM. les professeurs d'Alfort, Henri Bouley et Raynal, appelés également à reproduire devant la cour d'assises les résultats d'expériences déjà anciennes faites avec la digitale et consignées dans le Mémoire sur la digitaline, de Quevenne et Homolie {A7-chives de physiologie, de Bouchardat, 1854), ont signalé chez les chevaux des symptômes identiques avec ceux qu'ont présentés les chiens empoisonnés avec les extraits provenant, soit des matières recueillies sur le parquet, soit des organes de la veuve de Pauw, c'est-à-dire dos battements du cœur d'abord tumultueux et précipités, plus tard graduellement ralentis jusqu'à la mort. La flaccidité du cœur constatée à l'aulopsie chez les chevaux est un phénomène à peu près constant chez les herbivores, et peut tenir tant à la

VII. — Examen analytique des témoignages et constatations relatifs ù l'état de santé de la dame de Pauiv, aux symptômes qui ont précédé la mort et à l'état des organes révélé par Tautopsie cadavérique (1).

Nous laisserions notre tâche incomplète si , après avoir recherché la présence du poison dans les déjections de la dame de Pauw et dans les organes extraits de son cadavre, nous ne poursuivions l'étude des phénomènes de l'empoisonnement dans les symptômes que cette dame a éprouvés et dans les lésions que l'autopsie a révélées. Nous aurons en même temps

longue dorée de l'empoisonnement, qui s'est prolongé plusieurs jours, qu'à l'époque tardive à laquelle les animaux ont été ouverts. Enfln, si nous rappelons que M. le docteur Homollc, l'un des inventeurs de la digitaline, a bien voulu nous communiquer le résultat d'expériences récentes dans lesquelles il nute également la diminution rapide de fréquence des battements du cœur chez les grenouilles, sous la peau desquelles il a inséré de la digitaline, on reconnaîtra que toutes les données de la science la plus exacte et la plus récenle, concordent de la manière la plus frappante avec les expériences physiologiques que nous avons instituées pour rechercher les preuves de l'empoisonnement par la digitaline.

(1) M. le docteur T. Gallard, dans la relation fidèle et intelligente qu'il a donnée ù V Union médicale, des débats de l'alTaire la Pommerais, au point de vue médico-légal (1864, n''' du 9 mai et suivants), a bien voulu prendre la peine de répondre pour nous au reproche fort inattendu qui, paraît-il, nous aurait été adressé, non-seulement par l'habile défenseur de l'accusé, Lachaud, mais encore par des médecins, d'avoir fait entrer dans l'appréciation des, faits soumis à notre expertise l'élément symplomatique. Nous remercions notre savant confrère et nous nous bornons à répéter, ainsi que nous l'avons fait devant le jury, que l'empoisonnement ne peut être constitué médicalement que par les symptômes, les lésions anatomiques et les données chimiques ou physiologiques. Ces trois éléments sont au même degré nécessaires, et nous nous refuserions h conclure là où nous serions privés de l'un des trois. Nous en appelons, «ur ce point, à la réflexion de ceux mêmes qui seraient tentés d'adopter à la léjgère cette fausfe doctrine, excusable dans une discussion de cour d'assises, mais indigne d'un savant et d'un véritable expert.

Û6 A. TAUDIEU ET Z. KOUSSIN.

h nous demander si elle n'a pas été, en réalité, atteinte d'une maladie plus ou moins bien caractérisée, qui permettrait de considérer sa mort comme naturelle, ou si, au contraire, par des motifs que nous n'avons pas à rappeler ici, elle n'a pas pu être conduite à simuler certains troubles dans sa santé, bien que celle-ci, jusqu'à la veille de sa mort, n'ait pas été sérieusement altérée.

De nombreux témoignages recueillis dans l'instruction, la correspondance de la veuve de Pauw elle-même, les consultations et ordonnances qui lui ont été délivrées par certains médecins, nous fournissent sur ces ditférents points les plus précieux renseignements et nous donnent le moyen de conclure en parfaite connaissance de cause.

La veuve de Pauw a succombé le 17 novembre 1863. L'autopsie cadavérique a démontré d'une manière positive qu'elle n'était atteinte d'aucune affection organique. Le cerveau, les poumons, le cœur, c'est-à-dire les organes essentiels à la vie, étaient sains et, malgré les suppositions qui se sont produites, il n'y avait eu, chez cette dame, ni perte de sang à l'intérieur, ni perforation de l'estomac. Ce sont là des faits matériels qui ne sauraient être contestés. Ajoutons que, jusqu'à la veille de sa mort, la veuve de Pauwavait été vue se livrant à ses occupations accoutumées et qu'elle avait pris des aliments comme une personne bien portante. Les premiers symptômes graves qu'elle a éprouvés dans la nuit qui a pré-cédé sa mort, ont consisté en vomissements répétés et d'une extrême violence et en un affaiblissement rapide. Le médecin fort distingué qui l'a vue à ses derniers moments, M. le docteur Blachez, chef de clinique de la Faculté, constate qu'elle est pâle, fort agitée, baignée d'une sueur froide, se plaignant d'un mal de tête insupportable ; le pouls est irrégulier, intermittent, puis imperceptible; les battements du cœur tumultueux, irréguliers, cessant par instant et bientôt presque supprimés, M. Blachez compare ces symptômes à

EMPOISONNEMENT PAU L\ DlGlTALIiNE. hl

' CtHix que l'on observe chez les gens qui succombent à une hémorrhagie inleriie brusque et abondante. Il [ne faut pas perdre de vue que ce n'est là qu'une comparaison, et l'on reconnaîtra qu'elle est parlaitement juste et exprime bien le fait dominant, celui d'un aifaiblisseraent de l'organe central de la circulation. M. Blachez, dans les moyens qu'il prescrit, ne se préoccupe que d'une chose, c'est de ranimer l'action du cœur.

Il est impossible de ne pas faire remarquer que ces iails offrent une ressemblance frappante avec ce qui s'est passé dans nos expériences sur les animaux soumis à l'absorption soit de l'extrait provenant des déjections de la veuve de Pauw, soit de la digitaline (1).

Jusqu'ici Jious sommes restés sur le terrain des faits parifaitement constatés tant par l'autopsie cadavérique que par ! l'observation des symptômes éprouvés dans ses derniers imoments par la veuve de Pauw. A ces faits positifs est-il pcrmiis d'opposer des hypothèses, des allégations intéressées ou (des renseignements incohérents qui tendraient à représenter fcette dame comme atteinte depuis plusieurs mois d'une malladie qui l'aurait entraînée au tombeau? j Une chute faite dans son escalier par la veuve de Pauw saurait été, d'après ses propres déclarations, le point de départ lîJe la maladie. « La chute, écrit-elle le 26 septembre, a été si I ) atfreuse qu'une personne qui était chez elle, et qui est allée }) chercher un médecin, croyait ne plus la trouver vivante.

(i) On trouvera dans A. Taylor {On- poisons in relation lo médical lurisprudcnce and medicine, 2" édit. Londres, 1859, p. 833), la rclaiioii

e cinq cas d'empoisonnement par la digitale, qui offrent comme syni- HÔracs prédominants les vomissements abondants et incessants, l'irrégu- S'irilé, la petitesse et ic ralcnlissemcnt considérable du pouls, des dou-

lurs de tète très-vives, les défaillances et les sueurs froides. La mort, wn.s deux de ces cas, est survenue eu vingt-deux heures. Qui ne serait

lappé de telles analogies avec la maladie si violente et si rapidement

rtulc de madame de Pauw ?

48 A. TARDIEU ET Z. RODSSIN.

» Elle vomit et crache le sang à pleins pots. Elle rend tout ce » qu'elle prend, même l'eau. Elle est tuée, brisée et souffre >) nuit et jour. Elle est allée voir le docteur Gaudinot, qui l'a » trouvée très-malade. » Et, le lendemain, elle ajoute : « Je m'arrête accablée par les souffrances. Le mal que je » ressens à l'intérieur, à l'endroit même où je suis tombée, » est si vif que je ne puis plus garder aucune position. » Enfin, plus tard, elle déclare que M. Nélaton « ne lui aurait » laissé pour ainsi dire aucun espoir. »

11 y a là plus que de l'exagération ; l'imagination de la veuve de Pauw dénature complètement les faits. La chute, si violente qu'elle ait pu être et si eff'rayante qu'elle ait pu paraître au premier abord, n'a eu, en réaUté, aucune suite grave. Elle n'a déterminé ni fracture, ni commotion, ni déchirure ou contusion extérieure. Personne n'en a vu les traces, et l'intégrité des organes, constatée par l'autopsie la plus minutieuse, prouve qu'aucun d'eux n'a été lésé par cet accident. Personne, d'ailleurs, n'a partagé les craintes excessives de la veuve de Pauw. M. le docteur Gaudinot, qui déclare n'avoir pas constaté par lui-même les prétendues contusions et ecchymoses, soit sur l'estomac, soit sur le reste du corps, n'a pas jugé le cas bien sérieux, puisqu'il s'est contenté d'ordonner des cataplasmes, des bains, des lavements et un régime adoucissant, et qu'il est resté trois semaines ou un mois sans revoir la veuve de Pauw. Lorsqu'il a parlé plus tard d'une perforation possible de l'estomac en présence des accidents mortels des derniers instants, il a commis une erreur, puisque l'estomac examiné à l'autopsie n'était pas perforé, mais une erreur très-facile à comprendre et parfaitement justifiée par le retour naturel qu'il a dû faire sur les anciens dires de la veuve de Pauw, touchant la violence de sa chute, et surtout par l'impossibilité où il était de soupçonner une cause de mort violente, un empoisonnement. M. Nélatou, se reportant à l'ordonnance qu'il avait donnée pour quelques

EMPOISONJSEMENT PAR LA DIGITALINE. /l9

troubles gastriques, a déclaré, comme il était facile de le prévoir, qu'il n'avait pu porter un pronostic aussi désespérant que celui que lui aurait prêté la veuve de Pauw. Quant à MM. les docteurs Velpeau, Desormeaux, Danet, Huet, ils se sont tous accordés sur ce point, et leurs prescriptions en font foi, qu'ils n'avaient pas cru à un trouble sérieux dans la santé de cette dame. Il ne faut pas oublier que plusieurs de ces honorables médecins l'examinaient au point de vue d'un contrat d'assurance et qu'ainsi que le disait l'un d'eux, ils eussent refusé le certificat s'ils n'avaient pas constaté un parfait état de santé.

De telle sorte qu'il est impossible de ne pas lester convaincu que la veuve de Pauw n'a été atteinte de la maladie qui l'a emportée que la veille même de sa mort ; que jusque'là elle s'était bien portée et n'avait pas été sérieusement malade, et qu'enfin elle avait eu sans doute un intérêt à faire croire à un trouble sérieux dans sa santé, puisqu'elle avait exagéré les suites d'une chute qu'elle avait faite, et avait été, sans motif réel, consulter un grand nombre de médecins pour des maux très-mal définis.

Il est deux choses qu'en terminant sur ce point, nous ferons remarquer : c'est, en premier lieu, que la veuve de Pauw était enceinte de deux mois environ, et que ce commencement de grossesse pouvait avoir produit chez elle quelques dérangements des fonctions digestives. C'est, en second lieu, qu'elle revient à plusieurs reprises sur l'usage qu'elle aurait fait, d'après des conseils extra-médicaux, de substances médicamenteuses très-actives, telles que l'acide prussique et la digitaline, comme si elle avait eu le pressentiment qu'elle succomberait avec tous les symptômes d'un empoisonnement ipar cette dernière substance.

A. TAHDIEU UT Z. ROUSSIN.

yill. — Conelusions relativement aux faits qnl précèdent.

Du résumé des expériences et analyses auxquelles nous avons procédé, de l'exposé et de la discussion des faits qui précèdent, nous concluons que :

1° La veuve de Pauw est morte empoisonnée.

2" Le poison qui l'a tuée est delà nature de ceux qui, empruntés au règne végôtal, peuvent ne pas laisser de traces caractéristiques dans les organes, ne pas être isolés par l'analyse chimique, mais révèlent leur présence par leurs effets et sont décèles par l'action meurtrière qu'ils exercent sur les êtres vivants.

3° Nous avons, en effet, retiré, non-seulement des matières vomies par la veuve de Pauw sur le parquet de sa chambre, mais aussi des organes soumis à l'analyse, un principe toxique très-énergique qui, expérimenté sur des animaux, a produit des effets analogues à ceux qu'a ressentis la veuve de Pauw et les a fait périr de la même manière.

U° Ces effets et cette action ont une grande ressemblance avec ceux de la digitaline et, sans toutefois que nous puissions l'al'firraer, de fortes présomptions nous portent à croire que c'est à un empoisonnement par la digitaUne qu'a succombé la veuve de Pauw.

5" Cette dame n'était nullement malade avant le jour qui a précédé sa mort ; les prétendues affections du cœur et de l'estomac pour lesquelles elle a tour à tour consulté divers médecins, aussi bien que les conséquences funestes qu'elle a attribuées à une chute sans gravité, sont autant de fables inventées par elle ou auxquelles elle s'est prêtée.

6° L'autopsie cadavérique a démontré de la façon la plus positive qu'elle n'était morte ni des suites de sa chute, ni d'une hémorrhagie interne, ni d'une gastro-entérite aiguë ou chroniquCj ni d'une perforation de l'estomac, ni d'aucune autre cause naturelle.

7" Parmi les objets très-nombreux et très-divers saisis au domicile de l'inculpé, nous avons signalé une quantité considérable de substances vénéneuses, dont la possession ne peut se justifier par les besoins de la pratique médicale, ni surtout par les usages de l'exercice ou même de l'enseignement homœopalhiques.

8" Parmi ces poisons, nous avons insisté sur les doses considérables de digitaline achetées et en grande partie consommées déjà par l'inculpé.

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