‹ RelationChapitre 4 sur 4 · COUP-D'OEIL · texte numérisé non relu

COUP-D'OEIL

PolUiçue sur laSituation actuelle du Royaujn^^

d'HayùL

Plus nous avançons dans notre carrière politique ^ plus nous nous appercevons d'une §niëiiotation senîiible dans toutes les parties du gouvernement de l'Etat; nous possédons une bell^, armée, nomb'euse, aguerrie et cîisciplinée f le commerce est aciif ; ragriculure florissante; nos finances prospèrent ; une parx profonde règne ^ans nos provinces ; la sécurité et la sûreté de tou^ les citoyens sont garanties par le règne des lois el (de fa justice; les vues sages et pacifiques du goa» yernemant nous font pressentir que nous touchons aux termes de nos dissensions , sans secousse? irioientes et sans effusion de sang j heureux a»

lans I considères et respectes an deliors , îa peuple baytien se relève avec ëclat à la hauteur de ses belles et brillantes destinées.

A qui sommes - nous redevables de tant d© bienfaits , de bonheur ef de pwspërité ? c'est aa Roi, c est aux mëditaiions et aux veiiies de S. M. que nous dt;vons cette heureuse situation : sans ses constans efforts , sans sa politique , qui est un modèle dd sagesse , nous n'aurions pas joui d'une perspeciiv^ aussi enchanteresse , nous aurions vëgéiés, sans gloire, d-ins un ëta^ voisin de la mi ère ei de la barbarie : avions donc nos cœurs à la joie et a resuëratict^ , et confions-nous , sans rëserv«i, aux soins parternelsd'un Souverain sage et éclairé , jui ne veut que la gloire et le bonheur de son peuple !

Loin de nous toute idée de flaterîe, en faisant l'apologie du gouvernement de Sa Majesté , nous rendons un pur h )ramage à la vëciié ; c'est être justes que de payer un tribut d'éloge à la vertu et au Souverain qvii en est digne ; et le plus grand éloge d'un Piince se trouve dans le bonheur d© ses sujets et dans le résultat de ses travaux.

L'hisïoire nous démontre que les peuples n'ont jamais rien fait de grand par eux mêmes : ce n'est cj[ue par le concours des gtands hommes qui

naqukeat

iiaqnîrent de ^ear sein , qu'ils ont pu s*élever à k gloÎL-e et parvenir à faire de grandes choses,

La crioire des athéniens $ des Spartiates et des romains, ne seriit point parvenue jusqu'à nous, au travers de tant de siècles , sans le gënie des , grands hommes que ces peuples ont produits 5 jPetersbourg serait encore enseveli dans les marais de la Neva, si Pierre le Grand n'eût point vécu ; et Frëdëric Guillaume ^ qui règne aujourd'hui sî glorieusement sur ses peuples , serait peut-être encore le marquis de Brandebourg, sans les nobles et glorieux efforts de ses ancêtres.

Tous les peuples doivent donc leur gloire et leur illustration aux grands hommes qui s'élevèrent de leurs seins ; c'est eux qui ont ranimé leurs nations , en leur soufflant le feu de leur génie, et qui leur ont donné Fimpulsion nécessaire pour sortir de l'état de faiblesse et de baibarie ^ ( pour devenir des peuples poissans et civilisés.

L'on vit chaque législateur donner des insiilu-« îîons et des lois, qui, parleurs fermes et leurs contextures, tenaient à la nature de leur génie; et l'on vit les peuples abandonner leurs anciennes coutumes pour prendre les moeîars , les manières et le caractère de ces hommes célèbres: c'est ainsî que les athéniens poussèrent Famour de la paîrif

[ 58 ] tt âe îa gloire , que îedr avait inspiré P^rîclès « jusqu'au dernier degré d'exaitation , et que Ton reconnut dans leurs mœurs et leurs manières l'esprit des lois de Solon : c'est ainsi que les Spartiates eurent ce, profond mépris de la vie et des richesses , cette austérité de mœurs et cefc amour ardent pour la liberté qui leur avaient été inculqués par le génie des Lycurgue et des Léolîidas t c'est ainsi que les romains prirent le caraclère et l'esprit belliqueux de Romulus , et qu'ils devinrent les conquérans du monde. Peut être , c'est dans les idées et dans les traces de grandeuc et de puissance qu'a laissées Pierre le Grand , qu'Alexandre , son successeur , puise encore les leçons de la gloire ; et Fombre du grand Frédéric ^ toute environnée de sa gloire militaire , a fait ^ peut-être , triompher les généraux et les soldats prussiens dans les champs de "Waterloo,

Tous les peu;:)ies suivent donc l'impulsion qui leur sont donnée par les grands hommes qui les gouvernent ; ils acquièrent leurs vertus oa leurs vices , leurs activités ou leur molesse , s'éclairent ou tombent dans l'ignorance ; en un mot, les peuples sont ce que les gouvernemens veulent qu'ils soient, vertueux ou vicieux , intrépides ou lâches , éclairés ou ignorons , tout autant que qq\u qui les gouyemenl le son! euxmêmeSâ

C'est ainsi q»ie le peuple hayîîen suit rimppî* sîon qui lui est don • e par Henry r% fondateac de ses institutions politiques et guenières, et c'est à lui que notre postérité sera redevable de sa grandeur et de son illustration.

Pour bien fixer le jugement de mes lecteurs sur

les pas immenses que le peuple liaytîen a faits

dans la civilisation , depuis la fondation de la

monarchie , je vais commencer par esquissen

quelle était sa situation morale et politique sous

Toussaint Lon verîure et Jean- Jacques Dessalines«

Loin de moi l'idée de vouloir exhalter les vertus

et la gloire d'Henry » aux de'pens de celles de ses

prédécesseurs ; il est trop ordinaire dans le siècle

où nous vivons de décrier les morts pour flatter les

vivans ; guidé par Tamour de mon pays, n'ayant!

d'autres but que le bien général , ma plume sera

dirigée par la vérité et Fimparlialité qui doiveuS

toujours caracîéiiser fécrivain patriote,

Toussaint Louverture el Jean- Jacques Dessa*

lines ont aussi leurs îiti'es pour parvenir à la posté-

riié , tout ce qu'ils ont fait d'utile et de grand

pour leur pays leur appartienne , mérite notre

reconnaissance et notre juste tribut d'élogps , et Henry environné du cortège de ses propres

travaux et de sa propre gloire n'a pas besoin

d'usurper leurs honneurs pom: parvenir à l'im?* mortaliléa

Toussaint avait des vertus ^ dn gënîe et des falens pour gouverner ; mais il lui manquait l'expérience que nous avons acquise par le temps et les rëvoiudons que nous avons éprouvées : encore ambu des préjugés de l'ancien régime et du fanalîsme que les prêtres lui avaient inculqués , il ne pouvait se dégager tout-à-fait de ce joug odieux 5 îl avait conservé une pi'édiîeciîon particulière pour îios tyrans ; circonvenu et dominé par eux dans loutes ses ac-fions , ils Font conduit d'erreur en erreur, et l'ont entraiFié à sa perte ; cette prédî-» lecdon, dis-je , qu'il avait pour nos tyrans , devena'ii injurieuse à ses concitoyens, et leur a porté, à différentes époques, les plus grands préjudices; avec de tels principes , Toussaint Louverture était dans rimpuissance de ne pouvoir jamais rien faire de grand pour le pays ; et s'il n'avait pas été la jfnaUienreose victime de sa crédulité , sous lui, îious eussions toujours languis sans gloire , dans ïon état voisin des préjugés et de l'esclavage , sous ie joug ignominieux des français.

Sous Toussaint tout tendait à se rapprocheî! de Tancien ordre de choses ; l'administration des finances et du civil était entièrement confiée dans les mains des ex colons , sous des règlemens presque aussi durs que ceux de l'ancien régime; la culture florissait ; et iss e-s-colcas étaient maîtres de tous leurs biens, .

[- 6t 1 ^ Le gouvernement , sous leur infiaence îmi»^diate , était dirige suivant leurs intérêis et leuï. cupiditë i il n' xistaiî qae Yomhre de ia liberté ; mais les ex colons ne voulaient même pas voit cette ombre qui les offusquait, qui les empêchait de ne pouvoii- nous donner la torture et de nous arracher la vie à leur gré, comme en 178g.

Pour nous , contens de jouir de cette lueur de liberté , nous nous laissions conduire paisiblement sous la férule, pou" ainsi dire , des ex-colons ; nulle idée d'indépendance n était encore entrée dans notre esprit , et ii n'était venu encore à aucan de nous la pensée que nous pouvions être éga« kment libres et indépsndans.

Mais les ex colons qui veulent toujours tout on rien, conji^rèrent la perte de Toussaint, leur protecteur; pour rétablir de nouveau et avec plus de ligueur les horreurs de Tesclavage, ils commencé^ lent par Fentraînerà prendre des mesures funestes qui lui auraient aliéné IVsprit du peuple, à le portes à détruire ses propres généraux, tandis qu'ils agissaient en même - temps , en Europe , pour faire déborder sur notre territoire l'armée française 5 dans rinstant où ils tenaient Toussaint dans la plus paL'faiîe sécuiiié ; dans celte lutte , Tinfortuné fut leur victime ; mais la liberté resm triomphanie ! . . . Aujourd'hui Toussaint esi FubjeL de leurs louanges ei de leurs vegrels î

Il'

J. J. Dessaîlnes , place plus favorablemenf , instruit par Texpérience sur les vrais inrérêts du peuple , e'claîrë par les flammes des bûchers que les français avaient allume's , pouvait et avait les moyens de faire ce qu'il aurait voulu d'uûle et de sage pour le pajs ; mais avec des qualités guerrières et un amour ardent pour la patrie , il lui manquait le génie qui crée le législateur , et surtout la sagesse, qui est la première vertu des ro?s.

Cependant il rendit des services signales à son pays ; il purgea le sol d'Hajti de ses oppresseurs, et il proclama Facte de notre immortelle indëpendance ; c'était déjà un grand pas de fait vers la civilisation ; mais que nous étions encore loin du but que nous devions nous efforcer d'atteindre !

Alors nous acquîmes l'expérience qu'il fallait d^autres vertus que les talens militaires pour gouverner les peuples ; il nous arriva ce qui arrive presque toujours aux hommes qui s'élancent dans une carrière qui leur est inconnue , de se tromper , de s'égarer dès le premier pas ; l'esprit d'imitation qui enîraîne presque tous les peuples , nous porta à nous modeler sur un gouvernement , dont îe^ formes et le tilre fastueux ne pouvaient nullement ïious con venir.

Dans le court espace do règne de Jean-Jacques Bsssaliiies j il j eut un relâchement général dans

les différentes branches du gouvernemsnt ; touj se démoralisa , et Tesprit de débauche et d'indiscipline que nous avions pris dans les camps avec les français, achevèrent de corrompre toîalemenl nos mœurs; Tinhumanite, le pillage, îe jeu , la débauche , le libertinage , les passions les plus effrénées nous agitaient et se montrèrent à découvert.

C'est à cett3 époque à jamais déplorable de notre histoire, que doit dater le commencement d,e la deuxième guerre civile dUe de Pétlon; il est essentiel pour éclairer iopinion publique de faire connaîire le principe et la cause de cette horrible calamité ; de grandes vinié% peuvent être utiles aux gouvernemens et aux hommes , et peuvent leur servir de préservatif pour évitée

bien des maux.

Depuis vingt-six ans» c'est-à dire depuis raa<

rore de la révolution , il s'est formé deux partis distincts à Hayîi , le parli de la France, composé des ex-colons blancs , et de quelques hommes dô couleur et noirs anciens libres, dominés par ks préjut^és et gouvernés surtout par un vil intérêt | et b parti patriote compose de la masse de la population, noirs et jaunes. Ces derniers voulaieil la liberté ; ks premiers voulaient l'esclavage j auiQud'bui Vun veut z^aliileuii' i uidépeiidauce

pays ft comme le seul rnoyan de pouxw §è conserver son existence poî'lîqoe et individuelle; l'autre veut faire rentrer le pays sous ia dominalioti de îa France , comme le seni moyen da pouvoir rétablir, avec le îeraps , Fancien ordre de choses, en ramenant graduellement la masse de la population sous le joug de l'esclavage. Tels sont les deux partis distincts cpi nous ont toujours divises dans !es différentes secousses révolutionnaires que nous avons éprouvées ; ces partis se sont modifiés et ont emprunté de nouvelles formes et de nouvelles qualifications , sans pour cela changer leur système primitif; ils marchent tous deux également sous d'autres noms et d'autres fo'me>; Fun à la liberté et à l'indépendance , et l'autre à la domination de ia France et à resclavage.

Deià , il s'est établi une lutte continuelle entre la liberté et l'esclavage , un combat permanent entre les patriotes eî les partisans des français ; ces derniers , toujours cachés derrière le rideau dans toutes les phases de la révolution , ont fait tous leurs effo;; î , soil directement ou indirectement, pour arrêter ou entraver la marche du gouvernement et du peuple hay(ien vers la liberté et l'indépendance , ils ne se sont jamais épargnés ni

peines,

peines , nî soins » ni dangers , pour nous diviser 4 woas induire en erreur et nous entraîner à faire de fausses démarches ; mânes de Toussaint Louverture et de J. J. Dessalines ! vous qui avez été leurs malheufedses victimes « je vous invoque pour nous dire combien de pièges qu'ils vous ont tendus, de conseils funestes qu'ils vous ont donnés , d'insinuaûons perfides qu'ils vous ont faites pour consommer votre ruine ; et vous Monarque généreux , défenseur de notre liberté et de noire indépendance ! vous qui avez toujours su éviter leurs embûches et déjouer leurs infâmes projets , vous pouvez nous dire combien de pièges ils vous ont lendus , d'insinuations perfiJes ils vous ont faites pouc vous entraîner à votre perte , et en même temps celle du peuple haytieii ! celui qui naguère vous conseillait de descendre de votre trône pour vou^ reléguer à i'îie de îa Tortue , de vous défaire de vos meilleurs amis et de vos plus zélés défen* seurs, était un de ces hommes pervers, de ces conseillers sinistres qui ne peuvent être vos amis et ne le seront jamais l C'est à ses acteurs invisibles que nous devons nos erreurs , nos troubles et tou?es nos dissensions civiles ; introduits dans le corps politique ^ ils se trouvaient dans toutes les b.'anches

âa cottvernement, où ils étaient d'autant plus dano^ereux , qu'ils jouaient leurs rôles sous le masqué du patriotisme ; toujours mêlés dans les deux partis , îlssoufflaient des deux cô'ës et avec fureur la guerre civile ; peu leur importait de quelque côté tombaient îes haytiens , ils allaient toujours à leur but , à notre entière destruction ; plus nos maux étaient grands , plus ils triomphaient ; plus la joie et la sérénité étaient peintes sur leurs visages, et notre sang coiiîaît toujours trop lentement à leu» gré : on les rencontrait dans le sanctuaire , dans le civil , dans le militaire , dans toutes les classes de la sociéié ; ils s'agitaient et se heurtaient avec îes patriotes ; â\i choc des passions naissaient des difficultés insurmontabif s ; l'acâon du gouvernement entravée de toutes parts par leurs intrigues , ne pouvait prendre une marche directe vers le bien et la prospérité du pays. Dans les différentes secousses qu'ils susciièrenf, le parti français fut toujours écrasé par le parti pauiote , plus fort et plus nombreux ; la masse des ex-colons et de leurs partisans fut détruite ou chassée du pays ; mais il en restèrent toujours quelques-uns d'eux dans le corps politique qui continuèrent , sous le masque du patriotisme , à nous troubler et arrêter le cours de notre prospérité : c'est ce parti îrarçais qui est l'auteur de toutes nos guerrek civiles, qui a fait verser des flots de ïiolie sang

C 67 ] 4, nos propres mains . pour rétablir le règne de? p,éiuaés e. de l'es.Mavage sur les débns de la liberié et de l'indépendance : c'est ce pari, qui adlaii sourdement l'éiat sou, J. J. Dessahnes , ils arrivaient de Fiance de tous côtés , ils étaient reçus, accueillis et protégés par Dessalines même;

c'est eux qui fomentait^nt les passions et qui reunissaient dans le sileocÊ les élémens qui devaient le conduire à sa perte ; ils navaienl rien négligé pour l'égarer de la vraie route qu'il devait suivre, et ils ont pleinement réussis . en complétant sa ruine;

c'est alors qu'un homme , qu'il fauchait tou,ours nommer un monstre , reconnu pour être depuis long temps un zélé partisan des français , pouc être le chef et le coryphée de ce parti, qui était lui même le premier par sa conduite , ses conseils et ses mœurs dépravées , à donner l'exemple et à exciter cet esprit de licence, d'immoralité et de désordre ; c'est alors , dis-je . que ce monstre profila de la siiualion où se trouvaient les choses, pour assassiner son chef et son bienfai'eur.

Cependant l'événement qui avait amené cette! faiale catastrophe n'aurait point eu d'aoires suites, si l'-auieur de ce premier attentat n'avait voulu en commettre un second, pour usurper la premiè.e autorité , et se ménager par là les^ moyens de . pouvoir mellfs a exécasioa ses infâmes projets ,

d'allumer la guerre civile , et de ramener ia population sous ie joug de la France et de Tesclavage , îi ne faut avoir que les simples données du bon sens pour se convaincre de ces grandes védlës ; il avait prétexte le désordre qui régnait dans le gouvernement pour commettre le premier crime ; quel prétexte pouvait-ii avoir pour vouloir com-

anettreunsecondcrimeaussihorrible? Henry avaitïl usurpé la première autorité ? L*avait il même demandée ? non , puisque les renés du gouvernement lui avaient été dévolues par les vœux U laaimes des chefs et du peuple des trois provinces du royaume , comme général en chef de î'armée et comme le plus ancien des généraux d'Hayti ; avait -il abusé de ses pouvoirs ? non , puisqu'il n'avait pas encore gouverné l'Etat ? Quelles causes, quelles raisons, quels motifs assez puissans, assez légitimes, existaient-ils donc pour porter un peuple de frères à prendre les armes et à s entr'égorger les uns par les auîres? aucun sans doute ; n'avait-on pas tout droit d'espérer du gouvernement d'un chef vertueux , qui avait toujours résisté a la corruption , qui , étant simple colonel, général de brigade , de division , et ensuite général en chef de l'armée, avait toujours donné l'exemple des vertus, des bonnes mœurs et de la discipline? il ni^:ikiaiidoac aucune cause légitime qui eût pu

C 69 3 ^ nous conduire à eet^e c.» uelle extr^mîlë ; pourquoi donc n'avoir pas tout espéré de son grouv^^rnemenl? Mais Henry éiait noir , il voulaii îa liberté de ses frères et l'indépendance de son pays; et Pétion était français, il voulait ramener le pays sous ie joug de la France et de l'esclavage. Telle est Forigine et la cause de nos guerres civiles et de nos malheurs.

Que les partisans de Pétion examinent sa conduite récente avec Dauxion Lavaysse, espioii français , ils seront convaincus de ces grandes vérités.

C'est au commencement d'une guerre civile que Henry fut proclamé Président d'Hayti , et c'est à cette époque même qu'il s'occupât du projet de réforme universelle qu'il nourrissait depuis lon^* temps dans son cœur.

Son premier soin fut de rétablir l'ordre dans les finances , en adoptant un syslème sage et économique : tout à coup, il se fii un grand changement dans la moralité, les mœurs et les manières du peuple : aux vices odieux succéda l'amour de l'honnête et du beau ; ie travail , l'activité , la sobriété prirent la place de la paresse , de l'indolence et de la débauche ; alors il était honorable d'être vertueux , chacun s'efforça de le devenir, ^

Liusiituûon sublime de la monarchie 5 ea

donnant au gouvernement une forme stable e/t solide, nous obîigpa de faire des progrès immenses vers la civilisaûon ; il fallait avoir de l'urbaniré , de !a courîoisie , des mœurs , pour paraître à la cour , et bientôt les mœurs de la cour se répandit dans toutes les classes de la socie'të.

Jusqu'alors , à défaut de nos propres lois , î^ justice s'administrait sur les ièglemens et ordonïiances de nos tyrans : !a crëalion du Gode Henry vint changer totalement la face des choses , et fit disparaître Jusqu'au dernier ves-ige du rétrîme colonial : ce code , ne seraît-iî que le seul onvrao;e d'Henry , suffirait pour immortaliser son nom ! da !vs les négociations , i! eViîa par sa sagesse de tomber dans les pièges de nos ennemis implacables ; il sut dëjouar leurs coupables projets et repousser avec borreur leurs odieuses propositions ; et par son énergie et son courage , il releva la gloire du peuple haylien !

Ferme et sage avec les ennemis du d hors , il s'est montré humain , grand e; généreux envers les hayliens égarrés ; avec des mr^yens puissans , malgré les provocations d'un insensé , il évita sagement de faire couler le sang haylien , tant pour notre conservation mutuelle que pour ne pas donner des sujets de joie et de triomphe à nos implacables ennemis l II s occupa sans relâche

èts moyens pour affermir notre liberté et notre indépendance ; nos citadelles furent ravîtailiëes et mises en ^làt de soutenir des sièges pendant plusieurs années ; l'armée fut mise sur un pied formidable , et la poî)ulation entière reçut des armes* Ce premier soin remplit celui de notre conservalion , il s'occupa de notre prospérité intérieure , en tournant ses regards vers l'agriculture et i'ins- Irucîîon publique.

L'instruction publique ! à la vue des bienfaits qu'elle va répandre sur le peuple haytien , ciuelles actions de grâce et de reconnaissance ne devonsnous pas a noire Roi généreux ? Déjà les écoles nationales commencent à s'établir sur le plan el îa mélbode de Lancaster ; bientôt sera établi 1© collège royal d'Hajtî , où nos jeunes gens pouctont s'élancer dans les hautes sciences.

Déjà une académie de dessin et de peinture est établie dans la ville de Sans-Souci.

Des appointemens honorables ont été fixés par le gouvernement aux professeurs et maîtres d'école qui viennent pour se dé vouer à l'instructioti

"de ta jeunesse,

A l'exemple des Charléitiagne , des Alfred éî -"des Pierre-le-Grand , ces bienfaiteurs de leurs peuples . Henry veut introduire dans le royaume

im scfencQS el ks am , il veut mm faire le plus beau

présent qu'un Roi puisse faire à son peuple , celuî de l'instruction et des lumières !

Tandis que nous marchons à grands pas vers la civilisation , nous faisons la triste expérience de fiiifluence que les gouvernemens ont sur les peuples : tandis que nous parcourons une nouvelle et glorieuse carrière, sous un Roi sage et éclairé par une conséquence bien funesre, mais naturelle, !a portion de nos compatriotes qui gémissent sous le joug d'un trâîîre , incapable de les gouverner , sMrapiègnent de tous les vices , oublient la liberté et la gloire qi^ils ont acquises au prix de tant de sang et de saci Ti «es , tombetU dans la barbarie et dans le dernier degré d'avi'issement î

E:ipérons que nos conciiojens , nos fi ères , ouvrirons les jeux sur leur déplorable situation ; ah ! s'il ne s'agissait que de leur démontrer leurs vraisintëre s, pour les faire rentrerdans le devoir , pour les ramener à la raison , pour les faire aimer ce qui est juste, bofi et sage, ma faible voix serait écoutée sans dou e ?

Nous n'avons fait que toucher les points élevés que nous avons parcourus ; arrêtons un instant nos regards , et vojons ce que nous étions en 1789 > ce que nous sommes maintenant , et ce que nous pouvons être , si nous sommes constans et sages ,

si

sî nous persévérons à vouloir être un penpîe civilise , libre et indëpendant !

Quel prodigieux changement ! Tout est disparu^ tour a changé de face ! on ne peut retrouvei' riiaytien de 1789 , et on reconnaît à peine celui de Tan F*" de l'indépendance î Nos mœurs , nos manières , nos habimdes , ne sont plus les mêmes | ce n'est plus les mêmes hommes , ni le mêm@ gouvernement , ni le même peuple : tout a changé de forme 5 tout s'est perfectionné , tout s'est consolidé"; on ne reconnaît plus ce peuple malheureux» abruti sous le poids de. Fignorance et de fesclava^^e; en sa place, on retrouve aujourd'hui de bosi^ pères de famiiies , de laborieux cuilivaîeors # pratiquant les bonnes mœurs ei les vertus sociales | on y retrouve une familie de souverain magnanime , une noblesse héréditaire , des généraux,, des magistral s , une aimée nombreuse et agoerrie ; tous enfin sont sortis de ce peuple, jadis si humilié j^ si déf>Tadé : quelle leçon pour le monde !

C/est à ce Monarque législateur, ô mes concitoyens î c'est à Henry que nous devons cet éfat d© gloire et de prospérité î c'est à ses veilles, à ses peines et à ses travaux que noos devons celte iranquilliîé profonde qui règne dans nos villes et dans nos provinces; eette amélioration <jui se fait sentir dans 1@

gouvernement et dans toutes les classes de h

sociëré î Ces heureux résiihaîs ne sont pas le fruit du hazarri , m^^isbien le produit des sagps combinaisons d'un Souverain qui inesure ses pas et ses actions , et marche toujours graduellement, sans prëcipiraûon , vers le grand but qu'il se propose d'atteindre !

Blenfôr quatorze ans d'inde'pendance sont ëcoules , et nous n'avions pas encore paye un juste tribut d'hommages aux guerriers qui sont morts au champ d'honneur pour cette sublime cause ; il manquait à la gloire et à la reconnaissance du peuple hajtien un monument qui attestât aux siècles à venir nos immortels trf^vaux î le Roi a Satisfait à la dette de la nation , en décrétant qu'une colonne de granit serait ëiëvée au miiieu de la place de la ciiadelje Henry, à la liberté et à i'indëpendance î O Her^ry , poursuis tes glorieuses destinées ! que ion âme acuve et passionnée pour la gloire nous inspiie l'amour de la patrie , de la liberté et de iVidependance , et nous élève à toui ce qui esi uiile et grand ! Tu nous a donné des instii niions ti des lois ; tu veux nous éclairer ç en inirouuisant les sciences et îesflt sarts ; tu veux faire de nous un grand peuple ; lu viens d'élever une colonne à la liberté ei à l'indëf eodaoce l poursuis , il ne iïiaiig[uera liea à ta

f 7^ 1 gïoïVô î Quoi ? nous v ;ynns de toutefî parts s'ëlevei^

des monurneds , des e>ljël5sques , fies arcs de triomphes , poui' manif-ster le souvenir d'un© bataille ou d'un événement ordinaire, et nous qui avons des souvenir^i glorieux à perpétuer;nous qui sommes libres et indëpendans, nous n'avions pas un monument , pas une colonne , qui attestât aux siècles à venir le souvenir de ce glorieux événement î O regret 1 ô doaleur amère ! les ossemens ëpars des guerriers morts pour l'indépendance dans les champs de la Grête à-Pierrot , de la Tannerie , du Haut-du Gap-Hemy . à la plaine du Gul-de-Sac , dans les mornes du Petit- Goave et de Tiburon , avaient blanchis sur la poussière , sans qu'ils ait^nt eu un monument élevé par la reconnaissance nationale , poue recueilli": leurs cendres î et nous sommes leurs frères , et nous jouissons da fruit de leur sang répandu 1 O Henry , prince magnanime et généreux î élève à ta gloire cette immortelle colonne où sera gravé sur le bronze les noms des iliosfrés fondateurs de l'indépendance ; les noms des traîtres qui ont trahi cette cause sublime et sacré® y seront effacés 5 cruelle leçon ♦ mais jus*e châdi ment pour ceux qui ont renoncé à ^'honneur et à îa pauie ! . ., . Elève, dis je , cere colonne immor-i'*

f 7^ î €p3e fon g^nîe créa pour la défense de l'Indépeo* dance ; c'est en l'embrassant et en lui faisant ua rampart de nos corps que nous serons invincibles | qu'un jour, tel qu aux jeux olympiques, le pèra en y conduisant son fils puisse lui dire, en regar» dant ce monument i Tu vois dans quel pays tu es né, on y honore tout ce qui est grand ; et coi aussi mérite un jour que ton pays t*honorô î

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AuCaj>Eenry , 6hea ?• Roux , imprimeur du Il©V

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