C RELATION SUR UNE ÉPIDÉMIE
dition qui place dans l'une de ses ulontagnes, le Nyon, une très riche mine d'ètain, autrefois exploitée, et dont le gisement, aujourd'hui ignoré, serait sans doute facile à retrouver.
Il y a à Morzines même plusieurs sources sulfureuses alcalines froides, peu abondantes il est vrai, mais dont les habitants et la contrée pourraient très utilement faire usage .
J'ai considéré comme une des causes de l'état moral de la population, son complet isolement, l'absence de tout frottement avec des hommes ayant d'autres idées et plus éclairés ; je viens de dire qu'une route serait un très bon remède, mais il en est un autre qui, peut-être, pourrait. être appliqué plus immédiatement.
Ce serait une légère modification dans les circonscriptions cantonales.
Le chef-lieu du canton dont ressortit Morziues est le Biot, village de 750 âmes.
Le canton peut se diviser en deux parties : la partie basse, qui s'étend du Biot au pont de Bioges, et la partie haute, qui du Biot va jusqu'à Morzines inclusivement.
Toutes les communes qui composent la partie basse ne forment ensemble qu'une population de deux mille et quelques cents âmes et ne payent proportionnellement à la partie haute qu'un impôt qui est :: 34 : 100»
Pour les affaires judiciaires, la différence est bien plus grande encore : 15 pour 100 d'un côté et 85 de l'autre.
S'il m'avait été possible de pousser plus loin ces divisions, il eût été facile de démontrer qu'à Morzines revient la plus grosse part dans ces chiffres.
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farjrzines a l'inconvénient d'être un point extrême; cela est vrai avec les délimitations existantes, mais le serait moins en les changeant; il ne manque pas en France de chefs-lieux de canton qui sont dans le même cas.
La partie basse du canton actuel aurait tout avantage à être rattachée an canton de Thonon, et pour Morzines devenir chef-lieu de canton est moins une question d'intérêt qu'une question d'hygiène morale; les fonctionnaires et employés qui viendraient nécessairement s'y fixer, seraient autant de missionnaires devant lesquels les erreurs, les croyances, causes de tout le mal, ^efdrâietlt chaque jour de leur influence.
Le nouveau curé, aù mérite et aux lumières duquel chacun rend justice, s'efforcera certainement d'atteindre ce but, mais les moyens d'action ne sauraient être trop multipliés.
Depuis ld première publication de cette brochure, j'ai reçu i de Morzines quelques renseignements.
Comme je le redoutais, les malades que j'avais fait disperser sont rentrées aussitôt après mon départ (8 juillet 1861).
Pour beaucoup d'entre elles, ce retour trop prompt fut la cause d'une nouvelle rechute, de la réapparition des crises i convulsives.
L'autorité locale dut alors intervenir et recommencer les expulsions; mais au lieu.de procéder en masse, ainsi que
j'avais fait, on se contenta d'envoyer les malades successivement, par groupe de dix à quinze, dans des hôpitaux plus ou moins éloignés.
Ce moyen a réussi, mais il a demandé beaucoup de temps; des malades renvoyées guéries retombaient, dès qu'elles redevenaient témoins des convulsions de quelqu'une de leurs voisines, et c'était pour elles à recommencer.
Je ne sais si dans ces hôpitaux on a cherché et si l'on a réussi à leur faire suivre un traitement; sans vouloir diminuer en rien le mérite de ce qui a pu être fait, je crois toujours que ce qui a dû être le plus efficace a été l'éloignement et une meilleure hygiène.
Une dernière lettre, de la fin de décembre 1862, me dit que l'on ne connaît plus de malades ; que s'il en existe encore, elles se cachent sans doute et doivent être alors en très petit nombre.
Non;. — M. de Mirville, dans sa Pneumatologie (t. II, 1863), et M. Allan Kardec, dans sa Revue spirite, examinent à leur point de vue l'épidémie de Moraines.
Le premier donne pour des preuves irrécusables tous les contes qui ont cours dans le pays, les déclarations de l'ancien curé, les procès-verbaux que j'ai transcrits ou mentionnés, dont il désigne quelques-uns des signataires ; mais il n'a pas pris garde que, comme il le fait lui-même, ils ont souvent accepté pour vrais et sans aucun contrôle des faits qu'ils n'ont pas vus, qui leur ont seulement été racontés.
Deux médecins exercent dans la contrée : le véridique, l'homme éclairé qui seul a bien vu, c'est celui qui a cru à la
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possession ; l'autre ne sait ce qu'il dit, pas plus que les médecins étrangers qui ont visité les malades de Morzines.
Non-seulement ce sont là les preuves de M. de Mirville, mais il énonce, très involontairement, je n'en doute pas, des faits absolument taux et en nie qui sont absolument vrais : par exemple, la frayeur, comme dernière cause déterminante de la première manifestation de la maladie. Tout le pays niera la frayeur } dit-il. Eh bien ! je dis : Tout le pays, y compris la mère de la malade, attestera et m'a attesté la frayeur pour cette enfant (sans parler ici de la crainte d'être prises que la plupart des possédées avouent avoir éprouvée bien avant leurs crises).
M. de Mirville m'accuse d'avoir ajouté des désespoirs nouveaux à tous ceux que je ne pouvais adoucir. Si ses renseignements avaient été plus exacts ou plus complets, il aurait pu connaître les sentiments à mon égard de tous ces braves gens de Morzines; j'ai eu et j'ai encore assez souvent la preuve que ce ne sont pas précisément ceux que l'on accorde à un tourmenteur, et c'est pour moi la plus douce récompense de ma pénible mission.
M. de Mirville me reproche encore, ainsi qu'à un autre médecin, d'être parti de Paris avec une opinion toute faite ; je puis à bon droit, s'il veut bien me le permettre, lui renvoyer ce reproche : nous serions alors ex œquo sur ce point.
11 n'est pas allé à Morzines, il s'est arrêté à Thonon ; non certes qu'il ait eu peur des diables, mais du chemin ; il ne se croit pas moins l'homme le mieux renseigné.
M. Allan Kardec a fait le voyage complet. Dans les numéros de décembre 1862 et janvier 1863 de sa Revue spirite, il a déjà publié deux articles, mais ce ne sont que des préliminaires; l'examen des faits viendra avec le numéro de février. En attendant, il nous avertit que l'épidémie de Morzines est semblable à celle qui sévissait en Judée du temps du Christ. C'est bien possible.
Au risque d'encourir le blâme de quelques lecteurs qui trou-
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Il ne faudrait pas cependant se méprendre sur le but de mon invitation ; plus il y aura de lecteurs sérieux des œuvres (lu spiritisme, et plus tôt il sera fait justice complète d'une croyance, d'une science, dit-on, sur laquelle je pourrais peutêtre r.squer une opinion, après avoir tant de fois constaté un de ses résultats : le contingent assez remarquable qu'elle fournit, chaque année, à la population de nos asiles d'aliénés