RELATION SUU UNE ÉPIDÉMIE
qu'elle m'avait déjà faite : je ne voyais que ses jambes, ajouta- t-elle, et je ne l'ai reconnu que parce qu'il chantait, à sa voix.
Le sapin en question n'a pas 50 mètres, mais 25 ; ce qui ne fait rien au fond, mais prouve une fois de plus l'habitude de tout exagérer. Son accroissement paraît depuis longtemps très lent, car les branches, toutes très fortes, sont peu distantes les unes des autres et très serrées ; les plus élevées paraissent grosses au moins comme le poignet ; dans toute la hauteur elles forment une succession de couronnes ou de berceaux superposés, à travers lesquels il serait peut-être difficile de tomber.
L'arbre a encore sa flèche, très courte il est vrai, telle que l'est celle d'un arbre qui croît très lentement; si la tête de l'enfant y avait été posée, les jambes n'auraient pas été seules visibles, mais tout le corps aussi et la tète elle-même. Il paraît donc évident que la tête de l'enfant était tout simplement posée sur les dernières branches, si tant il est vrai, ce que je ne voudrais point affirmer, qu'il se soit placé la tête en bas. La mère reconnaît bien que de la place qu'elle occupait, elle voit la cime de l'arbre, mais c'est égal, elle ne voyait que les jambes de son fils et il avait la tête sur la cime.
En ne lisant que l'exposé de ce fait, il peut paraître très extraordinaire, il le devient beaucoup moins quand on a vu l'arbre. Le moindre clown et même un enfant habitué aux exercices gymnastiques en feraient certainement autant.
Tl suffit, pour accomplir des tours semblables, de n'a-
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voir pas peur; l'habitude et certains états pathologiques diminuent ou font disparaître ce sentiment.
Le jeune T... réunissait ces deux conditions, il avait l'habitude et il était dans un état somnambulique.
Il n'est personne qui n'ait traversé un fossé sur une planche étroite ; si cette planche avait été à 10 mètres du sol, aucun n'aurait osé y poser le pied, et un acrobate serait passé sans hésitation.
Tout le monde connaît les observations assez fréquentes de gens qui, dans un accès de somnambulisme, se promènent sur les toits, et qui, clans leur état normal, n'oseraient pas monter sur un mur de jardin.
Ce n'est pas seulement quand il est grimpé sur son arbre que le jeune T... a eu des accès de somnambulisme, on l'a vu plusieurs fois dans le môme état, allant et venant.
M. le docteur Lunier citait, il y a quelques années, une modiste de Blois, qui, dans la même situation, faisait des ouvrages plus délicats qu'elle n'en savait faire éveillée, et allait pendant son sommeil somnambulique dans les différentes parties de la ville où l'appelaient ses affaires.
Il faut donc se tenir pour bien assuré que tout ce qui s'est dit à Morzines, une fois ramené à la vérité,. se trouve considérablement réduit ; chacun a fait son conte et a voulu surpasser les autres conteurs.
Ces exagérations se retrouvent dans toutes les relations des épidémies du même genre.
Quand bien même quelques faits seraient réels de tous points et échapperaient à toute interprétation,
serait-ce un motif suffisant pour leur chercher une explication au delà des lois naturelles? Autant vaudrait dire que tous les agents dont le mode d'action reste à découvrir, tout ce qui échappe à notre analyse est nécessairement surnaturel.
Tout ce qui s'est vu à Morzines, tout ce qui s'est raconté surtout, pourra bien, pour quelques personnes, rester le signe manifeste d'une possession, mais c'est aussi très certainement celui de cette maladie complexe qui a reçu le nom d'hystéro-démonomanie.
Personne, il est vrai, n'a dit et ne dira probablement jamais pourquoi une idée donne des convulsions; mais qui donc a jamais dit la cause absolument essentielle du moindre fait? La démonstration des vérités mathématiques elles-mêmes ne peut-elle pas être souvent suivie d'un : pourquoi?
Sans chercher des explications impossibles ou hasardées, m'en tenant à ce qui résulte de l'observation : qu'une cause ou des causes agissant au milieu de certaines conditions ont souvent produit un effet déterminé, si IhVii qu'il serait permis de dire que cet état pourra être produit à volonté, toutes les fois que les mêmes causes agiront dans les mêmes conditions, je terminerai ce chapitre comme Marescot finissait son rapport sur Marthe Brossier, mais en appliquant aux narrateurs, et non aux malades, la seconde partie de la phrase : A naturâ multa, plura ficta, à dœmone nulla.
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A quel titre convient -Il <le faire entrer les malades iiiuis le floniaine pathologique ?
En résumé, on vient de voir un pays dont le climat est rude et la température très variable, où l'hystérie a été de tout temps réputée endémique ; une population dont la nourriture, toujours la même pour tous, plus pauvres ou moins pauvres, et toujours mauvaise, est composée d'aliments souvent altérés, qui peuvent provoquer et provoquent des dérangements dans les fonctions des organes de la nutrition, et par là des névroses particulières; une population d'une constitution peu robuste et spéciale, souvent entachée de prédispositions héréditaires; ignorante et vivant dans un isolement à peu près complet; très pieuse, mais d'une piété qui a pour base la crainte plus que l'espérance; très superstitieuse, et dont la superstition, cette plaie que saint Thomas appelait un vice opposé à la religion par excès, a
i été plus caressée que combattue ; bercée par des contes de sorcellerie qui sont, en dehors des cérémonies de l'Église, la seule distraction que n'a pu empêcher une sévérité religieuse exagéréè; d'une imagination vive, très impressionnable, qui aurait besoin de quelque aliment, et qui n'en a d'autre que ces mêmes contes ou
t ces mêmes cérémonies.
Dans ces conditions physiques et morales, cette population a tout à coup remarqué, parmi quelques-uns de ses membres, un état particulier, pour elle tout à fait inconnu et dont les manifestations semblaient dépasser les bornes imposées par la nature.
Sous la pression de tant de causes, d'influences réunies, cet état indéfini, mais auquel on avait bien vite donné un nom, assigné une cause, se propagea rapidement, s'aggrava, et devint par la contagion de la peur, par imitation, autre cause de contagion tout aussi active, une véritable épidémie, s' attaquant toujours et principalement, dans sa forme la plus grave, aux enfants, aux jeunes filles, aux femmes, c'est-à-dire aux personnes dont rimpressionnabilité, la sensibilité nerveuse étaient plus grandes.
Le mot de possession était dans tous les esprits et dans toutes les bouches, quand celui de maladie était le seul applicable et aurait dû être seul prononcé.
Si toutes les personnes atteintes par cet état singulier sont des malades, à quel titre convient-il de les faire entrer dans le domaine pathologique?
Elles ont une idée fixe, dominante, que rien ne peut ébranler; elles sont possédées par un ou plusieurs démons toujours présents, mais tour à -tour calmes ou irrités, qu'elles ne voient point d'ordinaire, mais qu'elles sentent et entendent se mouvoir et parler en elles, dans leur estomac, dans leurs intestins; elles éprouvent donc des illusions, des hallucinations sensoriales et viscérales, qui, dès qu'elles se sont produites une fois, restent dans leur esprit comme des réalités, et amènent à leur suite des
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conceptions délirantes, toujours à peu près les mômes chez toutes les malades, et n'offrant d'autres variétés, et l encore rarement, que celles que peuvent leur imprimer l'âge, l'individualité.
Ces conceptions provoquent des convulsions fréquentes et un délire violent pendant lesquels les malades peuvent ; perdre la conscience de leur personnalité ; mais ce délire wiolent qui accompagne presque toujours les convulsions ne dure dans son expansion que ce que durent celles-ci, et cède bientôt la place à une disposition mélancolique qui n'exclut point la raison sur les choses (étrangères à l'idée, mais qui modifié notablement les entiments affectifs.
Cette disposition mélancolique se remarque à un plus aut degré chez les malades qui ont dépassé le temps e la jeunesse, même chez ceux qui n'ont jamais eu 'accidents convulsifs, tout en éprouvant des symptômes lus ou moins graves, et principalement chez les hommes; eux même qui ont le mieux résisté jusqu'à ce jour, prouvent tous ou presque tous une anxiété, une sorte e tristesse épigastrique, qui n'est que le premier degré 'un état mélancolique ou seulement hypochondriaque, ui tend chaque jour à se prononcer davantage. On pourrait se dire peut-être que tout ce qui a été bservé ou s'observe chez les malades de Morzines, n'est e le résultat des croyances dans lesquelles elles ont é élevées, et que rien dans leurs idées ne s'écarte de raison commune, car pour elles, dans l'isolement e leur existence, la raison commune, c'est la raison de ur village ; mais les croyances sont bien anciennes et
la maladie Comparativement bien récente : ce serait étendre à un état général et fort complexe ce que le savant M. Parchappeet M. Brierrede Boismont ont dit seulement de l'hallucination, ce qu'ils n'ont certainement pas entendu appliquer à des cas de ce genre.
S'il peut exister des hallucinations chroniques plus ou moins continues, regardées par l'halluciné comme des sensations vraies, qui soient compatibles avec une raison complète, ce ne peut être quand ces sensations provoquent un état physique, des paroles, des actes qui s'éloignent autant de l'état, des paroles et des actes qui étaient habituels avant leur apparition ; la raison ne saurait donc être entière pendant la durée de cet état, quand se disent ces paroles, se consomment ces actes.
MM. Esquirol et Galmeilj dans les descriptions (puis ont faites des épidémies de même nature.- observée! dans les siècles passés, n'ont point hésité à considérer les malades de ce temps-là comme des aliénés.
Les malades de Morzines peuvent-elles être autremeut classées ? Je ne le pense pas, puisque chez elles on retrouve tous les caractères principaux de la maladie décrite par les hommes éminents «pic je viens de nommen
Les phénomènes remarqués n'ont pas tout l'éclat de ceux de Loudun par exemple, mais le mal est le même, et la cause des quelques différences dans les effets est facile à saisir : d'un côté étaient des femmes instruites» de l'autre ne sont que de pauvres paysannes fort ignorantes.
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Inutilité «Ion agent* pharmaceutiques. — Moyens moraux. Intimiilntion. — Dispersion des maludes. — Résultat.
« Une maladie morale à guérir, c'est une éducation refaire. »
Jamais ce principe n'a été d'une application plus nécessaire.
Ce n'est donc point à la pharmacopée qu'il faut demander les moyens de faire disparaître la maladie dont ! viens de retracer le tableau.
J'ai cependant voulu expérimenter quelques médicanents, mais ma tentative a été sans succès; les malades aient tellement persuadées que tout médicament deit leur être plus nuisible qu'utile, leur conviction était bien arrêtée, que celles qui consentaient à essayer elque chose accusaient des souffrances atroces après moindre cuillerée d'une simple potion calmante : j'en vu auxquelles je n'avais donné, pour les éprouver, e de l'eau sous les apparences d'une potion, se plaine et se tordre sous l'étreinte de la douleur gastralgique ovoquée par une cuillerée de cette eau, ou plutôt par éeque son ingestion ramenait, i L'administration de tout médicament était d'ailleurs s difficile; il n'était pas possible de laisser des subces actives en de pareilles mains : ou les malades
n'auraient rien pris, ou elles l'auraient fait tout autrement qu'il ne leur aurait été prescrit, et l'on se serait exposé à des accidents toujours fâcheux , qui auraient eu ici une portée bien autrement grave encore que clans toute autre circonstance.
Pour faire prendre des médicaments de manière à en mesurer et constater les effets, à éviter tout danger, il aurait fallu pouvoir les administrer soi-même; mais les habitudes, l'éloignement, les courses perpétuelles des malades, rendaient matériellement impossibles ces précautions pourtant indispensables.
Chez quelques-unes, celles que je pouvais voir plus souvent et plus régulièrement, j'ai bien obtenu un amendement momentané dans la fréquence et la violence des crises; mais je n'ai jamais pu réussir à les faire persévérer assez longtemps pour savoir si je serais arrivé à un résultat plus satisfaisant, plus complet, ni môme pour être bien sûr que c'était aux médicaments qu'elles devaient l'amendement survenu.
J'ai employé tous les moyens connus dont j'ai pu disposer, mais je crois que rien ne pouvait réussir, et j'avais, je l'avoue, tout tenté sans conviction, sans rien espérer : impuissants à détruire la cause du mal, les remèdes ne pouvaient le guérir; efficaces dans d'autres conditions, clans un hôpital approprié peut-être, leur action devait être nulle au foyer de Yinfection ou insuffisante.
Les seuls malades auxquels un traitement a été profitable, malheureusement le nombre de ceux qui ont voulu s'y soumettre n'a pas été grand , sont ceux qui,
sans avoir de convulsions, éprouvaient tous les autres symptômes de la maladie.
Dans ce cas, des vomitifs, l'émétique en lavage, des purgatifs associés aux vermifuges pour les enfants principalement, ont produit de bons effets, surtout quand j'ai pu soumettre après les malades à l'usage des toniques, du vin de quinquina ou de gentiane et à une
i meilleure nourriture.
La gentiane serait, pour les habitants de ce pays, un
- excellent médicament contre l'apparition de la plupart des affections gastro-intestinales qui les tourmentent,
tet elle croît partout en abondance.
L'atmosphère morale au milieu de laquelle vivent les malades est pernicieuse. Un seul homme, le curé, s'il eût été dans une autre situation vis-à-vis delà population, aurait pu exercer une influence salutaire en faisant entendre à tous le langage de la raison ; il l'a tenté dans les derniers temps, mais ses convictions anté- Tieures lui avaient enlevé tout crédit dans ce sens.
Les contes de faits merveilleux continuaient, l'irritakion contre les prétendus sorciers ne' se calmait point; 11 était indispensable pourtant de chercher à y mettre iiîn et d'empêcher le renouvellement des scènes du mois l'avril, car elles étaient un péril pour les uns et une eause de surexcitation de plus pour tous.
Les seuls moyens qui eussent jusque-là arrêté les rrises étaient des moyens moraux : l'intimidation pa- 'ernelle chez les enfants, les exorcismes, des pèlerinages hez les autres, le magnétisme pour quelques-unes;
mais exorcismes, pèlerinages, magnétisme, avaient été loin de réussir toujours, et quand les crises ont été arrê* tées par ces moyens, ce n'a été très généralement que pour des semaines, des mois, une ou plusieurs années pour quelques rares privilégiées, mais presque toujours il y a eu rechute.
C'est que ces moyens, tout en calmant l'imagination momentanément, ne détruisaient pas la cause première, la croyance à la possession, la confirmaient au contraire, les exorcismes surtout; les malades conservant leur idée, restant dans le même milieu générateur des causes, ne lardaient pas à voir renaître toutes leurs appréhensions, puis leur gastralgie, synonyme pour elles d'une nouvelle invasion de diables, et peu après les convulsions.
Il fallait donc recourir aussi à des moyens moraux, inais d'un autre ordre que ceux déjà employés.
Le premier, s'était de solliciter de l'autorité ecclé* siastique, dont j'avais pu apprécier les bienveillantes dispositions, le changement du curé et son remplacement par un homme dégagé de toute solidarité avec les idées reçues à Morzines.
11 fallait forcer les malades à rompre les relations continuelles qu'elles avaient entre elles, pour empêcher ce qui arrivait journellement, que les impressions de l'une, lui donnant une crise, n'en provoquassent chez les autres, chacune ayant bien assez de sa propre excitation, sans aller emprunter celle de ses voisines, les crises appelant les crises.
11 fallait de plus et surtout les soustraire aux regards
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de celles que le mal n'avait pas encore atteintes ou complètement envahies, car la vue conduisait à l'imitation et devenait la principale voie de propagation du mal. La vue des angoisses d'aullruy m'angoisse, disait Montaigne. Ces angoisses, sans cesse renouvelées et même recherchées par l'attrait d'une curiosité, d'un vertige jamais rassasiés, devaient cesser sous peine de voir augmenter le nombre des victimes.
Mais la persuasion n'aurait pu suffire pour arriver à ces fins, et les mesures qu'elles devaient nécessiter pouvaient soulever une vive opposition, j'en avais acquis la certitude.
M. le curé lui-même, se faisant illusion, j'ai pu m'en convaincre plus tard, sur la nature de son influence, m'avait averti qu'il ne répondait point de ce qui arriverait, s'il était question de son changement.
Je me décidai alors, pour éviter des résistances possibles, et surtout pour arrêter ces pauvres gens sur la pente des entraînements auxquels je les voyais si disposés, et dont ils auraient pu, d'un instant à l'autre, avoir à rendre compte cà la justice, à demander l'envoi d'une brigade de gendarmerie et d'un petit déta-
i cheinent d'infanterie.
Leur arrivée produisit ce que j'avais espéré : une intimidation générale et la conviction que l'autorité était
i bien décidée à recourir à tous les moyens pour atteindre
I le but.
J'avais espéré aussi pouvoir tirer parti de la présence fi de ces quelques militaires pour produire autre chose llencore que de l'intimidation ; j'aurais voulu les mettre
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en rapports continuels avec les habitants qui, ne voyant jamais d'étrangers, ne trouvent jamais de contradicteurs ; en faire des combattants de l'erreur et des sottes croyances; mais l'autorité militaire, mal renseignée sans doute, et s'exagérant le danger qu'auraient pu courir ces hommes en s'isolant les uns des autres, avait donné des ordres qui ne me l'ont pas permis.
A partir de ce moment, il ne parut plus de charlatans venant exploiter la crédulité publique, les histoires merveilleuses ne se produisirent plus que timidement et à la dérobée, et il ne fut plus question ni de tuer ni de brûler personne.
Il y avait d'ordinaire, tous les dimanches, des crises dans l'église pendant la messe, car, malgré leur répugnance pour les choses religieuses, des malades s'y rendaient toujours. Je fis circuler le bruit que -la ■gendarmerie emmènerait quiconque troublerait l'office, et l'on ne bougea plus; il en fut de même pour les crises dans les rues. Ce qui prouve bien ce que peuvent la volonté et l'observation de soi-même pour l'apparition ou l'éloignement des crises; j'ai eu l'occasion de le remarquer souvent, mais non chez toutes les malades.
11 en est de même des préoccupations. Un jour, je trouvai réunies les six plus furieuses de toutes les'malades ; toutes avaient de très fréquentes crises pour les moindres causes. Dans une de mes précédentes visites, elles m'avaient assailli en me lançant tout ce qu'elles trouvaient à leur portée, et s'étaient précipitées sur moi en me menaçant de toutes les fureurs de leurs- diables, menaces qui; pour elles, ne sont pas éloignées de l'action;
D'HYSTÉRO-DÉMONOPATHIF. EN 1861. 113
au moment où j'arrivai près d'elles cette dernière fois, on venait de leur dire que j'inscrivais les noms des malades pour faire mettre en prison celles que je verrais en crise.
Pas une ne bougea, et cependant je restai longtemps près d'elles et fis tout ce que je pus pour les irriter et provoquer des crises.
Une autre, qui avait aussi des crises très fréquentes, et qui savait que je la faisais surveiller de très près, resta toute une semaine sans en avoir, parce qu'elle ne voulait pas aller à l'hôpital et prétendait me prouver qu'elle était guérie.
Une autre encore, dont le mari avait été arrêté préventivement et avait obtenu sa liberté sous caution, courut pendant une dizaine de jours pour réunir la somme exigée; pendant ce temps elle n'eut pas une seule crise, mais elles revinrent dès que la préoccupation eut cessé.
J'avais fait préparer une salle dans lbôpi tal de Thonon , et je commençai à y envoyer les plus malades, avec l'intention bien arrêtée de ne considérer Thonon que comme une première étape, et de demander leur translation dans un asile d'aliénés, si, comme je ne le craignais que trop, le séjour dans cet hôpital n'était point suivi de guérison.
La direction, la surveillance médicales dans les petits hôpitaux ne peuvent être en général assez actives, assez continues, la vie de chaque instant ne peut y être assez réglée pour de pareilles malades; aussi l'épreuve réussit d'autant moins, qu'on ne sut pas ou qu'on ne put pas se
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rapprocher, comme je l'avais recommandé, des conditions d'un asile.
Le zèle des administrateurs, pas plus que celui des médecins, MM. les docteurs Noël et Tavernier, n'avait pourtant point failli à la mission qu'ils avaient généreusement acceptée ; on ne peut donc accuser personne, sinon l'hôpital lui-même, dont l'organisation n'a pu se plier aux nécessités d'un service aussi spécial.
Je ne veux pas dire cependant que des malades ne pourront pas guérir dans des hôpitaux; car, indépendamment de tout traitement, l'éloignement de leur commune, le changement d'air, de nourriture, l'absence de causes excitantes, si l'on sait les éviter, pourront suffire pour amener la cessation des crises; mais il est à craiudre, justement en raison des difficultés de la direction et de la surveillance médicales, que, dans quelques cas, les guérisons ne soient pas beaucoup plus solides que celles déjà obtenues par des exorcismes, des pèlerinages; les malades pouvant, et je suis certain qu'elles n'y manqueroulpas, attribuer leur guérison à des influences tout autres que celles du traitement qu'on aura pu leur faire suivre, c'est-à-dire aux aumôniers, aux religieuses plus qu'aux médecins : ce qui leur laisserait et confirmerait pour elles l'idée génératrice de leur maladie, la maladie elle-même, dont les manifestations seraient toujours exposées à renaître si l'action religieuse n'a pas été assez mesurée, n'a pascombaltu les exagérations superstitieuses et a laissé subsister les croyances erronées.
11 devrait y avoir une sorte de lazaret moral où l'on
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pourrait enfouir, aussitôt qu'ils se montrent, les désordres moraux ou nerveux dont la propriété contagieuse est établie, a dit mon ancien ami le docteur Bouchut.
En attendant mieux, ce lazaret est tout trouvé, c'est l'asile d'aliénés; c'est le seul lieu vraiment convenable pour le traitement rationnel et complet des malades qui m'occupent, soit que l'on admette que leur maladie est bien une forme, une variété de l'aliénation, et quand bien même encore on ne voudrait pas qu'elles fussent, à aucun titre, prises pour des aliénées.
Il faut produire sur elles un certain degré d'intimidation, occuper leur esprit, de manière à laisser le moins de temps possible à leurs préoccupations habituelles; briser ces préoccupations par d'autres préoccupations; les soustraire absolument à toute influence religieuse irréfléchie et non mesurée, aux conversations, avis ou observations susceptibles d'entretenir leur erreur, qu'il faut au contraire combattre tous les jours; leur donner un régime approprié; les obliger enfin à se soumettre aux prescriptions qu'il pourrait être utile d'associer à un traitement purement moral et avoir les moyens d'exécution .
Où trouver réunies toutes ces conditions nécessaires, essentielles, ailleurs que clans un asile? On a craint pour ces malades le contact avec de vraies aliénées; ce contact eût été moins fâcheux qu'on ne l'a pensé, et il eût été facile après tout de consacrer provisoirement un quartier aux seules malades de Morzines.
Si leur agglomération avait eu quelques inconvénients, on aurait pu trouver dés compensations dans la réunion
elle-même, et je reste convaincu que le nom d'asile, de maison de fous, eût peut-être seul amené plus d'une guérison, ou qu'il se fût rencontré peu de diables qu'une douche n'eût mis en fuite.
Je n'ai d'ailleurs jamais prétendu que toutes les malades dussent être conduites dans un asile ; je réservais ce moyen pour les plus gravement atteintes.
Ce que je voulais, c'était qu'il ne restât point de convulsionnaires dans la commune.
Ne pouvant recourir à l'asile, je continuai à diriger quelques malades sur les petits hôpitaux du département, et je conseillai aux autres de s'éloigner, leur laissant le choix entre l'hôpital et une absence volontaire un peu prolongée, persuadé que j'étais et suis encore que c'est le meilleur moyen d'arrêter les envahissements de la maladie et de la guérir.
Pour être efficace et d'un résultat qui ne se fît pas trop attendre, il fallait que cette mesure n'admît, autant que possible, aucune exception.
Peu à peu, quelques secours pécuniaires aidant, il ne resta bientôt plus que trois ou quatre femmes que le terme prochain de leur grossesse ne permettait pas de déplacer, et je leur avais fait promettre de s'isoler du mieux qu'elles pourraient.
Cette sorte d'expulsion peut paraître un moyen rigoureux, mais il trouvait sa sanction clans l'intérêt général, dans celui des malades elles-mêmes, et il n'était pas, après tout, plus excessif que les séquestrations d'office par voie administrative, d'un véritable ou plutôt de tout autre aliéné; il n'était que l'extension de la même pensée et
tout à fait analogue, mais en sens contraire, à l'établissement d'un cordon sanitaire.
Comme traitement, il n'était que l'application à un grand nombre (pas assez grand pourtant pour la rendre difficile) de celui que prescrivent journellement lesaliénistes pour des cas isolés d'affections semblablesou plus ou moins voisines ; traitement peu nouveau, que les anciens Égyptiens conseillaient déjà. Il devait avoir ici un double avantage: il était tout à la fois un traitement pour les malades qui partaient et pour la population qui restait.
D'habitude il survenait de temps en temps quelques cas nouveaux, ou bien d'anciennes malades retombaient ; pendant toute la suite de mon séjour, il ne se déclara ni un seul cas nouveau, ni une rechute.
Les malades s'étaient dispersées dans toutes les directions au gré de leur désir ou selon leurs relations, emportant toutes quelques prescriptions qu'aucune n'aura suivies. On sait qu'il avait été constaté qu'une fois hors de la commune, leurs crises devenaient rares, ce fut ce qui arriva; une vingtaine s'étaient réfugiées à Lausanne et ses environs ; au bout d'un mois, je fis prendre des informations : une seule pendant ce temps avait eu une seule crise. Plus sont fréquentes les crises, plus devient excessive l'impressionnabilité, et plus le calme dure au contraire, plus s'émousse cette impressionnabilité.
J'ignore ce qu'aura duré leur éloignement après mon départ; s'il n'a pas été assez prolongé, je crains qu'à leur rentrée chez elles, les crises n'aient recommencé.
Que l'on adopte l'asile ou que l'on s'en tienne à l'hôpital pour les plus malades, et au simple éloignement pour celles qui le sont moins, ce qui me paraît un fait acquis, c'est que la guérison, ou plutôt un traitement à domicile, n'est pas possible dans les conditions actuelles.
Quelque chose que l'on fasse, on ne peut se dissimuler qu'il faudra du temps pour voir finir cette maladie; elle a de trop profondes racines, elle a trop duré déjà pour disparaître promptement; mais il ne faut lui laisser aucune trêve et la combattre jusqu'à la fin : pour les malades d'abord , dont l'organisme , les facultés morales et intellectuelles chez beaucoup déjà certainement altérées, m sauraient indéfiniment résister à d'aussi rudes secousses; pour la population tout entière, trop vivement impressioBoée parle douloureux spectacle qu'elle a sans cesse sous les yeux, pour ne pas en éprouver elle-même quelques troubles physiques et moraux.
Plusieurs personnes, dont un médecin, qui ont habité le pays et connaissent depuis longtemps chacun de ses habitants, m'ont assure qu'elles remarquaient que depuis le commencement de l'épidémie, le niveau général des intelligences avait notablement baissé.
Quels hommes seront les enfants nés dans cette période ?
Parmi toutes les malades qu'il m'a été onné de voir, une seule a complètement perdu la raison ; les convulsions avaient disparu, mais le délire était devenu continu ; elle est sans cesse en proie à des hallucinations
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terrifiantes et refuse très souvent de manger ; elle a été conduite à l'asile de Bassens.
Les résultats seront lents et difficiles; la configuration et la position du pays accroissent encore les difficultés, mais je crois (sans cesser de penser que l'on gagnerait au moins du temps par l'asile d'aliénés) qu'en persévérant dans les mesures que j'avais adoptées, ces résultats ne sauraient être douteux; s'arrêter dans la voie serait peut-être plus nuisible que ne l'aurait été l'abstention de toute tentative : ce serait pour la population une confirmation de l'impuissance de tous moyens humains, et par conséquent une certitude de plus du fondement de sa croyance.
Il ne faut pas permettre que des malades ayant des crises restent dans la commune, et il faut conserver la brigade de gendarmerie pour les rechercher et les faire partir; empêcher l'intrusion des charlatans et maintenir le bon ordre ; surveiller les faiseurs de contes et les livrer à la justice.
Avoir pour ces derniers la moindre indulgence serait laisser au mal un de ses puissants moyens de propagation ; les contes ont fait plus de mal qu'on ne l'a pensé.
On s'est demandé si ces malades pouvaient être ou non responsables de leurs actes.
Les aliénistes sont muets sur le degré de responsabilité des hystériques; les monographies sur l'hystérie n'ont point non plus traité la question.
D'après la décision rendue dans un procès quasi cé-
lèbre, que tout le monde a présent encore à la mémoire, il faudrait les croire irresponsables.
Les malades de Morzines ne sont pas seulement hystériques, il existe chez elles une complication grave qui rend plus douteuse encore l'intégrité constante de leurs facultés, et par conséquent leur entière responsabilité.
De tous les actes susceptibles d'entraîner une responsabilité grave, les plus probables seraient, dans les conditions ordinaires de l'existence des malades, dictés par la crainte, la colère ou un désir de vengeance; jamais une malade n'est sous l'empire de l'un de ces sentiments sans avoir une crise d'autant plus violente que la cause agit davantage sur l'imagination : ainsi qu'une malade se trouve en présence d'un étranger ou de l'un des prétendus sorciers, les proportions de la crise seront très différentes.
Il y a bien toujours une certaine volonté, mais une volonté dont la liberté est absente, ce n'est plus qu'une impulsion qui persiste plus ou moins.
Une seule idée domine et ne laisse place à aucune autre. A ce paroxysme extrême, qu'il est rare de voir atteindre, toutel'activité cérébrale, qui semble emprunter à l'âme elle-même ses propres forces pour les convertir en forces physiques, de même que dans certains autres états les forces psychiques semblent s'exalter aux dépens des forces physiques ; l'activité cérébrale, dis-je, ne produit plus que du mouvement, violent, précipité, accompagné d'un flux de paroles ou incohérentes ou ne se rapportant qua l'idée fixe, et qui ne sont que du mouvement encore, bien plutôt que l'expression de pensées.
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Souvent, pendant leurs moments de calme, les malades ont pensé, médité, arrêté ce qu'elles voudraient faire, mais l'énergie leur manque pour accomplir leur projet, la crise la leur apporte; plus souvent encore, elles ne font précisément que ce qu'elles avaient le plus énergiquement cherché à repousser de leur esprit; c'est même là une des raisons convaincantes pour elles, qu'elles sont sous la domination d'une puissance occulte et malfaisante.
J'ai dit que dans certains cas la volonté peut empêcher une crise de se produire, mais ce ne saurait être toujours , cette puissance de la volonté étant subordonnée à la puissance d'excitation de la cause qui sollicite actuellement la crise.
La volonté d'éviter une crise n'est d'ailleurs jamais spontanée; elle est provoquée par une impression, un intérêt, et entre ce qui sollicite la crise et ce qui tend à l'empêcher, c'est ce qui impressionne le plus vivement qui l'emporte.
Mais cette observation ne s'applique point à la crise en action; une fois qu'elle existe, il est rare que quelque chose puisse la modifier et détourner l'idée des malades.
Quand cela arrive, ce n'est que chez les malades jeunes, dont la maladie n'est ni ancienne ni très grave, mais jamais chez les autres.
Sans entrer dans tous les détails que comporterait la question, et sans prétendre la résoudre, je crois donc que beaucoup de ces malades peuvent être considérées comme irresponsables des actes accomplis pendant leurs
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crises, mais elles devraieul, dans le cas q ne j'ai voulu prévoir, toujours être conduites dans un asile d'aliénés ; l'état épidémique de la maladie et sa nature contagieuse par imitation rendent cette précaution d'autant plus nécessaire. Laisser ces femmes libres de toute contrainte serait pour elles une excitation à s'abandonner à toutes leurs impressions, et aider ainsi au développement et à la continuation de la maladie : mieux vaudrait, dans l'intérêt commun, devant lequel doit fléchir l'intérêt particulier, ne tenir aucun compte de leur état, et condamner celles qui seraient convaincues de faits incriminés.
D'HYSTÉRO-DÉMONOPATHIE EN 1861.
Moyens d'améliorer les conditions physiques et morales de la population.
C'est pour la commune de Morzines un grand bienfait déjà de chercher à éteindre la malheureuse maladie qui la trouble depuis si longtemps, mais ce pauvre pays attend plus encore ; il ne suffit pas de faire disparaître le mal présent, il faudrait rendre son retour à jamais impossible.
Une route serait à la fois la vie et la lumière : ce qui produit peu ou rien, deviendrait productif; ce qui manque, serait facile à se procurer; vie de relations et meilleure vie matérielle. Des améliorations de cette nature ne peuvent malheureusement s'improviser, et malgré la sollicitude du gouvernement, aujourd'hui si active pour tous, on ne peut demander à un jour ce qui ne peut être que l'œuvre du temps.
L'administration, avec le plus louable empressement, cherche à doter ces départements nouveaux de toutes les institutions utiles : descomices agricoles, par exem ple, ont été établis; l'arrondissement de Thonon a le sien comme les autres, mais Morzines et les communes qui l'avoisinent n'en peuvent recueillir les avantages.
Les bestiaux de la vallée d'Aulph ne sont à peu près d'aucun produit et ne servent qu'à la satisfaction d'une partie des besoins locaux ; il serait cependant aisé pour les habitants de s'adonner à l'élève du bétail sur une assez grande échelle pour pouvoir en exporter, si l'exportation était moins difficile : cette industrie ne serait point nouvelle pour la contrée, car les Romains y élevaient des chevaux, et c'est là l'origine du nom de Chablais donné au pays : caballica provincia.
Bien que relativement peu considérables, les terrains cultivés pourraient être infiniment plus productifs, si l'on avait les moindres bonnes notions de culture. Le seigle et le froment sur beaucoup de points pourraient être substitués à l'orge et à l'avoine, au grand profit de l'alimentation, et partant de la santé; mais ces pauvres gens ne savent pas et ils n'ont pas la plus petite initiative.
Ainsi leurs terres, toutes sur des pentes, se dessèchent très rapidement dès qu'un temps sec se prolonge quelques jours; l'eau coule de tous côtés, et personne n'a l'idée de l'utiliser pour irriguer les champs.
Ils ne sèment pas de froment, parce que, disent-ils, il ne vient pas bien ; c'est une erreur : des essais ont été faits avec succès. Mais il faudrait abolir le libre parcoure, vieille coutume invétérée, et à laquelle on tient, comme si elle n'était pas un obstacle essentiel à toute culture intelligente.
La seule chose vraie pour le froment, c'est qu'il dégénère promptement, et qu'il faudrait en conséquence tirer chaque année la semence du dehors ; mais ce serait
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coûteux, en raison de l'extrême difficulté des transports.
La route à faire ne serait point une dépense considérable et hors de proportion avec les avantages qui en i découleraient.
Commencée par le gouvernement sarde, que les événements ont empêché de l'achever, son tracé, tout indiqué, devrait suivre le cours de la Dranse. De Thonon à Morzines la distance est d'environ 32 kilomètres : 11 sont faits, 5 ou 6 autres se trouvent à peu près naturellement établis par la disposition du sol; resteraient idonc à exécuter 16 kilomètres.
Des plans et devis qui paraissent bien étudiés et qui ont été fournis, il y a quelques années, par des ingéinieurs français, alors au service du Piémont, portent la dépense, en moyenne, à 16 475 fr. par kilomètre, comipris l'achat des terrains; et il faut observer que ces plans ne s'appliquent qu'à la partie la plus difficile de la route, -sur une longueur de 8327 mètres.
Indépendamment des avantages qu'en retirerait le ■pays lui-même, cette route pourrait être d'un intérêt mplus général. Dans les divers projets qui se sont succédé, i fît déjà sous le premier empire, elle a été considérée homme ayant une importance stratégique ; il est proîloable encore qu'elle donnerait l'essor à des industries ilnujourd'hui impossibles, notamment à une meilleure et iftolus réelle exploitation des bois de sapins; des arbres jiuagnifiques, ne pouvant être enlevés, pourrissent sur ■©lace.
La métallurgie trouverait aussi probablement à faire ft-le fructueuses recherches : il existe à Morzines une tra-