D»HYSTÉR0-DÉM0N0PATH1E EN
au moment où j'arrivai près d'elles cette dernière fois, on venait de leur dire que j'inscrivais les noms des maladas pour faire mettre en prison celles que je verrais en crise.
Pas une ne bougea, et cependant je restai longtemps près d'elles et fis tout ce que je pus pour les irriter et provoquer des crises.
Une autre, qui avait aussi des crises très fréquentes, et qui savait que je la faisais surveiller de très près, resta toute une semaine sans en avoir, parce qu'elle ne voulait pas aller à l'hôpital et prétendait me prouver qu'elle était guérie.
Une autre encore, dont le mari avait été arrêté préventivement et avait obtenu sa liberté sous caution, courut pendant une dizaine de jours pour réunir la somme exigée; pendant ce temps elle n'eut pas une seule crise, mais elles revinrent dès que la préoccupation eut cessé.
J'avais fait préparer une salle dans Thôpital de Thonon, et je commençai à y envoyer les plus malades, avec l'intention bien arrêtée de ne considérer Thonon que comme une première étape, et de demander leur translation dans un asile d'aliénés, si, comme je ne le craignais que trop, le séjour dans cet hôpital n'était point suivi de guérison.
La direction, la surveillance médicales dans les petits hôpitaux ne peuvent être en général assez actives, assez continues, la vie de chaque instant ne peut y être assez réglée pour de pareilles malades; aussi l'épreuve réussit d'autant moins, qu'on ne sut pas ou qu'on ne put passe
tH RELATION SUR UKE £PIDÉHIE
rapprocher, comme je l'avais recommandé, des condi*^ tioDs d'un asile.
Le zèle des administrateurs, pas plus que celui des médecins, MM. les docteurs Noël et Tavernier, n'a?ait pourtant point failli à la mission qu'ils avaient généreusement acceptée ; on ne peut donc accuser personne, sinon l'hôpital lui-même, dont l'organisation n'a pu se plier aux nécessités d'un service aussi spépial.
Je ne veux pas dire cependant que des malades ne pourront pas guérir dans des hôpitaux; car, indépendamment de. tout traitemahl, l'éloignement de leur commune, le changement d'air, de nourriture, l'absence de causes excitantes, si Ton sait les éviter, pourront.suflRre pour amener la cessation des crises; mais il est à crain* dre, justement en raison des difficultés de la direction çt de la surveillance médicales, que, dans quelques cas, les guérjsons ne soient pas beaucoup plus solides que celles déjà obtenues par des exorcismes, des pèlerinages; les malades pouvant, et je suis certain qu'elles n'y manqueront pa3y attribuer leur guérison à des influences tout autres que celles du traitement qu'on aura pu leur faire suivre, c'est-à-dire aux aumôniers, aux religieuses plus qu'aux médecins : ce qui leur laisserait et confirmerait pour elles l'idée génératrice de leur maladie, la maladie elle-même, dont les manifestations seraient toujours exposées à renaître si l'action religieuse n'a pas été assez mesurée, n'apas combattu lesexagérations superstitieuses et a laissé subsister Les croyances erronées.
11 devrait y avoir une sorte de lazaret nîoral où l'on
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pourrait enfouir, aussitôt qu'ils se montrent, les désor-r dres n)or?iux ou nerveux dont la propriiélé contagieuse est établia, a dit mon ancien ami le dqcteur Bopcbut.
En attendant mieux, ce lazaret est tout trouvé, c'est ^î^sile d'aliénés; c'est le seul Upu vraiment cofjvjeqible pour le traitement rationnel et complet des m^ljulas qui m'occupent, soit que l'on admette que leur maladie est bien une forme, une variété de l'aliénftfion, .et qp^ind bien même encore on ne voudrait pas qu'elles fussent, |t aucun titre, prises pour kJ^s aliénées;
Il faut produire sur elles un certain degré d'iptimidi^tion, occuper leur esprit, de manière s^ laisser le moins de temps possible à leurs préoccupations habituelles; briser ces préoccupations par d'autres préoccupfttipns; les soustraire absolument à toute influence religieuse irréfléchie et non mesurée, aux Gpnver;^atipi)§, flLvjs ou observations susceptibles d'entretenir leur erreur, qp'il faut au contraire combattre tous les jours; leur donper un régime approprié ; les obliger enfin k se soumettre aux prescriptions qu'il pourrait être utile d'associer à un traitement purement moral et avoir les moyens d'exécution.
Où trouver réunies toutes ces conditions n^écessaires, essentielles, ailleurs que dans un asile? On a craint pour ces malades le contact avec de vraies aliénées; cecpntact eût été moins fâcheux qu'on ne Ta pensé, et il eûl: été facile après tout de consacrer provisoirement un quartier aux seules malades de Morzine^lr
Si leur agglomération avait eu quelques inconvénient*, on aurait pu trouver des (compensations dans 1$ rénnipp
elle-même, et je resle convaincu que le nom d'asile, de maison de fous, eût peut-être seul amené plus d'une guérison, ou qu'il se fût rencontré peu de diables qu'une douche n'eût mis en fuite.
Je n'ai d'ailleursjamais prétendu que toutes les malades dussent être conduites dans un asile ; je réservaisce moyen pour les plus gravement atteintes.
Ce que je voulais, c'était qu'il ne restât point de convulsionnaires dans la commune.
Ne pouvant recourir à l'asile, je continuai à diriger quelques malades sur les petits hôpitaux d u département, et je conseillai aux autres de s'éloigner, leur laissant le choix entre l'hôpital et une absence volontaire un peu prolongée, persuadé que j'étais et suis encore que c'est le meilleur moyen d'arrêter les envahissements de la maladie et de la guérir.
Pour être efficace et d'un résultat qui ne se Ri pas trop attendre, il fallait que cette mesure n'admît, autant que possible, aucune exception.
Peu à peu, quelques secours pécuniaires aidant, il ne resta bientôt plus que trois ou quatre femmes que le terme prochain de leur grossesse ne permettait pas de déplacer, et je leur avais fait promettre de s'isoler du mieux qu'elles pourraient.
Cette sorte d'expulsion peut paraître un moyen rigoureux, mais il trouvait sa sanction dans l'intérêt général, danscelui des malades elles-mêmes, et il n'était pas, après tout, plus excessif que les séquestrations d'office par voie administrative, d'un véritable ou plutôt de tout autre aliéné; il n'était que l'extension de la même pensée et
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tout à fait analogue, mais en sens contraire, à rétablissement d'un cordon sanitaire.
Ck)mme traitement, il n'était que l'application à un grand nombre (pas assez grand pourtant pour la rendre diflBcile) de celui que prescrivent journellement lesaliénisles pour des cas isolés d'affections semblablesou plus ou moins voisines ; traitement peu nouveau, que les anciens Égyptiens conseillaient déjà. Il devait avoir ici un double avantage : il était tout à la fois un traitement pour les malades qui partaient et pour la population qui restait.
D'habitude il survenait de temps en temps quelques cas nouveaux, ou bien d'anciennes malades retombaient ; pendant toute la suite de mon séjour, il ne se déclara ni un seul cas nouveau, ni une rechute.
Les malades s'étaient dispersées dans toutes les direc* tiens au gré de leur désir ou selon leurs relations, emportant toutes quelques prescriptions qu'aucune n'aura suivies. On sait qu'il avait été constaté qu'une fois hors de la commune, leurs crises devenaient rares, ce fut ce qui arriva; une vingtaine s'étaient réfugiées à Lausanne et ses environs ; au bout d'un mois, je fis prendre des informations : une seule pendant ce temps avait eu une seule crise. Plus sont fréquentes les crises, plus devient excessive l'impressionnabilité, et plus le calme dure au contraire, plus s'émousse cette impressionnabilité.
J'ignore ce qu'aura duré leur éloignement après mon départ; s'il n'a pas été assez prolongé, je crains qu'à leur rentrée chez elles, les crises n'aient recommencé.
iirf MLAtlÔN &tî* UNE ÊPtDÊMife
Que Pon adopte l'asile ou que Ton s'en tienne à l'hôpital pour les plus malades, et au simple éloignement pour celles qui le sont moins, ce qui me paraît un fait acquis, c'est que la guérisod, où plutôt un traitement à ddtnicile, n'est pas possible dans les conditions actuelles.
Quelque chose que Ton fasse, on iie peut se dissimuler qu'il faudra du temps pour voir finir cette maladie; elle a de tfop profondes racines, elle à trop diirê déjà pour disparaître prompteinent; mais il ne faut lui laisser aucune trêve et la combattre jusqu'à la fin : pour les malades d'abord , dont l'organisme , les facultés morales et intellectuelles chez beaucoup déjà certainemetit altérées, ne sauraient indéfiniment résister à d'aussi rudes secousses; pour la population tout entière, trop vivement impressionnée par le douloureux spectacle qu'elle a sans cesse sous les yeux, pour ne pas en éprouver elle-même quelques troubles physiques et moraux.
I^lusieurs personnes, dont un médecin, qui ont habité le pays et connaissent depuis longtemps chacun de ses habitants, m'ont assuré qu'elles remarquaient que depuis le commencement de l'épidémie, le niveau général des intelligences avait notablement baissé.
Quels hommes seront les enfants nés dans cette période?
Parmi toutes les malades qu'il m'a été onné de voir, une seule a complètement perdu la raison ; les convulsions avaient disparu, niais le délire était devenu continu ; elle est sans cesse en proie à des hallucinations
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terrifiantes et refuse très souvent de manger ; elle a été conduite à l'asile de Bassens.
Les résultats seront lents et difficiles ; la configuration et la position du pays accroissent encore les difficultés, mais je crois (sans cesser de penser que Ton gagnerait au moins du temps par l'asile d'aliénés) qu'en persévérant dans les mesures que j'avais adoptées, ces résultats ne sauraient être douteux; s'arrêter dans la voie serait peut-être plus nuisible que ne l'aurait été l'abstention de toute tentative : ce serait pour la population une confirmation de l'impuissance de tous moyens humains, et par conséquent une certitude de plus du fondement de sa croyance.
Il ne faut pas permettre que des malades ayant des crises restent dans la commune, et il faut conserver la brigade de gendarmerie pour les rechercher et les faire partir ; empêcher l'intrusion des charlatans et maintenir le bon ordre ; surveiller les faiseurs de contes et les livrer à la justice.
Avoir pour ces derniers la moindre indulgence serait laisser au mal un de ses puissants moyens de propaga-r tion ; les contes ont fait plus de mal qu'on ne l'a pensé.
On s'est demandé si ces malades pouvaient être ou non responsables de leurs actes.
Les aliénistes sont muets sur le degré de responsabilité des hystériques; les monographies sur l'hystérie n'ont point non plus traité la question.
D'après la décision rendue dans un procès quasi céh
lèbre, que tout le monde a présent encore à la mémoire, il faudrait les croire irresponsables.
Les malades de Morzines ne sont pas seulement hystériques, il existe chez elles une complication grave qui rend plus douteuse encore l'intégrité constante de leurs facultés, et par conséquent leur entière responsabilité.
De tous les actes susceptibles d'entraîner une responsabilité grave, les plus probables seraient, dans les conditions ordinaires de l'existence des malades, dictés par la crainte, la colère ou un désir de vengeance ; jamais une malade n'est sous l'empire de l'un de ces sentiments sans avoir une crise d'autant plus violente que la cause agit davantage sur l'imagination : ainsi qu'une malade se trouve en présence d'un étranger ou de l'un des prétendus sorciers, les proportions de la crise seront très difiërentes.
11 y a bien toujours une certaine volonté, mais une volonté dont la liberté est absente, ce n'est plus qu'une impulsion qui persiste plus ou moins.
Une seule idée domine et ne laisse place à aucune autre. A ce paroxysme extrême, qu'il est rare de voir atteindre, toute l'activité cérébrale, quisembleemprunter à l'âme elle-même ses propres forces pour les convertir en forces physiques, de même que dans certains autres états les forces psychiques semblent s'exalter aux dépens des forces physiques ; l'activité cérébrale, dis-je, ne produit plus que du mouvement, violent, précipité, accompagné d'un flux de paroles ou incohérentes ou ne se rapportant qu a l'idée fixe, et qui ne sont que du mouvement encore, bien plutôt que l'expression de pensées.
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Souvent, pendant leurs moments de calme, les malades ont pensé, médité, arrêté ce qu'elles voudraient faire, mais Ténergie leur manque pour accomplir leur projet, la crise la leur apporte ; plus souvent encore, elles ne font précisément que ce qu'elles avaient le plus énergiquement cherché à repousser de leur esprit; c'est même là une des raisons convaincantes pour elles, qu'elles sont sous la domination d'une puissance occulte et malfaisante.
J'ai dit que dans certains cas la volonté peut empêcher une crise de se produire, mais ce ne saurait être toujours , cette puissance de la volonté étant subordonnée à la puissance d'excitation de la cause qui sollicite actuellement la crise.
La volonté d'éviter une crise n'est d'ailleurs jamais spontanée ; elle est provoquée par une impression, un intérêt, et entre ce qui sollicite la crise et ce qui tend à l'empêcher, c'est ce qui impressionne le plus vivement qui l'emporte.
Mais cette observation ne s'applique point à la crise en action ; une fois qu elle existe, il est rare que quelque chose puisse la modifier et détourner l'idée des malades.
Quand cela arrive, ce n'est que chez les malades jeunes, dont la maladie n'est ni ancienne ni très grave, mais jamais chez les autres.
Sans entrer dans tous les détails que comporterait la question, et sans prétendre la résoudre, je crois donc que beaucoup de ces malades peuvent être considérées comme irresponsables des actes accomplis pendant leurs
cf1»es^ mail» elles devraient, dans le oas que j'ai voulu prévoif , toujouri» èti'e cximdtiite^ dans un a^Ie d'alién nés ; Tétat épidémique de la maladie et sa nature cou-' tagiéuse par imitation rendent cette précaution d'autant plus nécessaire. Laisser ces femmes libres de toute con-' trainte serait pour elles une excitation à s'abandonner à toutes leurs impressions^ et aider ainsi au développement et à la continuation de la maladie : mieux vaudrait, dans l'intérêt commun, devant lequel doit fléchir l'intérêt pftrtiiiuliër, ne tenir aucun compte de leur état, et condamner celles qui seraient convaincues de faits incriminés.
D'HYSTÉttÔ-bËMOf^ÔPÂtËtÉ m léei. IH
Voyens d'améliorer le« conditions physiques et morales de la ptfimlation.
C'est pour la commune de Morzines un grand bienfaii déjà de chercher à éteindre là malheureuse maladie qui la trouble depuis si longtemps, mais ce pauvre pays attend plus encore ; il ne suffit pas de faire disparaître ie mal présent, il faudrait rendre son retour à jamais impossible.
Une route serait à la fois la vie et la lumière : ce qui produit peu ou rien, deviendrait productif; ce qui manque, serait facile à se procurer; vie de relations et meilleure vie matérielle. Des améliorations de cette nature ne peuvent malheureusement s'improviser, et malgré la sollicitude du gouvernement, aujourd*hui si active pour tous, on ne peut demander à un jour ce qui ne peut être que l*œuvre du temps.
L'administration, avec le plus louable empressement, cherche à doter ces départements nouveaux de toutes les institutions utiles : descomices agricoles, par exemple, ont été établis ; l'arrondissement de thonorî a le Sien comme les autres, mais Moraines et les cdmnoiunôs qui l'avoisineût n^eri peuvent recueillir les àvadtageâ.
iU RELATION SUR UNE EPIDEMIE
Les bestiaux de la vallée d' Aulph ne sont à peu près d^aucuQ produit et ne servent qu^à la satisfaction d'une partie des besoins locaux; il serait cependant aisé pour les habitants de s'adonner à l'élève du bétail sur une assez grande échelle pour pouvoir en exporter, si l'exportation était moins difficile : cette industrie ne serait point nouvelle pour la contrée, car les Romains y élevaient des chevaux, et c'est là l'origine du nom de Chablais donné au pays : caballica provincia.
Bien que relativement peu considérables, les terrains cultivés pourraient être infiniment plus productifs, si l'on avait les moindres bonnes notions de culture. Le seigle et le froment sur beaucoup de points pourraient être substitués à l'orge et à l'avoine, au grand profit de Talimentation, et partant de la santé; mais ces pauvres gens ne savent pas et ils n'ont pas la plus petite ini* tiative.
Ainsi leurs terres, toutes sur des pentes, se dessèchent très rapidement dès qu'un temps sec se prolonge quelques jours ; l'eau coule de tous côtés, et personne n'a l'idée de l'utiliser pour irriguer les champs.
Ils ne sèment pas de froment, parce que, disent-ils, il ne vient pas bien ; c'est une erreur : des essais ont été faits avec succès. Mais il faudrait abolir le libre parcours, vieille coutume invétérée, et à laquelle on tient, comme si elle n'était pas un obstacle essentiel à toute culture intelligente.
La seule chose vraie pour le froment, c'est qu'il dégénère promptement, et qu'il faudrait en conséquence tirer chaque année la semence du dehors ; mais ce serait
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coûteux^ en raison de Textrème difficulté des transports.
La route à faire ne serait point une dépense considérable et hors de proportion avec les avantages qui en découleraient.
Commencée par le gouvernement sarde, que les événements ont empêché de l'achever, son tracé, tout indiqué, devrait suivre le cours de la Dranse. De Thonon à Morzines la distance est d'environ 32 kilomètres : 11 sont faits, 5 ou 6 autres se trouvent à peu près naturellement établis par la disposition du sol; resteraient donc à exécuter 16 kilomètres.
Des plans et devis qui paraissent bien étudiés et qui ont été fournis, il y a quelques années, par des ingénieurs français, alors au service du Piémont, portent la dépense, en moyenne, à 16 475 fr. par kilomètre, compris Tachât des terrains ; et il faut observer que ces plans ne s'appUquent qu'à la partie la plus difficile de la route, sur une longueur de 8327 mètres.
Indépendamment des avantages qu'en retirerait le pays lui-même, cette route pourrait être d'un intérêt plus général. Dans les divers projets qui se sont succédé, et déjà sous le premier empire, elle a été considérée comme ayant une importance stratégique ; il est probable encore qu'elle donnerait l'essor à des industries aujourd'hui impossibles, notamment à une meilleure et plus réelle exploitation des bois de sapins; des arbres magnifiques, ne pouvant être enlevés, pourrissent sur place.
La métallurgie trouverait aussi probablement à faire de fructueuses recherches : il existe à Morzines une tra-
im &IÎUTIQN SUR UHB ÉPipÉMIE
ditioD qui place dans Yum de ses montagnes, le Nyoi}, une très ripbe mine d'étain, autrefois ei^ploitée, et dont legisement^ aujourd'hui iguoré, serait san^ doute f^çite à retrouver.
Il y a ^ Morzinçs même plusieurs sources sulfureuses alcalines froides, peu abondantes il est vrai, mais dont les habitants et la contrée pourraient très utilement faire usjpjge.
J'ai considéré commie une des causes de Tétat njoral de la population, son complet isolement, l'absence de tout frottement avec des hommes ayant d'autres idées et plus éclairés j je viens de dire qu'une route serait un très bon remède, mais il en esl un autre qui, peut-être, pourrait être appliqué plus immédiatement.
Ce serait une légère modification dans les circonscriptions cantonales.
Le chef-lieu 4u canton dont ressortit Morzines est le Biot, village de 750 âmes,
, Le canton peut se diviser en deux parties : la partie basse, qui s'étend du Biot au pont de Bioges, et la partie haute, qui du Biot va jusqu'à Morzines inclusivement.
Toutes les communes qui composent la partie basse ne forment ensemble qu'une population de deux mille et quelques cents âmes et ne payent proportionnellenient à la partie haute qu'un impôt qui est :: 34 : 100.
Pour les affaires judiciaires, la différence est bien plus grande encore : 15 pour 100 d'un côté et 85 de l'autre.
S'il m'avait été possible de pousser plus loin ces divisions, il eût été facile de démontrer qu'à Morzines revient la plus grosse part dans ces chiffres.
Morzines a rincoovéoieïit d'être un point extrême^ cela est vrai avec les délimiiatîoDs existantes, mais le serait moins en les changeant ; il ne manque pas en France de che&-lieux de canton qui sont dans le mètne cas.
La partie basse du canton ;ictuel Aurait tput avantage à être rattachée au canton de Thonon, et pour Morzines devenir chef-lieu de eanton est moioA une question d'intérêt qu'une question d'hygiène morale; les fonctionnaires et employés qui viendraient nécessairement s'y fixer, seraient autant de missionnaires devant lesquels les erreurs, le§ croyances, causes de tout le mal, perdraient çlmqm Jour de lewr influeoce.
Le nouveau curé, au mérite et aux lumières 4iiquel chacun rend justice, s'efforcera certainement d'atteindre ce but, mais les moyens d'action ne sauraient être trop multipliés.
Dâpfjis h pr^Ipière publicjatlon de cette brochure, j'ai reçu dB Norzir^es quelques renseignements.
CPWWe je le redout^i^, les malades que j'avais fait dispersa sont rentrées aussitôt .^près mon départ (8 juillet 1861).
Pour beaucoup d'ieptre elles, ce retour trop prorapt fut la cause d'une nouvelle rechute, de la réapparition des crises convulsives.
L'autorité locale dut alors intervenir et recommencer les eitpulsîQns; mais au lieu de procéder en masse, ainsi que
j*ayais fait, on se contenta d'envoyer lés malades successivement, par groupe de dix à quinze, dans des hôpitaux plus ou moins éloignés.
Ce moyen a réussi, mais il a demandé beaucoup de temps ; des malades renvoyées guéries retombaient, dès qu'elles redevenaient témoins des convulsions de quelqu'une de leurs voisines, et c'était pour elles à recommencer.
Je ne sais si dans ces hôpitaux on a cherché et si l'on a réussi à leur faire suivre un traitement; sans vouloir diminuer en rien le mérite de ce qui a pu être fait, je crois toujours que ce qui a dû être le plus etBcace a été Téloignement et une meilleure hygiène.
Une dernière lettre, de la fin de décembre 1862, me dit que l'on ne connaît plus de malades ; que s'il en existe encore, elles ^ cachent sans doute et doivent être alors en très petit nombre.
Note. —M. de Mirville, dans sa Pneumatologie (t II, 1863], et M. Allan Kardec, dans sa Revue spirite, examinent à leur point de vue l'épidémie de Horzines.
Le premier donne pour des preuves irrécusables tous les contes qui ont cours dans le pays, les déclarations de l'ancien curé, les procès-verbaux que j'ai transcrits ou mentionnés, dont il désigne quelques-uns des signataires ; mais il n'a pas pris garde que, comme il le fait lui-même, ils ont souvent accepté pour vrais et sans aucun contrôle des faits qu'ils n'ont pas vus, qui leur ont seulement été racontés.
Deux médecins exercent dans la contrée : le véridique, l'homme éclairé qui seul a bien vu, c'est celui qui a cru k Ih
D*HTSTËKO-DËMONOPATHIE W 1861. 129
possessiou ; Tautre ne sait ce qu'il dit, pas plus que les médecins étrangers qui ont visité les malades de Morzines.
Non-seulement ce sont là les preuves de M. de Mirville, mais il énonce, très involontairement, je n'en doute pas, des faits absolument faux et en nie qui soi^t absolument vrais : par exemple, la frayeur^ comme dernière cause déterminante de la première manifestation de la maladie. Tout le pays niera la frayeur, dit-il. Eh bien I je dis : Tout le pays, y compris la mère de la malade, attestera et m'a attesté la frayeur pour cette enfant (sans parler ici de la crainte d'être prises que la plupart des possédées avouent avoir éprouvée bien avant leurs crises).
M. de Mirville m'accuse d'avoir ajouté des désespoirs nouveaux à tous ceux que je ne pouvais adoucir. Si ses renseignements avaient été plus exacts ou plus complets, il aurait pu connaître les sentiments à mon égard de touis ces braves gens de Morzines; j'ai eu et j'ai encore assez souvent la preuve que ce ne sont pas précisément ceux que l'on accorde à un tourmenteur, et c'est pour moi la plus douce récompense de ma pénible mission.
M. de Mirville me reproche encore, ainsi qu'à un autre médecin, d'être parti de Paris avec une opinion toute faite ; je puis à bon droit, s'il veut bien me le permettre, lui renvoyer ce reproche : nous serions alors ex œquo sur ce point.
Il n'est pas allé à Morzines, il s'est arrêté à Thonon ; non certes qu'il ait eu peur des diables, mais du chemin ; il ne se croit pas moins l'homme le mieux renseigné.
M. Allan Kardec a fait le voyage complet. Dans les numéros de décembre 1862 et janvier 1863 de sa Revue spirite, il a déjà publié deux articles, mais ce ne sont que des préliminaires; l'examen des faits viendra avec le numéro de février. En attendant, il nous avertit que l'épidémie de Morzines est semblable à celle qui sévissait en Judée du temps du Christ. C'est bien possible.
Au risque d'encourir le blâme de quelques lecteurs qui trou-
iâô RELATION SUR UNE ÉPIDÉMIE D'HYSTÉRO-DÉMONOPATHIE.
veront que j'eusse probablement mieux fait de ne pas parler des Spirites, j'engage vivement ceux qui voudront bien lire cette brochure, à lire le même sujet aussi dans les auteurs que je viens de citer.
Il ne faudrait pas cependant se méprendre sur le but de mon invitation ; plus il y aura de lecteurs sérieux des œuvres du spiritisme, et plus tôt il sera fait justice complète d'une croyance, d'une science, dit-on, sur laquelle je pourrais peutêtre risquer une opinion, après avoir tant de fois constaté un de ses résultats : le contingent assez remarquable qu'elle fournit, chaque année, à la population de nos asiles d'aliénés.