‹ Relation sur une épidémie d'hystéro-démonopathie épidémieChapitre 11 sur 12 · BELATION SUR UNE ÉPIDÉMIE · texte numérisé non relu

BELATION SUR UNE ÉPIDÉMIE

mais exorcismes, pèlerinages, magnétisme, avaient été loin de réussir toujours, et quand les crises ont été arrêtées par ces moyens, ce n'a été très généralement que pour des semaines, des mois, une ou plusieurs années pour quelques rares privilégiées, mais presque toujours il y a eu rechute.

C'est que ces moyens, tout en calmant l'imagination momentanément, ne détruisaient pas la cause première, te croyance à la possession, la confirmaient au contraire, les exorcismes surtout; les malades conservant leur idée, restant dans le même milieu générateur des causes, ne tardaient pas à voir renaître toutes leurs appréhensions, puis leur gastralgie, synonyme pour elles d'une nouvelle invasion de diables, et peu après Jes c'bnvulsions.

il fallait donc recourir aussi à des moyens moraux, mais d'un autre ordre que ceux déjà employés.

Le premier, c'était de solliciter de l'autorité ecclésiastique, dont j'avais pu apprécier les bienveillantes dispositions, le changement du curé et son remplacement par un homme dégagé de toute solidarité avec les idées reçues à Morzines.

Il fallait forcer les malades à rompre les relations continuelles qu'elles avaient entre elles, pour empêcher ce qui arrivait journellement, que les impressions de Tune, lui donnant une crise, n'en provoquassent chez tes autres, chacune ayant bien assez de sa propre excitation, sans aller emprunter celle de ses voisines, les crises appelant les crises.

Il fallait de plus et surtout les soustraire aux regards

D*HYSTÉR0-DÉM0N0PATH1E EN 1861. lil

de celles que le mal n'avait pas encore atteintes ou complètement envahies, car la vue conduisait à l'imitation et devenait la principale voie de propagation du mal. La vue des angoisses (Taullruy m'angoisse, disait Montaigne. Ces angoisses, sans «egse renouvelées et même recherchées par l'attrait d'une curiosité, d'un vertige jamais rassasiés, devaient cesser sous peine de voir augmenter le nombre des victimes.

Mais la persuasion n'aurait pu suffire pour* arriver à ces fins, et les mesures qu'elles devaient nécessiter pouvaient soulever une vive opposition, j'en avais acquis la certitude.

M. le curé lui-même, se faisant illusion, j'ai pu m'en convaincre plus lard, sur la nature de son influence, m'avait averti qu'il ne répondait point de ce qui arriverait, s'il était question de son changement.

Je me décidai alors, pour éviter des résistances possibles, et surtout pour arrêter ces pauvres gens sur la pente des entraînements auxquels je les voyais si disposés, et dont ils auraient pu, d'un instant à l'autre, avoir à rendre compte à la justice, à demander l'envoi d'une brigade de gendarmerie et d'un petit détachement d'infanterie.

Leur arrivée produisit ce que j'avais espéré : une intimidation générale et la conviction que l'autorité était bien décidée à recourir à tous les moyens pour atteindre le but.

J'avais espéré aussi pouvoir tirer parti de la présence de ces quelques militaires pour produire autre chose encore que de l'intimidation ; j'aurais voulu les mettre

en rapports continuels avec les habitants qui, ne voyant jamais d'étrangers, ne trouvent jamais de contradicteurs ; en faire des combattants de l'erreur et des sottes croyances; mais l'autorité militaire, mal renseignée sans doute, et s' exagérant le danger qu'auraient pu courir ces hommes en s'isolant les uns des autres, avait donné des ordres qui ne me lont pas permis.

A partir de ce moment, il ne parut plus de charlatans venant exploiter la crédulité publique , les histoires merveilleuses ne se produisirent plus que timidement et à la dérobée, et il ne fut plus question ni de tuer ni de brûler personne.

Il y avait d'ordinaire, tous les dimanches, des crises dans l'église pendant la messe, car, malgré leur répugnance pour les choses religieuses, des malades s'y rendaient toujours. Je fis circuler le bruit que la gendarmerie emmènerait quiconque troublerait l'office, et Ton ne bougea plus ; il en fut de même pour les crises dans les rues. Ce qui prouve bien ce que peuvent la volonté et l'observation de soi-même pour l'apparition ou l'éloignement des crises; j'ai eu l'occasion de le remarquer souvent, mais non chez toutes les malades.

Il en est de même des préoccupations. Un jour, je trouvai réunies les six plus furieuses de toutes les malades ; toutes avaient de très fréquentes crises pour les moindres causes. Dans une de mes précédentes visites, elles m'avaient assailli en me lançant tout ce qu'elles trouvaient à leur portée, et s'étaient précipitées sur moi en me menaçant de toutes les fureurs de leurs diables^ menaces qui, pour elles, ne sont pas éloignées de l'action;

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