CHAPITRE IX
De la TiUe de Buenos -Ayres» et de la famine qu*on y
ëproaTa.
Quand nous fûmes de retour au camp, on sépara les hommes de l'expédition en deux bandes ; ceux qui avaient des métiers , et ceux qui étaient soldats de profession , afin d'em-
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ployer chacun de la manière la plus convenable. On s'occupa ensuite i construire la ville. On commença à élever un mur en terre de trois pieds d'épaisseur et de la hauteur d'une demi-piqtte , ainsi qu'une maison solide et fortifiée pour notre commandant Mais souvent ce que Ton avait élevé la veille s'écroulait le lendemain ; car les vivres commençaient à manquer, et les travailleurs étaient réduits i une telle extrémité , que la faim en &isait périr un grand nombre. La fkmine était si grande que les chevaux ne suffisaient plus » et l'on mangeait les loirs, les - rats , les reptiles , k^ animaux les plus immondes, les chaussures et tout le cuir que l'on pouvait trouver.
Trois Espagnols ayaiit dérobé un cheval , le mangèrent en secret ; ce vol fut découvert ; on les mit à la qyuestîon;^, coaune ils &en avouèrent les auteu» » ils ùèntàt coodanm^ à la potence et exécutés» Le lendemain » ti^ autres Espagnols leur coupèreoi las cuîases, (U
d'ulrigh sghmidel. « 4^
leur arrachèrent de grands lambeaux de chair pour s'en repaître dans leur cabane : un autre dévora le corps de son frère qui venait de mourir à Buenos- Ayres.
CHAPITR E X.
Quelques Espagnols remontent le Rio de la Plata.
Don Pèdre de Mendoce, voyant que ses troupes diminuaient tous les jours par le manque de vivres, se décida à faire construire à la hâte quatre petits vaisseaux, dans le genre de ceux qu'on nomme brigantins. Ces bâtiments vont à la rame , et peuvent porter environ quarante hommes. Il ordonna aussi de faire trois chaloupes.
Dés que ces embarcations furent construites
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et équipées , notre général réunit son monde, et les fit partir avec trois cent cinquante hommes « sous le ccmmiandement de George Luxan ( i ), auquel il donna Tordre de remonter le fleuve , et de chercher à se procurer des vivres chez les Indiens. Mais ceux-ci , avertis de notre arrivée , pensèrent que le meilleur moyen de se débarrasser de nous serait de livrer aux flammes leurs villages , leurs provisions , tout ce qui pourrait nous être utile , et de se retirer dans Tintérieur. Nous ne trouvâmes des vivres nulle part On ne distribuait à chaque homme que trois onces et demie de ftirinè par jour , de sorte que , pendant ce voyage , la fkim fit périr là moitié de nos compagnons. Nous {\jmes donc forcés, après eiliq mois d'absence, de retourner, sans avoir rien fait , à la ville où notre général nous attendait. Celui-ci , fort étonné de nous
(i) Et non Luchsaiu , connue récrit l'auteur, un des quatre Espagnols qui poignardèrent Osorio. Voy. del Rarco argent îna, cant. IV , têUxu by i6..
D ULRICH SCHMIDEL. ^9
voir revenir en si petit nombre , demanda un compte exact de tout ce qui s'était passé.
George Luxan lui répondit simplement que tous ceux qui manquaient étaient morts de misère, et quil n'apportait pas de vivres, parce que les Indiens les avaient brûlés avant de prendre la fuite.