‹ Relation véridique de la conquête du Pérou et de la province de Cuzco nommée Nouvelle-Castille, subjugée (volume 2)Chapitre 55 sur 75 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

Alyar-Nuôez s'attire la haine des soldats par son orgneil. — 11 fait massacrer les Sumcusis sans aucun motif.

Sur notre rapport, le gouverneur se décida à s'avancer dans le pays à la tête de toutes ses forces; ce qui ne nous convenait pas, parce que la contrée était entièrement couverte d'eau. La plupart de ceux qui avaient été chez les Orthuesens souffraient encore des

l'^O BELITION

suites des fatigues éprouvées pendant cette expédition. D'ailleurs, Alvar n'inspirait pas une gi'ande confiance à l'année, car il n'avait i jamais rempli décharges importantes.

Mous restâmes donc deux mois chez ] les Surucusis : pendant ce temps, le gé- | uéral fut attaqué d'une fièvre qui l'obligea J à garder le lit. Mais nous ne nous en inquîé- 1 lions pas beaucoup, nous souciant fort peude lui.

Je n'ai pas vu chez les Surucusis un seul homme qui eût quarante ou ciuquante ans, ni de pays plus malsain. 11 est situé sous te tropique du capricorne, où le soleil donne d'aplomb. Ce climat est aussi pestilentiel que celui île SantrTomé. J'ai revu chez ces Indiens la constellation nommée le chariot ou la grande ourse, que nous n'avieAs pas aperçue depuis les îles du cap Vert

Notre gouverneur, se voyant retardé par sa maladie , fit partir cent cinquante chrétiens et deux mille Carios à bord de quatre iH'i-

D ULRICH SGHMIDEL. 1^1

gantiûs. Il leur ordonna de se rendre à l^ile des Surucusis, éloignée de quati^e milles, de. r^uire ai esclavage ou de passer au fil de rëpée toute la population, et de n'épargner aucun Indien au-dessus de quarante ans. On a TU plus haut de quelle manière les Surucusîs nous avaient reçus. Je vais raconter comment ils en furent récompensés ; et Dieu sait combien nous fûmes injustes dans cette occasion.

Quand nous arrivâmes à leurs villages, ces Indiens, qui n'avaient aucun soupçon de notre dessein , vinrent au-devant de nous armés d'arcs et de flèches , mais avec des démonstrations amicales. Bientôt une querelle l'étant élevée entre eux et les Garios , nous en profitâmes pour faire sur les premiers une décharge de mousqueterie qui en tua un grand nombre. Nous primes plus de deux mille SU'rucusis de tout sexe et de tout âge, après leur avoir enlevé tout ce qu'ils possédaient , comme c'est Tusage en pareille occasion. Nous

l'ja RELATION

rejoignîmes ensuite notre conimandanl , qui fnt trcs-satisfait du succès de cette expédition.

Comme nous avions un grand nombre de malades, et que l'armée était très-mécontente, Alvar, voyant qu'il ne pouvait en rien faire , " se décida à descendre le Rio Parabol et à regagner l'Assomption , où il avait laissé une partie de ses troupes. Il éprouva dans celte ville un accès de fièvre qui l'empêcha de sor- 1 1 tir pendant quinze jours; maisje crois qu'il rcs- «1 tait chez lui plutôtpar orgueil et par mauvaise volonté que par nécessité ; il ne parlait jamais aux soldats, et les traitait avec beaucoup d'arrogance.

Le prince ou le général chaîné du gouvernement d'un pays doit, au contraire, se montrer bienveillant avec les petits comme avec les grands, et parler avec afiàbilité à tous ceux qui s'adressent k lui. Il doit se rappeler qu'il faut qu'il traite tout le monde comme il voudrait être traité lui-même , et qu'il soit plus prudeot et plus habile que les

D*ULRICH SCHMIDEL. 1^3

autres , puisqu'il doit leur commander. Il est honteux , en effet , d^étre supérieur par son grade , quand on ne Test pas par sa sagesse. Il ne doit pas non plus être fier de cette supériorité , mais S3 rappeler que le général est pour l'armée , et non pas larmée pour le général.

Page 1