‹ Relation véridique de la conquête du Pérou et de la province de Cuzco nommée Nouvelle-Castille, subjugéeChapitre 12 sur 12 · J 82 RELATION · texte numérisé non relu

J 82 RELATION

de safran gâte. Un peso d'or vaut \m castellano.

J'en aurais bien long à dire si je voulais parler de l'augmentation des prix et du peu de cas que Ton faisait de l'or et de Taisent. Les choses en étaient arrivées à ce point, que , si quelqu'un devait à un autre, il lui donnait un morceau d'or au hasard , sans le peser f 0t bien qu'il payât le double de ce qu'il devfut , peu lui importait. Ceux qui avaient des dettes allaient de maison en maison avec un Iildi^P chargé d'or chercher leurs créanciers pour les payer.

Voilà comment se firent la fonte et les yé^ partitions de l'or et de l'aident , et quelle est la richesse de ce pays. Ces métaux 4taieptaussi peu estimés des Espagnols que des Indiçi^»

Il existe une ville dépendante de Cuzco , et qui appartenait à Atabalipa , où , ditron , il y a deux maisons en or : les tuiles qui les couvrent sont de la même matière* Avec l'pr qui vient de Cuzco ^ l'on apporta quelques

pailles de blés, faites en or mas^f, ayant leurs ëpis à l'extrémité , exactement comme ils naissent dans les champs. S'il fallait décrire lés difféi^ntes formes des objets en or que l'on apporta, ce serait à n'en plus finir; il y avait des pièces d'orfèvreries en or qui pesaient hiiit arrobes, de grandes fontaines avec des tuyaux conduisant l'eau dans une cuvette , qui faisait partie de la même pièce , où étaient beaucoup d'oiseaux de diverses espèces, et des hommes qui puisaient de l'eau : tout cela fait en or. Suivant le rapport d'Atabalipà, dé Chilicuchima et de bien d'autres jpcrsonncs , ce prince avait à Xauxa des moutons et des bergers tout en or , et ces moutons et ces bergers étaient de grandeur naturelle. Ces objets appartenaient à son père , et il promit de les donner aux Espagnols. On compte sur les richesses d'Atabalipà et de don père des choses surprenantes.

Rapportons encore un fait qui mérite d'être cité : un chef indien , cacique de Gaxamalca ,

se présenta au gouverneur, et lui dit, par le moyen de interprètes : «Je. te fais savoir que depuis qu' Atabalipa est en captivité, il a envoyé à Guito et dans toutes les autres provinces de ses états, pour faire rassembler un grand nombre de gens de guerre, afin de Venir t'attaquer toi et tes gens , et vous tuer tous. Cette armée vient sous les ordres d'un chef habile, nommé Lluminabe ; elle est trèsproche d'ici et doit arriver de nuit. Elle attaquera vos retranchements en mettant le feu de tous côtés ; le premier que l'on s'efforcera de tuer, ce sera toi; puis ils mettront Atabalipa en liberté. Il arrive de Guito deux cent mille hommes de guerre et trente mille Caraïbes qui mangent de la chair humaine. Une province, nommée Paçal ta , et d'autres contrées, ont aussi fourni un grand nombre de gens.

Pizarre , ayant reçu cet avis , remercia beaucoup le cacique , le combla d'honneur, et ordonna à un notaire d'écrire ce rapport et de faire une enquête. Cet officier fit arrêter

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un oncle d'Atabalipa , plusieurs chefs et quelques Indiens, et l'on découvrit que tout ce que le cacique de Caxamalca avait dit était vrai. . .

Le gouverneur eut un entretien avec Atabalipa , et lui dit : « Quelle est cette trahison que tu machines contre moi , qui t'ai honoré comme moii frère , et qui me suis fié à ta parole? » Puis il lui répéta tout ce qu'il avait découvert. « Te railles -tu de moi, m répondit Atabalipa; « car tu me dis toujours des plaisanteries. Que sommes*- nous, moi et tous mes gens ? Pourrions-nous avoir quelque avantage sur des hommes aussi braves que vous? Il disait cela sans montrer le moindre trouble et en riant, pour mieux dissimuler sa perfidie. Depuis qu'il était prisonnier, il avait si souvent menti avec le sourire d'un fourbe , que les Espagnols qui l'entendirent étaieiit émerveillés de voir tant d'adresse chez un sauvage.

Pizarre envova à l'instant chercher une

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chaîne et la lui fit mettre au cou; pois il expédiai deux Indiens en espions pour découvrir ou était cette armée que Ton disait être à sept lieues de Caxamalca. Il desirait savoir si elle se trouvait sur un terrain où Fori pût envoyer cent cavaliers. On apprit qu'elle s'avançait peu à peu dans un pays très - montagneux ; qu'aussitôt qu'Atabalipa avait été enchaîné il avait envoyé des exprès pour dire à son commandant que le gouverneur l'avait fait mourir. Dès que ce chef et son armée eurent reçu ce message , ils retournèrent sur leurs pas : mais bientôt après Atabalipa avait expédié d'autres émissaires pour porter l'ordre de venir sans retard ; et il indiquait à quelle heure et par quel endroit, ils devaient attaquer Içs retranchements ; qu'il était vivant et qu'on le mettrait «^ mort s'ils tardaient à venir.lie gouverneur, ayant>u connaissance de tout ceci , fit entrer beaucoup de vivres dans le camp , et fit faire

dea^li(|MlfSS par tous ks cavàlierâ (i). Chaque qi|airty 'oiiiquante cavaliers faisaient la ronde, et au quart du point du jour , éèitt cltiqu^nte allaient en reconnaissance. Toufi»

Je^ puits, le gouverneur ef ses capitaines ve^illaiçnt, inspectaient les patrouilles et pl^e- Ximmii toutes les dispositions nécessaires. Les soldats qui dormaient pendant le quart ne quittaient pas leurs armes , et les chevaux restaient sellés.

Toutes ces précautions s'observaient dans le camp, lorsqu'un samedi, au lever du soleil, deux Indiens , qui étaient au service des Espagnols, vinrent dire qu'ils avaient pris la ftiitc devapt l'armée qui était à trois lieues de là ; et que, la nuit prochaine ou la suivante, le oamp des chrétiens serait attaqué ; car Ten-

(i) La traduction italienne, qui comme nous TavQm cLit,. paraît avoir été faite sur un texte plus exact que celui que nou» avons sous les yeux, ajoute , fiçfndo ire quarii egni iff/#f , en faisant trois quarts ( suivant Tf^preasion des marins ) , chaque nuit.

nemi s'avançait en toute hâte, en conséquence des ordres donnés par Atabalipa. Alors le gouverneur, de concert avec les officiers de sa majesté, les capitaines et d'autres personnes expérimentées, condamna à mort Atabalipa, et ordonna dans son arrêt, qu'attendu la trahison dont ce prince s'eu ^ rendu coupable , il* serait brûlé vif, à mo. qu'il n'embrassât le christianisme, et cela pour la sécurité des chrétiens , pour ; le bien et la tranquillité du pays; car, Atabalipa étant mort , toute son armée serait débandée , et ses gens n'auraient pas le courage de nous attaquer, et d'exécuter ses ordres. .

. On alla donc le chercher pour le supplice.

Quand il fut arrivé sur la place, il dit qu'il voulait être chrétien. On le fit savoir de suite au gouverneur , qui ordonna de le baptiser.

Le révérend père Vincent de Valverde, qui travaillait à sa conversion , le baptisa. Pizarre dit de ne pas le brûler, mais de le pendre à un poteau sur la place , ce qui fut fait. Il y resta jus-

qu'au lendemain matin; alors les religieux , le gouverneur et les autres Espagnols le conduisirent à l'église pour y être enseveli avec beaucoup de solennité et tous les plus grands honneurs possibles. Ainsi finit cet homme qui avait été si cruel. 11 mourut avec beaucoup de courage , sans témoigner de faiblesse , et en disant qu'il recommandait ses enfants au gouverneur. ;

Au moment où on allait l'ensevelir, on entendit des cris de douleur que poussaient dans sa maison , ses femmes et ses serviteurs. 11 mourut un samedi, à l'heure même où il avait été vaincu et fait prisonnier. Plusieurs personnes dirent que ce fut pour ses péchés qu'il expira le même jour, et à la même heure. Voilà comment Atabalipa' expia ses .grands crimes et les cruautés qu'il avait exercées sur ses sujets; car tous d'une voix disaient, qu'il avait été le plus cruel et le plus sanguinaire des hommes. Pour le plus léger motif, il détruisait une ville ; pour

la plus petite iaute d'un ioil homme, il en faisait tuer dix milleé II tenait en tervitude toute cette contrée par sa tyrannie , mais tous les habitants le détectaient

Aussitôt après Sa mort, le gouverneur choi^ sit un autre fils de Guzco l'ancien, nommé Atabaliba , qui paraissait aimer les chrétiens , et il le revêtit de la souveraineté en présence des caciques, des chefs du pays et d'autres In^ diens. Il leur ordonna à tous de le regarder comme leur maître , et de lui obéir comme ils avaient obéi à Atabalipa ; puisqu'il était leur souverain naturel, étant fils légitime de Clizco Tancien. Tous répondirent qu'ils le r^arderaient comme leur seigneur, et qu'ils lui obéiraient ainsi que le gouverneur l'avait commandé.

Que l'on me permette de raconter un fait surprenant. Vingt jours avant ces événements, et quand on ne savait rien de l'armée qu' Atabalipa avait fait rassembler, ce prince, causant un Jour gaiement avec des Espagnols,

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aperçut ctana le ciel,, ver» dix heures, dti côté de Cuzco, un signe semblable à une comète enflaminëe qui brilla une grande partie de la nuit : dès qu'il l'eut vu, il dit que bientôt un grand prince montrait dans cette contrée.

Quand le gouverneur eut investi Atabaliba le jeune de la possession et de la souveraineté du pays, ainsi qu'on l'a déjà rapporté, il lui dit qu'il désirait lui communiquer les ordres de sa majesté, et ce qu'il devait faire pour être son vassal. Atabaliba répondit qu'il fallait auparavant qu'il fit une retraite de quatre jours sans parler à personne, parce que telle était leur coutume quand un souverain moui^ait, afin que son successeur fût craint, obéi, et qu'ensuite tous les sujets lui fissent acte de soumission. Il passa donc quatre jours dans la retraite; puis le gouverneur arrêta avec lui les conditions de la paix, au son des trompettes, et lui remit l'étendard royal. Ce prince le reçut, l'éleva de sa propre main au nom de l'empereur notre seigneur ; et se recoft-

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nut vassal de sa majesté. Alors tous les principaux chefs et les caciques qui étaient présents le saluèrent comme leur souverain avec beaucoup de respect, lui baisèrent les mains et la joue; et, se tournant vers le soleil , ils le remercièrent , les mains jointes, disant qu'il leur avait donné un maître légitime. C'est ainsi que ce prince fut élu à la place d'Atabalipa. Aussitôt on lui attacha sur la tête une houpe très-riche , qui descendait sur son front et lui couvrait presque les yeux. Chez eux c'est la couronne du prince qui gouverne Cuzco : Atabalipa la portait. ' : Quand tout cela fut fini, plusieurs des Espagnols qui avaient conquis le pays , surtout ceux qui y étaient depuis longtemps, ceux qui souffraient des infirmités , et qui ne pouvaient ni servir ni rester à cause de leurs blessures, demandèrent leur congé au gouverneur, le suppliant de leur permettre de retourner chez eux avec l'or, l'argent, les pierres précieuses et les bijoux qu'ils avaient eus en partage. Cette permission leur fut accordée.

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Plusieurs revinrent avec Ferdinand Pizarre, frère du gouverneur.

Plus tard on donna d'autres congés; car chaque jour il arrivait de nouveaux soldats , qui accouraient à la renommée des richesses que les premiei^ avaient acquises. Le gouverneur fit délivrer, à tous les Espagnols qu'il avait congédiés, des brebis, des béliers- et des Indiens pour porter leur or, leur argent et leurs effets jusqu'à Sant-Miguel. Dans le voyage , plusieurs particuliers perdirent beaucoup d'or et d'argent, des béliers et des brebis s'étant enfuis avec leurs charges; des Indiens aussi s'échappèrent. Ces pertes s'élevèrent à plus de vingt-cinq raille castellanos. Pendant la route de Cuzco au port, qui est de deux cents lieues environ , ils eurent beaucoup à souffrir de la faim , de la soif, de la fatigue et du manque de bétes de somme ou d'Indiens pour porter leurs richesses. Ils se rendirent par mer à Panama. De là ils passèrent au Nombre-de-Dios, où ils s'embaVquèrent , et "4. i3

Notre Seigneur les conduisit Jusqu'à Séville, où sont déjà arrivés quatre vaisseaux qui ont porté les quantités d'or et d'argent suivantes :

L'an i533, le 5 du mois de décembre, le premier de ces quatre bâtiments arriva à Séville. 11 avait à bord le capitaine Christoval de Mena ; il apportait huit miWe pesos d'or et neuf cent cinquante marcs d'argent qui appartenaient à cet officier. Un prêtre, natif de Séville , et nommé Juan de Soza , apportait avec lui six mille pesos d'or et quatre-vingts marcs d'argent. Outre cela, ce navire était chargé de trente-huit mille neuf cent quarante-six pesos d'or.

L'an 1 534 , le 9 de janvier, le second navire , nommé Sancta-M aria-del-Campo , entra dans la rivière de Séville. Il y avait à bord le capitaine Ferdinand Pizari^e, frère de François Pizarre , gouverneur et capitaine général de la Nouvelle-Castille. Le bâtiment était chargé de cinquante-trois mille/>f^o^ d'or et decinq mille

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quatre cent quatre-vingts marcs d'argent appartenant au roi. Il portait pour des passagers et des particuliers trois cept ôj$i mïWe pesos et* treize mille cinq cents marcs d'argent. Ces métaux étaient en barres, en plaques et en lingots d'or et d'argent renfermés dans de grandéPcaissés. Il y avait encore à bord du navire, et pour sa majesté, trente-huit vases d'or et quarante-huit d'argent , parmi lesquels était un aigle d'argent qui contenait deux outres d'eau, et deux grandes bassines, l'une d'or et l'autre d'argent , dans chacune desquelles on pouvait mettre un bœuf coupé en morceaux ; deuL^ sacs d'or de la contenance de deux fanége3 de blé; une idole d'or de la grandeur d'un enfant de quatre ans , et deux petits tambours. Les autres vasas étaient des bassins d'or et d'argent , de la contenance de deux arrobes et plus chaque. Il y avait aussi poyr les passagers vingt-quatre vases 4'«n*gent et quatre en or. Ces trésors furent déchargé^ur le môle , et transportés à la chambre

de commerce; les vases et les autres objets furent expédiés dans vingt-sept caisses ; • il fallait une paice de bœufs pour traîner une charrette chargée de deux caisses.

Le 3 juin de la même année , deux vaisseaux arrivèrent ensemble ; l'un commandé par Francisco Rodriguez, l'autre par Francisco Pavon. Ces bâtiments portaient cent quarante-sept mille cinq cent dix-huit pesos d'or et trente mille cinq cent onze marcs d'argent appartenant à des passagers ou à des particuliers.

Sans compter les vases et les objets en or et en argent déjà désignés , l'or de ces quatre navires s'éleva à sept cent huit mille cinq cent quatre-vingts /?e^<w; chaque/>6^o vaut un castellano; on le vend communément quatre cent cinquante maravédis; et en additionnant tout l'or des quatre vaisseaux , sans compter les vases et les autres objets, la totalité s'élevaà trois cent dix-huit millions huit cent soixanteun mille maravédis. L'argent se montait à

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quarante-neuf mille huit n^rcs, chacun de huit o^jees , gui , en les calculant à deux nâj|^ deux cent dix maravédis, donnent un de cent huit millions trois^ent sept mille six cent quatre-vingts maravédis.

Un des deux derniers navires qui arrivèrent (celui qui était commandé par Francisco Rodriguez), appartenait à Francisco Xérez , natif de cette ville de Séville , qui est l'auteur de cette relation , écrite par ordre du gouverneur François Pizarre, pendant son séjour à Caxamalca, dans la province de la Wouvelle-Castille , en qualité de secrétaire du gouverneur.

199 REI-ATfoif I>£ LA €QKQU£TB DU PÉROU.

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