‹ Relations de la mission de Nan-kin [microform] confiée aux religieux de la Compagnie de JésusChapitre 20 sur 81 · JIII.IILI I I jjj 1 iu~ jjs^nïnippm^pgqnppfipR · texte numérisé non relu

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de secours et sont exposés h de si <;r;mds danpjers. . . .Se rapetisser, 's'abaisser pour imiter Jésus-Clirist ; voilà le point snr lequel appuyaient les Saints. .Le sentiment inttTicur d'iunnilité ne devrait pas être si diificilc pour moi (jui ai eoumiis tant de péchés et abuse de " tant de gTaces."

Quelque brèves que soient ses notes de retraite, les sentiments d'huniilitc y occupent presque tonjoin's une place. Il e'i)rouvait le besoin de confier au papier, pour ne les oublier jamais, ces dures penstics qni alimentaient la vertu dans son âme et lui ont ni('rité sans doute au ciel une glorieuse couronne; nous les grouperons ici sans distinction de date: 'Depuis dix-sept ans de Conq)agnic je n'ai jjas encore commencé à aimer et à suivre sérieusement Jésus-Cîlirist pauvre, liumilié, souffrant, crucifié. — «T'ai abusc^ moi seul de plus de grâces que plusieurs centaines de damnés. — Entre les Pères et les Frères de la Compagnie je suis c(nnme un mendiant au milieu des princes d'une royale famille. — Ya-t-il un chrétien dans mon district 'qui ait commis autant de péchés que moi ? — Qui ('tais-je pour que 'le bon Dieu m'ait appelé? Que sorais-jc devenu, s'il ne m'avait appelé ? Et cependant que de moyens de sanctification dont j'ai abusé! Et si Dieu s't'tait fatigué de me sui)p()rter, je serais devenu 'un second Judas. — J'ai été jusqu'à ce jour comme un homme immonde et couvert de lèpre, (]ui se trouverait mêlé à des anges et à des saints au milieu d'un jardin odoriférant. Que la miséricorde " de Dieu envers moi a été grande ! L'infection de mes péchés a surpassé la bonne odeur des vertus de mes compagnons." i

L'humilité avait jeté de si profondes racines dans son Ame que toiite parole dite à sa louange lui semblait intolérable. La patience avec laquelle il supporta les violentes douleurs de sa dernière maladie était un objet d'édification pour la communauté de Zi-ka-wei ; quant à lui, il s'étonnait qu'on pût le croii'e patient et cette pensée lui était singulièrement pénible.

Plus gTand encore fut son étonnement lorsque, sa maladie ne laissant plus aucun espoir de guérison, il acquit la certitude de mourir

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au sein de la Compagnie. Depuis longtemps il se regardait comme

indigne de cette faveur. Mes pe'clies sont si nombreux et si graves,

écrivait-il douze ans avant sa mort, j'ai abuse' de tant de grâces ; ma

tiédeur est si grande et mes défauts sont si multipliés que je dois

'être étonné que Dieu ne m'ait pas encore enlev(^' la grrice de la

vocation."

Cette pensée revient de nouveau sous sa plume dans une autre retraite et il se fait cet humble et pénible aveu : "' Pourrais-je bien "'affirmer que dans quinze années de vie religieuse j'ai passé complètement une minute selon l'esprit de la Compagnie?. . Souviens-toi de X. . .et d'autres; u'as-tu pas mérité le même sort."

Pour échapper à ce sort qu'il méritait d'autant moins qu'il s'en croyait plus digne il récitait chaque jour une prière dans la quelle il demandait à Notre-Seigneur la gnlce de rester fidèle à sa vocation.

Quand un de ses Frères quittait ce monde pour la vraie patrie, il lui enviait ce bonheur : la mort dans la Compagnie était l'objet de ses vœux les plus ardents. Se trouvant un jour à Zô-sè avec un autre Père la conversation tomba sur les Missionuakes que Dieu a\ait appelés à lui. ' Poui- moi, dit-il, alors, quand Je s^iis malade, je ne réciterais pas même un Ave Maria afin d'' obtenir ma gm'rison ; j\ii troj) envie de mourir dans la Compagnie ; jwur nous tout est là. " Dans les derniers jours de sa vie il se plaisait à répéter ces paroles ; au dire du Frère infirmier c'était là son refrain.

Les années que le P. Adinolfi passa sur cette terre furent marquées au cachet de la croix : souffrances de l'âme et douleurs du corps, rien ne lui fut épargm?. Connut-il jamais les consolations que Dieu accorde parfois à ses serviteurs au milieu de leurs peines ; il n'a laissé aucune page qui puisse autoriser à le dire, une parole échappée de sa bouche annonce même que s'il les connut, elles lui étaient au moins peu familières. Pendant qu'il était Eecteur du Collège de Zi-ka-wei, le jour de sa fête, la mort d'un novice vint troubler la joie des élèves et de la communauté : " Je m'// attendais, dit-il alors, car c'est aujourd'hui ma fête."

Cette parole, la dernière que nous citerons ici, laisse entrevoir une voie semée de peines morales où nous ne pouvons suivre le P. Adinolfi. Il l'a parcourue humblement, dans le silence de la douleur ; et, s'il retraça jamais sur le papier les angoisses qu'éprouve une âme appelée de Dieu à gravir le sentier du Calvaire, ces souvenirs sont perdus pour nous. Mais ceux que nous avons invoqués depuis le jour où il franchit le noviciat de Sorrento jusqu'à celui où il quitta la terre pour une autre patrie, nous permettent de payer à sa mémoire un tribut de louanges justement mérité: il combattit sans cesse les bons combats, ù la fin de sa course il se sentait animé de la même ardeur qu'à l'heure oîi il la commença ; il conserva intact le dépôt do la foi, fit briller parmi les infidèles le flambeau de l'Evangile, et il no lui reste plus qu'à recevoir au Ciel la couronne de gloire que Dieu réserve à ceux qui l'ont aimé et fidèlement servi.

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P. ARTHUR PHARAZYN.

Arthur Pliarazyn naquit à Poperinghe, ville du diocèse de Bruges, le 15 mars 1842. Il eut le bonheur d'avoir pour mère une femme vraiment chre'tienne, et qui joignait une grande force de caractère aux vertus dont Notre-Seigneur avait orné son âme. Etrangère aux vaines pensées du monde, elle ne l'èlevait que pour Dieu; et lui, de son côté, sut se montrer docile à celle qui lui indiquait la route du Ciel. Cette éducation chrétienne décida plus tard de l'avenir de sa vie. Ne dimittas Icgem matris tuœ ; ut addatur gratia capiti tuo, dit l'Esprit Saint, au livre des Proverbes. Les grâces promises aux enfants qui restent fidèles aux enseignements de leur mère, furent accordées au jeune Arthur.

Sa ville natale possède un collège ; c'est là qu'il reçut les premiers éléments des lettres humaines. Doué d'une nature ardente., il en suivait parfois les élans inmodérés, sans mériter cependant aucun reproche grave, et la tendre dévotion que sa mère lui avait inspirée pour la Sainte Vierge fut le rempart qui le fit triompher des attaques du démon. Chaque jour, depuis l'âge de douze ans, jusqu'à l'époque. de son entrée dans la Compagnie de Jésus, il se rendait au sanctuaire de Notre-Dame de S. Jean, célèbre dans la contrée par le concours des pèlerins qui viennent le vit^iter; là, agenouillé devant l'image de Marie, il lui payait son tribut d'hommages, et lui demandait la grâce de connaître sa vocation. Mais la nature avait aussi ses heures ; et Arthur se livrait volontiers à son penchant pour le plaisir. La Sainte Vierge lui a2:)parut en songe et lui reprocha sa vie dissipée. En réfléchissant à cette réprimande, il se mit à répandre des larmes amères. 'Ce fut là. disait-il plus tard, le commencement de ma conversion; et jDeu à peu je revins à une vie plus réglée."

La sainte Communion contribua puissamment aussi à le maintenir dans les sentiers de la vertu ; et plusieurs fois, au moment où il venait de recevoir le Corps sacré de Xotre-Seigntur, il crut entendre

une voix intérieure qui lui disait : "' Ne t'inquiète pas ; après ta seconde tu sauras ce que tu dois faire." L'avenir i)rouva la vérité de cette parole. En eflfet, pendant les vacances qui suivirent son cours d'humanités, Artliur se rendit à Angers pour y visiter une de ses tantes, religieuse de la communauté du Bon-Pasteur. Les entretiens qu'il eut avec elle fiirent le moyen dont Dieu se servit pour l'arracher aux dangers du monde ; et, d'après ses conseils, il alla faire une retraite à la maison du Noviciat de la Compagnie. Il y avait troji de docilité dans le cœur de ce jeune houmie de dix-huit ans pour que Notre-Seigneur ne lui découvrit pas la voie où il devait entrer. Arthur comprit clairement qu'il était appelé à renoncer au monde et à marcher sous l'étendard de S. Ignace. Cette vocation reconnue, il ne songea plus qu'à la suivre ; et, au lien de retourner en Belgique pour passer quelques jours au sein de sa famille, il entra au noviciat d'Angers. C'était le 7 septembre 1870. ; - ': ,

Il connaissait assez le cœur et les pensées de sa mère pour croire qu'elle ne serait point attrist(îe par une résolution si hardie ; il s'empressa donc de lui annoncer qu'il avait choisi le Seigneur pour partage, et que, suivant le conseil de l'Evangile, mais sans cesser de les aimei", il disait adieu à sa famille et à sa patrie. La lettre chargée de ce message fut accueillie avec joie ; et Arthur reçut bientôt les félicitations de sa mère qui l'exhortait à persévérer courageusement dans sa vocation. Cette pieuse femme voyait son fils en trop bonne voie pour songer à entraver sa marche.

Les Eeligieux qui connurent le F. Pharazyn au noviciat rendent un commun hommage à l'amabilité de son caractère ; toujours gai, charitable envers tous, il gagna bientôt leur affection. Fidèle observateur des règles, il subit avec courage et ferveur les diverses épreuves destinées à fortifier la vertu des novices et prononça ses vœux à l'époque fixée par l'Institut. ' : >

Il quitta la maison d'Angers pour se rendre à S. Acheul, où il étudia la rhétorique pendant un an, et fut ensuite envoyé, comme surveillant des élèves, au collège d'Amiens. Ses succès v furent

médiocres. Vers la fin des vacances de 1864, il arrivait à Vannes, où pendant cinq années, il déploya un talent remarquable dans l'exercice de ces mêmes fonctions qu'il n'avait exercées que péniblement à Amiens.

Depuis longtemps il désirait se consacrer à l'apostolat dans les Missions et il avait maintes fois sollicite; cette faveur. Elle lui fut enfin accordée. Il reçut l'ordre de quitter le collège de Vannes et de se rendre à celui de Vaugirard où il devait attendre son départ pour la Chine. Le jour en fut fixé au 27 octobre 18G9, et le 17 d('cembre il débarquait à Chang-hai.

En France, ses années avaient été consacrées à la surveillance

des élèves ; arrivé en Chine, il commença ses études de théologie ;

mais il ne tarda pas à les interrompre. Une maladie de poitrine,

dont il avait en lui le germe, se développa rapidement et résista à

tous les remèdes employés pour en arrêter le cours. Il ne devait pas

guérir. Toutefois il lui restait encore quelques années à vivre en ce

monde et il les paasa dans la pratique des plus belles vertus. La

gravité de sa maladie ne l'effraya point, il l'envisageait avec calme,

en se disant qu'il serait heureux de mourir sur une terre pour le salut

de laquelle il eut volontiers versé jusqu'à la dernière goutte do son

sang. Sa gaité naturelle ne l'abandonna pas. 'Mon cher, disait-il,

un jour à l'un de ses frères en Eeligion, je suis au milieu du fleuve.

Il y a, dit le docteur, autant de chance pour la mort que pour la

guérison. Connue le bon Dien voudra; quant à moi, ça m'est égal."

Puis, réfléchissant un j(nir sur la misérable condition de notre nature

qui nous porte sans cesse au péché, il ajoutait dans un élan d'amour

pour Xotre-Seigneur : " Pourqiuù demander ma guérison, quand, en

" supposant que je gixérisse, j'ai encore tant de dangers d'oftenser le

''bon Dieu."

Cependant les Supérieurs ne pouvaient voir d'un œil tranquille l'état critique du malade. La guérison, bien que diflicile, n'était pas impossible ; aussi s'empressèrent-ils de prendre les mesures nécessaires pour conserver h la IMission un Religieux, dont les talents faisaient

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concevoir de légitimes espérances. Le climat de Hong-kong, pins doux que celui de Chang-hai. a parfois rendu à la vie des Missionnaires qui marchaient rapidement vers la tombe : on proposa au F. Pharazyn d'aller demander à ce ciel bienfaisant une santé qu'il ne pouvait plus recouvrer à Zi-ka-wei. Sa résolution fut bientôt prise. L'espoir d'une guérison qui lui permettrait de se consacrer au salut des âmes le fit accéder sans peine au désir des Supérieurs, et le 5 octobre 1871 il s'embarquait pour Hong-kong. Il y fut accueilli avec une charité toute fraternelle par M. Ozouf, procureur de la Congnîgation des Missions-Etrangères.

Une amélioration sensible se fit d'abord sentir dans l'état du

malade ; il se plaisait lui-même à la constater dans ses lettres, mais

: sans compter sur une guérison complète ; et une idée pénible venait

assombrù" les premiers rayons d'espérance qui avaient brillé à ses yeux :

Je ne valais pas la peine qu'on s'occupât tant de moi, écrivait-il do

Hong-kong, et puis une pensée jette nn vide sur ma joie ; j'ai peur

de mourir loin de vous. Je sens maintenant ce qu'il en coûte de se

séparer de ses frères, et combien je tiens à la Compagnie par le

fond de mon ume."

Cet éloignement de ses frères, qui attristait son cœur, ne fut pas de longue durée. La maladie Iriomjjha du climat; tout espoir de guérison disparut peu à peu et le F. Pharazyn dut quitter cette maison de M. Ozouf, où des soins, inspirés par la charité la plus délicate, lui avaient été prodigués pendant deux mois. Le 15 décembre, il arrivait à Chang-hai, d'où il reprit la route de Zi-ka-wei.

Grande fut sa joie de se retrouver au sein de la famille religieuse, où il avait laissé son cœur. Ah ! maintenant, disait-il, je n'ai plus aucune inquiétude ; me xoUli au milieu de vous ; je puis mourir tranquille." Cependant tous ses vœux n'étaient point encore accomplis ; et il en était un qui occupait dans son cœur une large place : il désirait vivement être revêtu du sacerdoce. " Si seulement je ' pouvais oôrir une fois le saint sacrifice avant de mourii', répétait-il 'souvent, que je serais heureux!" C'est que son amour pour

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Notro-Seigneur était vif et ardent.

'' Si j'excepte la Sainte Vierge, disait-il, je ne pnis guère avoir " d'autre dévotion, Notre-Seigneur est si bon pour moi 1 II me donne tant de grâces, me comble de tant de faveura, et puis, je trouve en " lui tant de trésors d'amonr et de miséricorde."

Le bonheur qu'il ambitionnait lui fut accordé plus tôt qu'il n'eût osé l'espérer; et, le 31 décembre 1871, il reçut le sacerdoce h Zi-kawei des mains de Mgr. Languillat. Le lendemain, il célébra sa première messe.

Au moment où il tenait entre ses mains le Dieu qui durant sa vie

mortelle rendait la santé aux malades, il se sentit porté à lui adresser la

même prière que le lépreux de l'Evangile. ' C'est la première fois

'que j'ai demandé sérieusement ma guérison, racontait-il à ses frères;

* tenant Notre-Seigneur entre mes mains je lui ai dit : ' Domino, sivis, iK)tes me sanare. . . ; attamen. . ." Il goûtait trop de consolation à

se soumettre à la volonté divine pour formuler une demande absolue, et quand, après quelques jours d'attente, il put croire que Notre-Scigneur ne lui accorderait pas le don de la santé, au lieu de s'en attrister, il disait joyeusement: ' M;iiiiteuaiit qu'il ne me manque plus

* rien, je ne changerais pas ma place avec n'importe qui." Depuis cette époque, il oftVit chaque jour à Dieu, pendant la sainte messe, le sacrifice de sa vie ; et il puisa dans cet acte d'immolation une force d'âme qui ne l'abandonna jamais. Il jouissait d'une paix profonde ; et cette paix dans le commerce de la vie se traduisait par une sainte et joyeuse indifférence. Ceux qui n'auraient pas connu les dispositions intérieures du P. Pharazyn auraient pu croire qu'il ignorait la gravité de sa maladie.

Les souiFrances n'altérèrent point l'amabilité de son caractère ; il recevait avec un visage souriant ceux qui venaient le visiter, avait pour tous quelques paroles agréables et se prêtait volontiers à faire quelque innocente plaisanterie.

Le temps de la douleur permet n tout chrétien de recueillir une abondante moisson de mérites^ et le P. Pharazyn comprenait trop

cette V('rité pour ne pas tirer un religieux parti fies j<nirs pt'iiibles qnc Notre-Seigiieur lui réservait. IMcterniina donc son mode de souffrance et nous lisons dans ses notes : " Souffrir gaiinent devant les autres, ne parler de ses souffrances qu'au Supérieur et au docteur. — Etre doux dans ma maladie; ne point paraître triste on sévère " en puljlic ; faire un petit effort pour surmonter ma faiblesse, ne pas " même avoir l'air de me plaindre : en un mot me tenir comme "Jésus." Ces résolutions, il les garda Hdèlement jusqu'au dernier jour de sa vie.

Jetant parfois un regard sur les années de son eiifance, pendant lesquelles la vivacité de son caractère lui avait fait connnettre plus d'une faute, il se disait : ' Ce n'est pas gai de mourir h la fleur de l'âge, sans avoir pu travailler pour le bon Dieu, ni expier ses vieux péchés." Puis le souvenir des fonctions qu'il avait exercées dans les collèges au prix de millb ennuis, la i)ensée des dangers que sa ferveur y avait rencontrés, se présentaient à son esprit ; il se félicitait d'avoir traversé cette rude période et d'être venu en Chine ; pour faire preuve de quelque bonne volonté <au service de Dieu.:

Les paroles suivantes vont nous njvéler tout un côté de l'âme du P. Pharazyn. Dans son humilité il se regardait conmie un p("chcur digne des plus gi-ands châtiments; mais plein de confiance dans la miséricorde de Dieu, il lui offrait le sacrifice de sa vie jjour les éviter. " Ce qui me rassure contre la crainte du jugement de Dieu, disait-il, ' et me fait espérer que je ne serai jjiis damné, c'est ce que j'ai lu d'un Religieux, comme moi, fort peu édifiant. Atteint d'une ma- "ladie mortelle, il se dit : j'irai bientôt rendre compte de ma vie passée h mon juge ; je veux tâcher d'expier mes innombrables infidélités en acceptant avec toute la générosité de mon âme la mala- ' die que Dieu m'envoie, trouvant bien tout ce que l'on fera pour moi, ' ei ne me plaignant jamais de rien. Deux ans après, il mourut 'fidèle à sa résolution et apparaissant à son Supérieur avec l'éclat des bienheureux. — Comment, Frère un tel, lui demanda celui-ci, est-ce 'bien vous, qui étiez autrefois si peu édifiant et si infidèle à vos

"règles? — Ouï. mon Père; et cette gloire je la finis h la geiie'rosité " avec laquelle dès le commencement j'ai accepté et sui)porté ma '"maladie." — "Tour moi, ajoutait à son tour le P. Pharazyn, je vais tâcher d'en faire autant." Il tint parole.

Cependant de nombreuses prières montaient vers le Ciel pour obtenir sa gue'rison. Ses frères en religion, les Carmélites, les Auxiliatrices, sa mère, sa tante qui avait autrefois contribué à lui ouvrir les portes de la Compagnie, suppliaient ardemment Notre-Seigneur de ne point l'enlever à la IMission de Chine. Pour lui, il ne consentit jamais, si ce n'est par obéissance, à demander la santé. Je le "fais parce qu'on le veut, disait-il; mais je ris en moi-même d'in- ' crédulité, tant je vois la chose impossible. Au contraire, quand je 'demande h Notre-Seigneur la grâce d'une bonne mort, comme je le " fais tous les jours à la messe, alors c'est autre chose ; mon cœur y 'est; je sens que je prie avec goût et avec confiance d'être exaucé." Au mois de mai on fit pour lui une neuvaine à Notre-Dame de Ijonrdes, mais bien loin d'y prendre part, il cherchait à en empêcher le succès et pour gagner sa cause il fornuilait celte promesse : Si " la Sainte Vierge n'exauce pas ces prières, je lui dirai des messes d'actions de grâces et je la chargerai de préparer mes paquets pour " le grand voyage. Elle sait bien mieux que moi ce qui me convient." Le G septembre de la même année, mourait à Tchen-kiang un saint Keligieux, le P. Narcisse Bourdillean, dont le souvenir vivra longtemps parmi nous. Notre malade familiarisé depuis longtemps avec la pensée de la mort qu'il appelait de tous ses vœux disait gaiment, après avoir appris cette nouvelle : " Ce bon P. Bourdillean, " comme il doit rire lù-haut et se dire : Pauvre P. Pharazyn ! fran- "chement pourquoi se donner tant de peine pour vivre? Il aurait, '" bientê)t cessé toutes ces neuvaines, s'il savait comme on est bien ici." La pensée fréquente de la mort et des années éternelles maintient l'âme dans une indiftérence complète pour les choses de la vie et la rapproche sans cesse de Dieu : l'âme s'unit déjà sur cette terre à celui qu'elle possédera pleinement dans le ciel. Chez le P. Pharazyn

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cette union devînt do plus on plus ('troito <Iiir;int la ilcrniôre anni'c qu'il passa au milieu de nous. Il se tenait habituellement en la présence de Dieu, sans contention et sans efforts connue un enfant devant son père ; il lui parlait avec une familiarité toute filiale qui lo faisait dire un jour, en déposant son chapelet : Ecoutez, mon Dieu, en voilà assez pour le moment ; je vous prie de m'excuser, mais je " n'en puis plus ."

Son esprit de mortification et de pénitence dura aussi longtemps que sa vie ; l'œil fixé sur la croix de son divin Maître, il sentait lo besoin de souftrir ; et quand il ne lui fut plus permis de s'imposer des privations, il voulut au moins se mortifier en acceptant avec indilVércnce la nourriture qui lui était offerte : Ma carcasse se détraque, disait-il alors, je ne puis même plus- supporter de l'eaii rougie.'' et en même temps il écrivait dans ses notes : ' Ne jamais quitter la table, sans avoir fait à Notre-Seigneur crucifié im petit acte de mortification, ne serait-ce qu'en acceptant joyeusement tout ce qu'on me donne. Je le recevrai comme venant de la main de Dieu, sans dire un seul mot: après tout, un pauvre n'a pas le droit de se plaindre." Son union à Dieu et son amour de la croix avaient donné à son âme une énergie peu commune: elle se fortifiait dans la souffrance. " C'est curieux ! disait-il, avec cet air jovial qui ne le quitta jamais ; au commencement de ma maladie, quand je me sentais plus fatigué, je me disais : allons bon 1 Encore une histoire 1 Est-ce agaçant 1 Maintenant, quand je reconnais la souffrance qui vient, je me dis : allons ; encore une petite souffrance : merci mon Dieu. Etes-vous bon! Et, loin de m'attrister et de m'împatienter, je me sens tout en paix. C'est une grande grâce que me fait Notrc-Sei- ' gneur. 0 œtcrnîtas hcataf"

Dieu voulut récompenser cet amour de la souffrance ; et, pour la lui faire accepter avec plus de courage encore, il lui laissa entrevoir à la lueur d'une lumière surnaturelle la laideur du péché que nous comprenons si imparfaitement ici-bas. " Comme je vois bien main-

* tenant ce que c'eyt. disait-il . alors. Je ne parle pas du pét'hé mor-

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tel, grâce à Dieu ; mais de ces nulle petites négligences que nous nous permettons si facilement. Mon Dieu, si nous savions ! "

Au mois de juin 1873, il se rendit en pèlerinage à Notre-Dame de Zô-sè : il revint h Zi-ka-wei avec la conviction qu'il ne gue'rirait jamais. A'^crs la fin de l'année, il pria le E. P. Foucault d'écrire à Eome pour lui obtenir la permission de faire ses derniers vœux ; puis, afin de se préparer à cette grande action et ù la mort qui le menaçait, il voulut parcourir pendant trente jours toute la série des Exercices de S. Ignace.''

Sa retraite achevée, il rendait ainsi compte de ses dispositions intérieures. " Depuis six semaines j'ai souffert beaucoup; le bon " Dieu a voulu me faire faire un })eu de purgatoire, mais il m'a donné la résignation et je suis prêt à mourir aujourd'hui, demain, quand ' il voudra. Je ne saurais assez le remercier des grâces qu'il m'a faites : Vraiment c'est le I>o)i Dieu. J'ai reçu dans l'ordre surnaturel des faveurs indicibles. Tous les jours je m'offre pour l'ùme du pécheur qui résiste le plus ù la grâce, et pour celle du purgatoire qui souffi'e davantage ; ce qui me donne une grande consola- ' tion. Tous les jours aussi j'apprends à mourir, et cette pensée no me cause aucun trouble, malgré la peur qui y est inhérente. Je ' n'ai pas un seul moment d'ennui ; tous mes instants sont bien par- '' tagés, et je les offre tous à Notre-Seigneur. "

Ces belles dispositions ne pouvaient lui rendre pénible la réception des derniers sacrements ; il pria lui-même le R. P. Supérieur de lui administrer l'Extrûme-Onction et le Saint- Viatique. La cérémonie eut lieu le 19 janvier 1874, en présence d'une communauté nombreuse. Avant de recevoir la sainte Communion le P. Pharazyn prit la parole avec calme ; c'est à peine si parfois une légère émotion venait altérer un peu le son de sa voix. Il remercia Notre-Seigneur présent devant lui des grâces nombreuses qu'il en avait reçues : la pensée qu'il allait mourir dans la Compagnie et sur une terre pour le salut de laquelle il aurait voulu r('j)andre jusqu'à la dernière goutte de son sang, excitaient dans son âme des sentiments de reconnaissance

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et (le joie. Il rcmcrcûa avec une exciuîsc tlélicatesse tons les Religieux qui lui avaient donné quelque te'inoignage d'affection et le domestique qui lui avait prodigué ses soins. A cette licure dernière, le souvenir de sa mère était présent à son cœur; et, se rappelant la pieuse sollicitude dont elle avait entouré ses jeunes années et les enseignements chrétiens qu'elle lui avait donnés, il en comprenait mieux que jamais le prix et remerciait Dieu de lui avoir accordé cet inestimable bienfait. Notre-Seigneur lui ménageait une douce et suprême consolation : il allait recevoir le Saint-Viatique des mains du E. P. Supérieur qui, treize ans auparavant, avait dirigé ses premiers pas dans le chemin de la vie religieuse au noviciat d'Angers, et il se sentait heureux de le voir auprès de lui, en Chine, en cet instant solennel.

Le P. Pharazyn vécut encore quinze jours après avoir reçu les derniers sacrements, et il les passa dans la paix, la joie spirituelle et l'union avec Dieu. Pendant la nuit du 4 au 5 février, vers une heure et demie, le Frère chargé de veiller aujn'ès de lui put constater h des signes certains que la mort était in-oche et il s'(;mpressa d'en avertir le R. P. Supérieur et le P. Chauvin, qui vinrent immédiatement réciter les prières des agonisants. Le malade jouissait de toute sa connaissance et suivit attentivement les paroles du Rituel. Son immobilité absolue pouvait faire croire qu'il avait cessé de vivre: 'Je crois quil est mort" dit alors le R. P. Supérieur. "A> imrlcz fas trop liant, répondit plaisamment le P. Pharazyn ; Je votis eufouh." — Alors, mon cher Père, reprit le R. P. Supérieur, i-ous savez que votre ilcrnicr moment apjn-oche. — ])eo yratkis ! Telle fut la belle réponse avec laquelle le moribond accueillit les paroles qui lui annonçaient son entrée prochaine dans l'éternité. Il reçut une dernière absolution et l'indulgence plénière hi articula mortis ; puis, sur l'invitation qui lui en fut faite, il ofî'rit de nouveau à Notre-Seigneur le sacrilicc de sa vie pour TEgiise, la Compagnie et la Mission de Chine ; il pria pour ses parents et ses amis. Le R. P. Supérieur lui suggéra ensuite quelques oraisons jaculatoires. Quand il entendit celles de JiJsii?, Marie, Joseph, je vous donne mon ca^ur, mon esprit et ma vie, il

repondit h chacune d'elles par un sonpir, et à la fin de la troisième Jésus, Marie, Joseph, que mon ume expire paisiblement en votre Conijyagnie, il s'endormit dans le Seigneur, sans souftrance et sans agonie, il trois heures du matin, le jour de la fête des Saints MartjTS Japonais.

Sa pieuse mère, prépare'e depuis longtemps à recevoir cette pénible nouvelle, en fut informée par une dépèche télégraphique. Elle accepta avec résignation le coup dont Dieu venait de la frapper, et au milieu de sa douleur elle se consolait en pensant que son fils n'avait quitté la terre que pour se rendre dans une patrie où elle le retrouverait sans crainte de le perdre.

Le 7 février, eurent lieu les funérailles du jeune Keligieux. Une lettre, arrivée d'Europe la veille, fut remise au E. P. Supérieur dans la sacristie même du Sen-Mou tang ; elle renfermait un décret par lequel le T. E. P. Général permettait à celui, dont la dépouille mortelle allait être confiée si la terre, de prononcer ses derniers vœux, en l'exemptant des formalités exigées par l'Institut pour l'accomplissement de cette grande action.

Le crucifix du P. Pharazyn et quelques objets de jnété furent bientôt envoyés h Poperinghe ; ils y causèrent des regrets dont Notrc-Seigneur tempéra l'amertume. La mère du missionnaire défunt écrivait en effet les paroles suivantes au Père chargé d'expédier ce pieux envoi : '' Nous vous remercions mon mari et moi, avec toute " l'eflfusion dont nous sommes capables, des objets qui nous sont parvenus il y a quelques jours. Je ne puis vous dire combien nous avons " été émus à la réception de ces trésors ; leur vue nous a causé bien des

larmes, mais ces larmes étaient mêlées de consolations, dont nous ne " voudrions pas être privés pour toutes les fausses joies et les vanités "de la terre."

Nous n'avons point à parler maintenant des vertus dont le P. riiarazyu nous donna l'exemple : elles brillent de tout leur éclat dans ces pages consacrées ù sa mémoire. S'il n'eut \)m le bonheur d'auiKUu-tr v\\ C'hiue la bdinic nouvelle de l'Evangile, il n'en ren-

contrera, pas moins au ciel, nous l'espe'rons, des îlines sauvées par ses souttrances et le sacrifice généreux qu'il sut faire de sa vie.

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