‹ Relations de la mission de Nan-kin [microform] confiée aux religieux de la Compagnie de JésusChapitre 19 sur 81 · PP · texte numérisé non relu

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et une maladie opiniâtre le conduisait au tombeau. Il venait demander au missionnaii'e les derniers secours de la religion pour paraître devant Dieu. Le P. Adinolli était alora à Tse-liaong pour y céle'brcr la fête de Noël. Il administra l'Extrême-Onction au malade et lui donna le Saint-Viatique, Pendant trois jours encore il lui porta la communion dans sa cabine ; puis, quand le pêcheur eut rendu le dernier soupir, il présida à ses funérailles. Que le vieux chef Je barque e.<it heureux ! disaient les chrétiens ; et que Le Père est bon de lui avoir donné quatre fois le corps de JVotre-Seiqiieur / " Le pieux missionnaire se félicitait lui-même d'avoir été témoin de la belle mort du pêcheur du ïa-liou.

La charité du P. Adinolli n'était jamais plus grande que quand il trouvait l'occasion d'arracher une âme au pouvoir du démon. Vers la fin de sa vie, il apprit que dans la chrétienté de Ki-kang-tsen, au district de Tsing-pou, le fils d'une jjauvre néophyte ne rencontrant plus dans la maison de sa mère, devenue veuve, que la misère et la faim, s'était réfugié auprès de son oncle, païen entêté, qui ne lui permettait pas d'observer les pratiques du christianisme. Il avait diyù oublié les quelques prières qu'il avait apprises, ne songeait point à faire sa première communion et, aux jours de dimanche et de fêtes, on l'empêchait de se rendre à l'église. Pour remédier à un si grand mal il ne restait qu'un parti à prendre ; il fallait décider cet infortuné jeune homme à quitter le triste asile où il s'était réfugié. Le P. Adinolfi le fit appeler, lui exposa paternellement les dangers que courait son âme, dont il semblait ignorer le prix ; et lui demanda s'il ne serait pas heureux de sortir de la maison de son oncle,, où la pratique de la religion lui devenait impossible. Le néophyte reconnut la sagesse des conseils qui lui étaient donnés et déclara qu'il voulait désormais vivre en clurétien ; mais il ne savait à quelle porte frapper pour échapper h la misère. Le P. Adinolfi eut bientôt tranché cette difficulté; il l'emmena avec lui sur sa barque lui mit une rame à la main, et lui dit de la mettre en mouvement tant bien que mal pour commencer son apprentissage de batelier. Le métier souriait au nouveau

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l)rot('gé ; la nourriture lui était donnée à discrétion, et maints cadeaux du Père venaient compléter son trousseau jadis assez léger. Il se mit à apprendre les prières qu'il avait oubliées, et la doctrine chrétienne qu'il n'avait jamais bien connue ; puis, au bout de quelques mois, il put faire sa première communion et commencer une vie nouvelle. Depuis cette éjKxjue il continua de rester auprès de son bienfiiiteur, et après . avoii" béni sa charité il put chaque jour admirer sa patience et ses autres vertus durant les deux mois qui précédèrent sa mort.

Si la charité du P. Adinolti était énergique lorsque les circonstances l'exigeaient, elle savait aiissi être patiente pour procurer le salut des âmes. Dans une chrétienté de la Section de Song-kang il avait à son service un homme peu intelligent, sans initiative, incapable d'exhorter les païens, bien qu'il rencontrîlt souvent l'occasion de se mettre en rapport avec eux ; il songea plusieurs fois à le renvoyer dans sa famille ; et cependant il n'osa jamais prendre cette résolution ; car il redoutait jiour cet homme la conséquence d'un renvoi et craignait de le voir abandonner la pratique de la religion. Il le supporta avec patience, lui laissa son emploi pour lui épargner les dangers d'une position nouvelle et sauvegarda ainsi sa foi et son salut éternel.

Voué depuis longtemps à la souffrance, il en connaissait l'amertume ; aussi sa charité semblait-elle redoubler envers ceux que la maladie retenait sur un lit de douleur. Pendant son stgour à Tongka-dou et à Zi-ka-^vei il y vit arriver de nombreux Missionnaires que le typhus ou des fatigues excessives contraignaient de quitter leurs districts ; il leur prodiguait ses soins, et ses paroles affectueuses redisaient la charité de son cœur.

" Le P. AdinoIJi a été pour moi une mèi-e, " disait l'un d'eux, en «e rappelant les jours d'angoisse qui l'avaient conduit aux portes du tombeau. Ces sentiments de reconnaissance sont partagés i)ar tons ceux qui vinrent lui demander l'hospitalité pendant leur maladie.

Les faits qui nous venons de citer nous montrent comment il comprenait le service de Dieu et l'amour du prochain ; quelques lignes écrites de sa main vont nous révéler ses sentiments les plus intimes

et les pensées les plus habituelles tle son âme.

La vie de Vhomme sur la terre est un combat, a dit Job. Le P. Adinolfi aurait pu prendre ces paroles pour devise ; car il fut constamment en lutte contre lui-même et les consolations divines lui semblaient inconnues. Dans ses notes de retraites annuelles, oii, depuis 1855 jusqu'à 1873, il a consigne toutes les aspirations de son cœur et qui ont échappé à la destruction commune de ses papiers, on ne rencontre partout que les traces d'un combat opiniâtre ; la snavité d(;s paroles, l'onction des pensées, les joies de la conscience ne se trouvent nulle part.

Sa santé fut presque toujours languissante ; et une chute grave, qu'il fit peu de temps après son arrivée en Chine, lui causa des migraines dont il souffrit jusqu'à la mort. Son estomac délabré se refusait parfois à prendre la moindre nourriture ; et, pour se mortifier, il s'abstenait encore des aliments qui lui promettaient une digestion facile. Puis, oubliant son état de souffrance, il écrivait dans ses notes : Qu'aije fait pour punir ce corps '?.... comment se fait-il que je lui accorde tout et que je ne lui refuse rien?

* Pourquoi ne prenez-vous pas ce mets ? " lui demandait un Père ; î7 irait bien à votre estomac.'" Sa réponse, involontairement sans doute, vint dévoiler sa pensée : Je Caime beaucoup ; dit-il, et c'est pour cela que je n^ en mange pas. Je craindrais de faire quelque excès." 11 déguisait sous ces paroles l'esprit de mortification dont il était animé.

Dans les dernières années de sa vie quelques œufs salés et un peu de riz formaient presque toute sa nourriture ; et malgré ce régime plus que fragal il continuait à se livrer aux différentes œuvres du ministère apostolique.

En 1858, il fit les exercices de la grande retraite. Désir des humiliations, besoin de travailler au salut des âmes, lutte contre son caractère, telles sont les pensées principales qui le dominèrent pendant trente jours. Il demandait à Notre-Seigneur la grâce de rester fidèle à son étendard au milieu des humiliations et des mépris :

'Mon Jésus, lui disait-il, si vous voulez pour ma plus grande

'" Iinmiliatùm mo" laisser inos défauts, specialoincnt mon impatience '' exturicnre,, que votre volonté soit faite. Si vous voulez que je souil're '' de grandes douleurs, faites en sorte qu'elles ne tournent pas à ma ' louange. Si vous voulez vous servir de moi pour opérer quelque " bien dans les âmes, faites qu'il ne m'en revienne que de la qpnfu- " sion. J(î ne mérite pas ime si grande faveur ; cependant je vous la " demande par l'intercession de voti'e Sainte Mère, et je vous prie au " nom de ses mérites de m'accorder les grâces nécessaires pour vivre " et mourir dans votre chère Compagnie au milieu des humiliations." Ces parois devinrent pour lui une prière, qu'il récita jusqu'aux derniers jours de sa vie.

Son désir des humiliations ne resta point dans ces lignes à l'état de lettre morte, mais il le mit immédiatement en pratique. Les usages de la Compagnie n'étaient pas alors tous en vigueur comme aujourd'hui ; celai de se rendre à la cuisine pour y laver la vaisselle était inconnu ; et des domestiques remplissaient seuls cet office que l'on ne pouvait confier aux Frères coadjuteurs attachés à d'autres emplois. Le P. Adinolfi revêtu d'un tablier apparut un jour, pendant le dîner au milieu des domestiques et se mit à laver plats et assiettes conune le dernier d'entre eux. La nouveauté du spectacle excita un étonnement facile à comprendre ; ces bonnes gens peu habitués à recevoir semblable auxiliaire et peu familiarisés aussi av^ec les pratiques d'humilité se demandaient ce que signifiait la démarche du Père ; ils en comprirent bientôt le sens et leur étonnemcnt se changea en admiration. La vie religieuse n'est pas semée d'humiliations et le Jésuite qui, pour acquérir l'humilité, se contenterait de les attendre sans recourir à d'autres moyens, ne ferait pas de rapides progrès dans cette vertu. Le P. Adinolfi avait l'esprit trop droit pour ne pas comprendre cette vérité : il voulut aller lui-même au devant de l'humilité pour se familiariser avec elle et l'aimer de cœur comme Notre-Seigneur luimême l'a aimée. En étudiant ses tendances les plus intimes il s'était aperçu que l'aiguillon de la vaine gloire se faisait parfois sentir au fond de son âme ; il écrivit dans ses notes^ au cinquième jour de la

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.seconde semaine: "Voici un avertissement pour toi, au chapitre VII ° " des Industries : Il ne faut jamais raconter ses affaires, même sous " prétexte d'édification. Une nourriture bonne pour un homme qui "jouit de la santé est nuisible à un malade: les malades spirituels ne songent guère ù l'honneur de Dieu, et ne cherchent que leur propre gloire en de pareils récits." Je reconnais que cet avertissement convient parfaitement à mon état actuel."

Cette pensée l'occupa jusqu'à la fin do sa retraite; elle revenait sous sa plume sans ménagement et sous cette forme d'apostrophe qui lui était familière. En méditant sur le baptême de Notre-Seigneur il se disait: Jésus -Christ a abandonné pour toi sa très-chère Mère, qu'il aimait {iitenslssiine, et en qui son cœur trouvait sa seule consolation. Marie elle-même a souffert pour toi cette séparation dure ' à son cœur. Et toi, lu refuserais à Notre-Seigneur le sacrifice d'une vaine estime et de ta réputation? "

La vue des humiliations que le Divin Sauveur eut à subir dans

la maison de Caïphe lui faisait écrire ces paroles : Dans le monde

' les hommes qui aiment à parler à tout propos des services qu'ils ont

rendus à leurs amis s'en font détester. Or Jésus qui a tant souffert

' pour toi, ne te demande en retour que quelques petits services qu'il

récomjxinsera éternellement ; et, après les lui avoir rendusy tu désî-

"■ rerais recevoir les louanges des hommes ? "

Puis, non content de s'infliger ces avertissements; il prenait les

moyens d'en assurer l'efficacité, et ajoutait en note : Après les

Exercices, l'objet de mon examen particulier sera de ne jamais rien

dire, même sous jjrétexte d'édification, qui puisse m'attirer les lon-

' anges des hommes." . . :

La fin de sa grande retraite anùvée, il déposa sur son cahier une dernière pensée qui résumait toutes celles qu'il avait déjà écrites ; et, après les quatre lettres initiales de la devise de la Compagnie : ' Ad majorem Dei gloriam, " on y lit cette parole empruntée à S. Jean- Baptiste : Oportct illum crescere me autem minuiJ"

Le P. Adiuolfi ne fut point entaché de cette félonie orgueilleuse

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qui clierche à ravir à Dien l'honneur qui lui est dû 5 il n'aimait pas à paraître ; se contentant d'avoir Notre-Seigneur pour témoin de ses actions, il parlait peu de lui-même et ensevelissait dans l'oubli le bien qu'il semait sur ses pas. Lorsqu'il eut e'tabli l'Apostolat de la Prière dans la paroisse de Tong-ka-dou, le E. P. Gonnet, Supérieurgénéral de la Mission, le pria de faire part de cette nouvelle au Directeur du Messager du Sacré-Cœur ; il obéit, signa sa lettre, mais il récrivit de manière à laisser croire qu'il ne se trouvait point mêlé aux faits qu'il raconte ; il y parle du Ph^e chargé de la paroisse de Chang-Jtai. Ce trait nous révèle la pratique de son cœur; et cette pratique lui devint si familière qu'à l'avenir il ne ressentit plus vraisemblablement l'aiguillon de la vaine gloire. Une fois seulement ses notes de retraite accusent une impression qui l'oblige à se rappeler à l'ordre, mais sans insistance. Il écrivait en 1869: Ama nesciri et pro niJiilo reputari'' Telle est la sagesse des Saints. L'aurais-tu oublié ? Toutes les inquiétudes dans les affaires viennent de ce qu'on cherche plus sa réputation que la gloire de Dieu."

Le zèle du salut des âmes, comme le besoin de l'humilité, fut aussi pour lui, durant sa grande retraite l'objet des plus sérieuses réflexions, et la contemplation de Notre-Seigneur instruisant ses disciples sur la montagne lui fournit les suivantes :

* Combien grandes étaient la modestie, la douceur et la patience de Jésus-Christ quand il enseignait sa doctrine ! Bien plus, qnel n'était pas son respect pour des pêcheurs grossiers et ignorants qu'il voulait conduire peu à peu à la sainteté la plus sublime !"

" Et toi, à quel titre es-tu chargé des âmes ? Tu dois être leur

père, leur pasteur et leur maître. Tu dois donc les aimer, tu dois

'' veiller sur elles et les instruife par tes exemples et ta doctrine com-

'me Jésus-Christ. Avec ton impatience leur inculqueras-tu la

patience? Ta colère leur inspirera-t-elle la douceur? Toi, leur

"père, leur pasteur et leur maître, si tune les aimes pas comme

Jésus-Christ les a aimées, comment pourras-tu leur prêcher la

charité de Jésus- Christ I "

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Puis, après avoir écrit ces lignes, afin qu'elles ne restent pas une lettre morte, il arrive aux moyens pratiques et ajoute :

Dans les missions, tu auras soin de me'diter, au moins le premier jour, les trois points suivants : 1'^ Combien, comment et pourquoi Jésus-Christ aime les âmes ; 2° par qui et pourquoi ces âmes ontelles été confiées à tes soins ; 3° comment Jésus-Clirist, dont tu dois suivre les exemples, a-t-il exercé ses fonctions de père , de ' pasteur et de maître ? Eéfléchis h cette parole de S. Paul : Filioli mei quos iterum parturio, donec perficiatur in vobis Christas." Mais si tu ne possèdes pas en toi la forme de Jésus-Christ, comment 'pourras-tn sans elle engendrer des fils spirituels ? "' '''-::-l;:-:'::^:- [ ^". ■

Nous avons vu, en racontant ses travaux durant les missions, le

zèle dont il faisait preuve malgré ses souffrances. Ce zèle ne calmait

pas toujours ses inquiétudes et ne l'empêchait pas de s'adresser les

plus durs rej^roches. On lit ces paroles dans ses notes de 1866 :

Pense à ces zouaves qui, au siège de Sébastopol, se disputaient avec

la garde impériale pour obtenir un poste d'honneur où la mort les

attendait. Et moi, pour Jésus, je suis toujours à me demander si

le commandement est commode, ou si, n''étant pas commode il

pourrait être changé. Au lieu de faire Fouvrage du Seigneur je

cherche mes aises et ma réputatioru" • ;.■ . .

Deux ans plus tard, il ne contestait plus Texistence de son zèle, mais il se demandait s'il possédait les qualités requises pour travailler avec fruit au salut du prochain : Sans l'union à Dieu, se disait-il, je pourrai convertii' quelques âmes par accident, comme le diable en convertit lui-même quelquefois ; mais je ne serai jamais un véritable instrument entre les mains de Dieu. Finalement, sans l'oraison ' qui pourra donner de l'efficacité à mes paroles ? " Il repassait ensuite dans sa mémoire avec étonnement les fonctions sublimes que le missionnaire est chargé d'exercer : ' Médecin, maître, père et pasteur des âmes ! ! ! " et pour stimuler son ardeur il s'adressait ces paroles : Tu es un médecin choisi par Jésus-Christ, qui tulit injiriuitates jwstras, et cujtis livore sanati siimiis. Oserais-tu imiter un médecin

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salarié et sans pitié ! Jésus-Clirist t'apporte sur ses épaules une pauvre brebis pour la laver dans son sang; voudrais-tu la chasser et la maltraiter ? Jésus s'indigna contre ceux qui le priaient de ne point avoir d'entrailles de charité pour les pécheurs^ combien à plus forte raison &'indignera-t-il contre toi ! "

Au tribunal de la pénitence il était plein de miséricorde et conseillait à tous les Missionnaires soumis à sa juridiction d'imiter cette conduite. L'un d'eux, après avoir exposé un cas de conscience lui demandait si en pareille circonstance, on pourrait donner l'absolution. Ah! mon bon Fève, répondit-il en paraissant étonné d'une 2)areille question, donnez, donnez donc V absolution.'" La rigueur dans la conduite des âmes était pour lui chose intolérable.

La question de la conversion des païens le préoccupa toute sa vie. Pendant son séjour à Zi-ka-wei, il parcourut les ^•illages voisins pour annoncer la religion de Jésus-Christ, et son apostolat ne produisit aucun fruit de salut. Sa qualité d'Européen n'était pas étrangère h cet insuccès ; il est même probable qu'elle en fut la principale cause. Mais comme son zèle était calme et raisonné, il ne se déconcerta pas ; et chercha les moyens de faù-e annoncer aux païens par une autre bouche les vérités qu'ils ne voulaient pas recevoir de la sienne. Lorsque le Chinois consent à entendre un de ses compatriotes exposer le sens de la doctrine catholique, et que les premières lueurs de la lumière divine commencent à éclairer son intelligence, il éprouve moins d'antipathie pour le missionnaire étranger, il lui accorde même volontiers quelque estime. Si, poussé par l'action de la grâce, il éprouve un premier désir de conversion, il ne refusera pas ordinairement de rendre visite au missionnaire ; l'étranger disparaît alors à ses yeux, et il ne considère plus que le ministre d'une religion, dont il veut devenir membre. Telle est la marche assez ordinaire des conquêtes faites au sein du paganisme dans le Kiang-sou méridional ; la difficulté consiste h trouver des hommes qui veuilhint et qui puissent les préparer : en un mot, chercher et former des apôtres, voilà une des principales œuvres du prêtre dans les Missions. li'échec qu'il subit à Zi-ka-wei,

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lors de sa première tentative d'apostolat, préparait le P. Adîjiolti ù changer ses moyens d'action ; il se mit donc à la reclierche des personnes capables de seconder ses vues. Dès qu'il rencontrait dans une clirétienté un homme fervent et instruit des vérite's religieuses, il l'invitait à se mettre en rapport avec les païens pour leur faire c(mnaîtrc la doctrine catholique et les exhorter h en suivre les règles. S'il apprenait qu'une chrétienne avait des rapports faciles avecTles femmes païennes il l'engageait à en profiter pour faire briller ù leurs yeux les lumières de la foi ; et grâce à ces moyens il voyait chaque année un certain nombre d'infidèles entrer dans le bercail de Je'sus-Christ. Pendant qu'il était Supérieur de la Section de Song-kang, il avait toujours à sa disjiosition un catéchiste destiné à p^ircourir les campagnes ponr y répandre la bonne semence de l'Evangile, et lorsqu'une solennité religieuse devait attirer dans une chrétienté les païens des villages environnants, cet homme de bonne volonté ne manquait pas d'y accourir, et de leur parler de Dieu. Il se rendait aussi à Zô-sè au temjjs des pèlerinages et à l'époque où les païens, pour satisfaire aux exigences du culte des ancêtres, venaient brûler des lingots de papier et offrir des sacrifices sur les tombeaux des montagnes voisines, et quand il les rencontrait près des stations du chemin de cn)ix on dans le sanctuaire de Notre-Dame- Auxiliatrice, il leur expliquait le sens du spectacle mystérieux qui s'offrait à leurs yeux.

Si le vertueux missionnaire était attentif à user de tous les moyens nécessaires pour procurer le salut des âmes et la conversion des païens, il n'avait pas moins de sollicitude pour écarter un obstacle capable de paralyser les efforts de son zèle. Cet obstacle il le rencontrait dans son propre caractère. ' ^-^ '.■■':''-■:-■''■'■ z'^''-: --■

Un missionnaire, qui a bien connu le P. Adinolfi, disait de lui :

Je crois que peu de Eeligieux ont eu autant de comliats ù soutenir

pour se vaincre. D'ime nature extrêmement sensible, nerveuse et

irritable il fut en proie de bonne heure à de vives souffrances occa-

"sionnées pas d'affreuses migraines qui le visitaient à des "intervalles

" assez rapprochés, et avaient leur source dans des maux d'estomac

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' (jui 11' forçaii'ut souvent h se j)river de presque toute noiirrîtnre. ' Toutes CCS causes réunies auraient contribue à faire d'un lioninie 'du monde un être colère, insupportable à lui et aux autres. Qu'avec 'tout cela le 1*. Adinolti se soit constannucnt montre prévenant, "charitable et affectueux [)our ses frères, eu même temps (pie d'une "obligeance extrême pour ses iiiA-rieurs; qu'il se soit concilié l'es- 'time, la coufiance et même à un haut degré l'affection de nos chrétiens avec les(iuels il faut avoir, pour arriver là. tant de patience, de tact et de réserve ; semblable conduite et pared succès ne furent 'chez. lui que le résultat d'une lutte continuelle c(Uitre son caractère. " 11 en avait :i peine svdii (^uebpie f;R-lieusu ini[iression, (pi'il la ré- ' parait iunuédiatenu'iit par des procédés aimables et pleins de charité."

Ce caractère diflicile il ne cessa jamais de le combattre, mais il l'acceptait des mains de l>iou avec une })arfaite résignation.

Notre-Seigneur bc'nit cette disposition de son serviteur eu lui accordant le don d'une binuilité profonde et en liù inspirant les plus b;is sentiments de lui-même. Dans les pages dont nous avons déjà cité quelques fragments, le P. Ailinolfi ne parle de lui qu'avec les .nccents de la douleur et du plus grand mépris. Im méditation de la bonté infinie du Ctwir de Jésus à son égard lui faisait écrire en 1801 les lignes suivantes: "Ma vie religieuse peut véritablement être com- " parée à une couronne d'éi)ines qui serre et perce de toutes parts le Cœur de Xotre-Seigneur."

D'année eu année les sentiments de son humilité deviennent plus vifs et plus profonds: " Par ma vie remplie de péchés, disait-il encore, 'j'ai déshonoré la Com[)agnie, comme l'enfant d'une noble famille "qui vivrait dans rinfamie."

Une pensée non moins hmnble s'échappait plus tard de sou cœur

et il s'adressait ces reproches: ""Que de péchés! que de grandes fau-

" tes [combien peu de bonnes œuvres! Et cependant que de grâces,

"que de lumières et de secours u'ai-je pas reçus! Oserais-je me com-

" parer à tant de pauvres chrétiens ignorants, grossiers, qui ont si peu

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