ÉTAT ET MINISTÈRES DE LA MISSION DE
:nan-king.
DU 1er JUILLET 1874 AU 30 JUIN 1875.
Chrétiens... ... ... ... "
Districts ...
Chrétientés
Eglises
Chapelles
Catéchumènes.. ... ...
Adultes baptisés...
Enfants de fidèles baptisés ..
Enfants d'infidèles baptisés ...
Enfants nourris pendant l'année Confirmations Confessions de mission Communions de mission .
Confessions dé dévotion ... Communions de dévotion
Extrêmes-onctions
Mariages bénits ...
Mariages revalidés
Prédications
Catéchismes ...
Ecoles de garçons
Ecoles de filles ... ...
Ecoliers chrétiens
Ecoliers iiaïens
Ecolières chrétiennes
Ecolières païennes
Maîtres d'école
Maîtresses d'école
Collège
Elèves
Pensionnats de garçons
Elèves
Pensionnats de filles
Elèves
Grand Orphelinat de garçons . .
Enfants pendant l'année ...
8S,8Cl>.
Grands Orphelih.ats de filles ...
Filles pendant l'année
Petits Orphelinats
Garçons et fiUes pendant l'année .
Hôpitaux pour les malades
Malades pendant l'année ...
Hospices pour les Vieillards . . .
J Hommes
(Femmes..
Orphelinat d'enfants chrétiens Enfants pendant l'année
Nous ne ferons sur cette liste qu'une seule remarque. Si les baptêmes d'adultes sont moins nombreux que l'année dernière, il ne faut attribuer ce de'ficit qu'aux circonstances pénibles axi milieu des quelles les Missionnaires ont exercé leur ministère. En effet, les négociations entre la Chine et le Japon, à propos de l'affaire de Formose, enta- UKÎes peu de temps après les troubles survenus à Chang-hai, le 3 mai 1874. donnèrent lieu aux interprétations les plus fâcheuses. Les Chinois disaient tout haut qu'il n'était nullement question de guerre entre leur empire et le Japon, mais que Chinois et Japonais allaient réunir leurs forces pour chasser les Européens, massacrer les Missionnaires et les chrétiens et brûler les églises. Ces bruits prirent une telle consistance, que les résidents de Chang-hai craignirent pour leur sûreté, et les corps de volontaires se réorganisèrent dans les quartiers européens, comme après le massacre de Tien-tsin.
Ce fut au milieu de ces pénibles circonstances que nos Pères regagnèrent leurs districts, à la fin du mois d'août. Les lettres qu'ils écrivirent depuis cette époque firent craindre que les conversions au christianisme ne fussent moins nombreuses que l'année dernière. Les nouvelles dont ils nous firent part montrent que cette crainte était fondée.
A peine arrivé à Nan-king, le P. Ravary écrivait que le pam^ phlet impie qui, avant le massacre de Tien-tsin, circulait à Tchenkiang et ailleurs pour exciter le peuple à la haine de la religion chré»tienne, était de nouveau mis en circulation.
Kentrë à Kiang-yn, le P. Debrix consignait ses appréhensions dans nne lettre datée du 14 septembre : " Les rumeurs d'expulsion d'Européens, de massacres en masse des chre' tiens, ont, disait-il, "refroidi plus d'un cœur. Pourrons-nous recruter beaucoup d'adultes? Pourrons-nous même sauvegarder les adulte» baptise's ? C'est le se- "cret de Dieu. Eu égard aux circonstances où se trouvent les habitants de Kiang-yn, il me semble que ce sera un grand miracle de saint Joseph, si nos ne'ophytes ne chancellent pas. En effet, les '■ soldats affluent ici, et les menaces de mort ne sont pas épargnées 'par les gens de bas étage.''
Dans la première quinzaine d'octobre, le Se7i-pao, jônrnal cliinois de Chang-hai. publia deux articles qui n'étaient pas de nature à faire renaître la confiance au cœur des Missionnaires, ni à leur susciter des catéchumènes ; ils ne firent qu'exciter la haine du peuple. A Chang-hai, les bruits du massacre prochain des étrangers, et' surtout des Français, circulèrent avec plus d'activité que jamais. Pour en prévenir les conséquences, le Tao-tai ordonna aux hommes de sa police de parcourir les maisons de thé et autres lieux de réunion et de frapper à coups de rotin quiconque parlerait des armements de la Chine et du Japon, ainsi que du massacre futur des Européens. Ces arguments physiques, sans changer les convi:.'tions, fermèrent un peu les bouches indiscrètes. Mais l'agitation continua dans l'intérieur du pays,, où l'on n'avait point à craindre les agents de police du Tao-tai. On fait courir ici des bruits sinistres sur Chang-hai, écrivait de " Song-kang. le P. de Prévoisiii ; je pense que tout cela n'existe que 'dans le désir des Chinois." A Song-kang, les païens annonçaient comme un fait l'incendie des églises et le massacre des Européens. L'île de Tsong-ming eut ses jours d'alarmes comme les autres parties du Kiang-nan. Le P. Launay écrivait le 17 octobre : ' Des 'païens ont répandu le bruit d'un massacre général des chrétiens,' ' Un misérable katsan (adjoint au maire) disait, il y a quelques jours. ù l'occasion du recensement de la population, que, à un moment désigné, on arborerait un drap3au sur toutes les maisons païennes. ' puis on toniberait sur les clu'étiens et on les égorgerait. Il donnait
cette nouvelle comme venant dn tribunal du mandarin. Grand " émoi. Un pauvre chrétien a transporté ses pénates ailleurs. Il faut "dire aussi que sa chrétienté est voisine d'un camp militaire. A " quatre ou cinq lys de là, dans la chrétienté de Saint-Ignace, plusieurs chrétiens ont passé trois jours dans les pleurs et les lamentations. Ce qui est plus attristant, c'est que deux ou trois familles de ' néophytes ont apostasie et acheté des idoles. Il est vrai qu'on 'pouvait déjà dire de ces néophytes: Erwit in nobis, sed non ex ' nobis."
Le 29 octobre, six semaines après avoir écrit sa première lettre, le P. Pebrix, constatait, en ces termes, l'état des esprist: '" Grâce '" aux travaux des champs, les rumeurs sinistres s'apaisent ou plutôt "couvent sous la cendre. Nos chrétiens craignent tout de leurs ' voisins païens qui se partagent déjà les dépouilles opinies. Dans "plusieurs villages, on voulait en venir tout de suite à l'exécution; " mais les personnages influents ont dit : Attendez le signal. Lorss- " qu'on commencera à Nan-men, partout nous ferons le coup de " main." Avec de pareilles rumeurs, impossible humainement d'avoir des baptêmes d'adultes."
Une lettre du P. Koyer, écrite du district de Tsang-tseu le 23
décembre, contient ce passage : Les bruits de guerre entre le Japon
et la Chine ont excité ici des rumeurs étranges ; ce qui a entravé
" notre marche. Nos catéchumènes ont pi-is peur, et sont retournés
"en arrière. Nous aurons moins de baptêmes d'adultes."
Les nouvelles venues des autres districts signalaient également une halte momentanée dans le mouvement des conversions.
rrt. [•