‹ Relations de la mission de Nan-kin [microform] confiée aux religieux de la Compagnie de JésusChapitre 38 sur 81 · DEUXIEME PERIODE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PERIODE

1 . Les objets qui m'environnent sont innombrables. Est-il une chose qui n'ait quelque rapport avec mon cœur ? Réduire tout à trois choses, c'est choisir ce qu'il v a de plus important; mais ensuite si je me néglige, je me trouverai rempli de défauts. Je m'examinerai donc; et, commençant par ce qui est vu et entendu de tons, j'étendrai cet examen an temps où personne ne me voit, ni ne m'entend; et mon cœur, plein d'une sollicitude craintive, se sentira toujours en présence de ces trois choses et n'osera pas les négliger.

2. Le soin de ma perfection n'a point de bornes. Est-il nne chose que je puisse omettre par paresse? Résumer tout en trois, c'est s'arrêter au plus petit nombre possible. Mais si ensuite je m'enveloppe de ténèbres, j'aurai bientôt à rougir de moi-même. Je m'examinerai donc; et, commençant par le temps où je ne suis ni vu, ni entendu, j'étendrai ma correction à ce que t»nt le monde voit et entend; mon cœur animé d'un zèle inquiet sentira que l'examen de ces trois choses ne peut être omis un seul jour.

TROISIEME FEEIODK.

1. De plus, si ayant une conscience, je ne l'examine point, qui donc l'examinera j)our moi? Aussi, placé entre le ciel et la terre, je dois tendre à n'avoir jamais à rougir en leur présence. Si, laissant de côté l'examen de ma conscience, je ne songe qu'à jouir du repos et des plaisirs au milieu de tout ce (}ui m'environne, lorsque je rentrerai en moi-même, comment pourrai-je trouver la paix?

2. En outre si, ayant une conscience, je ne l'examine pas chaque jour, qui donc fera pour moi cet examen quotidien ? C'est pourquoi, venu en ce monde après les saints et les sages, je dois songer à ne pas mépriser leurs enseignements. Si, négligeant de m'examiner, je me contente de refouler mes remords au fond de mon cœur; plus tard je me repentirai, mais il ne sera plus temps.

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Au petit SL-m Inaire les enfants apprennent pendant plusieurs anne'es les livres classiques ; et, lorsqu'ils en ont acquis une connaissance suffisante, ils étudient la langue latine, l'histoire, la géographie et l'arithmétique. Cependant, dès leur arrivée, ils consacrent trois heures par semaine aux premières notions du latin ; puis, quand ils en ont commencé sérieusement l'étude, le Chinois n'est plus pour eux qu'accessoire.

ÉCOLE EXTEENE. Quarante-cinq élèves, parmi les quels on compte 16 païens, ont fréquenté, cette année, l'école de Zi-ka-wei. Ces derniers ne viennent point à nous pour apprendre la doctrine catholique ; et nous ne pourrions même leur offrir des livres de Eeligion sans nous exposer à les voir déserter l'école : ils ne demandent à leurs maîtres qu'une instruction classique. Mais la science du christianisme pénétre peu à peu dans leurs âmes, grâce à l'explication des livres religieux qui se fait chaque jour, en leur présence, pour les enfants chrétiens, et qu'ils ne sauraient eux-mêmes s'empêcher

Conclusion. Donc tonjoiirs en présence de ces trois choses, je me les appliquerai par l'examen jusqu'au dernier jour de ma vie.

Comme il est facile de le remarquer, les mots du texte sont fréquemment répétés. Ils doivent tous reparaître dans l'exposition, les trois périodes et la conclusion avec un rhythme cadencé, qui fait le principal mérite de cette composition, et dont la prose française ne saurait donner une idée exacte.

Le P. de Prémare porte sur ce genre de littérature le jugement suivant:

" JVon loquor de chi-xen [ouen-tchang] : sic vacant compositionex illas rheto- " ricas in quibus Sinœ litterati ioiam suam œtatem misère conterunt ; ex quo " Vang-ngan-che, regni minister subfamilia Song, îstas ampJificationes pro scho- " lasticorum examine institnil. Nihil illis fingi potest pulchrius et inanius. " Vendis est qui mnlli sono jucunde puisât aures sine ullo alio fructu ; flosculi svnt " qui pascunt oculo.t, intérim dum mens jejmia remanet. Calamistris trita estora- " tio, pigmentis abundans, et sensu vacua; fac illa puîcliella membra subeat ali- " quis succus ; Sinœ, ut snnt ingeniosi, illius saporem statim sentient. Sed non " sunt vera philosopliia reconditisque litteris satis instructi, ut emortuis suis "Jloribus menteni et vitam addere valeani." Notitia linguœ sinicœ, auctore P. Premare. Malaccas, cura Collegii anglo-sinici. MDCCCXXXI. p. 189.

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? --'l: '-'■:' '^ :'.--■-. -: "' —63 — d'entendre. Ces vérités déposées dans leurs cœurs produiront sans doute quelques fruits; car l'expérience nous a prouvé que, sur le seuil même de la tombe, une réminiscence du premier âge vient parfois illuminer les âmes des païens ; ils se décident alors à demander le baptême, et la miséricorde de Dieu ne leur refuse pas cette faveur.

La présence de ces enfants à notre école nous permet en outre d'entrer en rapport avec leurs parents ; avantage inapi)réciable dans une contrée où Is missionnaire ne sait quels moyens employer pour se faire agrœr de la population païenne qui, jusqu'à ce jour, a déconcerté toutes les tentatives faites dans le but de la gagner à Dieu. Avant que la Providence nous eût envoyés des élèves infidèles, deux Frères Scolastiques indigènes, désireux de sauver des âmes, s'étaient présentés dans quelques familles païennes. La froideur avec laquelle ils furent accueillis leur laissait comprendre qu'une seconde visite serait inutile, et ils durent ajourner à un autre temps l'exercice de leur zèle. Cette année, ils se sont présentés de nouveau ; le début n'a pas été sympathique. ' Oh ! nous savons ce que vous voulez ; leur dit-on à la première visite ; vous venez nous parler de votre religion. " Ce préambule achevé, les paysans tournèrent le dos ; et chacun se mit en devoir d'aller à son travail. L'un des Scolastiques, chargé de l'école externe, ne se tint pas pour battu. " Mais, leur dit-il, nous venons vous parler de votre enfant qui étudie à Zi-ka-vvei." A ces mots, les païens changèrent d'allure. Ils s'empressèrent d'offrir le thé aux Frères ; la conversation fut pleine de bienveillance et la visite se termina beaucoup plus poliment qu'elle n'avait commencé.

Grâce à cette école, l'entrée de plusieurs familles nous est ouverte ; mais le fait que nous venons de raconter prouve que les cœurs restent encore fermés aux exhortations du missionnaii'e qui voudrait parler du ciel. Quand viendra le jour où ces païens infortunés prêteront enfin une oreille attentive à la voix qui désire leur faire entendre les vérités chrétiennes, c'est là le secret de Dieu. Pour quelques-uns cependant ce jour ne semble pas éloigné. Il est en effet des parents qui permettent à leurs enfants de se rendre à l'église avec les élèveb

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chrétiens et de s'y agenouiller. Ces petits païens, sans e'tudier les prières, finissent .par les apprendre, à force de les entendre répéter ; puis, quand arrive le moment oîi leurs condisciples récitent le chapelet, ils se joignent volontiers à eux et se mettent à prier la Sainte Vierge. Puisse cette bonne volonté des enfants leur mériter ainsi qu'à leurs familles la protection de Marie et la grâce du saint Baptême.

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