A.VIS DE L'EDITEUR
(Quoique la lettre précédente soit en substance la même que Leandro Cosco traduisit en latin , et qui fut imprimée à Rome en i^g3, par l'imprimeur Eucharius Argenteus , nous avons pensé qu'il serait aussi curieux qu'utile de la réimprimer dans cette collection , surtout depuis que M. Bossi l'a publiée dans l'appendice de sa Fie de Colomb , traduite en français, et imprimée à Paris en 1824 , d'après une édition qui existe dans la bibliothèque publique de Milan, qu'il juge très rare, et qui, selon lui, se trouvera difficilement clans quelque autre bibliothèque , parce qu'on ne la trouve point citée dans le catalogue des collections les plus riches en raretés bibliographiques . En raison de l'importance et de la singularité que M. Bossi attribue à cette édition, il en examine et décrit minutieusement le frontispice , ses pages avec leurs lignes et leur caractère , et les gravures , et cite l'opinion de M. Gianorini, ex-bibliothécaire de l'université de Pavie, lequel, décrivant avec beaucoup d'exactitude ce précieux volume , se borne à dire qu'il le croit imprimé dans le quinzième siècle , ce qui prouve qu'il était privé de l'indication du lieu de son impression, du nom de l'imprimeur, et de l'année où il avait été imprimé.
L'érudit bibliothécaire Morelli est d'avis qu'il y a deux éditions de la traduction latine de cette lettre, qu'il croit datée de il\gi , ce qui est certainement impossible, puisque Colomb ne revint à Lisbonne que le 4 mars 1 493. Il ajoute que les deux éditions ont un titre différent, sans date ni mention du lieu où elles furent imprimées, quoiqu'il présume qu'elles le furent probablement à Rome, un an après j celui où se fit la traduction. L'exemplaire de Milan , selon Bossi, appartient à une de ces éditions de Rome de 1 49^ ? lesquelles sont devenues si rares, que Gianorini assure qu'il ne l'a trouvée décrite nulle part, et Jossi est le seul qui ait indiqué une édition de cette lettre, qui diffère entièrement de celle de Milan, d'où son éditeur infère que c'est l'autre qui a été faite à Rome et que cite Morelli.
Pour éclaircir tant de doutes et même de contradictions , il nous a paru convenable de donner les renseignemens que publia M. Barcia dans la Bibliothèque occidentale de Pinelo, imprimée à Madrid en 1738, in-fol., tom. II, colonne 564, dans laquelle, parlant de Christophe Colomb, il dit que quand il arriva à la ville de Palos, il écrivit aux Rois catholiques un sommaire de ce qui lui était arrivé dans ce premier voyage ; et il ajoute ensuite, dans quelques autres de ses écrits : « Lettre sur les îles nouvellement découvertes « dans la nier des Indes , en espagnol. Alexandre de Cosco « traduisit en latin cette lettre imprimée en f 49^ 5 e^e fut « imprimée depuis dans le livre intitulé Bcllum christia- « norum Principum , prœcipuè Gallorum contra Sarracenos , « J 533 ; Basilea , fol. , et dans le Nuevo, imp. 1 53a , fol. 64 ; « ! 555 , fol. ; et dans Y Espagne illustrée ( Espaïia ilusfrada ) , « tom. II, fol. 1282; et elle paraît être celle que Draudio ( met dans sa Bibliothèque classique ( Biblioteca cldsica) , « imprimée par Henri Pedro, sous le titre de la Première
« vue des îles de la mer Indienne (de la Primera Vista « de las islas del mar Indiano), à laquelle on a ajouté « l'ambassade du roi d'Ethiopie au pape. »
Dans la Bibliothèque royale de Madrid, salle des manuscrits, rayon J, à la fin de la liasse ia3 , il existait un exemplaire de la traduction de cette lettre latine de Colomb, faite par Leandro Cosco, avec cette note à la fin : Impressit Romœ Eucharius Argenteus, Anno Domini mccccxciii. Quelques bibliographes font mention de cet imprimeur, et don Carlos de Laserna y Santander, dans son Dictionnaire bibliographique choisi du quinzième siècle, imprimé en français à Bruxelles en i8o5, partie I, pag. 162, n° 26, dit qu'il s'appelait Eucharius Silber ou Franck de Herbipoli ( Wurtsbourg ) , et que comme silber en allemand signifie argent, on appelle cet imprimeur soit Apyvpetoç (Argjreios) en grec, soit Argenteus en latin, comme on le voit dans les ouvrages qu'il imprima.
Plusieurs écrivains ont donné des renseignemens sur l'exemplaire de la Bibliothèque royale de Madrid, et parmi eux don Juan Bautista Mufioz, cosmographe en chef des Indes , à la page 7 du Prologue du tome I de son Histoire du Nouveau-Monde , imprimée à Madrid en 1793 , en ajoutant que le texte original nous a été conservé presque complet par Andres Bernaldez , curé de los Palacios , dans son Histoire manuscrite des Rois catholiques ; et don Cristobal Cla~ dera, à la page 26 de ses Recherches historiques sur les Principales découvertes des Espagnols dans l'Océan (Investigaciones historicas sobre los Principales descubrimientos de los Espanoles en el mar Oceano), imprimées à Madrid en 1794. Don Juan Bautista Mufioz tira une copie très exacte de l'exemplaire de la Bibliothèque royale, la confronta avec l'édition de Escoto dans la Espana ilustrada , et en
en annotant les différences dans Tannée 1791, nous tirâmes une copie du même original pour notre collection. Nous devons aujourd'hui à la précieuse amitié de don Francisco Antonio Gonzalez , conservateur en chef de la bibliothèque du Roi notre seigneur, non seulement d'avoir confronté de nouveau le texte de la copie de Muîioz avec celui de XHispania ilastrata , et avec celui qui fut trouvé à Milan et publié par Bossi , mais encore de l'avoir traduit avec élégance et précision en langue castillane, afin d'en rendre la connaissance plus générale.
Le zèle du sieur Bossi mérite les plus grands éloges , mais nous ne pouvons nous empêcher de dire que la traduction latine publiée dans son ouvrage, renferme plusieurs erreurs; quoique nous soyons persuadé qu'il les a laissées parce qu'il les aura trouvées dans l'original qu'il se proposa de suivre avec une trop grande exactitude , probablement afin de lui donner tous les caractères d'authenticité possible. Cependant ces erreurs sont d'une telle nature, que dans quelques endroits elles défigurent le véritable sens et l'intention de l'auteur primitif de la lettre; c'est ce que l'on reconnaîtra si l'on compare son contenu avec la relation du voyage, et avec celle que nous publions aujourd'hui. Le savant qui voudra prendre la peine de faire cette comparaison se détrompera par lui-même quand il observera que, dans le latin, M. Bossi adopte une ponctuation qui tronque le texte, et qu'il y a dans la version française de trop grandes licences pour tout traducteur, licences telles qu'elles sautent aux^yeux. On ne trouve pas non plus l'exactitude convenable dans les derniers vers latins qui sont à la suite de la lettre de Colomb.
On doit conclure de tout ceci, que la traduction de la leltre faite en latin par Cosco , n'est pas aussi rare qu'on le suppose, puisqu'elle a été réimprimée plusieurs fois et dans
plusieurs collections, et si les éditions publiées à Rome en 1493 sont devenues rares, comme cela est naturel, il ne manque pas d'écrivains qui les ont examinées et qui ont fait connaître au public leur mérite, leur rareté, et les lieux où on les conserve et où on les a conservées,