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POUR LA DÉCOUVERTE DU NOUVEAU -MONDE

DE l492 A l5o4-

CELUI-CI EST LE PREMIER VOYAGE que fit l'amiral Christophe Colomb, avec les Routes maritimes et les Rumbs qu'il suivit lorsqu'il découvrit les Indes occidentales, relaté sommairement (1), à l'exception du Discours préliminaire [prologo) qu'il adressa au Roi et à la Reine catholiques. On le trouvera ci-après copié littéralement. 11 commence ainsi :

In nomine D. JY. Jesu Christi.

« 1res hauts, très chrétiens, très excellens et très « puissans princes , Roi et Reine des Espagnes et

(1) Bartolomé de Las Casas, qui a écrit de sa propre Tome II. 1

a PREMIER VOYAGE

« des îles de la mer, notre seigneur et notre sou- « veraine, cette présente année i49^ -> après que « Vos Altesses eurent mis fin à la guerre contre les « Maures qui régnaient en Europe, et eurent terce miné cette guerre dans la très grande cité de « Grenade, où, cette présente année, le deuxième «jour du mois de janvier, je vis arborer, par la

main l'original d'où on a tiré cette copie, posséda plusieurs papiers écrits par Colomb lui-même, et qui lui servirent à la composition de son Histoire des Indes, Il abrégea la relation de ce premier voyage telle que nous la publions, et laissa dans son intégrité le Discours préliminaire ou lettre adressée au Roi et à la Reine catholiques, qu'il inséra aussi littéralement dans le chapitre 36 de son histoire inédite. Casas a mis en marge de cette copie quelques notes que nous avons conservées sous son nom. (M. F. de Nav. )

Tous les passages guillemettés sont extraits littéralement des manuscrits de Christophe Colomb, aussi s'exprime-t-il à la première personne. Bartolomé de Las Casas a extrait les autres passages de ces mêmes manuscrits, en supprimant des détails qui lui paraissaient minutieux et inutiles ; on reconnaîtra facilement ces passages , puisqu'on y parle à la troisième personne.

On doit sans doute regretter que Las Casas n'ait pas donné la relation du navigateur génois intégralement et telle qu'il l'avait écrite; néanmoins ces regrets seront moins vifs , si l'on réfléchit que Las Casas était un homme éclairé et judicieux, et que Colomb, dont il possédait les manuscrits, l'avait souvent entretenu des événemens de son premier voyage. ( D. L. R. )

« force des armes , les bannières royales de Vos « Altesses sur les tours de l'Alhambra, qui est la ((forteresse de ladite cité, et où je vis le roi « maure se rendre aux portes de la ville et y « baiser les mains royales de Vos Altesses ; et du «prince mon seigneur, aussitôt, dans ce préce sent mois, et d'après les informations que j'avais « données à Vos Altesses des terres de l'Inde et « d'un prince qui est appelé Grand-Khan {Grari « Cari), ce qui veut dire en notre langue vulgaire « Roi des Rois, et de ce que plusieurs fois lui et ses « prédécesseurs avaient envoyé à Rome y deman- « der des docteurs en notre sainte foi, pour qu'ils la « lui enseignassent (i) ; comme le Saint -Père ne « l'en avait jamais pourvu, et que tant de peu- « pies se perdaient en croyant aux idolâtries et « en recevant en eux des sectes de perdition, Vos « Altesses pensèrent, en leur qualité de catho-

(i) Paul Toscanelli donnait aussi ces nouvelles du Grand- Khan au chanoine de Lisbonne Fernando Martinez, dans une lettre écrite à Florence le a5 juin 1 474- H les avait tirées de ce que rapporte Marco Polo dans le Discours préliminaire et en d'autres endroits de la relation de son voyage. Toscanelli envoya une copie de cette lettre à Colomb , en réponse à la demande qu'il lui avait faite de son avis sur le dessein qu'il avait de naviguer à l'Occident pour se rendre dans l'Inde. Voyez X Histoire de V Amiral ^ par don Fernando Colomb, chap. 7. (M. F. jde Nav.)

« liques chrétiens et de princes amis (amadores) « et propagateurs de la sainte foi chrétienne, et « ennemis de la secte de Mahomet et de toutes les «idolâtries et hérésies, à envoyer, moi, Chrisce tophe Colomb , auxdites contrées de l'Inde , ce pour voir lesdits princes, et les peuples, et les « pays, et leur disposition, et l'état de tout, et la « manière dont on pourrait s'y prendre pour leur a conversion à notre sainte foi. Elles m'ordon- « nèrent de ne point aller par terre à l'Orient , « ainsi qu'on a coutume de le faire , mais de ce prendre, au contraire , la route de l'Occident , «par laquelle nous ne savons pas, jusqu'au- « jourd'hui, d'une manière positive, que perce sonne ait jamais passé. En conséquence , après « avoir chassé tous les juifs de vos royaumes et a seigneuries, Vos Altesses me commandèrent, ce dans le même mois de janvier, de partir avec ce une flotte suffisante pour lesdites contrées de ce l'Inde (i). Et à cette occasion, elles m'accor-

(1) Ce passage n'est pas clair. Quoique le Roi et la Reine catholiques eussent résolu l'expulsion des juifs long-temps avant de l'ordonner, la publication de leur décret à cet égard n'eut lieu que le 3o mars 1 492 ; et s'ils commencèrent à traiter avec Colomb immédiatement après leur entrée à Grenade , ils ne conclurent leurs conventions avec lui que le 17 avril. C'est ainsi qu'on peut concilier ce qu'il dit ici avec les époejues connues des faits dont il s'agit.

(M. F. de Nav.)

« dèrent de grandes grâces^ et m'anoblirent « afin que dorénavant je m'appelasse Don , « et fusse grand-amiral de la mer Océane et vice- «roi et gouverneur perpétuel de toutes les îles « et terres fermes dont je ferais la découverte et « la conquête, et dont on ferait, par la suite , la « découverte et la conquête dans ladite mer « Océane, et elles décrétèrent que mon fils aîné « me succéderait, et qu'il en serait ainsi de « génération en génération à tout jamais. Je « partis de la ville de Grenade le samedi 11 du « mois de mai de la même année de i492 5 je « vins à la ville de Palos, qui est un port de mer, « où j'équipai trois vaisseaux très convenables « pour une pareille entreprise , et je partis dudit « port très bien pourvu de beaucoup de vivres «et de beaucoup de gens de mer, le vendredi « troisième jour du mois d'août de ladite année, «une demi-heure avant le lever du soleil , et je «suivis le chemin des îles Canaries, qui appar- « tiennent à Vos Altesses, et qui sont situées « dans ladite mer Océane , pour prendre de là « ma route et naviguer jusqu'à ce que j'arrivasse « aux Indes , afin de m'y acquitter de l'ambas- « sade de Vos Altesses auprès de ces princes , et « d'exécuter ainsi ce qu'elles m'avaient corn™ « mandé. Je pensai aussi , à cet effet , à écrire « ce voyage très ponctuellement , et à relater ,

ce jour par jour , tout ce que je ferais et verrais , a et tout ce qui m'arriverait ? ainsi qu'on le verra « plus avant. De plus , grand prince et grande «princesse, outre que je me propose d'écrire « chaque nuit ce qui sera arrivé le jour, et le «jour la navigation de la nuit, j'ai l'intention «de faire une nouvelle carte marine,. dans la- « quelle j'indiquerai la situation de toute la mer « et de toutes les terres de la mer Océane dans « leurs propres positions, sous leur vent et dans « les directions y relatives , et de composer un « livre dans lequel je représenterai tout bien « semblable en peinture, par latitude de la ligne « équinoxiale et longitude de l'occident. Il im- « porte surtout beaucoup que j'oublie le som- « meil et que j'étudie avec persévérance ma na- « vigation pour remplir toutes les obligations « qui me sont imposées , ce qui sera un grand « travail.

Vendredi , 3 août.

« Nous partîmes, le vendredi 3 août 1492 , de «la barre de Saltes (1), à huit heures, et nous

(1) Saltes , île formée par deux bras du fleuve Odiel, vis-à-vis la ville d'Huelva. Elle fut peuplée au moins depuis le xne siècle, et elle continuait à l'être en 1267 , que le roi Alphonse-le-Sage sépara le territoire de la ville de Saltes de

«fîmes jusqu'au coucher du soleil, poussés « vers le sud par une forte brise , soixante milles « qui font quinze lieues (1 ) ; nous filâmes ensuite

celui d'Huelva. On ignore quand elle perdit sa population , car, quoique dans la Somme de géographie (Suma de geogrojîa) de Martin Fernandez de Enciso, imprimée en 1 5 1 g, il soit fait mention de cette ville, il est certain que dans ce temps-là il n'en existait plus que l'église, qui avait été réunie à celles d'Huelva, ce qui indique bien qu'elle était déjà sans population. Il ne dut pas s'écouler beaucoup de temps jusqu'à la ruine totale de son église, car, pour en conserver la mémoire, on fonda dans Huelva, sous le titre de Notre-Dame de Saltes, un ermitage dans lequel on garde une croix, relique de la paroisse. 11 existe encore des vestiges de cette église , dans l'île de Saltes , dont le district est à présent divisé en terres labourables , en pâturages et en montagnes garnies de menu gibier. Elle est la propriété des marquis d'Ayamonte, auxquels elle donne le titre de comtes de Saltes.

( Opinion de don Josef Cevalîos , placée en tête de l'ouvrage intitulé Huelva Ilustrada (notice historique et descriptive de la ville d'Huelva) , par le licencié don Juan de Mora, imprimée à Se ville en 1762 , et aux chapitres 1 , 5 et i3 dudit ouvrage.) (M. F. de Nav.)

(1) Colomb comptait par milles italiens, qui sont moins longs que les milles espagnols , puisque pour faire une lieue espagnole, il faut trois de ceux-ci et quatre de ceux-là.

( Idem. )

Du temps de Colomb , il fallait en mer vingt lieues espagnoles ou soixante milles pour un degré, mais il comptait quatre milles par lieue au lieu de trois, comme on le voit

« au sud-ouest, puis au sud quart sud-ouest, qui « était le chemin pour se rendre aux Canaries. »

Samedi , 4 août.

On marcha au sud-ouest quart sud.

Dimanche y 5 août

On fit , entre jour et nuit , plus de quarante lieues.

Lundi , 6 août.

Le gouvernail ou timon de la caravelle Pinta, montée par Martin Alonso Pinzon, se rompit ou se désassembîa. On crut, ou du moins Ton soupçonna , que cet accident devait être attribué au nommé Gomes Rascon. Il aurait agi d'après les suggestions de Cristal bal Quintero , propriétaire de la caravelle , qui ne se souciait pas de faire ce voyage. L'amiral dit qu'avant le départ , on les avait trouvés tous les deux occupés de certaines intrigues et machinations. L'amiral se vit en grand embarras , parce qu'il ne pouvait pas secourir ladite caravelle sans se mettre lui-même en danger ; mais il avoue qu'il sentait son inquiétude

par la note ci-dessus; sur terre c'est dix-sept lieues ou cinquante et un milles. ( De V...l. )

diminuer un peu en pensant que Martin Alonso Pinzon était un homme plein de courage et de ressources. Enfin, on fit entre jour et nuit vingtneuf lieues.

Mardi y 7 août.

Le gouvernail de la Pinta se disloqua de nouveau : on le raccommoda, on prit le rumb de l'île Lanzarote , qui est une des Canaries , et on fit, entre nuit et jour , vingt-cinq lieues.

Mercredi, 8 août.

Les pilotes des trois caravelles furent divisés sur la question de savoir quelle était la position des Canaries , relativement à eux ; l'opinion de l'amiral fut la plus juste. Il voulait aller à la grande Canarie pour y laisser la caravelle Pinta, parce que son gouvernail était fort endommagé et qu'elle faisait eau. Il aurait voulu y prendre une autre caravelle s'il l'y eût trouvée ; mais ou n'y put arriver ce jour-là.

Jeudi, 9 août.

L'amiral ne put aborder à la Gomera que dans la nuit du dimanche , et Martin Alonso resta , par son ordre , sur la côte de la grande Canarie , parce qu'il ne pouvait naviguer. L'amiral alla ensuite à la grande Canarie ( ou à

Ténériffe), et on radouba très bien la Pinta, après beaucoup de travail et par les soins de l'amiral, de Martin Alonso et des autres. Les trois bâtimens se rendirent ensuite à la Gomera. On vit sortir un grand feu de la chaîne de montagnes de l'île de Ténériffe, qui est fort élevée (jnuy alla en gran mariera). On donna à la Pinta, qui était latine (triangulaire), la forme ronde. Ce fut le dimanche i septembre qu'on retourna à la Gomera avec la Pinta radoubée.

L'amiral dit que plusieurs Espagnols honorables , habitans de l'île de Fer , qui se trouvaient à la Gomera avec dona lues Peraza, mère de Guillaume de Peraza , qui fut , dans la suite , le premier comte de la Gomera , assuraient que chaque année ils apercevaient une terre à l'ouest des Canaries (i). D'autres habitans de la Gomera affirmaient aussi la même chose avec serment. L'amiral dit ici qu'il se rappelle qu'étant en Portugal, en 1484 ? un particulier de l'île de Madère vint trouver le Roi pour lui demander une caravelle , afin de se rendre à cette terre qu'il voyait chaque année, toujours dans la même

( 1 ) L'original porte : Vian tierra al oueste de las Canarias, que es al poniente. Nous n'avons pas traduit les mots soulignés , qui nous ont paru être une répétition de la même idée. (D. L. R.)

DE CHRISTOPHE COLOMB. u

position. Il dit aussi qu'il se souvient qu'on répétait la même chose dans les îles Açores , et que tous ces témoignages s'accordaient sur la direction, les signes et la grandeur (i). Ainsi

(i) Par la mort de Fernan Peraza, arrivée en i^Si , la seigneurie des Canaries passa à sa fille dofia Inès, mariée avec Diego de Herrera ; et le roi Henri IV lui confirma la possession de cette seigneurie, le 28 septembre 1454. Déjà, à cette époque , les habitans de l'île de la Gomera et de File de Fer voyaient tous les ans, au dire de l'amiral, au couchant, une terre qu'on a prétendu être l'île imaginaire de San Borondon, Postérieurement, les illusions et les idées que le peuple avait conçues sur son existence, continuèrent de subsister, quoiqu'on eût envoyé plusieurs expéditions pour la trouver et la reconnaître , et que les plus habiles marins qui en faisaient partie n'eussent pu rien découvrir. Viera , dans son Histoire des Canaries , rapporte d'une manière circonstanciée et avec sincérité, tous ces faits, qu'il juge en bon critique (tom. I , liv. I, §. 28 , p. 78 et suivantes) , et Feijoô réfute ces visions comme une préoccupation du vulgaire ( Teat. critico , tom. IV, discours X, §. 10).

Le maître Pedro de Médina, dans son voyage intitulé Grandezas de Espana (chap. 52 , p. 47 ) , dit que non loin de Tîle de Madère, il y en avait une autre qui s'appelait Antilia , qui déjà ne se voyait plus , et qu'il avait trouvée représentée sur une carte marine très ancienne ; et Viera ( tom. I, p. go) rapporte que quelques Portugais, habitans de l'île de Madère, voyaient à l'ouest des terres qu'ils ne purent jamais trouver, malgré les expéditions qu'ils tentèrent pour y réussir; et que c'est de là que vint l'usage de

donc , après avoir fait de l'eau , et pris du bois et de la viande et tout ce qui appartenait aux hommes que l'amiral avait laissés à la Gomera ,

représenter dans les cartes qu'on traçait alors quelques îles nouvelles dans nos mers, spécialement la Jntilia et San Borondon. Cette dernière se trouve marquée dans le globe ou mappemonde que Martin de Behem construisit à Nuremberg, en 1492) comme située au sud-ouest de l'île de Fer, celles du cap Vert néanmoins interposées entre elles.

D'un côté, ces préoccupations si enracinées pendant une durée de près de quatre siècles , et qui dominaient surtout à l'époque des découvertes , vers la fin du quinzième siècle et les commencemens du seizième; de l'autre, l'acharnement avec lequel on s'efforça de rabaisser le mérite du grand Colomb après son premier voyage, purent donner lieu aux bruits de la découverte antérieure du nouveau continent et de ses îles, soit par Alonso Sanchez de Huelva, ou par un autre navigateur portugais ou biscayen, ainsi que l'écrivirent divers Espagnols ; soit par Martin de Behem , ainsi que récemment encore l'ont prétendu quelques étrangers. Oviedo, auteur contemporain, prétend que personne ne peut garantir le moins da monde la vérité de ce roman; que les propos tenus à ce sujet n'étaient répandus que parmi le -vulgaire; et que pour lui, il les regardait comme faux. Don Cristobal Cladera a réfuté dans ses Recherches historiques, ces opinions de quelques Espagnols et de plusieurs étrangers, par les raisons les plus solides et les preuves les mieux fondées qu'il fait également servir à défendre le mérite et la gloire du premier amiral des Indes.

(M. F. dk Nav.)

DE CHRISTOPHE COLOMB. i3

lorsqu'il alla à la grande Canarie pour faire radouber la caravelle Pinta, il mit finalement à la voile de ladite île de la Gomera, avec ses trois caravelles , le jeudi 6 septembre.

Jeudi, 6 septembre

L'amiral partit ce jour-là de bon matin du port de la Gomera, et il prit sa direction pour continuer son voyage. Il apprit, par une caravelle qui venait de l'île de Fer , que trois cara-* relies de Portugal étaient en embuscade dans les environs pour le prendre. Cette conduite provenait sans doute de la jalousie qu'avait conçue le roi de Portugal en voyant que l'amiral était entré au service de Castille. Il fut pris de calme, et alla ainsi tout le jour et toute la nuit; le matin il se trouva entre la Gomera et Ténériffe.

Vendredi y 7 septembre.

Le calme continua tout le vendredi et le samedi jusqu'à trois heures de la nuit.

Samedi, 8 septembre.

A trois heures du matin, le vent nord-est commença à s'élever. L'amiral prit sa route et sa direction vers l'ouest : il eut, par la proue, une

j4 premier VOYAGE

grosse mer qui l'empêchait de filer. Il fit environ neuf lieues , tant dans le jour que dans la nuit.

Dimanche y 9 septembre*

L'amiral fit , ce jour-là , dix-neuf lieues , et il se décida à en compter moins qu'il n'en faisait, afin que les gens de son équipage ne s'effrayassent pas et ne perdissent pas courage, si le voyage venait à être de long cours. Dans la nuit, il fit cent vingt milles, à raison de dix milles par heure, ce qui fait trente lieues. Les marins gouvernaient mal , déclinant sur le quart nordest et même au demi-quart (a la média partida), ce qui fut cause que l'amiral les réprimanda plusieurs fois.

Lundi y 10 septembre.

Pendant le jour et la nuit du 10 septembre , il fit soixante lieues , à raison de dix milles ou deux lieues et demie par heure ; mais il ne comptait que quarante-huit lieues , afin que l'équipage ne s'effrayât pas si le voyage était long.

Mardi, 1 1 septembre.

Ce jour-là, en naviguant dans la direction de la route qu'on voulait suivre , qui était l'ouest , on fit vingt lieues et plus ; on vit un grand morceau du mât de hune d'un navire de cent-vingt

DE CHRISTOPHE COLOMB. i5

tonneaux, mais on ne put le prendre. On fit pendant la nuit près de vingt lieues ; mais l'amiral n'en compta que seize, par le motif que nous avons déjà fait connaître.

Mercredi, \i septembre.

Ce jour-là, les trois caravelles, suivant toujours leur route , firent , tant la nuit que le jour, trente- trois lieues; mais on en compta moins , toujours pour la même raison.

Jeudi, i3 septembre.

Pendant le jour et la nuit, la petite flottille > suivant sa route , qui était à l'ouest , fit trentetrois lieues, et l'amiral en comptait trois ou quatre de moins. Les courans leur étaient contraires. Au commencement de la nuit les boussoles nord-ouestaient , et le lendemain , au point du jour, elles nord-ouestaient encore un peu (1)*

Vendredi y \[\ septembre.

Ce jour-là, pendant le jour et la nuit, on fit vingt lieues en naviguant dans la direction de l'ouest; l'amiral en compta quelques unes de moins. Les marins de la caravelle Nina dirent ici qu'ils avaient vu une hirondelle de mer (garjao) et

(1) Première observation qu'on fit de la variation mago&ique. (M. F. de Nav. )

ï6 PREMIER VOYAGE

un paille-en-queue (i), espèce d'oiseaux qui né s'éloignent jamais de terre de plus de vingt-cinq lieues.

Samedi, i5 septembre.

On navigua pendant ce jour et sa nuit, et l'on fit vingt-sept lieues et quelques unes de plus en suivant le chemin vers l'ouest ; au commencement de cette nuit, on vit tomber du ciel, à quatre ou cinq lieues des navires, une merveilleuse branche ou trace de feu {un maravilloso ramo defuego). (2)

Dimanche y 16 septembre.

La flottille continua de se diriger à l'ouest, et fit trente-neuf lieues pendant ce jour et sa nuit; mais l'amiral n'en compta que trente-six. Il y eut, ce jour-là, quelques nuages et des brouillards et il bruma. L'amiral dit ici que ce jour-là

(1) L'oiseau nommé paille-en-queue, ou queue de jonc, rabi-junco ou rabo de junco , des Espagnols, est le même; c'est le phaëton œthereus de Linné. (C....R.)

(2) On peut supposer que ce phénomène, qui se représente fréquemment à nos yeux , n'est autre chose qu'un de ces météores connus vulgairement sous le nom d'étoiles filantes y et que la qualification de merveilleux [maravilloso)

que lui donne Colomb , indique seulement qu'il était plus éclatant que ceux qu'on avait coutume de voir (De R..el, )

et tous les suivans , l'air fut extrêmement tempéré, qu'on éprouvait un vrai plaisir à jouir de la beauté des matinées, et qu'il n'y manquait que le chant des rossignols. Il ajoute que le temps était là, à cette époque, comme au mois d'avril en Andalousie. On commença à voir, en cet endroit, plusieurs poignées (1) d'herbe très verte , qui paraissait être détachée de la terre depuis peu de temps , ce qui fit croire à tous qu'on était près de quelque île (2) ; mais l'amiral pensait que ce ne pouvait être près de la terre ferme , car il dit : Je calcule que la terre ferme est plus loin.

Lundi, 17 septembre.

On navigua en suivant toujours la direction de l'ouest, et on fit, entre le jour et la nuit , cinquante lieues et plus ; l'amiral n'en compta que quarante-sept. Le courant favorisait la navigation. On vit beaucoup d'herbe, et très souvent ; c'était de l'herbe des rochers , elle venait

(1) L'original porte muchas manadas ; mais M. de Navarrete pense qu'on doit lire muchas manchets. (D. L. R.)

(2) Ce soupçon n'était pas sans fondement, car ils s'approchaient des brisans qui sont marqués dans nos cartes comme vus en 1802. (M. F. de Nav.)

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