Tome L
G6 INTfiODliGTlON.
ce but il envoya deux fois, en 1419, des vaisseaux, qui f econuurent les cotes d'Afrique jmr qn'à soixante<>div lieues par-delà le cap Non y que personne 9 dit-on, nibvait encore o&é doubler jusqu'alors, quoiqu'il soit à Topposite etàM»-^ vii'on vingt-quatre lieues de l'île iMincerot&y un|^ des Canaries (1). L'année suifante, Jean Gdm^ ^le^ i^uxu par m sur ui^ autre vaisseau. Sui^pris par un gros temps, il courut par la mer sâiUMcfe» rection déteriniiu c, et apercevant de loin l ib^, de PortO'SantOf il ; aborda^ la reconniil^Bigl^.^ vint informer l'infant de sa découverte (^a). Le prince ordonua qu elle fut peuplée aâiir j et èoi^nie de cette ile on en apercei^H reconnaissait, au milieu des nuages peurs du crépuscule, une autre k liaqti^ll^^^ donna le nutn dlle de Mî^dère {^(sia tir la Hq^^' dera, Q) ) , parce qu elle était couverte d'aj
de Conimaiid Wftdnisiteii français et publia ea t^j^x^' le liv. UI. ( M. F. nii Na.\vJ
(1) Voir la note i «1: la page 67,
(s) Suivant le père Fmre, Tlle de PartoSmato fiM d^ couverte, en 1 4 1 9 , par Jean OonçaWes Snveoetpav' Tmimi \a/- r 'infnnf don Henri la donna à iiai iliclemy Percstrcllo , qui, après l'avoir d'abord «xtlornsce, fui obligé de rabandonner y surtontà cause des ravages causés parte htfpim qu'on y avait apportés, et qui b y étaient prodigienseoieiit muUiplirs ( D. L, R. )
(S) Celte {le avait 4'abord été appelée Saintrl^firetu ^
Tinfaut la donna à ceux qui en feraient la découverte et en prendraient possession , lesquels conamencèrent immédiatement à la peupler et à la cultiver. En 14^*3, on découvrit le cap Bojador ; l'année suivante ce cap fut doublé (i), et
en mémoire du martyr de ce nom, qui était patron du vaisseau que montait J. Gonçalves Zarco ; son nom actuel vient de madcira , qui signifie en portugais, bois de construction ou d'ébénisteric , sans doute parce que Tilc en 'était couverte.
Madère n'aurait été que rctroim'c par le navigateur portugais , si on s*en rapporte au récit de quelques écrivains. On trouvera des détails sur cette question dans notre rapport sur le Tratadn compléta de Cosmographia , etc, , par M. Oisado Giraldez , et dans la lettre que ce savant Portugais a cru devoir nous écrire à ce sujet. Ces deux documens sont insérés au Bulletin de la Société de Géographie, t. VU, p. 289, et tom. VIII, p. 129.
Jean Gonçalves Zarco , en parcourant l'île de Madère avec quelques Portugais , aperçut, entre deux langues de terre cjui avançaient dans la mer, une grande grotte de roche vive, dans laquelle il trouva une espèce de salle voûtée pleine de loups marins, que les Portugais tuèrent. Il donna à ce lieu le nom de Camara de Lobos, et prit lui-même le surnom de Camara , que ses dcscendans ont toujours porté depuis, i D. L. R.) t (1) Il paraît probable que le cap Bojador ne fut doublé qu'en i4^3, par Gil Kauués, qu'on appelle aussi Gilianés ou Gilianez. C'est ici le lieu de dire que nous pensons que le cap Nam, Nun ou Non^ n'est autre chose que le cap Bojador. Nous appuyons notre opinion sur plusieurs autorités.
L'historien du prince Henri, après avoir dit que les gens de mer avaient héiité de leurs ancêtres une telle crainte
la côte explorée jusqu'à la crique ou baie des
de doubler le cap de Nam, qu'ils en faisaient peu de différence avec la mort, ajoute que GU Ewmés doMa le eap Bojador en liflZ, et rompit ainsi le charme quiMPait Jusque-là arrêté les navigateurs^
Ne doit-K>n pas conclure de ces expressions qu'aux jreux du P. Freire, le cap Nam et le cap BoJadoriCixmieDl qu'un seul et même cap ? On peut rîrer la même condusîon de ce que dit Barres, décade 1, liv. chap. a et 4.
Malte-Brun y dont l'opinion a tant de poids, s'exprime ainsi , dans son Précis de la Géographie universelle , tome p. 4/9 • J^f' f^p Nunez ou Non amit jusqu'alors été le terme ordinaire des navigations -, chacun redoutait les dangers affreux que la tradition faisait craindre à ceux qui le douhleraient : c'est ce qite GiHanez exécuta enfin en i433.
Or, comme ce fut le cap Bojador que Gil Eanncs ou Gilianez doubla y il s'ensuit que le célèbre géographe danois dont la France et le monde savant regrettent aujourdUm la perte, ne distingue pas les deux caps.
Nous croyons devoir joindre ici une note que le savant académicien M. le baron Walckenaer a bien voulu nous adresser à ce sujet, et que nous avions reçue avant dei^édîger les phrases qui prccùdont.
n Les écrivains espagnols et portugais assurent tous que les premiers vaisseaux envoyés par le prince Henri de Portugal à la découverte des côtes d'Africfue , en 1 4 1 8 , doublèrent le cap Bojador au sud du parallèle des Canaries. »
D'un autre cété, le vénitien Cadamosto, dont l'admirable relation inspire tant de confiance» nous dit que Ton n'atteignit le cap Nun qu'en 14^2 : or , le cap de Ham ou Non est au nord du parallèle des Canaries.
» r>*où vient cette contradiction, et qui a raison des his-
Rougets {Angra ô Play a de los Rubios) (i), où Ton ne trouva personne avec qui Ton pût prendre langue. Onze ans après, les Portugais s'aj vancèrent jusqu'à une baie située en face du Sahara ou grand désert de Barbarie. Deux jeunes gens intrépides y débarquèrent, et montés sur leurs chevaux s'avancèrent dans l'intérieur du pays pour le reconnaître. Ayant rencontré dixneuf honrimes cuivrés, armés de dards ressemblant à des zagaies, ils les attaquèrent subite-
toricns portugais et espagnols , ou du navigateur vénitien ? Tous ont raison. • En effet, je trouve sur plusieurs portulans manuscrits vénitiens , et entre autres sur celui qui est à la Bibliothèque du Roi, que la côte d'Afrique se termine up peu au sud du cap Bojador, à un cap nommé capo da Non ou cap de Finisterra occidental. N'est-il pas évident, dès-lors, que ce nom de cap de Non était, dans les premiers temps, synonyme de Finisterra , et qu'on reculait, vers l'ouest ou le sud, le lieu auquel il s'appliquait, à mesure que les découvertes reculaient les limites des côtes connues. Cadamosto a voulu parler d'un cap ou des hautes montagnes qui sont au sud du cap Bojador^ lorsqu'il a dit qu'on n'avait atteint le cap du Non qu'en iASï. Il n'a donc point contredit les ecnvains portugais et espagnols. (D. L. R.)
(i) Ce fut en i434 qu'Alphonse Gonçalves Baldaya arriva \^ à 3o lieues du cap Bojador , dans la baie des Rougets, qui fut ainsi nommée à cause de la grande quantité de poissons de cette espèce que les navigateurs portugais y trouvèrent.
ment; mais ceux-ci se défendirent avec obstination, jusqu'à ce qu'ils eussent repoussé les étrangers , et les eussent obligés à se retirer dans leur vaisseau. Les Portugais, après avoir reconnu l'embouchure d'une rivière et une pointe de terre où ils trouvèrent des filets de pêcheurs , retournèrent dans leur patrie , satisfaits d'avoir vu des hommes dont ils n'avaient auparavant aucune connaissance : le lieu où s'était opéré le débarquement reçut le nom de Crique des Chevaux ( i ). Cette résistance contribua à rendre les Portugais plus soigneux d'augmenter la force de leurs expéditions. Eni44i 1 l'infant envoya Anton. Gonzalez (2) et Nuno Tristan, avec deux vaisseaux , pour continuer les découvertes. Le premier découvrit jusqu'au Port du Ches^alier (3), et le second jusqu'au cap Blanc (4). Ils y combat-
( I ) En espagnol , Jngra dt; los Caballos , et en poi tugais Angra dos Cavalhos, ( De V...L.)
Barros, da Asia^ décaclc I, liv. I, chap. 5.
Martinez de la Puente, Abrégé des Histoires des Indes , liv. n , chap. I ^ ( M. F. DE Nav. )
(a) Freire l'appelle Antoine Gonçalves , et place leur voyage à l'année il^t^o. (D. L. R.)
(3) En espagnol, el Puerto del Caballcro ; en portugais, o Porto do Cavalheiro. Il fut ainsi nommé parce que Nimo Tristan arma dans ce lieu Goncalvcs chevaliei', après une victoire rem|>ortée sur les Maures. (D. L. R. )
(4) Barros , décade I , liv. I, chap. 6. ( M. F. de Nav. )
tirent contre les Maures, et deux ûns après , dans UD autre voyage, ils en firent prisonniers dix, que les naturels rachetèrent pour un nombre égal de nègres et une bonne quantité d'or en poudre; et comme ce fut le premier qui eut été apporté en Portugal , on donna au lieu où se passa ce marché le nom de rivière d'Or. Il paraît que dans ce voyage (i) Tristan découvrit les îles ôiArguin (2), celles des Hérons j l'une de celles du cap Fert, et qu'il suivit la cote jusqu'à Sierra-Leone. A son retour, il conduisit à Lisbonne plus de trente nègres, dont la vue causa un extrême élonnement, parce qu'ils étaient, comme le prétendent quelques écrivains, les premiers qu'on vît en Europe (3).
Nous regardons cependant comme certain que les Castillans, dès le règne de Henri Tll, en avaient déjà amené à Séville, où ils étaient traités avec beaucoup de bienveillance, ainsi qu'Ortiz de Zuniga le rapporte dans ses Annales j d'après des Mémoires du temps. (4) ♦ '
(1) Suivant Freire , ce ne fut qu'en i443 ou i443 que Nuno Tnstan Bt ces découvertes. ( D. L. R. )
(z) Les natarels t« nommaient Adajet {Idem. )
(3) Barros, ciécade I, liv. I, chap. 6 ot 7.
Puenté, liv. II , chap. a. ( M. F. de Nav. )
(4) Annales de Séville, hv. XIÏ, année 147^, n" \o.{Idcm.)
7a INTRODUCTION.
XX. L'in&nt voyant que ses travaux commençaient à fructifier, condescendit aux désirs de divers habitans de Lagos , qui, mus par l'intérêt, équipèrent, en i444? caravelles sur lesquelles ils passèrent successivement aux iles des Hérons, à celle de Nar et à d'autres peu éloignées; mais le manque de vivrez les obligea de retourner dans leur patrie , où ils arrivèrent avec un nombre considérable de nègres , qu'ils avaient capturés. Le bruit de ces découvertes et de Tim* niense bénéfice qu'elles produisaient, attira en Portugal un grand nombre d'étrangers , surtout des Italiens, dont les républiques étaient des plus actives, des plus commerçantes et des plus expérimentées dans le pilotage, (^omme l'infant accueillait tous les hommes habiles dans la navigation et l'astronomie, il tâchait de tirer parti de leurs talens pour ses entreprises. En i444y ^ envoya , avec une caravelle , Vicente Lago ( » ) et Louis de Cadamosto, gentilhomme vénitien; ils allèrent à l'île de Porto-Santo , de là à celle de Madère^ puis aux Canaries s et partant de celle de Palme, ik se dirigèrent vers le cap Blanc et la rivière de Gambie , où ils trouvèrent
(z) Freire appelle le premier Vicente de Lagos, et le second est nommé AJoise da Cada Mosto , et Cada Mosto par M. de Kosbei , BiograpfUe umv. (D. L. K. )
le génois Antoine de Nole^ qui s'oocupsât aussi'
défaire des découvertes par ordre de Tiufant ; ils s'y réunirent, et de là vinrent ensemble en Portugal (i). L'expédition que fit en i445 Gonzalo de Sintra (a), eut une triste * fin il fut tué, avec sept des siens, en combattant contre les Maures dans la crique qui pfit son nom, et qui est située sept lieues par-delà la rivière
(1) M. de Rossel dit» daii$ Tarticle de Gada Mosto
( Biographie umperseUe , tome VI , p. i ) , que ce navigateur partit de Lagos le 22 marb 1 455 , visita Porto-Santo , Madère, Gomera, les îJes de Fer et de Palme, et qu'aprè» avoir pris vue du cap Blanc et paaaé par Argmin , il entra dans la rivière du Sénégal , prolongea la côte en allant vers le sud , s'arrêta pour aller visitei* ic Daniel , prince dont les États s'étendent depuis le Sénégal jusqu'au cap Yerti et en fut très bien reçu. Il fit le commerce avec lui , en tira des esclaves et de l'or , et se dirigea ensuite sur le cap Vert. Près de là , il aperçut deus: navires , dont l'un était commandé par Antonietto Uso , gentilhomme génois au service du prince Henri , et l'autre par un des écuyers de ce prince. Les trois navires continuèrent leur route le long de la cote» visitèrent rentrée de toutes les rivières» et arrivèrent à Tembouchure de la grande rivière de Gambie ou Gambra* Les babitans vinrent les att;i(|ucr ; ils furent d'abord repoussés, mais comme ils continuèrent leurs hostilités, les équipages des vaisseaux, accablés d'ailleurs de fatigue, forcèrent leurs capitaines à revenir en Portugal. ( D. L. R.)
(2) Freire Tappellc Gonçah de Cintra, ( Idem, )
Ce mallieiireux événement, et la nécessité d'avoir à l'avenir un lieu de défense, déterminèrent sans doute l'infant à ordonner que, pour la sûreté de cette baie, on y construisit un château fort. Anton. Gonzalez, Nuiïo Tristan et Dionisio Fernandez y retournèrent (i445), dans Tinten-^ tion de convertir les naturels, et d'établir avec eux des relations et des communications ; mais ils se contentèrent de reconnaître le pays , spécialement le cap Vert et l'île de Tider, et de rapporter à leur retour quelques nègres et l'or fruit de leurs échanges. Cadaniosto (i > et Noie revinrent l'année suivante sur un vaisseau que l'infant fil équiper; ils reconnurent les îles du cap Vert, virent le fleuve Ilhuy qu'on nomme aujourd'hui Casamansa y et naviguèrent jusqu'au cap Rouge. En i446î Nuno Tristan
( I ) M. (le Rosscl dit , dans l'article déjà cité , que Cadamosto fit un second voyage , en 1 44^ , de concert avec Antonietto Uso , le même avec lequel il avait fait son premier voyage, et un autre Portugais dont il ne donne pas le nom.
Les Voyages de Cadamosto sont fort estimés ; ils ont paru sous ce titre : Prima {la) Navigazione per l'Oceano aile terre de Ncgri, délia bassa Ethiopia, diLuigi Cadamosto, Vicence, ih-40, i5o7, et Milan ^ in-4°. , iSig. Ils ont été insérés dans la collection de Ramuzio , et traduits en latin et en français. (D. L. R. )
arriva jusqu'au grand fleuve {Rio Grande)^ et à vingt lieues plus loin il entra fld'ihs lïn autre où les naturels lui otèrent la vie , ainsi qu'à dixhuit de ses compagnons; les autres retournèrent en Portugal après avoir donné à ce fleuve le nom de ISuho Tristan y en mémoire de ce fuiieste événement. Sur ces entrefaites, Alvaro Fernandez découvrit, en divers voyages, le cap des Mâts ( I ), pénétra plus de cent lieues par-delà le cap Vert y arriva à l'embouchure d'un fleuve qu'il nomma Tahite, situé à vingt-deux lieues (2) sud de celui de Nurw Tristan; et libre des périls qu'il avait courus, revint rendre compte à l'infant de tout ce qui s'était passé. A l'aide de la protection active et généreuse de ce prince , on avait déjà découvert et reconnu la cote d'Afrique depuis le cap Bodajor au 26° 10' lat. N. , jusqu'à Sierra-Leonc au 8° N., et on avait trouvé la malaguette, que les Maures n'apportaient aupai avant en Europe qu'après avoir traversé le pays des Mandingues , les déserts de la Nigritie et une partie de ceux de la Barbarie, d'oii ils la transportaient en Italie et dans
( I ) En espagnol , d Cabo de los Mastiles ; en portugais , o Cabo dus Mastos. ( D*: V...jl. )
(•2) Freinî dit (juc le fleuve Tabite est à \ï. lieues au clelù de la rivière de Nunu. (D. L. R. )
d'autres pays de l'Europe. Quoique les îles Açores de Sainle-Marie et de Samc-Michel fus^ sent déjà déoooveitesy celle de Tercère lie fut vue qu'en 1445, par Tuii des bâtimens qui naviguaient au cap. Vert ( i )• £lle fut donnée à un
(i) Le p. Freire dit , dans son Histoire du prince Henri ^ que rîiede Sainte-Marie fut découverte en 1 482, par le coinmasdeiir FrançoisGoiiçalo Velho Cabrai, qui décaimitégate* ment y en 14 44 9 l'>l^ de Saint-Michel; que Tercère, ainsi nommée parce qu'elle aurait été découverte après les deux autres , le fut vraisemblablement de i44^ > 4^<> > P^^ vaisseaui^ qui faisaient alors le voyage du cap Vert. Quant aux îles Saînt-Oeorge , Fayal , Gradeiise, etc., il ne peut indiquer ni par qui ni à quelle époqiu» elles furent découvertes.
Malte - Brun dit qu'il r^ne une grande obscurité dans llustoire de la découverte des Ûes Aoores; qn'oa ks pfrlt d'abord pour les Antilles on îles en ayant des Indes de Marco Polo , et que Martin Behaim plaça dans sa carte les côtes du Cathai à leur couchant ; qu elles commencèrent à être peuplées en 1449 , et qu'en 1466 y la duchesse de Bourgogne y envoya une colonie de Flamands, ce qui leur fit duimet ic uom d'îles flamandes. Les cartes du xi¥* siècle indiquent des lies dans ces parages , et la statue équestre qu'on prétend avoir été trouvée par les prenders colons de Tîle de Corvo, et qui , selon les uns , montrait du doigt vers Touest, ou, selon d'autres, faisait signe aux voyageurs de retourner sur leurs pas, parait à Malte- Brun la preuve d'une découverte antérieure. Mais les monnaies carlliaui noires et evrénaïques qu'on a Irouvéti à Corvo (Podolyn, dans les Mémoires de la Société iks Sciences
gentilhomme flamand , nommé Jacques de Bruges, qui la peupla aussitôt, et on parvint, par ce moyen, à la découverte de celles qui étaient encore inconnues. Les choses en étaient à ce point, lorsque la mort ravit l'infant don Henri, Tan 1 460. A cette époque, le pape Martin V avait déjà accordé, à ses instantes prières, la déclaration que tout ce qui avait été et serait découvert vers le midi, depuis le cap Bojador jusqu'aux Indes orientales, appartiendrait à la couronne de Portugal; ce qui fut confirmé dans la suite par plusieurs autres souverains pontifes, (i) • . -
§. XXI. La situation des Canaries était si favorable à Tavancement des découvertes sur la cote d'Afrique, que leur acquisition ne pouvait qu'exciter vivement l'ambition des Portugais; mais la domination et la suzeraineté de ces îles , ap-
de Got/iembourg, premier cahier, p. 106, et table VI, en suédois ) ne paraissent pas au même savant devoir faire remonter cette découverte aux siècles de Tantiquité, puisqu'elles ont pu y être portées par des Arabes , et même par des Normands revenant d'une expédition en Afrique. - (D. L. R.)
(i) Barros , décade I, liv. I , chap. 8 , 9 , 10, 11, i3, 14 et 1 5.
Puente , liv. II, chap. a.
Freire , Fie de /'Infant don Henri, liv. III et IV.
( M. F. DK Nav. )
parlenant aux rois de Castillo, auxquels Jean (le Bétancourt et son neveu Maciot avaient prêté hommage comme à leur seigneur, l'infant don Henri sollicita du roi Jean II, avec des instances réitérées et en employant des recommandations puissantes, la concession des îles de Fer et delà Gomère pour l'ordre du Christ, dont il était grand - maître. Jean II répondit que ces îles faisant partie du domaine de la couronne, royale de ses royaumes, il ne pouvait les séparer sans l'assentiment des États de Castille. Non moins avide d'une aussi importante possession que blessé d'avoir été repoussé, l'infant fit avec Maciot de Bétancourt un contrat par lequel celui-ci lui vendit la propriété et la seigneurie de ces îles, en échange de quelques sommes d'argent, de certains tributs et de diverses terres dans l'île de Madère. Cette vente était nulle et invalide pour beaucoup de raisons, et principalement parce que Maciot , ainsi que le dit le roi Jean , tenait les îles de nous et de notre main^ et comme notre vassal et sujet ^ et sous notre seigneurie et obéissance. Cependant, au mépris des traités d'amitié et de concorde qui existaient entre les deux royaumes, l'infant fit préparer, en 142^4» une grande flotte avec deux mille cinq cents hommes d'infanterie et cent vingt cavaliers, pour envahir les Canaries et s'en emparer. Le roi de
Caàtllk}, iofonné de œs préparatifs, envoya demander satisfaction au roi de Portugal, et se plaindre en menoe temps de» préjudices et dea outrages faits aux Castillans et aux Canariens , e hw jpn iT|6»i% que les Portugais allaient on ve* naient dans leurs voyages à la côte d'Afrique. Quelque énormes qii^^itMisent frais que cette espMition avait occâsioiiBés à Viniant , elle n'eut pa&4â jsuçcè3 qu il en» attendait. Uepvoi qu'il fit pfiMiifitrâincaitd^un renfoitde troupes sous là conduite du capitaine Anton. Gonzalez , l'un des officiers de an garde-robe, neproduisit niémé'kii-^ cun résultat favorable , car aussitôt que les insulaireadeLancerote présumèiniitifueles Portugais vouiaientles soustraireàla dépendancede la couronne de Gastillei iWtranièreni'Contre eux une conspiration, les attaquèrent avec intrépidité, el bif^dbassèrent de leur ile, en*proçlamAnt leur soifV^rain légitinie, deuir ans après avoir souffert le joug pesant de leur invasion (i). Une pareille leçon ne suffit pas pour étouffer Fambition portugaise; car, pende temps après cet éciiec , tmfimt don Henri, d'après les conseils du perfide Maciot, fit équiper quelques bàtimen s alai de réparer les pertes de la précédente expédition. Mais le roi Je>aa, iiisLiuit de ce qui se passait,
(1) Viera, Hisiwrf des Canaries, liv. Vil, 6
(M. F peNav.)
8o INTRODUCTION
déleiidit d'admettre dans File aucune personne s]ispecte, et ordonna de chasser à main armée toutes celles qui s y ti oiivei aient ou qui s'y présenteraient. Les Portugais se contentèrent de quelques incursions et invasions, dans lesquelles ils firent également la guerre aux Castillans et aux insulaires, et poursuivirent les dbrétiens comme des Maures pour le misérable fruit de quelques vols et de quelque pillage, lesquels ne contribuèrent qu'à donner^plus d'énergie à la fidélité des habitans , qui , dans leurs représentations aux Rois, recpnnaissaient leur dépendance de la courQnne de Castille, dans laquelle ils avaient été et voulaient rester à l'avenir (i). Leur inquiétude ne se calma que lorsque , par les traités de paix conclus en 1 479? entre la CastiUë et le Portugal , il fut arrêté que le commerce et la navigation de la Guinée et de la Mine d'or, ainsi que là conquête de Fez {p) ,
(i) Viera, Histoire des Canaiies , \\\. VII, §§. 7,9, 10 et 1 1* (M. F. DB Nav. )
(?.) Les Espagnols et les Portugais ont cotitome d'employer cette expression, que nous avons cru devoir traduire littéralement 9 pour designer le pays ou la partie d*un
pays qu'ils ont conquis : c'est ainsi qu'ils disent» la conquête de Fez, la conquête de Goûtée , etc. , pour déngner la parde du royaume de Fez ou de la Guinée qui est sous leur dépendance, parce qu'ils se considéraient sans doute comme devant être un jour maîtres du reste du pays.
lliïTAODUCXION. 8ï
j^i tieudraieiit exclusivement au Portugal, iii|li|^«.tQUte& ]e^ .$^^ tant conquises
c^uà concjuciii, scrâiènt du seul doRiaiuç^ç la
dp^^ni» 4e Ca&tUla (i). Les historiei
gais, et spécialement Juan de Barros, altèrent flqsSj^^j^&diUfnt la relation de ces éVénemens, wa^^que l'a remarqué et censuré BarthéleiiWjdç^La^ Casas , et que le prouvent le^iettres ^è iSâll.H^à Alphoniè dePoîrtugal, et les docuque consulta don Joseph Viera.y jUiavijoi^ son excellente bîfttairej des! Gâmr*
. .ISP ■ ' :'
(i) Zurita , Annales ^Aragon , part. II , liv. XX »
\. chap. 3o-t34. ( M. F. DE Nav.)
• WB22^*^^,liv.^cha^.x' * «If' "^^O^piPHfw Las Casas a msérè^ an livre I*', chap. f6 ,
de son Histoire gôrti'xdc des Indes ^ les IctUc^. tiu roi Jesm II à son ueveu Alphonse V de Portu^^^et Thisto- A^gMtia-de Herrera» dam '«n de t/^Ueda/^ qtti Idits jusfjii'efi i8o4, que Jean-ÂBtoitie de Zamacola les publia à MadàiJ, en i vol. in-8°. Des 1 aiincc 1792 , no^l^ j figga é dipp» dans nptre coUcctioa de^ Mémoires iHiom Rivions copiées dans ikn «ahkr in-fd!., Biblk>tlié<}ue fdes Étndea . royales de , Madrid y qui iipj)arii<;iit HUjgurti.iiUi an\ Je.siates.
J|Ztti^Pj|i^||^^ U, liv. XX, ch. 39.
Malgré la pariiaiUtj là.iiuicile à un PartQgâis, le pt* rc '^g^^^^ f^ Min/ant don Heft^^ vte^ pas positivemept
8d INTRODUCTION.
XXII* A to^i^impius pour inaii|t4^^'4u^ leur intégrité les "âMmr^â^ifîii. caâtmoRë roy^ , se joignirent les trx^ubles qui agitèrei{|les royautneriB^stille sous le règne de Jem VH^IBÊtÊé^ quels donnèrent lieu d'abord, sa tutelle, et ensuite la iaveurd'AlvarodQ Lutta. BfaAÂiiprin^ quoique négligent dans le gouycrnement de ses États , était instruit, juste appré»i^ur def; sa vans et des littérateurs, ^t^passioijfiéBOur les
diyertissemtfns et les plaisirs (i); itilKw^ ^^^nÉ
devint l'une des plus brillantes de rEurope^ etje luxe s'accrut à un tel point, dans soo^oyaj^e^ que le costume de toutes les femmes, mémeiill^ celles des artisans et des ouvri^|i^|||jj9ii^t confondre avecles dames de la phis faute con^ diÙ9n. Elles portaient^ comme celles-ci ^ àçs roEes des plus riclies étoffes die saie, d'or, dC lain^ ck^^^^.^e.{nf rtf;e ^t d ai4^^^urri\i^ et oroée^lb garnituies d'or, d'argcniiit de perles
«à omlradiction avec H. ds NsyatMe^ «l^.j^ -^ui cûQ^DMe
pagne vt (le Tornigal, au sujet des iles Canarîps, pitisij^^l-
« prendre une gaeireponr sontexAvnùsiinta; Wk pUfjtfl^ « reeoimât la fysHee des droits du rmde CattiBt, soit' qœ. « la politique nous cooseillât de dissimuler. » (D. Xi. R.}
(i) Femn Pefeide GusnmBy Generae.y sembkuusas , cap. 33. (M. F. de
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^ fineâ. On essaya , mais en vain , de réprimer les excès de ce luxe effréné qui causait la ruine des familles, dans les cortès de Palen-
î zuela (i). Les descriptions que nous ont laissées Fernan Ferez de Guzman, et le bachelier
^Cibdaréal; le premier, de la splendeur, de la recherche et de Fostentation des personnages de cette époque, dans leurs vétemens, dans leurs repas et dans leurs palais; le second, du faste et de la somptuosité des fêtes célébrées à Valladolid , en i4a5, à l'occasion de la naissance d'un infant (t.) , prouvent qu'il régnait en général , à cette époque , dans le royaume , une grande opulence. La prospérité du commerce, dont diverses mesures avaient augmenté l'accroissement, avait sans doute puissamment contribué à la faire naître. Dans les cortès de Madrid, en • 1419, il fut ordonné que les étrangers ne pourraient vendre leurs draps ou autres marchan-
• dises que dans les douanes, où ils auraient à payer les droits établis , et qu'ils s'obligeraient à employer la totalité du prix de leurs ventes à l'achat de produits des manufactures d'Espagne.
(1) Semper, Histoire du Luxe, tom. I, chap. 7, p. 180.
(M. F. DE Nav.)
(2) Feman Ferez de Guzman, Générations et Resscm^ hlances , chap. 6,8, 1 4 , 27 > 32.
Cibdareal, 0/?/o/i É'/?Mfo/rtire, lettre I. {Irfrm.)
Le roi Henri 111 avait déjà rendu une semulable ordonnance, et pour en assurer l'exécution, on la renouvela , et de nouvelles dispositions furent faites à cet effet dans les cortès de i447 (')• Dans celles de Madrigal, en i438, d'après l'élévation du prix des draps ét Angers, la fabrication déjà assez passable des draps espagnols, et la probabilité de leur amélioration progressive, il fut question de prohiber l'introduction des premiers ainsi que l'extraction de nos laines , dans le but de favoriser l'accroissement de la population par celui des manufactures nationales (a). . II fut aussi résolu, dans les cortès de 14^5, qu'une note serait officiellement adressée au roi de Portugal pour qu'il ordonnât que les négocians castillans fussent traités dans ses États avec les mêmes égards qu'on avait en Castille pour les, négocians portugais; et en i45î2 le Roi accorda aux comités et aux chefs d'équipage de Séville le privilège de porter, pour leur propre défense, les armes qu'il leur plairait. Une pareille protection rendait la marine marchande de plus eu plus florissante, et bientôt tous les bâtiraens des cotes de Cantabrie, Biscayens, Cas-
(1) Cortès de 1419? pétition i5, et dans celles de i447> pétition 47- . , ^ (M. F. de Nav.)
(2) Cortès do 1 /| 38, pétition 3/|. , [Idem.)
titlans et Galiciens, firent non seulement le commerce du Nord, mais encore celui du Levant, tant avec les fruits et les produits de leur pays , qu'avec les marchandises étratigères. De là naissait aussi Timmense accroissement du pouvoir et des forces de la marine militaire. Les cortès de décidèrent qu'on ordonnerait
la fabrication de nouveaux vaisseaux et de nouvelles galères, la réparation des bâtimens existans , et leur emploi contre les pirates pour protéger le commerce et défendre les côtes. Les cortès de Tolède ayant remarqué, en i43G, que les ports de la mer de Castille étaient dépourvus de grands vaisseaux, et sentant combiili ils étaient nécessaires pour escorter les marchandises qu on transportait en Flandre, résolurent de pourvoir à ce besoin. Elles réglèrent en conséquence que toutes les fois que trois vaisseaux ou plus , auraient à partir avec leurs chargemens pour la Flandre , la France , la Bretagne et autres pays , ils devraient marcher de conserve de manière à se servir mutuellement d'escorte , pour éviter d'être capturés par les Anglais au passage dans leurs mers , ce qu'ils ne manquaient pas de faire chaque fois qu'ils y trouvaient des bâtimens allant seuls ou séparément. La lenteur avec laquelle on procéda à l'exécution de ces mesures les fit réclamer deux ans après dans les cortès de Madrigal, et
alors, selon le témoignage même du Roi, on^ avait déjà commencé dans les chantiers royaux ^ la construction de quelques grands vaisseaux;.' c'est ainsi que les villes commerçantes de la Péninsule augmentèrent leur richesse et leur po-*^ pulation. Ortiz de Zuiïiga dit, au sujet de Tari* 1454, le dernier du règne de Jean II : « Que Sé-*^ «ville était alors plus peuplée, plus commer- « çante et plus riche qu'elle ne l'avait été depuis «sa conquête; que le peuple immense qui la a remplissait y faisait fleurir les arts industriels a et mécaniques, et les nombreuses fabriques a de tissus de toute espèce; que ses négocians « faisaient ,^on seulement en Espagne, mais en- « core en France et en Italie, le commerce de « toute espèce de tissus de soie, de brocards et u de riches étoffes ; qu'elle faisait d'abondantes « récoltes d'huile, de vins et de laines, qui se rt vendaient en Angleterre, en France et en Flan- « dre avec un grand avantage; que sa noblesse, « opulente des revenus de ses majorats, et « d'autres biens patrimoniaux , y exerçait, par « ses majordomes , la culture agricole , et rendait i( fertile en toute espèce de fruits un sol qu'elle « couvrait de nombreux troupeaux, etc. , etc. » Quand on pense à une agriculture et à des fabriques aussi florissantes, et à l'activité du commerce et de l'industrie, on ne peut s'étonner de l'a-
grandissement que reçut la marine royale, de la part qu elle prit à la victoire remportée sous Gibraltar contre la flotte combinée des rois de Tunis et de Tremecen , du secours qu elle prêta aux Français en diverses circonstances, et des services qu'elle leur rendit, spécialement au siège et à la reddition de Bayonne ; enfin , de la . haute idée et du respect qu'elle inspira aux autres nations maritimes. v
§. XXIII. Une aussi brillante perspective disparut sous le règne suivant, quoiqu'on recueillît encore à son commencement quelques fruits de la sage politique du précédent. C'est pour cette raison , sans doute , que Fernando del Pulgar , qui dès-lors jouissait à la cour de Henri lY de beaucoup de réputation et d'une haute considération*, partage en deux époques le règne de ce monarque, traçant ainsi une ligne de démarcation entre le temps de sa prospérité et celui de ses revers. Dans le temps de sa jeunesse , à une époque où il n'était encore que prince , il prit du goût pour des plaisirs assez honteux, refusa de se vêtir de draps précieux, et affecta du mépris pour l'étiquette et pour le cérémonial qui correspondaient à sa dignité. Mais dès qu'il fut monté sur le trône, il mit un grand appareil et beaucoup de somptuosité, spécialement dans les festins publics et dans la réception des ambassadeurs des autres souve-
rains (i). 11 déploya cette magnificence dans les entrevues qu'il eut avec le roi de France Louis XI, en Tannée i463, sur le fleuve Bidassoa, où il se rendit accompagné des grands^ des prélats , des chevaliers et de plusieurs autres personnages de sa cour, tous vêtus et parés avec une richesse égale à tout ce quon put voir jamais en Castille; et ce tant et de telle manière que les Français en furent très émerveillés (2). Le luxe de nos grands en perles orientales, en pierres précieuses , en riches tissus et en objets de grand prix, se manifeste encore dans les inventaires qui se sont conservés des meubles et des bijoux qu'avait don Alvar de Zuniga , duc de Béjar, et des bijoux que don Rodrigue Ponce de Léon, marquis de Cadix, devait donner à dona Béatrix Pacheco, fille du grand-maître de l'ordre de Saint- Jacques, à l'occasion de son mariage avec elle en 1471 (3). Il n'était pas étonnant qu'il en fût ainsi , quand les laboureurs et les artisans , leurs femmes et leurs fils, s'efforçaient d'égaler par le luxe de leurs ajustemens les personnes de
(i) Pulgar, Hommes illustres de Castille, titre I.
(M. F. DE Nav.) ^ (2) Enriquez de Castillo, Chronique de Henri IV, ch. 49.
( Idem. )
(3) Frère Liciuiano Saez, Explication des Monnaies de Henri IF, appendices 20, 21, 2a et 23, [Idem.)
INTRODUCTION. 8q
la naissance et du rang le plus élevé, quoique ^le résultat inévitable de cette conduite fût la dilapidation de leurs biens et la ruine de leurs familles ( i ). Ce luxe indique que le commerce continuait d'être florissant , comme le prouve aussi le cas qu'on faisait en pays étranger des marchandises de Castille ; car lorsque Henri IV se confédéra avec les Anglais pour faire la guerre à la France, le roi Louis et cèùx de son royaume j dit la chronique, souffraient non seulement du préjudice mais encore une grande perte ^ parce que les marchands de Castille n allaient pas en France avec leurs marchandises (2). En effet, dans les premières années de son règne, on prit des mesures pour faciliter le trafic et la circulation. Le Roi favorisa la province de Guipuzcoa, en lui accordant, en 1461 , la faculté de juger par elle-même les délits qui seraient commis sur mer par ses habitans. commerce et la navigation y jirospéraient tellement que, quelques années après, la paix ayant été conclue, Henri IV d'Angleterre reçut sous sa protection les vaisseaux de Guipuzcoa et de Bis-
(1) Ordonnances expédiées par Itf grand-maître don Juan Pacheco , dans le chapitre général de Tordre de Santiago, tenu en 1469. Scmpcr les rapporte dans son Histoire du Luxe, tom. I,chap. 7, p. i83. (M. F. deNav. )
(i) Castillo, Chronique {le Henri TV, cliap. i3o. (^''•)
caye qiii arriveraient dans ses États, et ordonnai que tous les dommages que leur avaient fait, éprouver ses sujets fussent réparés à ses frais; ^ réparations dont le prix fut évalué à i loo couronnes. Dans les cortès de 1457 et de i465, ih fut ordoiiné que les marchands et propriétaires de i|iarchandises permises dans le commerce, eussent, dans tous leurs voyages, et en les fai-x. sant sous la protection du Roi, la sûreté qu'ils ne pourraient être faits prisonniers, et que leurs * marchandises ne pourraient être saisies , à moins que ce ne fut pour une dette connue, et avec certaines formalités; et qu'en cas de déclaration de guerre on leur accordât trois mois pour disposer librement de leurs denrées commerciales (i). Ces mesures et autres semblables rendirent Henri IV puissant et le firent respecter dans les commencemens de son règne. Le roi de Naples Ferdinand P"^ le pria de recevoir son hommage; la principauté de Catalogne lui offrit de le reconnaître comme son seigneur suzerain ; le roi de Grenade conclut la paix en sfe soumettant à lui donner chaque année 1 200 doubles (2) et six cents prisonniers chrétiens ; tous
(i) Cortès (le 1457, lois /|3 et 54; et Cortès de 146^, pétition 5. . ( M . F. nr. Nav. )
(•2) Le double valait de 8 à 9 fr, (De V...l.)
les autres princes ses voisins craignaient sa puissance , et le respectaient. Il fit la conquête de Gibraltar, d'Archidona et d'autres lieux, et maintint la paix dans ses Etats. Mais à Vombre de cette prospérité, et à l'imitation de quelques mauvais exemples, la corruption des mœurs, la désobéissance de divers grands, l'ingratitude des favoris, la jalousie des mécontens, la pauvreté née de la prodigalité , l'avarice chez les uns , la vengeance chez les autres, la rapine, l'orgueil, l'impudicité , faisaient de rapides progrès; et la fidélité au souverain, l'amour de la patrie, étaient mis en oubli. Le royaume commençait déjà à être en proie aux dissensions domestiques, aux troubles, et à ces divers partis qui minèrent le trône jusque dans ses fondemens les plus profonds Comment était-il possible que les arts,
les manufactures , le commerce, la marine, conservassent leur état de prospérité au milieu de ces discordes et de cette désolante anarchie? Tout périt, et il n'en resta qu'un exemple terrible et une leçon salutaire pour les gouvernemens à venir, auxquels ils apprenaient qu'ils doivent toujours concilier la religion avec la politique, les lumières et l'industrie avec les bonnes moeurs. ii «
§. XXIV. Ferdinand et Isabelle montèrent sur le trône, et leur avènement fut pour ]a
Gastirie fïtiroiie dt la concHïlde'et dé' la paix^
La justice, recouvra sa force, rautorité sa consi^ dératiOvi , la politique son influence j et le couple roi réconcilia par lui-même les esprits les plus envenimés, les uns par la doucear de la pei|il^sion , les autres par l'empire de leur souveraineté. Us modérèrent les-, privilèges excemb^ii^ parvinrent à les contenir tous 'dàfiâ'4eiip& jii^éQI limites. Leurs vues s'étendirent M'extérieillr^^et ils se firent reconnaître et' respëcter de» é ^ft H tt' »gers. Us s'appliquèrent alorsà pr(Héger et ,^ji(li^ courager dans leor royaume les arto et \& îpaâ^ nufactures, le commerce et la navigation. Les Castillans fréquentaient les côtes d' AfriqpeMilM'
ils "Acquéraient des natur^, en échange de
menus objets de peu de valeur et de grandes écailles de mer qu'ils prenaieutt^d^a lea^C^lipi^ ries, des quantités d'or suf&èA^tes ^ur eiciter la convoitise d'autres négocians et ^ri ports d'Andalousie, spécialement de y eut tel voyage qui valut à celui qui i^ntreprît jusqu'à looo pesos d'or. La trai13è;^id^^4l«dîili|' nègres, qui se faisait aussi, n'était pas moins lucrative ; iU étaieot traités dans cette yille avec une bienveillante douceur depuis le règne de Henri lll,et leRoifiinsi que )a Reiné eathçU-^ ques, se complurent aussi à leur accorder leur"
protection. On naviguait dans des caravelles et de petites embarcations pour pouvoir approcher davantage des côtes et même entrer dans les fleuves qui pénétraient dans l'intérieur des terres. Un grand nombre de ceux qui faisaient ces voyages couraient des risques , parce que le pays était malsain et chaud à l'excès : on dit quHls mettaient deux ou trois mois pour aller et sept ou huit pour revenir; et ils étaient k peine arrivés aux côtes récemment découvertes, que les naturels, qui vivaient épars dans les champs, se réunissaient à son de trompe pour accourir aux échanges (1). Les rois de Castille regardèrent toujours ces pays comme dépendans de leur domination depuis que leurs sujets en eurent fait la découverte , ainsi que nous l'avons déjà rapporté. On voit en effet que Jean II, réclamant d'Alphonse V la réparation des dom-. mages et des préjudices que les Portugais avaient causés sur les côtes d'Andalousie à certains habitans de Cadix et de Séville qui faisaient le commerce d'Afrique, lui disait, dans une lettre écrite de Yalladolid le 10 avril 1454? que ces lîégocians ses sujets venaient avec leurs marchandises du pays quon appelle Guinée y qui
(i) Pulgar, Chronique des Rois catholiques, part. II, ch. 62. Ortiz de Zuni^a, Annales , liv. XTI, an 1476, 11° lOv'.i 'fW.. . • , n'( ..., ,( M. F.DR Nav.) .
est âe notre conquête (i). Profitant des troiibies *des dernières années du règne de Henri IV, le roi Alphonse de Portugal avait pris part à cette navigation et à ce trafic, qu'il avait rendu exclusif à ses sujets. Les habitans de Séville formèrent des plaintes/et élevèrent des réclamations qui furent vaines jusqu'à ce que la guerre les remît en possession de leurs anciens droits. Ferdinand et Isabelle, dans une ordonnance rendue à Valladolid le 19 août 1745 , dirent expressément que les rois d'Espagne possédèrent toujours la conquête d' Afrique et de Guinée y et prélevèrent le quint de toutes les marchandises provenant de ces contrée s y et que, pour cette raison, ils étaient résolus à réparer par tous les moyens possibles les. préjudices qu'avaient éprouvés leurs sujets et leurs revenus royaux (2). Ils nommèrent à cette fin, des commissaires royaux receveurs, et un notaire principal des vaisseaux (3) qui seraient équipés pour le commerce de Guinée, et
(1) Discours de Mènera, Discours 4^, p. i36.
(M. F. DE Nav. )
(2) Archives (U; la cité de Séville, liv. I des cédules royales de 1475 à lA^Oj fol. 37. {Extrait de la Collection de Muhoz,) [Idem,)
(3) Nous avons traduit par notaire le mot espagnol escrihano , qui signiûe à la fois notaire et écrivain , quoique l'individu qui tient les écritures sur un vaisseau s*appclle écrivain , parce qiie c'était un véritable notaire royal qu'on
raérne pour celui de par-delà la Sierra-Leone. Ils donnèrent à ce notaire principal la faculté de nommer, pour chacun desdits vaisseaux , un notaire chargé de dresser un compte de tous les chargemens et transports, tant à l'aller qu'au retour, et de tout ce qui devait être payé, tant • pour le quint que pour les autres droits sur les esclaves. For, l'argent, les joyaux, etc. (i). Pour encourager ce commerce, la Reine ordonna, le 4 mars 1478, que tous ceux de ses sujets qui voudraient se rendre avec leurs vaisseaux à la mine d'or, eussent la faculté d'y aller, d'y traiter et d'y commercer librement, sans qu'on piit leur prendre, saisir ou retenir ce que eux, leurs domestiques et autres inférieurs, feraient transporter par terre ou par mer, à moins que ce n*e . fiit pour de grosses dettes ou hypothèques à eux propres; mais on leur défendait l'introduction et le commerce des choses prohibées, le transport de Français, de Portugais ou d'autres .
avait placé à cette époque sur les vaisseaux espagnols, afin de dresser les actes de prise de possession des pays découverts, formalité indispensable, d'après les lois espagnoles, pour . toute prise de possession. (D. V. L. )
(1) Archives de Séville , liv. I, fol. i3o; titre de Notaire principal en faveur de Louis Gonzalez , secrétaire de LL. AA., expédié à Toro le 6 décembre 1/176. {Extrait de Munoz,) * * (M. F. DE Nav.)
ennemis de la Castille, ainsi que celui de quoi que ce fût qui leur appartînt. II leur était également défendu de faire le moindre tort aux nations amies ou alliées, le tout sous la responsabilité de riches répondans qu'ils devaient présenter en bonne et due forme (i). Ferdinand et Isabelle rendirent, Tannée suivante, à Trujillo, le 17 février, un autre décret par lequel ils ordonnaient ^que l'or et les autres objets d'échange provenant de la mine et des côtes de Guinée , fussent apportés dans ce royaume, et ne pussent recevoir une autre destination : que Ton fît des armemeus maritimes pour que les naturels de leurs États s'exerçassent à la navigation et devinssent puissans sur mer y les uns pour aller faire lesdits échanges ^ et les autres pour défendre ces expéditions et en assurer la marche. Ils nommèrent, à l'un et à l'autre effet, certaines personnes qui s'étaient offertes à équiper vingt caravelles, lesquelles seraient prêtes au mois de juin, et ils défendirent que qui que ce fut allât auxdits échanges sans la permission royale , sous peine de mort et de la confiscation de ses biens. Ils réglèrent enfin que ceux qui voudraient
armer en course, pour ce commerce, s'adres- , . . , . %• . -^ ' .
(i) Voyez le n** 3 de l'appendice à la Collection diplomatique.
sassent au premier magistrat de Séville ( asistente de ScK>illa)^ ou au conégidor de Xerez, qui leur donneraient tous les secours nécessaires pour naviguer avec sûreté (1). Ceci prouve que *les rois de Castille jouissaient de droits positifs sur la côte d'Afrique et sur la Guinée, et qu'ils possédaient légitimement ces contrées que leurs sujets avaient découvertes avant les Portugais. Mais depuis que ces derniers y eurent formé
• leurs premiers établissemens, ils prétendirent dominer sur les Canaries , de là des altercations , des hostilités et des réclamations sans cesse
. renaissantes. Cet état de choses dura pendant plus d'un demi-siècle, et ne cessa que lorsque la paix conclue entre le Roi et le prince de Portugal , et ratifiée par la Reine catholique à Trujillo, le 27 septembre i479? "^i* enfin un terme à des prétentions soutenues avec tant de persé- ' vérance et d'acharnement. Dès-lors les Castillans n'entreprirent de voyages à la Mine d'Or, aux côtes et îles de Guinée, qu'après s'être munis de
, l'autorisation et des sauf-conduit des rois de Portugal, auxquels ils payaient les droits qui leur revenaient.
§. XXV. Sûrs de l'entière et libre possession des îles Canaries, Ferdinand et Isabelle y en-
(i) Archives de Séville , liv. I, fol. 370. (M. F. de Nav. )